Le Rallye de Suède 1984 (34th International Swedish Rally), disputé du 10 au , est la cent-vingt-cinquième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la deuxième manche du championnat du monde des conducteurs de rallyes 1984. L'épreuve est également la quatrième manche du championnat d'Europe des rallyes, mais, pour la cinquième fois depuis 1973, a été évincée du championnat du monde des marquesRevue Sport Auto - .

Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|right|alt=Lancia 037|La Lancia Rally 037, la voiture championne en 1983. Comme l'année précédente, les Lancia seront absentes en Suède.

Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1984 intègre douze manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement dix sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Suède et le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclus). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :

Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10 % de la production).

Ayant perdu le titre constructeurs en 1983 face à la Scuderia Lancia, Audi a prévu de disputer l'intégralité du championnat 1984, alors que la marque italienne se concentre sur le championnat des marques. Après le triplé obtenu au dernier Rallye Monte-Carlo, la marque allemande a commencé la saison avec un net avantage sur ses rivales. Après le sacre d'Hannu Mikkola en 1983, c'est désormais avec Stig Blomqvist qu'Audi jouera le titre pilotes, le champion sortant ayant cette année un programme légèrement réduit.

L'épreuve

Le Rallye du soleil de minuit fut organisé pour la première fois en 1950. Initialement disputé en juin, il emmenait les concurrents jusqu'au cercle polaire à travers les piste scandinaves. Intégré au championnat d'Europe à partir de 1953L'année automobile 1953 - éditeur : Edita S.A., Lausanne . En 1966, les organisateurs le transformèrent en épreuve hivernale, avançant de quatre mois sa date. Il fut alors rebaptisé Rallye de SuèdeHistoire des rallyes - Tome 1, Michel Morelli et Gérard Auriol - Editions ETAI 2007, figurant toujours au calendrier du championnat d'Europe, puis à celui du championnat du monde dès sa création en 1973. Jusqu'en 1976, son itinéraire était tenu secret et seuls les pilotes locaux étaient en mesure de s'y imposer. Hannu Mikkola brisa l'hégémonie suédoise en 1981, en y imposant pour la première fois l'Audi Quattro à transmission intégrale, arme absolue sur un parcours totalement enneigé ou verglacé et invaincue ici depuis. Auteur de six succès entre 1971 et 1982, Stig Blomqvist y détient le record de victoires.

Le parcours thumb|right|upright=1.1|alt=Karlstad|Karlstad, ville départ et arrivée du rallye de Suède. départ : de Karlstad arrivée : à Karlstad distance : dont sur 27 épreuves spéciales surface : neige et glace Parcours divisé en trois étapesRevue L'Automobile -

Première étape Karlstad - Alster, le 10 épreuves spéciales,

Deuxième étape Alster - Alster, le 11 épreuves spéciales,

Troisième étape Alster - Karlstad, le 6 épreuves spéciales,

Les forces en présence Audi thumb|upright=1.2|right|alt=Audi Quattro|Quatre Audi Quattro groupe B seront au départ, dont deux directement engagées par Audi Sport et portant les couleurs HB. Grandissime favorite de l'épreuve, la marque allemande est présente en force avec quatre Quattro A2 groupe B, deux engagées par Audi Sport pour Stig Blomqvist et Michèle Mouton, les deux autres, aux mains de Per Eklund et de Lasse Lampi, étant également assistées par l'usine. Une cinquième Quattro avait été engagée par le pilote privé Antero Laine, mais ce dernier a déclaré forfait. Pesant , les coupés Quattro disposent d'une transmission intégrale. Dans sa dernière évolution, leur moteur cinq cylindres de , alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK, développe 360 chevaux à . La voiture de Lampi, plus ancienne que les trois autres, dispose d'une trentaine de chevaux de moins. Le constructeur est également présent en groupe A, Audi Suède ayant préparé une 80 Quattro (, moteur atmosphérique cinq cylindres développant 190 chevaux, quatre roues motrices) pour Mikael Ericsson, tandis que Gunnar Pettersson prend le départ sur un Coupé GT (traction, moteur cinq cylindres, 180 chevaux) prêté par Blomqvist. La voiture d'Ericsson est chaussée de pneus finlandais Taki, les autres Audi utilisant des MichelinRevue Auto hebdo - .

Opel Opel Suède a engagé une ancienne Ascona 400 groupe B (, moteur quatre cylindres de développé chez Cosworth, 230 chevaux) pour Mats Jonsson, une toute nouvelle Opel Kadett GT/E 1800 groupe A (, traction) pour Kenneth Eriksson, ainsi qu'une Ascona groupe A (, moteur deux litres, 185 chevaux) pour Björn Johansson. Le Swedish Junior Rallye Team aligne deux autres Ascona groupe A, confiées à Lars-Erik Torph et Jerry Åhlin.

Mazda Engagés à titre privé, Ingvar Carlsson et Thorbjörn Edling pilotent des berlines 323 groupe A à moteur atmosphérique (traction, 1300 cm3, 100 chevaux).

Saab La marque suédoise a renoncé à toute participation officielle ; elle est cependant représentée par Ola Strömberg et Erik Johansson, engagés à titre privé sur des Saab 99 Turbo groupe A (1050 kg, moteur quatre cylindres de deux litres de cylindrée d'une puissance de l'ordre de 200 chevaux).

Volvo Cinq 240 Turbo groupe A sont au départ, alignées par des équipes ou des pilotes privés, les plus en vue étant Anders Kulläng et Bror Danielsson. Ces grosses berlines de disposent d'un moteur deux litres suralimenté, développant 280 chevaux.

Volkswagen Bénéficiant de l'assistance du constructeur, Kalle Grundel a engagé sa Golf GTI groupe A. Pesant , elle est dotée d'un moteur quatre cylindres de alimenté par injection mécanique Bosch K-Jetronic, d'une puissance de 165 chevaux. Grundell utilise des pneus Taki.

