La souveraineté est un concept de philosophique politique désignant le concept d'autorité suprême, absolue et indépendante, exercée sur un territoire et/ou une communauté. Elle peut être fondée sur une transcendance religieuse, morale ou politique (ou mixte, comme autrefois dans la monarchie de droit divin), ou bien sur un contrat social, selon lequel le pouvoir émane de la volonté générale des citoyens. Dans cette perspective philosophique, la souveraineté est légitimée par l’adhésion des membres de la société à des valeurs communes, parfois associées à une conception du bien.
Concept Chez Platon Platon aborde, dans son œuvre, des questions connexes à celle de la souveraineté. Dans la République, il traite notamment de la question des modalités d'action du souverain idéal, le philosophe roi. Dans les Lois, il est écrit que le peuple n'est pas souverain (kyrios) si sa liberté est enfreinte..
On ne trouve toutefois pas de pensée élaborée sur la souveraineté en tant que telle : à part chez son disciple Aristote, la philosophie grecque a surtout enquêté sur les conditions de justice de l'exercice du pouvoir..
Chez Aristote La notion de « souveraineté » semble être apparue pour la première fois chez Aristote, dans sa PolitiqueJean Aubonnet, Notes complémentaires à la Politique d’Aristote, édition Les Belles Lettres, 1971, tome II, Livres III et IV, 230 note 1.. Le sujet est particulièrement abordé dans les livres III et IV, où le philosophe étudie le fonctionnement de l’État dans les différents régimes politiques. Il pose clairement le principe du , c'est-à-dire de la suprématie de la loi par le fait de l’État.
Pour fonder la souveraineté de la puissance publique, Aristote crée une hiérarchie des normes. Cette hiérarchie instaure une souveraineté (en ), c’est-à-dire une suprématie dans plusieurs domaines, selon la nature des éléments mis en rapport :
souveraineté de la loi qui s’impose par rapport aux décrets des magistrats. ; souveraineté de la loi qui s’impose au juge ; souveraineté de la loi constitutionnelle par rapport aux lois ordinaires : enfin, souveraineté de l’organe détenteur de l’autorité suprême, selon les régimes politiques :
Chez Bodin Le concept apparaît ensuite chez Jean Bodin. Dans son magnum opus Les Six Livres de la République (1576), Bodin s’inspire de l’ouvrage d’Aristote, qu’il cite abondamment, pour former une nouvelle théorie de la souverainetéJean Aubonnet, Introduction à la Politique d’Aristote, édition Les Belles Lettres, 1968, tome I, CLXXIV à CLXXVII.. Tout en s'inscrivant dans un contexte de réinterprétation du droit latin, cette émergence annonce les logiques étatiques modernes. Il ne recouvre en effet aucune notion de la législation romaine : ni l'imperium, qui désigne une simple , ni la summa potestas, qui se rapporte à un ne synthétisent ce vaste ensemble conceptuel. Cette absence de précédent notionnel dans la Rome antique est d'ailleurs mise en évidence par Jean Bodin : .
En tant qu'outil théorique nouveau, la souveraineté témoigne des conditions intellectuelles et politiques d'une époque déterminée, qui est elle de la Renaissance. La souveraineté cesse en effet progressivement de se dégager d'un rapport de force militaire (celui des condottieri) ou symbolique (celui des institutions religieuses), pour émaner d'une représentation rationnelle du pouvoir étatique, qui s’incarne, selon Jean Bodin, dans une volonté unitaire, celle du monarque. L'essor de la notion de raison d'État à la Renaissance correspond à cette mutation. En tant que production d'une rupture sociale particulière, la souveraineté imprègne de facto, la pensée de la Renaissance. Machiavel y fait ainsi allusion dans son œuvre - sans l'expliquer ouvertement toutefois.
Chez Bodin, la souveraineté sert de pilier à l'analyse de l'État : . Absolue et perpétuelle, la souveraineté l'est avant tout parce qu'elle . Il définit la souveraineté comme , dans le cadre du régime politique qui a sa préférence, la royauté héréditaire.
