Le Rallye du Portugal 1984 (18º Rallye de Portugal Vinho do Porto), disputé du 6 au , est la cent-vingt-sixième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la troisième manche du championnat du monde des rallyes 1984.
Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|right|alt=Lancia 037|Après la Stratos en 1974, 1975 et 1976, la Rally 037 a permis à la Scuderia Lancia d'obtenir un quatrième titre en 1983.
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1984 intègre douze manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement dix sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Suède et le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclus). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :
Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production).
Comme l'année précédente, le championnat du monde 1984 se joue entre Audi et la Scuderia Lancia, tenante du titre. Après le triplé réalisé au Rallye Monte-Carlo (Walter Röhrl l'emportant devant ses coéquipiers Stig Blomqvist et Hannu Mikkola), la marque allemande a brillamment remporté la première manche. Victorieux en Suède où seul le classement des pilotes était pris en compte, Blomqvist est quant à lui favori pour le titre des conducteurs.
L'épreuve
C'est en 1967 que César Torres, avec le patronage de la compagnie aérienne TAP, mit sur pied l'organisation du premier rallye TAP. Comme le Rallye Monte-Carlo, son parcours comprend plusieurs itinéraires de concentration à partir de grandes villes d'Europe. Longtemps dominée par Jean-Pierre Nicolas et sa Renault 8 Gordini, l'épreuve fut finalement remportée par le Portugais José Albino, sur une voiture identique, seulement onze des cinquante-sept équipages engagés parvenant à terminer la course. Par son organisation remarquable et son tracé sélectif, le rallye TAP (qui deviendra rallye du Portugal en 1975) acquiert rapidement une renommée internationale et intègre le championnat d'Europe des rallyes dès 1970, puis le championnat du monde en 1973. Le premier choc pétrolier a contraint les organisateurs, à partir de 1974, à restreindre le parcours au seul territoire portugais, abandonnant les itinéraire de concentration. S'étant imposé à quatre reprises entre 1975 et 1981, Markku Alén détient le record de victoires sur cette épreuve.
Le parcours thumb|right|alt=circuit d'Estoril|L'autodrome d'Estoril, point de départ du rallye du Portugal. vérifications techniques : à Estoril départ : d'Estoril (depuis l'autodromeRevue Sport Auto - ) arrivée : à Estoril remise des prix : à Estoril distance : 2400 km dont 685 km sur 45 épreuves spéciales surface des épreuves spéciales : asphalte (20%) et terre (80%) Parcours divisé en quatre étapesRevue L'Automobile - avril 1984
Première étape Estoril - Sintra - Porto - Póvoa de Varzim, du 7 au distance : 744 km dont sur 15 épreuves spéciales surface des épreuves spéciales : asphalte
Deuxième étape Póvoa de Varzim - Viana do Castelo - Póvoa de Varzim, le distance : 422 km dont sur 10 épreuves spéciales surface des épreuves spéciales : terre
Troisième étape Póvoa de Varzim - Peso da Régua - Viseu, le distance : 487 km dont sur 12 épreuves spéciales surface des épreuves spéciales : terre
Quatrième étape Viseu - Poiares - Tomar - Estoril, le distance : 747 km dont sur 8 épreuves spéciales surface des épreuves spéciales : terre
Les forces en présence thumb|upright=1.15|right|alt=Audi Quattro A2|L'Audi Quattro A2 de Walter Röhrl. Lancia Quatre Rally 037 groupe B ont été préparées chez Abarth : trois sont directement engagées par la Scuderia Lancia pour Markku Alén, Attilio Bettega et Henri Toivonen (qui effectue sa première course dans l'équipe), la dernière étant engagée par le Jolly Club pour Massimo Biasion. Pesant 960 kg, ces berlinettes sont motorisées par un quatre cylindres de 2111 cm3, placé en position centrale arrière. Alimenté par un système d'injection mécanique Bosch Kugelfischer associé à un compresseur volumétrique Abarth, il développe 325 chevaux à 8000 tr/min. Au côté des voitures d'usine, le pilote local António Rodrigues s'aligne sur sa 037 personnelle. Les Lancia sont chaussées de pneus PirelliRevue Auto hebdo - 15 mars 1984.
Audi Audi Sport a engagé quatre Quattro A2 groupe B, trois pour ses pilotes habituels Hannu Mikkola, Walter Röhrl et Stig Blomqvist, la quatrième étant la voiture de reconnaissance de Blomqvist, confiée pour la circonstance au pilote sud-africain Sarel van der Merwe. Dotés d'une transmission intégrale, ces coupés pèsent 1100 kg. Leur moteur cinq cylindres de , en position longitudinale avant, est alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK. Avec une pression de suralimentation d'un bar et demi, il développe plus de 350 chevaux à 7000 tr/min. Les Audi utilisent des pneus Michelin.
