Les rois coutumiers de Wallis-et-Futuna sont les dirigeants des trois royaumes coutumiers d'Uvea, d'Alo et de Sigave rassemblés au sein de la collectivité d'outre-mer française de Wallis-et-Futuna, située en Polynésie, dans l'océan Pacifique.

Wallis-et-Futuna cohabite avec les monarchies océaniennes de Samoa et de Tonga.

L'autorité et les prérogatives des rois coutumiers sont reconnues par le statut de Wallis-et-Futuna de 1961. Ce sont les trois dernières monarchies actives et reconnues par l'État sur le territoire françaisCe sont bien les derniers rois extra-politains, car en métropole, le dernier roi des Français est Louis-Philippe , qui règne entre 1830 et 1848.. Ils reçoivent une indemnité de l’État.

Depuis le peuplement des trois îles de Wallis, Futuna et Alofi par des populations austronésiennes de culture Lapita, devenues ensuite polynésiennes, différentes chefferies se sont mises en place.

La monarchie wallisienne a subi une influence tongienne à partir du . Le nombre de royaumes a varié au cours de l'histoire, jusqu'à être figé au par les missionnaires, particulièrement à Futuna, divisée entre Alo et Sigave.

Ces rois sont appelés et en langues locales (futunien et wallisien) ; le terme français de est considéré par les anthropologues comme une traduction imparfaite. Ils occupent un rôle essentiel dans la vie des trois royaumes. Ils sont responsables du maintien de l'ordre social et de la qualité de vie des habitants, gèrent la justice coutumière, en particulier les questions liées au foncier, et s'occupent de l'environnement et des ressources naturelles…

Ils sont assistés d'une chefferie pour la gestion des différentes affaires locales. Dans ces sociétés très religieuses, les rois sont considérés comme les intermédiaires entre Dieu et les humains. L'importance symbolique des souverains est forte et un langage particulier est utilisé pour s'adresser à eux.

La monarchie wallisienne et futunienne est aristocratique. Les charges royales circulent entre les familles nobles () du royaume. La charge n'est pas héréditaire, les souverains sont choisis par les familles royales après des négociations qui peuvent durer plusieurs mois. Elles mènent parfois à de longues crises de succession (Exemple : la crise coutumière qui secoue Uvea depuis ).

En général, les règnes ne durent que quelques années. La fonction royale est majoritairement masculine. Le royaume d'Uvea a choisi quatre femmes pour la fonction suprême.

Terminologie En français, le nom des dirigeants coutumiers est ou . Cette appellation est introduite par les missionnaires au .. Cette traduction ne correspond pas entièrement à la conception polynésienne du pouvoir, mais reste une transposition proche des termes polynésiens, d'où son utilisation courante.

Noms vernaculaires En wallisien et en futunien, les souverains sont appelés respectivement et . Ces termes correspondent à une fonction précise, qui n'est pas exactement équivalente à celle de roi en Occident. Ces rois coutumiers peuvent être qualifiés de : ils sont vénérés par la population locale. Ils pourraient aussi être définis comme des et des : ils président la justice coutumière du royaumePour l'anthropologue Françoise Douaire-Marsaudon, ce terme peut en effet se traduire par .. Aucun véritable équivalent n'existe en français..

La coutume L’adjectif « coutumier » renvoie à la coutume. À Wallis-et-Futuna, le mot désigne les valeurs fondamentales et les règles de vie collectives. Traditionnelles, ces valeurs ont incorporé des apports extérieurs, comme la religion catholique. La coutume désigne aussi les échanges de vivres et de prestations, dans un système de dons et contre-dons (). Enfin, le mot peut également définir la chefferie, ses membres, ses pratiques et ses valeurs. Les rois coutumiers règnent à la manière du pays, nommée en wallisien .

Titres Il existe en tout cinq titres à Wallis-et-Futuna. Le désigne le roi à Wallis même si, dans le royaume d'Uvea, on utilise plutôt le titre de .

