Les Rougon-MacquartLe « g » de Rougon se prononce Ɡ et non ʒ. Voir Le point G de Sarkozy. sont un cycle de vingt romans d'Émile Zola publiés entre 1871 et 1893. Sous-titré Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, le cycle constitue pour l'auteur un vaste projet romanesque :
Inspiré de La Comédie humaine de Balzac, le cycle explore les effets du milieu et de l'hérédité sur les individus à travers l'histoire d'une famille originaire de la ville fictive de Plassans, suivie sur cinq générations, de l'ancêtre Adélaïde Fouque jusqu'à un enfant à naître issu de la liaison de Pascal Rougon et de sa nièce Clotilde.
Par la diversité des milieux représentés et l'attention portée aux grandes mutations du Second Empire (haussmannisation, essor du chemin de fer, développement du commerce moderne, naissance du syndicalisme, etc.), Les Rougon-Macquart constituent l'une des œuvres majeures du naturalisme, dont Zola est l'un des principaux représentants.
vignette|upright=1.75|L'arbre généalogique des Rougon-Macquart (état de 1878).
Préambule Émile Zola est profondément marqué, vers 1865, par la découverte de l'œuvre d'Honoré de Balzac, notamment sous l'influence d'Hippolyte TaineDans la revue Les Nouveaux Essais de critique et d'histoire, 1865.. C'est dans ce contexte qu'il conçoit le cycle des Rougon-Macquart, tout en souhaitant se distinguer de son prédécesseur. Il a d'ailleurs laissé un texte explicitant cette ambition :
Généalogie et hérédité
Avant même de rédiger le premier roman de la série, Zola avait dressé, en 1868 puis 1869, un arbre généalogique de ses personnages. Modifié en 1878, puis en 1889, cet arbre sera publié dans sa version définitive en 1893, lors de la parution du Docteur Pascal, dernier ouvrage de la série.
Chaque membre de la famille Rougon-Macquart possède une case composée de trois parties : un bref résumé chronologique de sa vie, ses tendances héréditaires, et son métier (avec éventuellement des détails sur sa vie actuelle lorsqu'il n'est pas mort). Pour l'hérédité, Zola s'est inspiré des travaux du docteur Claude Bernard (1813-1878), empruntant des termes tels que « élection » (ressemblance exclusive avec l'un des deux parents), « mélange-soudure » (fusion des traits du père et de la mère dans le même produit) ou « innéité » (absence de traits héréditaires).
À titre d'exemple, voici la description de trois personnages parmi les plus célèbres : Gervaise (L'Assommoir) : née en 1828. Trois garçons d'un amant, Lantier, dont l'ascendance comporte des paralytiques ; celui-ci l'emmène à Paris et l'y abandonne. Épouse en 1852 un ouvrier, Coupeau, issu d'une famille alcoolique, dont elle a une fille. Meurt de misère et d'ivrognerie en 1869. Élection du père. Conçue dans l'ivresse. Boiteuse. Blanchisseuse. Étienne Lantier (Germinal) : né en 1846. Mélange-soudure. Ressemblance physique de la mère, puis du père. Mineur. Vit à Montsou, puis à Nouméa. Jacques Lantier (La Bête humaine) : né en 1844, meurt en 1870 dans un accident. Élection de la mère. Ressemblance physique du père. Hérédité de l'alcoolisme se transformant en folie homicide. État de crime. Mécanicien.
Zola entendait par son cycle « naturaliste » abolir la frontière entre science et littérature : son projet romanesque s'inspirait des sciences de l'époque, et utilisait l'arbre généalogique des Rougon-Macquart comme outil de « classification » des caractères héréditaires et sociaux..
, n'a pas été vérifiée dans ses œuvres et reste considérée comme apocryphe.
