300px|vignette|droite|Fusilier de la Légion arabe à Mersa Matruh le 28 mai 1940. L'Égypte est le théâtre d'affrontements majeurs dans la campagne d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale, étant le lieu des première et seconde batailles d'El Alamein. Représentant légalement un royaume indépendant, et un pouvoir souverain égal dans la copropriété du Soudan anglo-égyptien, en réalité le pays est fortement sous l'influence coercitive du Royaume-Uni, un état de fait ayant persisté depuis l'intervention militaire britannique en 1882 lors de la révolte ʻUrabi, en faveur du Khédive d'Égypte, Tewfik Pacha, occupant par la suite le pays. La domination britannique continue des affaires égyptiennes, y compris les efforts britanniques pour exclure l'Égypte de la gouvernance du Soudan, provoqua une opposition nationaliste égyptienne féroce au Royaume-Uni. Par conséquent, bien qu'ayant accueilli des milliers de soldats britanniques après le déclenchement du conflit, comme tenue de le faire par traité, l'Égypte resta formellement neutre pendant la guerre, ne déclarant la guerre aux puissances de l'Axe qu'au printemps 1945. Bien qu'échappant au sort de l'Irak et de l'Iran, dont les deux gouvernements furent renversés par le Royaume-Uni pendant la guerre (ce dernier en conjonction avec l'Union soviétique), l'Égypte connut l'incident du palais d'Abedin, une confrontation entre le roi d'Égypte Farouk et les militaires Britanniques en 1942, dont les résultats contribueront directement à la révolution égyptienne de 1952 une décennie plus tard.

Contexte Histoire de l'influence britannique

Pendant la majeure partie du XIX siècle, bien que théoriquement un État vassal autonome de l'Empire ottoman, l'Égypte sous la dynastie Muhammad Ali était un État pratiquement indépendant, avec des possessions territoriales de plus en plus importantes en Afrique de l'Est, principalement au Soudan. Bien qu'ayant embrassé l'influence culturelle française tout au long du règne de la dynastie Muhammad Ali — la langue française devenant la deuxième langue parlée derrière la langue arabe — c'est finalement le Royaume-Uni qui devient la puissance étrangère dominante en Égypte et au Soudan. En 1875, face à une urgence économique causée en grande partie par ses grands plans de modernisation, le Khédive égyptien, Ismaïl Pacha, vendit au gouvernement britannique les parts de l'Égypte dans la Compagnie Universelle du canal maritime de Suez, la société créée par l'Égypte pour détenir le bail de 99 ans pour la gestion du canal de Suez. Considéré par le Royaume-Uni comme un lien vital avec son empire maritime, en particulier en Inde, le contrôle britannique du canal était à la base du contrôle britannique sur l'Égypte dans son ensemble. Quatre ans plus tard, en 1879, le Royaume-Uni et les autres grandes puissances déposèrent et exilèrent Ismaïl, le remplaçant par son fils docile Tewfik.