À Futuna, le terme désigne aussi le roi, mais il existe un titre pour chaque royaume : , utilisé par le roi d'Alo, et , utilisé par le roi de Sigave..

Le titre de d'Uvea apparaît après la victoire du district d'Hahake sur les deux autres districts de l'île, Mu’a et Hihifo, vers les années .. Dans le district victorieux de cette guerre, la population descend de la lignée des Takumasiva ; d'anciens Tongiens s'étant installés sur l'île, le district commence à transformer la monarchie coutumière en établissant notamment un nouveau titre, celui de Lavelua. Selon la légende, le détenteur du titre doit pouvoir ressentir une connexion avec les ancêtres. Entre et , pendant le règne de la reine Falakika Seilala, ce titre se transforme en titre royal..

Le souverain d'Alo porte le titre de , mais était auparavant .. En futunien, signifie chef. Quant à Agaifo, c'est l'ancien nom du royaume d'Alo. Cela signifie dans la traduction française ..

Le souverain de Sigave porte le titre de ou de , en fonction de la famille à laquelle le roi appartient.. signifie également chef en futunien. Sigave est le nom du royaume, ce qui donne en français .

Il ne faut pas confondre ces titres de roi de Futuna avec le poisson , qui vit au bord de l'île et dont le nom rend hommage à Akihito, un empereur du Japon..

Histoire

Le peuplement de Wallis et de Futuna a lieu entre et avant notre ère.. Les chefferies se sont progressivement structurées de manière indépendante sur chaque île, étant notamment influencées à Wallis par les invasions tongiennes au . La christianisation de ces deux îles dans les années entraîne une structuration des différentes chefferies par les missionnaires et fige les frontières des royaumes d'Alo et de Sigave. En , Wallis-et-Futuna sont rassemblées dans un protectorat. En , Wallis-et-Futuna devient un territoire d'outre-mer français : un équilibre institutionnel est créé dans lequel les rois coutumiers tiennent une place aux côtés de l'administration française.

Création des chefferies et royaumes

Conquête tongienne à Wallis () et premiers rois vignette|Image satellite de Wallis.|alt=île brune et blanche au centre d'un lagon formé par une barrière de corail circulaire, le tout entouré de mer bleue

Au début du , des petites communautés humaines sont présentes à Wallis. Ces groupes, éparpillés, se trouvent en grande partie sur la côte ouest de l'île, face aux passes du lagon. Par la suite, ces communautés se répandent dans tout Wallis.. Des Tongiens envoyés par leur roi, le Tu'i Tonga Kau'ulufonua Fekai, arrivent aux alentours du et les indigènes éparpillés sur l'île ne résistent pas à l'invasion. Le Ga'asialili, ancien roi et chargé de la conquête, soumet alors le royaume d'Uvea et partage son territoire entre trois chefs : Hoko, Kalafilia et Fakate, ce qui correspondra ensuite aux premiers districts de l'île.

Pour asseoir leur domination sur l'île, les Tongiens occupent et construisent de nombreux forts : un des plus importants est celui de Kolo Nui. Cette période est alors appelée la ..

Elle s'arrête vers , à cause du désintérêt des Tongiens pour Wallis. Ils délèguent la direction de l'île aux Wallisiens, et mettent en place un système politique dynastique calqué sur le modèle tongien. Cependant, les Tongiens gardent un œil sur la direction de Wallis de par leur influence.

Une chefferie de type pyramidal est mise en place : à sa tête un () entouré de conseillers. À partir de la période dynastique, vers , débutent les généalogies des rois successifs de Wallis (). Environ un siècle après la conquête tongienne, Uvea reprend progressivement son autonomie vis-à-vis de Tonga, jusqu'à ce qu'un des proclame l'indépendance de l'île.

Évolution politique de Futuna en deux royaumes vignette|Image satellite de Futuna au nord et d'Alofi au sud.|alt=Deux îles vertes au milieu d'une mer bleue, une en haut de forme trangulaire, une autre plus petite en bas de forme presque carrée Futuna n'a pas subi le même sort que Wallis et a résisté aux invasions tongiennes.. La tradition orale rapporte des liens étroits avec les Samoans, dont l'arrivée s'est faite de manière pacifique.

