La maison forte de Nanc est un fortification secondaire située sur la commune française des Trois-Châteaux (dont fait partie Nanc-lès-Saint-Amour), dans le département du Jura en région Bourgogne-Franche-Comté.
Description
La maison forte est un parallélogramme rectangle de 24 mètres de longueur sur 14 mètres de largeur, élégamment orienté vers le sud-est avec 3 étages. Le milieu de la face principale présente une grosse tour circulaire avec escalier à vis. Les fenêtres étaient à meneaux. Des commodités donnent directement sur le dehors.
Une des tours carrées était crénelée, comme on peut le voir sur une fresque de l'abbé Jules-François Moirod, dans la chapelle de Nanc.
Historique
Les lieux frontières sont souvent riches en histoire. Le fief de Nanc, à la frontière de ce qui fut duché, comté, royaume, empire, et enfin, unifié dans une république, n’échappe pas à la règle. C’est d’autant plus le cas de par sa localisation sur la multimillénaire «route du sel» des sauneries de Salins.
Confiscation par Philippe Le Bon au profit de Nicolas Rolin (1433) vignette|240px|«Vierge du chancelier Rolin». Jan Van Eyck 1435. Louvre
La date de construction de la maison forte n’est pas connue de façon certaine.
Plusieurs sources permettent d’émettre des hypothèses sérieuses.
La charte de franchise de la commune de Nanc de 1308 ne parle pas de château.
Par contre, un document de 1434 atteste de la confiscation de la seigneurie de Nanc au bailli d’aval du Comté de Bourgogne par Philippe Le Bon, duc de Bourgogne, au profit de son chancelier, le très puissant Nicolas Rolin (1376-1462). Il est précisé que la seigneurie est une «châtellenie», c’est-à-dire pourvue d’un château.
Cette confiscation a lieu au détriment d'Antoine de Laye (1400-1472), seigneur de Saint-Lager en Beaujolais, territoire des Beaujeu . Antoine de Laye l’avait obtenue de sa femme Françoise de Darbonnay (1402-1472), dame de La Roche-sur-Loue, qui avait été mariée précédemment au Comtois Jacques de Laubespin (1400-1433). La justification de la confiscation était la proximité trop forte du couple avec le roi de France Charles VII. Nous sommes encore en pleine guerre de Cent Ans et la Bourgogne est alliée aux Anglais, juste après la mort de Jeanne d’Arc en 1431, et juste avant le traité d’Arras de 1435.
Antoine de Laye a été marié, en premières noces, à Marie de Franchelins (1403-1430), dont le père Humbert de Franchelins, seigneur de Corcelles-en-Beaujolais, a été l’époux de Marie de La Palud (sœur de François de La Palud qui a fait condamner à mort le chancelier de Savoie, Guillaume de Bolomier, qui l’avait accusé, justement ou non, de trahison). Humbert meurt à Azincourt en 1415 aux côtés des Bourbons. Les Bourguignons s’abstiennent de participer à cette bataille de la guerre de Cent Ans contre les Anglais. Le château de Corcelles, qu’il a reçu en héritage de sa femme, vient d’être détruit par les Bourguignons en 1432.
À L’époque, Philippe Le Bon est l’homme fort de l’Europe, celui qui par le traité de Troyes en 1420, a pratiquement donné la France en héritage à l’Angleterre.
Nicolas Rolin, le fondateur des hospices de Beaune, est représenté sur le célèbre tableau de Jan Van Eyck, La «Vierge du chancelier Rolin» qui date de 1435. D’origine roturière, il a acquis au cours de sa carrière plus de 60 fiefs et châteaux aux duché et comté de Bourgogne, en partie aussi de par son mariage avec Guigone de Salins La Tour (1403-1470), une héritière d’une vieille famille des seigneurs de Salins, et de trésoriers lombards. Une étude historique montre qu’une bonne partie de ses châteaux servent surtout au contrôle des voies de communication stratégiques .
Avant la confiscation: les Dramelay et Laubespin
Les fiefs de Saint-Amour, Laubespin, Nanc, Coligny, etc. sont initialement issus du démembrement du grand fief des Dramelay au . La généalogie de Jacques de Laubespin est la suivante : Odet (vassal d'Étienne d’Andelot et fils de Guillaume III sire de Saint-Amour et de Laubespin, signataire de la charte de franchise de Laubespin en 1289. Guillaume III avait repris du fief d'Étienne de Coligny ses possessions sur le territoire de Nanc), Odet est signataire de la charte de franchise de Nanc, en 1308. Puis viennent Guyot, Froment, et Hughes III. Le XIV siècle a vu des conflits entre seigneur de Laubespin et de Saint-Amour au sujet de la terre de Nanc avec cession, donation, partage en deux, contestation, autorisation, puis requête de construction d’une place forte en 1333, non exécutée, puis annulée.
