Le Tour de Corse 1984 ( Tour de Corse), disputé du 3 au , est la cent-vingt-huitième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la cinquième manche du championnat du monde des rallyes 1984. C'est également la quatrième manche du championnat de France des rallyes 1984Revue Sport Auto n°268 - mai 1984.
Contexte avant la course thumb|upright=1.1|right|alt=Audi Quattro|Les premières manches de la saison 1984 ont été favorables aux Audi Quattro. Le championnat du monde
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes comprend généralement une douzaine manches, comprenant les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Depuis 1979, le championnat des constructeurs a été doublé d'un championnat pilotes, ce dernier remplaçant l'éphémère Coupe des conducteurs, organisée à seulement deux reprises en 1977 et 1978. Le calendrier 1984 intègre douze manches pour l'attribution du titre de champion du monde des pilotes mais seulement dix sélectives pour le championnat des marques (le Rallye de Suède et le Rallye de Côte d'Ivoire en étant exclus). Les épreuves sont réservées aux catégories suivantes :
Groupe N : voitures de grande production de série, ayant au minimum quatre places, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs ; modifications très limitées par rapport au modèle de série (bougies, amortisseurs). Groupe A : voitures de tourisme de grande production, fabriquées à au moins 5000 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine ; poids minimum fonction de la cylindrée. Groupe B : voitures de grand tourisme, fabriquées à au moins 200 exemplaires en douze mois consécutifs, avec possibilité de modifications des pièces d'origine (extension d'homologation portant sur 10% de la production).
Ayant remporté le titre constructeurs en 1983 face à Audi, les Lancia Rally 037 ont été en ce début de saison dominées par les coupés Quattro du constructeur allemand, qui se sont imposés au Rallye Monte-Carlo avec Walter Röhrl ainsi qu'au Portugal grâce à Hannu Mikkola. Après les trois premières manches, Audi mène le championnat avec douze points d'avance sur la marque italienne, tandis que Mikkola est en tête du classement des pilotes devant son coéquipier Stig Blomqvist. N'ayant prévu de disputer que cinq épreuves cette année, Peugeot effectue en Corse sa rentrée au niveau mondial avec la très attendue 205 Turbo 16, aux mains d'Ari Vatanen et de Jean-Pierre Nicolas.
L'épreuve
Surnommé le « rallye aux dix mille virages », le Tour de Corse fut créé en 1956 à l'initiative du comte Peraldi et du docteur Jean Sermonard (alors respectivement présidents de l'Automobile Club de Corse et du syndicat d'initiative d'Ajaccio). Les difficultés du parcours ont rapidement valu à cette épreuve une renommée internationale. Intégré au championnat d'Europe en 1970, le Tour de Corse figure au calendrier du championnat du monde depuis sa création en 1973. S'étant imposé à six reprises entre 1970 et 1981, Bernard Darniche y détient le record de victoires.
Le parcours thumb|upright=1.1|right|alt=Ajaccio|Départ et arrivée auront lieu à Ajaccio. départ : d'Ajaccio arrivée : à Ajaccio distance : dont sur 30 épreuves spéciales surface : asphalte Parcours divisé en trois étapesRevue Auto hebdo - 17 mai 1984
Première étape Ajaccio - Sartène - Quenza - Vivario - Bastia, le 580,7 km dont 424,63 sur 11 épreuves spéciales
Deuxième étape Bastia - Saint-Florent - Corte - L'Île-Rousse - Calvi, le 407,85 km dont 274,52 km sur 8 épreuves spéciales
Troisième étape Calvi - Évisa - Campo Dell'Oro - Aullène - Sartène - Propriano - Ajaccio, le 629,25 km dont 431,14 sur 11 épreuves spéciales
Les forces en présence thumb|upright=1.1|right|alt=Audi Sport Quattro|La nouvelle Audi Sport Quattro groupe B. Lancia La Scuderia Lancia a engagé deux Rally 037 groupe B pour Markku Alén et Attilio Bettega. Elle est épaulée par le Jolly Club, avec deux modèles identiques pour Adartico Vudafieri et Massimo Biasion, tandis que la 037 de l'Écurie Chardonnet est aux mains de Jean-Claude Andruet. Ces cinq voitures ont été préparées dans les ateliers Abarth de Turin. Leur moteur central arrière a une cylindrée de 2111 cm3 ; alimenté par un système d'injection mécanique Bosch Kugelfischer associé à un compresseur volumétrique Abarth, il développe 320 à 8000 tr/min, celle-ci pouvant au besoin être portée à 330 chevaux en jouant sur la pression de suralimentation. En configuration asphalte, les 037 pèsent entre 965 et 970 kg. Elles sont chaussées de pneus PirelliRevue Auto hebdo - 10 mai 1984.