Toyota thumb|right|alt=Toyota Celica TCT|La Toyota Celica TCT groupe B. Le Toyota Team Europe aligne deux Celica TCT groupe B, confiées à Björn Waldegård et Juha Kankkunen. Ces coupés à transmission classique pèsent 1050 kg ; ils sont équipés d'un moteur quatre cylindres de 2090 cm3, avec injection électronique Nippondenso et turbocompresseur KKK. La puissance maximale ressort à 360 chevaux à 8500 tr/min. La marque est également représentée en groupe A, avec notamment la présence des Corolla des pilotes privés Jorge Ortigão, António Coutinho et Kiyoshi Inoue. Les Toyota ont opté pour des pneus Pirelli.
Renault Renault Portugal engage deux 5 Turbo groupe B, dont la préparation a été assurée par les ateliers Bozian en région lyonnaise, pour Jean Ragnotti et Joaquim Moutinho. Ces petites berlines à moteur central arrière pèsent 960 kg. Équipé d'un système d'injection Bosch K-Jetronic et suralimenté par un turbocompresseur Garrett, leur petit quatre cylindres de 1397 cm3 développe plus de 300 chevaux à 7000 tr/min. Elles sont chaussées de pneus Michelin.
Nissan Le Team Nissan Europe a engagé une 240RS groupe B, initialement prévue pour Timo Salonen. Durant les reconnaissances, une hernie discale a cependant contraint le pilote finlandais à céder sa place à son compatriote Erkki Pitkänen, qui n'a disposé que de quelques jours pour prendre la voiture en mains et découvrir brièvement le parcours. Ce coupé de 1030 kg est animé par un moteur quatre cylindres de 2340 cm3 alimenté par deux carburateurs double corps Solex développant 260 chevaux à 8000 tr/min. Pitkänen utilise des pneus Dunlop de fabrication japonaise.
Volkswagen Pilotant la Golf GTI engagée par Volkswagen Motorsport, Kalle Grundel est le favori du groupe A. Pesant 900 kg, sa petite berline est munie d'un moteur quatre cylindres de 1781 cm3, placé en position transversale avant, alimenté par injection mécanique Bosch K-Jetronic. La puissance disponible est d'environ 165 chevaux. Grundell utilise des pneus Pirelli.
Citroën Comme l'année précédente, Christian Dorche pilote sa Visa Chrono groupe B privée. Petite traction de 800 kg, la Visa Chrono dispose d'un moteur quatre cylindres de 1434 cm3, alimenté par deux carburateurs Weber double corps, développant 135 chevaux. Elle est chaussée de pneus Michelin.
Déroulement de la course Première étape Triple boucle Estoril - Sintra thumb|right|alt=Sintra|La première partie du rallye se déroule dans la région de Sintra. Les soixante-dix équipages prennent le départ depuis le circuit d'Estoril, le mercredi matin. Ils doivent accomplir une triple boucle comprenant trois tronçons chronométrés, soit neuf épreuves spéciales (sur bitume) pour cette demi-étape. Le terrain est favorable aux Lancia, Henri Toivonen se montrant d'emblée extrêmement rapide pour sa première course au sein de l'écurie italienne, pulvérisant les records de l'année précédente. Il remporte les cinq premières spéciales, à l'issue desquelles il possède déjà dix-sept secondes d'avance sur Markku Alén et plus de vingt sur ses deux autres coéquipiers, Massimo Biasion et Attilio Bettega. Au sein de l'équipe Audi, c'est Walter Röhrl, cinquième, qui résiste le mieux ; malgré la moindre compétitivité de la lourde Quattro sur l'asphalte, le pilote allemand a concédé moins de trente secondes, alors qu'Hannu Mikkola et Stig Blomqvist (ralenti par un problème de commande d'embrayage) accusent un retard de l'ordre de la minute et sont même devancés par la Lancia du pilote privé António Rodrigues. Cependant, dans le deuxième passage du secteur de Sintra, Toivonen, surpris par les gravillons et les feuilles mortes, part en travers à la sortie d'un virage à droite ; il parvient presque à contrôler la glissade mais la route est étroite et l'arrière de sa voiture heurte brutalement un arbre. Les dégâts sont trop importants et le jeune Finlandais est contraint à l'abandon. Comptant une dizaine de secondes d'avance sur Biasion et Bettega, qui font pratiquement jeu égal, Alén hérite du commandement de la course. Röhrl, maintenant quatrième, est à moins de vingt secondes. Il précède Rodrigues, Mikkola, la Renault 5 Turbo de Jean Ragnotti et la Toyota de Juha Kankkunen, alors que Blomqvist n'est que neuvième. Au cours du troisième passage, Bettega déborde Biasion pour le gain de la deuxième place, tandis que Mikkola prend le meilleur sur Rodrigues. Alén achève le parcours avec un avantage de onze secondes sur Bettega et de dix-sept sur Alén. Röhrl est toujours quatrième, provisoirement car le champion allemand a heurté un rocher aussitôt après l'arrivée de la huitième épreuve spéciale ; ayant dû faire réparer la suspension avant de son Audi, il encourt sept minutes de pénalisation routière. Séparés d'une minute et respectivement quatorzième et quinzième au classement général, Kalle Grundel (sur Volkswagen) et le pilote local 'Pêquêpê' (sur Opel) se disputent la victoire en groupe A.