Les souverains du royaume d'Alo seraient ainsi originaires de Samoa (lignée de Fakavelikele). À partir de l'an , face à l'expansionnisme tongien dans la région, les habitants se replient vers l'intérieur des terres et construisent de nombreux forts ().. Futuna reste morcelée en de multiples groupes rivaux qui s'affrontent régulièrement et nouent des alliances en cas de danger commun.

Les Futuniens réussissent à repousser les invasions tongiennes, même si ces dernières laissent des traces dans la culture locale : ainsi, le kava est adopté comme symbole du pouvoir de la chefferie..

La dernière période de l'histoire futunienne, à partir de , est dite de la (), en référence à la terre brune des tarodières. À cette époque, il n'existe pas de royaumes mais différentes chefferies réunies dans les montagnes. Les habitants quittent celles-ci pour s'installer de nouveau en bord de mer.. Durant cette phase, les différentes entités politiques indépendantes et rivales de Futuna s'unifient progressivement. Cela entraîne le rassemblement des populations autour de chefs appelés en futunien..

Lorsque les missionnaires maristes français débarquent à Futuna le , il ne reste plus que deux entités politiques rivales : le royaume de Sigave et celui de Tu'a, bientôt renommé en royaume d'Alo. Ces deux royaumes s'affrontent régulièrement. Le a lieu la guerre de Vai, la dernière que Futuna connaît. Le royaume d'Alo en sort vainqueur et Sigave est vaincu. Après cet épisode, Niuliki devient roi de l'ensemble de Futuna jusqu'à sa mort en .. À sa disparition, l'unique royaume se scinde en deux : Alo et Sigave, un roi est couronné dans chaque royaume..

Christianisation vignette|Ancienne carte de l'archipel des Îles Horn avec Futuna et Alofi, comprenant les royaumes de Sigave et d'Alo.|alt=Carte du fond jaune, avec des lignes noires dessinant les îles de Futuna et d'Alofi

À la fin des années , des missionnaires maristes (notamment Pierre Bataillon et Pierre Chanel) convertissent les habitants des deux îles au catholicisme.. À Wallis, Soane-Patita Vaimua Lavelua est le premier souverain baptisé.. Ceux de Futuna suivent peu après. Les missionnaires prennent de l'importance auprès des différentes chefferies et deviennent un pouvoir incontournable dans les deux îles. Ils sont en grande partie à l'origine de la rédaction et de la traduction des lois émises par les rois coutumiers.

À partir du Code de Wallis (appelé en wallisien ), promulgué en par la reine Amelia Tokagahahau, la royauté est structurée par les missionnaires. Le code affirme le pouvoir suprême du (roi de Wallis).. Il fixe par écrit la composition de la chefferie : six ministres, ainsi que trois chefs de districts et 21 chefs de village, tous nommés par le roi. Il transforme la religion catholique en religion officielle..

Ce code est assez vite oublié : la population perçoit la royauté wallisienne comme d'origine ancestrale, alors même qu'elle avait auparavant évolué entre les différents clans et familles royales au gré des guerres.

Protectorat (1888-1961)

gauche|vignette|Lusiano Aisake est l'un des nombreux à avoir régné pendant le protectorat. Il est sur le trône d' à .|alt=Photo en noir et blanc d'un homme à la moustache blanche. Le , le protectorat de Wallis-et-Futuna est promulgué. Demandé depuis par la reine Amelia Tokagahahau Aliki sous l'influence des missionnaires, qui souhaitent protéger les îles catholiques des influences protestantes voisines, il est signé par le en et les deux rois futuniens l'année suivante.

Il rassemble pour la première fois Wallis et Futuna dans une même entité politique.. Toutefois, ce protectorat ne se traduit pas par une colonisation à proprement parler : la présence française est très réduite sur les deux îles..