Audi Audi Sport aligne pour la première fois sa Sport Quattro groupe B, récemment homologuée et confiée pour la circonstance à Walter Röhrl. Reprenant l'architecture de la Quattro A2 (moteur cinq cylindres en position longitudinale avant, transmission intégrale permanente avec différentiel central), le nouveau modèle est plus court (empattement réduit de trente centimètres) et plus léger que sa devancière (1030 kg contre 1070). Il dispose d'un nouveau moteur de 2110 cm3 à double arbre à cames en tête et vingt soupapes. Alimenté par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK, il développe 425 chevaux à 7500 tr/min. Au côté de Röhrl, Stig Blomqvist dispose d'un coupé Quattro A2 groupe B (2121 cm3, simple arbre à cames en tête, dix soupapes, injection Bosch et turbo KKK, 350 chevaux à 7000 tr/min), tout comme Bernard Darniche qui court sous les couleurs de Yacco. Les Audi utilisent des pneus Michelin.
Peugeot thumb|upright=1|right|alt=Peugeot 205 Turbo 16|La Peugeot 205 Turbo 16 groupe B : moteur central arrière associé à une transmission intégrale, un nouveau concept en rallye. Homologuée en groupe B en avril, la Peugeot 205 Turbo 16 effectue en Corse sa première apparition en championnat du monde, avec deux exemplaires confiés à Ari Vatanen et Jean-Pierre Nicolas. Impliqué dès le début du projet dans la mise au point de la 205 T16, Nicolas l'avait fait débuter en course en , lors du Trophée Jean-François Piot, à Sarlat, se classant deuxième de cette très courte épreuve, ouverte aux prototypes, derrière la Citroën Visa 1000 Pistes de Philippe WambergueRevue Auto hebdo - 4 novembre 1983. Pour ce modèle à transmission intégrale, l'équipe technique de Peugeot-Talbot Sport a opté pour une disposition transversale arrière du moteur quatre cylindres. D'une capacité de 1775 cm3, il est doté d'une distribution à double arbre à cames en tête et quatre soupapes par cylindres. Comme sur les Audi concurrentes, l'alimentation est régie par un système d'injection électronique Bosch associé à un turbocompresseur KKK. Avec une pression de suralimentation de 1,3 bars, la puissance maximale est de 340 chevaux à 7500 tr/min. Pesant 975 kg, les 205 sont équipées de pneus Michelin TRX.
Renault Renault Sport aligne une 5 Turbo 'Tour de Corse' groupe B pour Jean Ragnotti. Cette voiture à moteur central arrière pèse 935 kg. D'une cylindrée de 1397 cm3, le quatre cylindres à injection Bosch, suralimenté par turbocompresseur Garrett, développe 300 chevaux à 7000 tr/min. Bruno Saby (sous les couleurs Philips) et François Chatriot (soutenu par DIAC) pilotent des modèles identiques, tout comme Didier Auriol, engagé à titre privé. De nombreux pilotes indépendants disposent de 5 Turbo en version 260 chevaux, l'un des plus en vue étant Jean-Pierre Manzagol qui va disputer son dix-neuvième Tour de Corse. La marque française est également présente en groupe N, avec notamment les deux 11 Turbo d'Alain Oreille et Jean-Pierre Deriu. Tous utilisent des pneus Michelin.
Opel Opel Euro Team a préparé une seule Manta 400 groupe B, confiée à Guy Fréquelin. De conception classique, ce coupé de 980 kg est doté d'un moteur quatre cylindres de 2420 cm3 développé par Cosworth. Alimenté par deux carburateurs Weber double corps, il développe 277 chevaux à 7250 tr/min. Fréquelin utilise des pneus Michelin.
Alfa Romeo Yves Loubet et Bertrand Balas prennent le départ sur leurs coupés Alfetta GTV6 groupe A avec lesquels ils disputent le championnat de France. Pesant 1120 kg, ils sont motorisés par un V6 de 2492 cm3. Contrairement à Loubet qui dispose de 220 chevaux, Balas a cassé son moteur groupe A et doit se contenter d'un bloc de série (160 chevaux). Tous deux ont opté pour des pneus Pirelli.
