Vladimir Samoïlovitch Horowitz (en , en ), né à Berditchev ou (selon Horowitz) à Kiev (Empire russe), le et mort à New York le , est un pianiste d'origine ukrainienne, naturalisé américain. Il fait partie des plus grands virtuoses de l'histoire du piano.
Pianiste mythique, admiré pour la puissance de son jeu, son timbre et sa virtuosité, Vladimir Horowitz a été considéré comme le plus grand pianiste de son temps, aussi bien par le public que par ses pairs : Clara Haskil, qui le surnommait « Satan au clavier », Martha Argerich, Sviatoslav Richter, Arcadi Volodos, Arthur RubinsteinC'est en entendant, lors d'un concert à Paris, son interprétation de deux études de Liszt d'après Paganini qu'Arthur Rubinstein comprit l'étendue du génie d'Horowitz et remit complètement en question son propre jeu., Sergueï RachmaninoffQuant à Sergueï Rachmaninoff, celui-ci annonça que Vladimir Horowitz interprétait encore mieux que lui et que les autres pianistes son mythique Rach 3 (citation : « Le Rach3 appartient à monsieur Horowitz »)..
La famille Horowitz
La famille Horowitz appartient à la bourgeoisie juive cultivée de l'Empire Russe. En outre, c'est une famille de musiciens comprenant de bons pianistes et compositeurs.
La grand-mère de Vladimir était une amie d’Anton Rubinstein, tandis que sa mère, Sofia, et son oncle, surnommé « L'oncle qui jouait fort », connaissaient personnellement Alexandre Scriabine.
Sofia Horowitz était elle-même pianiste, et apprit à Vladimir (ou Volodia, selon le surnom que lui donnait sa femme Wanda Toscanini ) à jouer du piano dès l'âge de .
Son père, Samuel Horowitz, était ingénieur en électricité et assurait la distribution en Russie de moteurs électriques allemands. C'est lui qui inscrivit la date de naissance « 1904 » dans de nombreux documents à la place de la vraie date de naissance de Vladimir : un moyen pour lui d'éviter le service militaire qui durait plusieurs années.
Biographie Vladimir Horowitz naît le à Kiev. Il est le plus jeune des quatre enfants de Samuel et Sofia.
À l'âge de , Vladimir voit sa mère jouer du piano. D'après les propos de celle-ci, il aurait alors fait semblant d'en jouer sur une fenêtre, qui se serait alors cassée, ensanglantant ses mains.
Horowitz apprend le piano dès , d'abord sous la férule de Sofia. En 1912, il entre au conservatoire de Kiev où il sera élève de Sergueï Tarnovski, de Vladimir Puchalsky, et de Felix Blumenfeld. En 1914, il rencontre Alexandre Scriabine.
À l'arrivée des communistes, la famille Horowitz autrefois heureuse et prospère est brisée. Jacob, le frère aîné, enrôlé dans l'armée, meurt pendant la révolution. George devient vagabond installé pendant un temps à Leningrad. L'État saisit l'entreprise de Samuel et le contraint à un travail bureaucratique fastidieux.
Pour son récital de fin d'études en 1920, Vladimir Horowitz joue la Toccata, adagio et fugue BWV 564 de Bach-Busoni, la Gigue en sol de Mozart, une Sonate de Beethoven (Horowitz a oublié s'il s'agissait de lAppassionata ou de l'opus 110), les Études symphoniques de Schumann, la Sonate en si bémol mineur de Rachmaninov, la Fantaisie en fa mineur de Chopin, . Il termine avec les Réminiscences de Don Juan de Liszt et selon Horowitz, ayant joué avec un tel éclat, le jury et tous les professeurs se sont levés pour exprimer leur approbation, ce qui, toujours selon ses dires, ne s'était jamais produit dans toute l'histoire du conservatoire. Pour son concerto obligatoire, il joue le troisième de Rachmaninov. Pour ses pièces de musique de chambre, il joue le quintette de Schumann et Winterreise de Schubert. Ses concerts connaissent un énorme succès. Blumenfeld ravi, écrit à Rachmaninov à New York au sujet de son talentueux élève et du succès qu'il rencontre avec la musique de Rachmaninov. Horowitz a alors .