Liste des vingt romans N° Parution Titre Date de l'action Personnages principaux des Rougon-Macquart GénérationOrdre de lecture recommandé par ZolaL'ordre de lecture recommandé par Zola peut être trouvé dans le livre d'Ernest Alfred Vizetelly's Emile Zola, novelist and reformer: an account of his life & work (1904), ppg.348-364. 1 1871 La Fortune des Rougon 1790–1851 Pierre Rougon, Antoine Macquart, Silvère Mouret 1 et 21 2 1872 La Curée 1852–1863 Aristide Rougon-Saccard, Maxime Saccard 2 et 33 3 1873 Le Ventre de Paris 1858–1859 Lisa Macquart-Quenu, Claude Lantier 211 4 1874 La Conquête de Plassans 1858–1864 François et Marthe Mouret 26 5 1875 La Faute de l'abbé Mouret 1866 Serge Mouret 39 6 1876 Son Excellence Eugène Rougon 1856–1861 Eugène Rougon 22 7 1877 L'Assommoir 1850–1869 Gervaise Macquart 213 8 1878 Une page d'amour 1853–1855 Hélène Mouret-Grandjean, Jeanne Grandjean 210 9 1880 Nana 1867–1870 Anna Coupeau 317 10 1882 Pot-Bouille 1861–1863 Octave Mouret 37 11 1883 Au Bonheur des Dames 1864–1869 Octave Mouret 38 12 1884 La Joie de vivre 1863–1876 Pauline Quenu 312 13 1885 Germinal 1867–1869 Étienne Lantier 316 14 1886 L'Œuvre 1862–1876 Claude Lantier 314 15 1887 La Terre 1860–1869 Jean Macquart 218 16 1888 Le Rêve 1860–1869 Angélique Rougon 35 17 1890 La Bête humaine 1869–1870 Jacques Lantier 315 18 1891 L'Argent 1864–1869 Aristide Saccard, Victor Saccard 24 19 1892 La Débâcle 1870–1871 Jean Macquart 219 20 1893 Le Docteur Pascal 1872–1874 Pascal Rougon, Clotilde Saccard 2 et 320
Les romans peuvent se lire de manière indépendante, mais, pour une meilleure compréhension de la chronologie, il est préférable de les lire dans l'ordre de parution. Cependant, Émile Zola aurait recommandé un ordre de lecture différent. D'une manière générale, La Fortune des Rougon est le roman d'ouverture qui annonce les principaux personnages de la suite ; et Le Docteur Pascal en est le bilan final. Certains romans apparaissent comme des « suites » : La conquête de Plassans débouche sur La faute de l'abbé Mouret ; Pot-Bouille se prolonge par Au Bonheur des Dames ; L'Argent prolonge La Curée, et La Terre se prolonge par La Débâcle.
Personnages
Les personnages de la série Les Rougon-Macquart appartiennent à quatre générations successives. Les trois premières sont toutes décrites dans La Fortune des Rougon et évoquées dans Le Docteur Pascal, les deux premières constituant les principaux protagonistes du premier roman (avec Silvère Mouret).
Les fondateurs
Adélaïde Fouque Née en 1768, fille d’un riche maraîcher, elle est atteinte d’une légère folie. Sujette à des crises nerveuses et à des convulsions, elle montre une incompatibilité avec le monde extérieur. Son comportement est bien souvent puéril. Elle se marie d’abord, en 1786, avec Rougon, son garçon jardinier ; de cette union naît un fils, Pierre. Puis, après la mort de Rougon, elle se met en concubinage en 1789 avec Macquart, un contrebandier paresseux et quelque peu enclin à l’alcool. Bien que régulièrement battue par son amant, Adélaïde conçoit pour ce dernier un amour de louve. Deux enfants naissent de cette union : Antoine et Ursule. Ayant d’abord mis en avant sa vie de femme plutôt que celle de mère, elle demeure hantée par son péché : ne pas s’être assez occupée de Pierre. C'est pourtant celui-ci qui, après la mort de Macquart, la dépossède de ses biens. Elle élève plus tard Silvère Mouret, son petit-fils, après l’exécution duquel elle sombre définitivement dans la folie. Elle est alors internée à l'asile des Tulettes où elle mourra à l'âge de 105 ans.
Rougon Jardinier, mal dégrossi, mari d'Adélaïde Fouque. Il en a un enfant et meurt peu de temps après la naissance de celui-ci.
Macquart Contrebandier et amant d'Adélaïde Fouque. Il lui donne deux enfants ; il n’est pas décrit comme foncièrement mauvais, plutôt comme fainéant et ivrogne ; c’est à cause de lui que la lignée des Macquart s'avère marquée par une tendance à l’alcoolisme ; il meurt tué par un douanier.
