4′33″ est une œuvre musicale composée par John Cage, souvent décrite comme mais qui est en fait constituée de sons de l'environnement que les auditeurs entendent ou créent lorsqu'elle est interprétée.

L'œuvre est écrite pour le piano et est structurée en trois mouvements. Sur la partition, chaque mouvement est présenté au moyen de chiffres romains (, & ) et est annoté (« il se tait » en latin), qui est le terme utilisé dans la musique occidentale pour indiquer à un instrumentiste qu'il doit rester silencieux pendant toute la durée du mouvement.

Conception de l'œuvre

À la fin des années , Cage visita la chambre insonorisée de l'université Harvard. Cage s'attendit à « entendre » le silence lorsqu'il entra dans la chambre, mais comme il l'écrivit plus tard :

Cage était sceptique quant à la fiabilité des commentaires de l'ingénieur, particulièrement sur le fait de pouvoir entendre son propre système nerveux. Quelle que fût la vraie réponse, Cage était allé voir dans un endroit où il s'attendait au silence total, mais y trouva quand même du bruit. Plus tard, il ajouta : C'est à ce moment qu'il réalisa l'impossibilité de trouver le silence quel que soit l'endroit et qui le mena à composer son morceau le plus populaire : 4'33".

Cage écrivit dans Les Confessions d'un compositeur () que son désir le plus cher était de pouvoir composer un morceau de silence ininterrompu. Ce dernier durera et , qui est la longueur standard de la musique « en boîte » et que son titre sera « une prière silencieuse ». Cage commenta son œuvre :

Les autres influences de ce morceau proviennent des arts visuels : des amis de Cage, tel Robert Rauschenberg avaient produit une série de peintures « blanches ». Apparemment « vides », ces toiles changeaient de ton en fonction de la luminosité de la pièce dans laquelle elles étaient exposées ou en fonction de l'ombre des personnes les visualisant. Ces dernières ont beaucoup inspiré Cage sur la possibilité de créer une œuvre employant ce même vide, mais dans le domaine musical cette fois-ci.

Une autre influence probable est celle du bouddhisme zen et de la notion taoïste de non-agir. John Cage suivit pendant deux années les cours que le Daisetz Teitaro Suzuki donna à partir de à l'université Columbia de New York.

Une note de John Cage complète cette partition :

Structure La partition indique trois mouvements : (0:00–0:30) (0:31–2:53) (2:54–4:33)

Craig M. Wright commente :

Interprétations

Le morceau a été interprété par David Tudor le , au de Hurley, près de Woodstock, dans l'État de New York, en tant que partition de musique contemporaine pour piano. Le public l'a vu s'asseoir au piano, et fermer le couvercle. Après un moment, il l'ouvrit, marquant ainsi la fin du premier mouvement. Il réitéra cela pour les deuxième et troisième mouvements. Le morceau avait été joué et pourtant aucun son n'était sorti. Ce que voulait son auteur, c'est que quiconque qui aurait écouté attentivement aurait entendu du bruit involontaire. Ce sont ces bruits imprévisibles qui doivent être considérés comme étant la partition de musique dans ce morceau. Ce dernier demeure encore controversé à ce jour, et est vu en tant que provocation de la définition même de la musique :

La longueur de 4′33″ est en fait désignée par pur hasard. Et c'est ce temps qui donne son titre à l'œuvre.

Cependant, Cage l'a précisé à plusieurs reprises, même si la pièce conserve le titre 4′33″, la durée totale ne doit pas nécessairement se limiter à cette période, bien que ce soit la pratique de Tudor, le créateur. Dans la version imprimée en , il indique que . Néanmoins, Cage a également informé William Fetterman, en , que la pièce pourrait, par exemple durer , bien que la division en trois mouvements doive être conservée. Il existe d'ailleurs deux autres versions de 4′33″ : une en notation espace-temps littérale, sans barres de cinq lignes, écrites en pour le dédicataire de 4′33″, , et une révision marginale de la version de , préparé par Cage dans le milieu des années .

Une autre théorie, provenant du philosophe et spécialiste de John Cage, Daniel Charles : : .. Il indique que 4'33" pourrait être un à la Marcel Duchamp du fait que John Cage se trouvait en France lors de l'année de composition de l'œuvre et que sur les claviers de machines à écrire en AZERTY le 4 correspond au signe « ' » et le 3 au signe « " ».

Ce morceau (qui en réalité est plus une expérimentation : l'imagination de John Cage .) se veut être une remise en question de la notion même de la musique. Cage considérait que . , et il a eu l'ambition de dépasser ce qui est réalisable sur un morceau de papier en laissant la part totale à l'aléatoire (les éventuels bruits extérieurs dénués d'intention musicale mais pouvant être perçus comme du son en activité). Il est une invitation à l'écoute de cette activité qui ne s'arrête jamais.

Tudor vient confirmer ces propos en disant à propos de l'œuvre qu'elle

. à la suite de Cage dégage trois corollaires : ; ; .

Postérité

David Grubbs, invite à comparer ce , propre à l'écoute des sons d'un site physique particulier, à une œuvre de Luc Ferrari intitulée Presque rien .

Khatia Buniatishvili a enregistré une version de 4'33'' en 2020 chez Sony Classical sur un CD intitulé Labyrinth.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . . Kyle Gann, No Silence. 4' 33'' de John Cage (No Such Thing as Silence: John Cage's 4' 33'', 2014), traduit de l'anglais (États-Unis) par Jérôme Orsoni, Paris, Allia, 2014. .

. . . . Christian Tarting, "Se taire est un récit", in Jean-Pierre Cometti & Éric Giraud (éds.), Black Mountain College. Art, démocratie, utopie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. "Arts contemporains", 2014, pp. 101-106. .

Articles connexes Liste des œuvres musicales silencieuses Partition graphique

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