Début en République russe puis URSS Son premier concert public documenté a lieu en à Kiev. Ensuite, Horowitz rencontre un violoniste d'Odessa, Nathan Milstein, et donne des concerts dans différentes villes de Russie avec lui et sa sœur Regina, pour lesquels ils sont souvent payés avec du pain plutôt qu'avec de l'argent, en raison de la situation économique difficile du pays. Depuis 1922, Horowitz, donnant des concerts dans les villes de l'Union soviétique, accumule un répertoire gigantesque en termes de volume. Ainsi, par exemple, en trois mois ( - ), il interprète plus de , composée de 20 concerts . Malgré ses premiers succès en tant que pianiste, Horowitz affirme qu'il voulait être compositeur, mais choisit une carrière de pianiste pour aider une famille qui a perdu toute sa fortune, y compris les instruments de leurs enfants, pendant la Révolution de 1917. Le succès des , comme les appelait un certain A. Uglov dans l'un des articles (sous ce pseudonyme se cachait le commissaire du peuple Anatoli Lounatcharski), est époustouflant. Des clubs d'admirateurs de ces jeunes musiciens voient le jour dans de nombreuses villes.
Berlin Le , Vladimir Horowitz a l'occasion de partir pour l'Allemagne (il est officiellement parti étudier). Certains documents sur Vladimir Horowitz indiquent que Mikhaïl Toukhatchevski est l'initiateur des , mais Nathan Milstein dans ses mémoires pointe directement vers Ieronim Ouborevitch (à l'époque, le Commissaire du peuple à la Défense était chargé des voyages à l'étranger), qui publie un permis de sortie. Avant de partir, Horowitz apprend et joue à Leningrad le le Premier Concerto pour piano de Tchaïkovski. Dans ses interviews, Horowitz déclare que son père, après avoir entendu sa représentation du concert à Leningrad, a déclaré : . Grâce à ce travail, il devient célèbre en Europe. Ce concerto joue un rôle dans la vie du pianiste : à chaque fois, triomphant dans les pays d'Europe et d'Amérique, Horowitz interprète précisément ce Concerto.
En , il donne un récital à Berlin (on le surnomme l'), il se produit également en concert à Hambourg.
Paris et l'Europe dit Arthur Rubinstein à la suite de la première saison d'Horowitz à Paris en 1926. À son arrivée à Paris, sa réputation l'a précédé et s'il est inconnu du grand public, il est attendu par les professionnels. Les critiques et le public sont immédiatement conquis par .
Horowitz donne son premier concert le au Conservatoire de Paris, là où Chopin avait donné sa première de lAndante spianato e Polonaise en 1835 ; si l’auditoire est réduit, les critiques importants sont présents et perçoivent que quelque chose de nouveau se produit. Son programme comporte la Toccata, Adagio et Fugue en do de Bach/Busoni ; la Sonate de Liszt, plusieurs pièces des Miroirs de Ravel (dont Alborada del gracioso) et Jeux d'eau ; et de Chopin, la Barcarolle, quelques études et mazurkas et la Polonaise en la.
Le sommet de sa première année est le récital à l'Opéra du ; le programme comprenait la Toccata, Adagio et Fugue en do de Bach/Busoni ; la Sonate de Liszt, six études de Chopin, trois mazurkas, et la Polonaise en la ; les deux études 2 et 6 d'après Paganini de Liszt, et la Rhapsodie espagnole de Liszt. Ses interprétation de la Romance sans paroles Op. 67 No. 4 de Mendelssohn, et de Liebesbotschaft de Schubert-Liszt sont bissées. Quant à ses Variations de Carmen, elles plongent le public dans une grande frénésie, et la police doit être appelée pour faire évacuer la salle.