Après les travaux de Bodin, un certain flou conceptuel demeurera autour de cette notion. En allemand, la traduction littérale, Souveränität est ainsi un faux ami : seule l'expression Staatsgewalt permet une traduction idoine. En Angleterre, la Sovereignty ne se rapporte qu'à un exercice absolutiste du pouvoir, plus proche en fin de compte de l'imperium ou de la summa potestas.
Chez Hobbes Thomas Hobbes consacre son ouvrage majeur, le Léviathan, à la question de la souveraineté.. Hobbes fonde sa pensée du pouvoir souverain sur le caractère destructeur de l'état de nature, qui est celui de la guerre de chacun contre tous. Le calcul rationnel des individus les mène logiquement à adopter un contrat social tel qu'une autorité supérieure est instituée. Hobbes fait complètement disparaître la dualité entre le souverain et le peuple, qui existait encore chez Bodin : une fois le Léviathan créé, le peuple ne dispose plus d'aucune souveraineté..
Chez Rousseau Le concept de souveraineté populaire est associée à la philosophie de Jean-Jacques Rousseau. Rousseau soutient que la souveraineté n'est véritable que lorsqu'elle réside dans le peuple, constitution des citoyens qui forment le corps social de l’État. Pour Rousseau, une souveraineté, pour être légitime, doit reposer sur la volonté générale orientée vers le bien commun. Toute élection étant une perte de souveraineté, il est impossibles pour le citoyen de déléguer son pouvoir.. Le corps social est selon lui souverain., mais Rousseau considère que le pacte social doit être renouvelé fréquemment..
Chez Hegel Georg Wilhelm Friedrich Hegel pense la souveraineté. Il considère que celle du monarque et celle du peuple ne sont pas mutuellement excluantes dès lors que le peuple s'identifie au tout de l’État. Cela nécessite de dissoudre le concret (le peuple) dans l'abstrait (l’État)..
Chez Marx Karl Marx s'oppose au mysticisme qui entoure les conceptions de la souveraineté qui ont prévalu chez Hegel et chez Feuerbach. Il s'oppose ainsi à l'idée selon laquelle Dieu puisse être souverain en même temps que le peuple. Il écrit : . Pour Marx, Hegel trahit, dans sa pensée de la souveraineté, sa conception abstraite de l’État..
Chez Carré de Malberg Raymond Carré de Malberg pense la souveraineté comme le pouvoir du souverain. Lui-même . La souveraineté consiste alors dans la liberté de l’État par rapport aux autres États, et par rapport à ses membres.. Malberg inaugure aussi la summa divisio entre la souveraineté populaire et la souveraineté nationale, l'une impliquant chaque membre du peuple directement, tandis que l'autre fonctionne par représentation..
Chez Wallerstein Immanuel Wallerstein soutient que la souveraineté est un . Selon lui, la souveraineté pleine n'a jamais existé, car tous les États se sont construits face à d'autres communautés politiques. De fait, ..
Chez Iris Murdoch En 1970, la philosophe Iris Murdoch publie un livre sur la « souveraineté du bien » (un ouvrage qui regroupe trois essais philosophiques indépendants, antérieurement publiés). où elle critique l’existentialisme et l’humanisme pour leur incapacité à penser ou expliciter la source du bien. En réponse à cette lacune, elle propose une alternative : le bien, ne vient pas de la volonté individuelle, mais d’une réalité transcendante que l’on approche par l’attention, l’art et la beauté. Elle s’inspire en cela, notamment, de la philosophie morale de Platon et de la philosophe Simone Weil, et défend une éthique du regard désintéressé, tournée vers l’extérieur..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Liens externes
Bibliographie Murdoch, I. (2023). La souveraineté du bien, ; L'Eclat. Carlet, F. (2016). Bien commun et souveraineté étatique: la dispute autour du Spitzberg. Bulletin de l'Institut Pierre Renouvin, 44(2), 31-40. Derrida, J. (2007). Le souverain bien–ou l'Europe en mal de souveraineté. Cités, 30(2), 103-140. Vanier, L. (2024). La souveraineté, un bien comptable?. Revue du droit public, (4), 162-168.
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