Les Allemands de la Légion étrangère française dans la guerre d'Indochine représentent des effectifs de plusieurs dizaines de milliers de soldatsFrance Télévisions le 30/04/2014.., et plus de la moitié de la Légion étrangère française dans ce conflit lié à la décolonisation. Ils ont été envoyés sur les opérations les plus difficiles et les plus dangereuses de la guerre d'Indochine et, selon les historiens, une partie est passée à l'ennemi en cours de conflit.

Contexte En 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, des centaines de milliers de prisonniers allemands sont parqués dans des camps français, mais le problème dépasse de loin les compétences de la France : les Alliés devaient gérer au total en Europe onze millions de prisonniers de guerre allemands, détenus dans des conditions difficiles, dont plus d’un demi-million sous l'autorité directe de la France. Ces chiffres incluent les capturés pendant l'opération Overlord et à autres pris en Normandie, lors de la bataille de Falaise, en . Entre 1944 et 1948, près de de guerre allemands ont péri dans ces camps.

Pour pallier le manque de soldats disponibles au moment de la tentative française de « reprise en main de la colonie » indochinoise, une solution fut rapidement mise sur pied : le , le consensus politique français vota les crédits d'un corps expéditionnaire destiné à cette colonie. Une vaste campagne de recrutement fut alors lancée dans différents territoires allemands sous occupation française : Württemberg-Hohenzollern, Pays de Bade, Rhénanie-Palatinat et Sarre, avec des bureaux de recrutement et des campagnes d’affichage.

Poids dans la Légion étrangère française La moitié des effectifs de la Légion étrangère était allemande et leur langue y était parlée. Les Allemands « spécialisés » dans l'artillerie, les unités mobiles, les blindés notamment, étaient très recherchés pour l'Indochine, ainsi que les parachutistes.

Les prisonniers allemands enrôlés dans la Légion française furent entre et sur un contingent de , et

La proportion de SS parmi eux varie, selon les estimations, de 8 à 10%, dans les classes d'âge inférieures. La Légion étrangère n'a , mais la guerre d'Indochine n'a pas non plus été dénoncé par certains articles de L'Humanité d’après-guerre ou de l’organe officiel du parti au pouvoir en Allemagne de l’Est Neues Deutschland, selon Pierre Thoumelin.

Thèse de Pierre Thoumelin Les situations endurées au combat sur le front par ces Allemands de la Légion étrangère, et leur poids dans les effectifs, étaient relativement inconnus avant la thèse d'histoire de Pierre Thoumelin, à l’université de Caen« Les légionnaires allemands et la guerre d'Indochine 1946-1954 », thèse de doctorat au Centre de recherche d'histoire quantitative de Caen, sous la direction de Michel Boivin..

Pierre Thoumelin, 25 ans, officier de gendarmerie français en formation, s'est lancé dans cette thèse de doctorat d'histoire, en exploitant les archives du registre des soldats de l’armée allemande tombés au cours des deux dernières guerres mondiales, révélant que plus de étaient « morts pour la France » et ce, juste après la Seconde Guerre mondiale, certaines familles demandant que cette mention soit retirée du dossier de leur fils.

Pertes et opérations C'est au cours de la guerre d'Indochine que la Légion étrangère a connu ses plus grosses pertes (plus de ), plus qu'au cours de la Première Guerre mondiale, selon Pierre Thoumelin. À la bataille de Diên Biên Phu, qui s'est soldée par de lourdes pertes, au terme d'opérations très risquées, environ ont combattu dans six bataillons de légionnaires.

Passages à l'ennemi Certains légionnaires ont déserté, passant au service du Việt Minh, dont une partie sont ensuite revenus en République démocratique allemande, accueillis en héros d’une guerre communiste, parfois contraints de participer à des meetings politiques contre la France coloniale.

Un documentaire diffusé par Arte en 2005 a raconté le parcours d'un légionnaire fait prisonnier par un groupe viet-minh, qui l'a mené à leur capitaine allemand, et estimé qu'environ allemands auraient changé de camp pendant la guerre d'Indochine, In Foreign Service, documentaire diffusé par Arte, 2005..