Lors des dix années suivantes, il donne une trentaine de concerts à Paris, et fait sensation à chaque fois. Il est admis dans les cercles les plus prisés, en premier la maison de la princesse de Polignac. Il y rencontre Stravinsky, les Six (Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre), ou Nadia Boulanger. À Paris, Horowitz voit Arthur Rubinstein, Picasso, Braque, Vlaminck, Joyce et Hemingway ; Cocteau et Massine ; Ravel et Poulenc ; René Clair, Virgil Thomson et Diaghilev ; Dalí, Chagall ; ou encore Gertrude Stein. Chaliapin, Prokofiev, Stravinsky et Balanchine vivent à Paris ainsi que d'autres réfugiés russes. Jeune, beau, timide, brillamment talentueux, élégant dans sa tenue et son comportement, parlant couramment le français, Horowitz devient une figure de plus en plus populaire dans les salons. Il y rencontre tous les grands musiciens, littérateurs et personnalités de la société parisienne
Horowitz se souvient :
Dans certaines versions de l'histoire, Ravel ne se présente qu'à la fin de la conversation et laisse Horowitz bouche bée. Dans les salons, Poulenc et Horowitz deviennent de bons amis. Horowitz raconte :
Si Horowitz joue beaucoup en Allemagne, il fait de Paris son quartier général. Il a un petit appartement rue Kléber à Paris. C'est tout ce qu'il pouvait se permettre. Jusqu'à son départ pour l'Amérique en 1928, il joue beaucoup dans toute l'Europe mais ne gagne pas beaucoup d'argent. Horowitz se retrouve à jouer dans la plupart des pays européens, allant du Portugal à l'Angleterre en passant par la Norvège, la Suède, l'Allemagne et l'Italie.
États-Unis
Le , il embarque pour les États-Unis. En 1928, il donne son premier concert américain sous la direction de Thomas Beecham (premier concerto de Tchaïkovski au Carnegie Hall, avec l'Orchestre philharmonique de New York). Dans le public se trouvent Josef Lhévinne, Josef Hofmann, Benno Moiseiwitsch et Sergueï Rachmaninov. Ayant fait la connaissance de ce dernier, Horowitz devient rapidement son ami. Lui-même pianiste virtuose, déclare au sujet de son Troisième concerto qu'il n'a pas imaginé qu'on puisse le jouer aussi brillamment qu'Horowitz. Spécialement pour celui-ci, qui en fera une spécialité de son répertoire, Rachmaninov redonne sa forme originelle à sa Deuxième sonate qu'il avait simplifiée, car il n'en dominait plus lui-même les difficultés techniques. En 1928, il fait ses premiers enregistrements et un concert à Londres. Puis en 1932, Horowitz enregistre la Sonate pour piano de Liszt. L'année suivante il rencontre Arturo Toscanini et donne son premier concert avec lui avec le Cinquième concerto de Ludwig van Beethoven).
En 1933, il épouse Wanda Toscanini et en 1936, se fixe à New York jusqu'en 1939, époque à laquelle il ne donne plus de concerts. En 1946, il signe un contrat d'exclusivité avec RCA Records, et crée en 1949 la Sonate en mi bémol mineur de Samuel Barber. Le , il donne un récital à New York pour le anniversaire de ses débuts américains. Puis arrive sa deuxième retraite (1953-1965), suivie d'enregistrements à domicile. Il fait sa rentrée le à Carnegie Hall, suivie d'une dizaine de récitals aux États-Unis (1965-1969). Arrive sa troisième interruption de carrière, entre 1969 et 1974.
En 1975, sa fille Sonia meurt à Genève.
On le retrouve en 1977 au Carnegie Hall, pour un récital, et le , à l'occasion du jubilé de ses cinquante ans de carrière, il interprète le Troisième Concerto de Sergueï Rachmaninov.
Dernières années, le retour en Russie En 1982, il donne deux concerts à Londres, et en 1985 il passe chez Deutsche Grammophon. Il donne deux récitals à Paris, au Théâtre des Champs-Élysées, et est décoré Chevalier de la Légion d’honneur et de l'Ordre du Mérite de la République italienne.
L'homme généralement considéré comme le plus grand pianiste du monde, archétype du romantisme et dernier grand descendant direct de l'ancienne école russe de piano, apparaît à cette époque sur une scène russe après une absence de soixante et un ans. Le , il donne un concert à Moscou, au conservatoire Tchaïkovski. Il le dira lui-même : . En 1987 Vladimir Horowitz décrit ses sentiments alors qu'il faisait route vers la Russie :
Mais quelques jours avant son apparition dans la Grande Salle du Conservatoire de Moscou, il vit une autre expérience émotionnelle puissante. Peu après son arrivée à Moscou, Horowitz déclare aux autorités qu'il veut visiter la maison de Scriabine. Lorsque Scriabine a donné un concert à Kiev, l'oncle d'Horowitz Alexandre fait en sorte que son neveu de onze ans rencontre le grand pianiste-compositeur. Ils ont une courte visite. Horowitz s'en souvient :