Tewfik est considéré comme un chef d’État fantoche par les nationalistes égyptiens et sa politique répressive, notamment l'annulation des réformes progressives de son père, l'éloigne immédiatement des Égyptiens, en particulier dans l'armée. En 1881, une révolte nationaliste menée par Ahmed Urabi éclate contre le pouvoir de Tewfik. Urabi dénonce les injustices perçues des conditions économiques qui avaient été imposées à l'Égypte par les grandes puissances après le retrait d'Ismaïl. Considérant Urabi et les révolutionnaires comme une menace potentielle pour le contrôle britannique du canal de Suez, le Royaume-Uni accède à l'appel à l'aide de Tewfik et un corps expéditionnaire britannique est déployé en Égypte en 1882, écrasant avec succès la révolte et exilant le leader du putsch. Le Royaume-Uni déclare son engagement à retirer ses forces une fois l'autorité du Khédive rétablie, cependant, en réalité, le pays est désormais sous contrôle britannique de facto. De 1882 jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale en 1914, le statut juridique de l'Égypte en tant qu'État vassal autonome de l'Empire ottoman demeure inchangé, mais en réalité, le pays est administré en tant que protectorat voilé du Royaume-Uni. Lors de l'entrée de l'Empire ottoman dans la Première Guerre mondiale aux côtés des puissances centrales, la fiction juridique de la souveraineté ottomane sur l'Égypte prend fin et le sultanat d'Égypte qui avait été détruit par les Ottomans en 1517 est rétabli. Ce changement de statut nominal n'est cependant guère plus que symbolique, le Royaume-Uni stipulant l'Égypte comme protectorat plutôt qu'État indépendant, le contrôle britannique du pays demeurant inchangé. Huit ans plus tard, en 1922, à la suite de la révolution égyptienne de 1919 et de la pression nationaliste égyptienne croissante, le Royaume-Uni reconnait officiellement l'Égypte comme un État indépendant. Cependant, l'instrument juridique par lequel cette reconnaissance est faite par le Royaume-Uni est délibérément émis unilatéralement sans le consentement du gouvernement égyptien afin de leur permettre de se réserver des pouvoirs spécifiques en Égypte en matière de politique étrangère, le déploiement de militaires britanniques personnel et l'administration du Soudan. Cela fournit aux Britanniques une base pour continuer à dominer l'Égypte et le Soudan sur les plans politique et économique, qui favorisera une opposition nationaliste égyptienne accrue à l'approche de la Seconde Guerre mondiale.

Roi d'Égypte Farouk

L'adolescent Farouk accède au trône d'Égypte et du Soudan à la mort de son père, le roi Fouad I, en 1936. Ayant atteint sa majorité peu avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le tout jeune roi tient à ce que l'Égypte reste neutre dans le conflit. Bien qu'ayant été partiellement éduqué au Royaume-Uni, les sympathies de Farouk rejoignent ceux des nationalistes égyptiens s'opposant à la domination continue du Royaume-Uni sur les affaires égyptiennes et soudanaises. De plus, une fois la guerre déclenchée, les termes du traité anglo-égyptien de 1936, signé alors que Farouk venait de devenir roi en tenant un rôle encore minoritaire, contraignirent l'Égypte à autoriser le stationnement des troupes britanniques sur son territoire. Le retour des soldats britanniques dans les rues égyptiennes quelques années seulement après leur retrait ou leur transfert dans la zone du canal de Suez, a accru l'opposition déjà puissante de l'Égypte vis-à-vis du Royaume-Uni. L'insistance britannique militant pour l'expulsion ou l'internement des Italiens en Égypte (y compris les Italiens au service du roi) aggrava encore les relations entre le roi et le Royaume-Uni. Farouk confia notamment à l'ambassadeur du Royaume-Uni, : . Cette remarque était une référence à l'épouse italienne de l'ambassadeur.

En , à la suite des victoires de l'Allemagne dans la campagne d'Afrique du Nord, les Britanniques craignent de plus en plus une attaque allemande contre le canal de Suez. Le Royaume-Uni tient à ce que le roi Farouk nomme un Premier ministre favorable à la position britannique. Celui-ci refuse cependant de céder aux pressions britanniques et insiste sur le fait que la question de la nomination du Premier ministre égyptien est une question de souveraineté nationale. L'impasse aboutira à l'incident du palais d'Abedin. Dans la nuit du , des soldats et des chars britanniques encerclent le palais du roi Farouk à Alexandrie pour obliger le roi à limoger le Premier ministre Hussein Sirri Pacha en faveur de Mostafa El-Nahas, que le gouvernement britannique estime comme plus efficace pour leur effort de guerre contre l'Axe. L'ambassadeur britannique, Miles Lampson, entre dans le palais et le menace d'une opération de bombardement, d'une destitution du trôle et d'un exil à l'étranger s'il ne cède pas aux exigences britanniques. Mohamed Naguib, un officier militaire distingué et l'un des futurs dirigeants de la révolution égyptienne de 1952, appelle à la résistance face aux Britanniques, promettant des officiers loyaux pour la défense du palais. Cependant, face aux risques encourus, le roi de 22 ans capitula et nomma Nahas.