Première génération Pierre Rougon Fils d'Adélaïde et d'un jardinier nommé Rougon, né en 1787. Très tôt, il développe le principal défaut de la branche des Rougon : l'ambition et l'avidité. Pierre a le désir de devenir bourgeois, il souhaite cela plus que tout autre chose. Afin d'accaparer la fortune de sa mère, il expulse de chez lui, par un fin stratagème, son demi-frère, Antoine, et marie sa demi-sœur, Ursule, à un chapelier du nom de Mouret. Il se marie à son tour avec la fille d’un marchand d’huile, Félicité Puech, et reprend le commerce familial. Ils ont cinq enfants : Eugène, Pascal, Aristide, Sidonie et Marthe. L'aîné, Eugène, grâce à son éducation et à son intelligence, gagne une haute place à Paris et sent venir le coup d'État du 2 décembre 1851. Il en informe son père qui, feignant d’être un brave et sachant qu’il court peu de risques, sauve Plassans des griffes d'insurgés imaginaires. Après le coup d’État, Pierre Rougon devient chevalier de la Légion d'honneur puis receveur particulier.
Antoine Macquart Fils de Macquart et d’Adélaïde Fouque, né en 1789. Tiré au sort, il part soldat, son demi-frère, Pierre Rougon, lui ayant promis de le racheter l'année suivante, ce qu'il ne fera pas. Libéré en 1815, il revient à Plassans où il ordonne à Pierre de lui rendre sa part d'héritage ; devant le refus de son frère, et par opposition à celui-ci, Antoine devient un républicain engagé, rêvant de pouvoir vivre sans travailler. Outre sa paresse, il a hérité de son père une forte tendance à l'ivrognerie. Il épouse Joséphine Gavaudan, dite Fine, dont il a trois enfants : Lisa, Gervaise et Jean. Violent, impossible à vivre, il est abandonné par ses enfants à la mort de sa femme. Devant se nourrir seul, il fait tout pour que la république gagne à Plassans et, lorsqu’il n’y a plus d’espoir, sur une idée de sa belle-sœur Félicité, il participe à une mise en scène faisant passer Pierre pour un héros. Grâce à ce simulacre, il reçoit mille francs, puis fuit à l’étranger, son frère lui ayant promis une bonne place à son retour.
Ursule Macquart épouse Mouret Fille de Macquart et d’Adélaïde Fouque, née en 1791. Elle se marie en 1810 avec Mouret, un chapelier, ce qui lui permet de fuir la maison où son demi-frère, Pierre Rougon, lui rend la vie difficile. Elle a trois enfants avec Mouret : François, Hélène et Silvère. Ils vont vivre à Marseille où elle meurt de phtisie en 1839.
Félicité Puech épouse Rougon Née Puech, elle épouse Pierre Rougon. Tout comme son mari, elle montre une avidité maladive, prête à tout pour devenir bourgeoise. Très intelligente, manipulant son mari, c’est grâce à elle qu'ils parviennent à leurs fins : elle soutient efficacement le camp des conservateurs et suggère l'idée du simulacre d'insurrection menée par Antoine Macquart, mise en scène qui fait de Pierre Rougon le maître politique de Plassans.
Joséphine Gavaudan épouse Macquart, dite « Fine »
Née Gavaudan, puis mariée à Antoine Macquart. Tout comme son mari, elle aime l’alcool, mais, à sa différence, c'est une grande travailleuse. Elle nourrit Macquart pendant plusieurs années, bien que celui-ci la batte et la vole. Elle meurt en 1850 d'une fluxion de poitrine.
Mouret Chapelier qui tombe fou amoureux d’Ursule Macquart. Il lui donne trois enfants. Après la mort de sa femme, il sombre dans la dépression et se suicide un an après.
Deuxième génération Eugène Rougon Fils aîné de Pierre et Félicité Rougon, né en 1811. Il reçoit une bonne éducation, fait des études de droit. Attiré par le pouvoir, il acquiert un haut poste à Paris, ce qui lui permet de prévoir le coup d'État du 2 décembre 1851. Il en prévient ses parents et les guide afin qu’ils profitent de la situation pour faire fortune et établir leur notoriété à Plassans. Dans La Fortune des Rougon, sa vie à Paris reste assez obscure, on sait juste qu’il est un proche du futur Napoléon III. Il réapparaît par la suite dans plusieurs volumes des Rougon-Macquart et plus particulièrement dans Son Excellence Eugène Rougon.
Pascal Rougon