Volkswagen Kalle Grundel dispose de son habituelle Golf GTI groupe A, engagée par Volkswagen Motorsport. Pesant 880 kg, elle est mue par un moteur quatre cylindres de 1781 cm3 alimenté par injection mécanique Bosch K-Jetronic développant 160 chevaux. Elle est chaussée de pneus Pirelli.
Déroulement de la course Première étape Ajaccio - Quenza Les concurrents s'élancent d'Ajaccio le jeudi matin, sous un ciel menaçant. Les routes sont alors sèches et les Scuderia Lancia dominent la première épreuve spéciale, Attilio Bettega devançant ses coéquipiers Markku Alén et Massimo Biasion, devançant nettement la Renault 5 Turbo de Jean Ragnotti et la Peugeot 205 Turbo 16 d'Ari Vatanen, ce dernier ayant pris un départ très prudent. Le pilote finlandais passe à l'attaque dès le deuxième tronçon chronométré, où il réalise le meilleur temps et dépossède Alén de la troisième place, tandis que la Lancia de Jean-Claude Andruet est retardée par un problème de boîtier électronique ; le Français perd alors plus de huit minutes et dégringole de la sixième à la soixante-deuxième place du classement général. Bettega, qui a conservé la tête, va se montrer le plus rapide dans les trois épreuves suivantes, ralliant le parc fermé de Quenza avec une demi-minute d'avance sur Biasion. Alén a repris la troisième place, mais la lutte avec Vatanen reste très serrée, seulement trois secondes séparant les deux hommes, Ragnotti n'étant pas loin derrière. Étrennant la nouvelle Sport Quattro, Walter Röhrl, huitième, est le meilleur représentant d'Audi, mais la maniabilité du nouveau modèle sur asphalte est loin de répondre aux attentes du constructeur allemand. Mécontent du comportement de son Opel, Guy Fréquelin ne pointe qu'en treizième position. Seizième sur son Alfa Romeo, Yves Loubet est en tête du groupe A. Malgré des problèmes de boîte de vitesses et de tenue de route, Andruet a déjà regagné quarante-deux places.
+ classement au regroupement de Quenza Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Attilio Bettega Sergio Cresto Lancia Rally 037 B 1 h 45 min 43 s 2 Massimo Biasion Tiziano Siviero Lancia Rally 037 B 1 h 46 min 13 s + 30 s 3 Markku Alén Ilkka Kivimäki Lancia Rally 037 B 1 h 47 min 02 s + 1 min 19 s 4 Ari Vatanen Terry Harryman Peugeot 205 Turbo 16 B 1 h 47 min 05 s + 1 min 22 s 5 Jean Ragnotti Jean-Marc Andrié Renault 5 Turbo B 1 h 47 min 14 s + 1 min 31 s 6 Adartico Vudafieri Luigi Pirollo Lancia Rally 037 B 1 h 47 min 21 s + 1 min 38 s 7 Jean-Pierre Nicolas Charley Pasquier Peugeot 205 Turbo 16 B 1 h 48 min 13 s + 2 min 30 s 8 Walter Röhrl Christian Geistdörfer Audi Sport Quattro B 1 h 48 min 43 s + 3 min 00 s 9 Bruno Saby Jean-François Fauchille Renault 5 Turbo B 1 h 49 min 37 s + 3 min 54 s 10 François Chatriot Michel Périn Renault 5 Turbo B 1 h 50 min 05 s + 4 min 22 s 11 Bernard Darniche Alain Mahé Audi Quattro A2 B 1 h 51 min 04 s + 5 min 21 s 12 Stig Blomqvist Björn Cederberg Audi Quattro A2 B 1 h 51 min 18 s + 5 min 35 s 13 Guy Fréquelin 'Tilber' Opel Manta 400 B 1 h 52 min 09 s + 6 min 26 s 14 Jean-Pierre Manzagol Stanislas Motte Renault 5 Turbo B 1 h 54 min 44 s + 9 min 01 s 15 Ange-Paul Franceschi Patrick Giudicelli Renault 5 Turbo B 1 h 54 min 47 s + 9 min 04 s 16 Yves Loubet René Alemany Alfa Romeo Alfetta GTV6 A 1 h 55 min 08 s + 9 min 25 s 20 Jean-Claude Andruet Martine Rick Lancia Rally 037 B 1 h 56 min 52 s + 11 min 09 s
Quenza - Bastia