Participation des anciens SS Archives allemandes Les archives allemandes, restées inexploitées jusqu'à la thèse de Pierre Thoumelin, en 2013, révèlent que des SS ont réussi à déjouer, en masse, les contrôles, passant les différents filtres, même si, sur allemands dans la Légion étrangère française, il n’y avait que à soit, en réalité, une proportion de moins d'un dixième, plutôt assez conforme à la proportion des différentes armées de l’Allemagne nazie.

La forte représentation des légionnaires issus de la Kriegsmarine et de la Luftwaffe s’explique par les nombreux marins allemands faits prisonniers dans les ports militaires du sud de la France..

Politique de la Légion Le cas d'ancien soldats de la Waffen-SS est ainsi resté une information sensible dans la Légion étrangère française au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Tout d'abord, l'autorité légionnaire nie leur présence, afin de ne pas entacher son prestige et ne pas se voir coller une étiquette fasciste. Mais de nombreux témoignages affirment le contraire. Les bureaux de recrutement ont donc enrôlé des soldats de la Waffen-SS en connaissant les antécédents militaires de leurs candidats. La Légion tente de repérer les anciens soldats de la Waffen-SS à l'aide de tatouages répandus dans la section.

Face aux polémiques, la Légion étrangère dissimula son action et minimisa dans ses statistiques le nombre d’Allemands. Ainsi, elle a refusé de communiquer les dossiers personnels, même si ces anciens SS étaient, en réalité, minoritaires dans ses rangs.

Polémiques Dans la presse Si la France a essayé de dissimuler le rôle des Allemands dans ses guerres coloniales, c'est en raison de polémiques entretenues dans la presse française pendant la guerre d'Indochine, tendant à réduire leur place à celle d'anciens SS, et plus tard résumés dans le livre polémique La Garde du diable : des SS en Indochine, publié en 1974 par le Canadien Georges Robert Elford.. Un colonel du régiment étranger d’infanterie fut notamment questionné sur la présence de plus de 50 % d’Allemands au sein d’un renfort de . Certaines rumeurs parlèrent même de la présence des auteurs du massacre d'Oradour-sur-Glane.

Dès le ., Grégoire Koulischer, chroniqueur de politique étrangère du quotidien du Parti socialiste belge, Le Peuple, avait observé que l'armée française emploie, via la Légion étrangère,

À L'Humanité, le chef du service international Pierre Courtade, qui a séjourné dans les maquis viet minh., fin 1952 début 1953, et contribué à un numéro spécial de 80 pagesBiographie Le Maitron de Pierre Courtade ., son adjoint et successeur Yves Moreau y consacrent aussi de nombreux articles et livres, certains accusant la France de complaisance à l’égard des « ex-nazis de la Légion étrangère » envoyés en Indochine sur les missions les plus difficiles : sur les qui y servirent, près de 12 % périrent, soit le pire taux de pertes humainesAmicale de Saïgon-Vietnam..

Accusations de pratiques de la torture

Le , le jeune résistant René L'HermitteBiographie Le Maitron de René L'Hermitte ., envoyé à Saïgon comme envoyé spécial de L'Humanité cite un officier dénonçant des tortures contre des prisonniers Viet-minh.

En , le journal Témoignage chrétien publie le récit de Jacques Chegaray sur l'utilisation de la torture en Indochine par l'Armée. et deux mois après c'est le nouveau quotidien breton Ouest-Matin, fondé peu avant par des chrétiens de gauche, qui fait d'autres révélations, suscitant l'animosité d'une bonne partie des chrétiens contre la guerre.

Les cas des rexistes belges Le cas de Roger Degueldre, fondateur et leader militaire des commandos Delta de l'Organisation armée secrète, a attiré l'attention de la presse, dès le putsch des généraux d'Alger, sur le cas des rexistes belges ayant rejoint l'armée française. Il existe une polémique sur le passé de Roger Degueldre, ses soutiens affirmant qu'il était résistant, et ses détracteurs qu'il a servi dans la légion wallonne SS. Le fils d'une de ses victimes a publié une enquête à ce sujet.

Notes et références

Bibliographie Ouvrages cités . .

Articles cités . . . .

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