L'incident est considéré comme une humiliation personnelle pour Farouk et une humiliation nationale pour l'Égypte. Gamal Abdel Nasser, alors jeune officier militaire qui dirigera plus tard la révolution de 1952 avec Mohamed Naguib, déclare l'incident comme une violation flagrante de la souveraineté égyptienne, et écrit : « J'ai honte que notre armée n'ait pas réagi contre cette attaque », souhaitant que « la calamité » rattrape les Britanniques.

Invasion italienne

droite|vignette|Journal de propagande montrant des troupes italiennes capturées sous garde britannique marchant sur Le Caire, janvier 1942. L'invasion italienne de l'Égypte débute par une opération tactique limitée vers Marsa Matruh, plutôt que pour les objectifs stratégiques esquissés à Rome, en raison du manque chronique de transport, de carburant et d'équipement sans fil, même avec des transferts de la 5 armée. La ville de Musaid est soumise à un bombardement d'artillerie à l'aube puis occupée. Les Britanniques se replient devant Buq Buq le tout en continuant à harceler l'avance italienne. Les Britanniques continuent leur recul, ralliant Alam Hamid le 15 et Alam el Dab le 16. Une force italienne de cinquante chars tente un mouvement de flanc, ce qui conduit l'arrière-garde britannique à se retirer à l'Est de Sidi Barrani. Le général italien Graziani stoppe ensuite l'avance.

Malgré l'aiguillon de Mussolini, les Italiens se retranchent autour de Sidi Barrani et Sofafi, à environ 130 km à l'Ouest des défenses britanniques à Mersa Matruh. Les Britanniques anticipent l'arrêt de l'avance italienne à Sidi Barrani et Sofafi et mènent des opérations d'observations de leurs positions. Les opérations navales et aériennes britanniques harcèlent l'armée italienne alors que la 7 division blindée se prépare à affronter une avance sur Matruh.

Défaite italienne

La Selby Force (groupe de défense de Marsa Matruh) garde les approches orientales de Sidi Barrani, tandis que le reste des troupes attaquent les camps fortifiés plus à l'intérieur des terres. Le , la 4 brigade blindée, qui protège les assaillants d'une éventuelle contre-attaque italienne de l'Ouest, avance vers le nord, coupe la route côtière entre Sidi Barrani et Buq Buq et déploie des patrouilles de véhicules blindés vers l'Ouest. La brigade blindée reste en réserve et le groupe de soutien bloque une approche de Rabia et Sofafi au Sud.

La brigade, soutenue par un escadron de chars Matilda II, d'avions de la RAF, de navires de la Royal Navy et de tirs d'artillerie, commence son avance à 09 h 00. Les combats se poursuivent pendant de nombreuses heures, sans gains substantiels, jusqu'à 13 h 30, lorsque les Chemises noires tenant deux bastions du côté Ouest se rendent soudainement. La brigade continue son avance avec le dernier des chars d'infanterie, un bataillon d'infanterie supplémentaire et le soutien du 2 Royal Tank Regiment.

La deuxième attaque débute juste après 16 h 00. L'artillerie italienne ouvre le feu sur l'infanterie lors de sa descente de cheval. Les dix derniers chars Matilda s'enfoncent dans la face Ouest des défenses de Sidi Barrani, et bien qu'ayant rencontrés l'artillerie italienne, cela s'avère inefficace. À 18 heures, environ 2 000 Chemises noires annoncent leur reddition. En deux heures, les premiers objectifs avaient été remplis ; seulement un secteur de 4 km à l'Est du port, tenu par une légion de Chemises noires et les restes de la division libyenne, résistait toujours. Les Britanniques continuèrent leur avance jusqu'à Marsa El Brega en .

Intervention allemande

Adolf Hitler déploie son armée en Afrique du Nord à partir de (voir opération Sonnenblume). Les Deutsches Afrikakorps du général Erwin Rommel ayant remporté de nombreuses victoires à Tobrouk en Libye, dans un schéma de blitzkrieg classique, balayent largement les forces britanniques. En quelques semaines, les Britanniques avaient été repoussés d'Égypte.