Nissan Le Dealer Team Nissan a engagé une 240RS groupe B pour Sören Nilsson. Ce coupé pèse ; il est animé par un moteur quatre cylindres de alimenté par deux carburateurs double corps Solex développant près de 260 chevaux. Nilsson fait confiance aux pneus Taki.

Déroulement de la course Première étape Les soixante-six équipages s'élancent de Karlstad le vendredi matin, sous le soleil, en direction du nord. Le parcours est totalement enneigé et sans surprise les Audi Quattro imposent leur loi. Malgré des problèmes de turbocompresseur, Stig Blomqvist ne se laisse pas distancer par son coéquipier Per Eklund, les deux pilotes suédois se succédant au commandement. Avec Lasse Lampi troisième devant Michèle Mouton, les quatre Audi monopolisent les premières places, la Française accusant cependant une minute de retard sur les hommes de tête à mi-étape, après avoir été ralentie par une panne d'assistance de direction et des ennuis d'embrayage. Derrière les voitures allemandes, Ola Strömberg, cinquième au volant de sa Saab, occupe la tête du groupe A, juste devant la Volkswagen Golf de Kalle Grundel. Une fois ses problèmes de turbo réglés, Blomqvist va dominer les épreuves spéciales restantes et rallier Alster avec trente-neuf secondes d'avance sur Eklund, qui a perdu du temps dans l'avant-dernier secteur à cause de l'ouverture soudaine de la portière droite. Malgré de sérieux problèmes de tenue de route, Mouton termine l'étape à la troisième place, profitant de l'abandon de Lampi, sélecteur bloqué au point mort. Derrière les trois Audi, Stömberg, quatrième, domine toujours le groupe A, devant Grundel et l'Audi 80 de Mikael Ericsson.

+ classement à la fin de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Stig Blomqvist Björn Cederberg Audi Quattro A2 B 2 Per Eklund Dave Whittock Audi Quattro A2 B + 3 Michèle Mouton Fabrizia Pons Audi Quattro A2 B + 4 Ola Strömberg Per Carlsson Saab 99 Turbo A + 5 Kalle Grundel Peter Diekmann Volkswagen Golf GTI A + 6 Mikael Ericsson Rolf Melleroth Audi 80 Quattro A + 7 Björn Johansson Anders Olsson Opel Ascona i2000 A + 8 Mats Jonsson Åke Gustavsson Opel Ascona 400 B + 9 Lars-Erik Torph Jan Svanström Opel Ascona i2000 A + 10 Kenneth Eriksson Lennart Larsson Opel Kadett GT/E 1800 A + 11 Stig Andervang Ove Lindell Ford Escort RS1800 B + 12 Gunnar Pettersson Arne Pettersson Audi Coupé A + 13 Erik Johansson Anders Bonnevier Saab 99 Turbo A + 14 Jerry Åhlin Urban Karlsson Opel Ascona i2000 A + 15 Gert Blomqvist Magnus Andersson Opel Kadett GT/E A +

Deuxième étape Comprenant onze secteurs chronométrés, l'étape du samedi est la plus longue des trois. Grundel abandonne après seulement quelques kilomètres, moteur cassé. Peu après, dans la difficile spéciale de Godäsen, Eklund manque un changement de vitesses à l'abord d'une courbe rapide et, roues bloquées, ne peut éviter un mur de neige. L'équipage va mettre plus d'un quart d'heure pour dégager l'Audi, et plonge à la vingtième place du classement général. Mouton se retrouve deuxième, à trois minutes et demie de Blomqvist. Ericsson est également sorti de la route, mais n'a perdu qu'une minute et demie avant de pouvoir repartir, alors qu'une crevaison a coûté quatre minutes à Strömberg. Ces incidents permettent à Björn Johansson (sur Opel Ascona) d'accéder à la troisième place et de prendre la tête du groupe A. Johansson est talonné par les Ascona de Mats Jonsson (groupe B) et Lars-Erik Torph (groupe A). C'est désormais sur la lutte pour la troisième place que repose l'intérêt de la course, loin derrière les deux Audi de tête. Après avoir changé de marque de pneumatiques, Ericsson est beaucoup plus à l'aise et remonte bientôt à la quatrième place. Il va terminer l'étape à seulement dix secondes de Johansson, alors que devant Blomqvist a achevé l'étape avec près de cinq minutes d'avance sur Michèle Mouton. Constamment à l'attaque, Eklund est revenu en septième position.

+ classement à la fin de la deuxième étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Stig Blomqvist Björn Cederberg Audi Quattro A2 B 2 Michèle Mouton Fabrizia Pons Audi Quattro A2 B + 3 Björn Johansson Anders Olsson Opel Ascona i2000 A + 4 Mikael Ericsson Rolf Melleroth Audi 80 Quattro A + 5 Mats Jonsson Åke Gustavsson Opel Ascona 400 B + 6 Lars-Erik Torph Jan Svanström Opel Ascona i2000 A + 7 Per Eklund Dave Whittock Audi Quattro A2 B + 8 Kenneth Eriksson Lennart Larsson Opel Kadett GT/E 1800 A + 9 Jerry Åhlin Urban Karlsson Opel Ascona i2000 A + 10 Gert Blomqvist Magnus Andersson Opel Kadett GT/E A + 11 Sören Nilsson Sven-Erik Andersson Nissan 240RS B + 12 Ingvar Carlsson Ragnar Spjuth Mazda 323 1300 A + 13 Thorbjörn Edling Hans Andersson Mazda 323 Turbo A + 14 Lasse Jönsson Ulf Sundberg Porsche 924 Carrera GTS B +

Troisième étape