Rousset l’historien du XIX siècle des communes de Franche-Comté parle d’une maison forte au lieu-dit en Palent, qui se serait effondrée vers 1448 à la suite d'un glissement de terrain, et d’un châtelain, Jean De Palent, qui aurait pris refuge dans l’autre maison forte. Il n’y a pas de restes connus de cette maison forte d'en Palent.
On peut donc raisonnablement penser que la première maison forte de Nanc à son emplacement actuel date d’environ 1400 et est du fait d’un Laubespin. (Des travaux effectués bien plus tard mettent au jour des fondations, et un escalier à vif dans le roc, datant sans doute de l’époque de ce premier château.)
Il y avait déjà de très grands châteaux forts à Saint-Amour, à Coligny, Andelot, et Laubespin, celui de Laubespin, datant du XIIeme siècle, étant le plus grand, et le mieux stratégiquement situé, sur une hauteur, avec 4 tours, un fossé avec pont-levis, et à la croisée de 3 routes importantes, incluant la «la route du sel».
Le Saint-Empire-Romain-Germanique: les Champdivers et Les Gorrevod vignette|120px|Armes de la famille de Champdivers : d'azur au chevron d'or.
À la mort de Nicolas Rolin (1462), la confiscation se poursuit avec son fils Antoine Rolin et un procès avec le fils d’Antoine de Laye, Jean II (1420-1477). Malgré l'existence de son fils Jacques (1470-1494), sa fille aînée Clauda de Laye (1465-1505) hérite avec son époux Jean II de Champdivers (1450-1505).
Les Champdivers sont originaires d’un fief proche de Dole, mitoyen des fiefs de Neublans, Longwy, Molay, Rahon, Rye, en bordure du Doubs. Jean II est issu de cette illustre famille. Son arrière-grand-père Jean (1350-1411), fils d’une Salins La Tour, fut un célèbre chevalier de Jean Sans Peur, au bailli d’aval, qui épousa Jeanne de Cicon avec qui il eut 3 fils (dont Henri (1385-1421), grand-père de Jean II, futur époux d’une de Toulongeon), et une fille, la célèbre Odette de Champdivers (1390-1424), dite «La petite reine», l’amante «bourguignonne» à partir de 1407 de Charles VI, le roi de France atteint de démence. La filiation avec Jean est parfois contestée, mais sans alternative probante, et il est par contre établi qu’il s’agit de membres de la même famille. À la mort de Charles VI, Odette commence à résider à Saint-Jean-De-Losne.
En 1477, meurt Charles le Téméraire, fils de Philippe Le Bon, et dernier duc de Bourgogne, à Nancy, et lui succède sa fille Marie de Bourgogne (filleule du roi Louis XI), jeune épouse de Maximilien de Habsbourg (en 1477), futur empereur du Saint Empire Romain Germanique. Profitant de ce changement, Louis XI charge Charles Chaumont d’Amboise, en 1479, de «faire le gast» , conquérir le duché et comté de Bourgogne, et donc de continuer ce qui a été commencé par le sieur de Craon , qui a notamment détruit Cuiseaux et Saint-Amour en 1477. Lui et son armée vont raser des dizaines de châteaux à l'aide notamment de leur nouvelle arme, la couleuvrine, un canon dévastateur qui parvient à percer les murailles des châteaux forts de l’époque. La première maison forte de Nanc est détruite alors à la suite du deuxième siège de Dole, qui conduit à la mise à sac complète de cette ville et de la région. Le manoir de Champdivers est lui aussi détruit, et ce fief est confisqué par Louis XI entre 1477 et 1479.
En 1482, la paix d'Arras donne la Comté en dot à la fille de Marie de Bourgogne et Maximilien, Marguerite d’Autriche, car il était prévu que celle-ci épouse le dauphin Charles VIII, ce qui sera annulé en toute dernière minute. La résistance comtoise fut possible uniquement grâce à un réseau de nobles fidèles à Marie de Bourgogne (les Vergy, Chalon, Toulongeon, Baume,…)?. Certains changent de camp, et d’autres terminent dans les fillettes de Louis XI.
Louis XI décède en 1483. Le duché de Bourgogne passe sous la couronne française. Mais la Bourgogne «salée» (c'est-à- dire la Comté avec Salins), passe au Saint Empire Romain germanique dans le giron duquel elle va rester pendant les deux siècles suivant dont les premières décennies seront considérées comme un âge d’or .
Sans doute à cette époque, est construite la maison forte actuelle afin de protéger la zone frontière avec les duchés de Savoie, et de Bourgogne (passés chez les Français) sur la route du sel. Ce qui explique les murs de 1,6 à 1,8 mètre d’épaisseur, les plafonds à couches multiples avec du sable, et des éléments de défense nombreux (meurtrières) : il faut faire face à de nouvelles menaces, et avec le commerce très lucratif du sel, des importantes différences de taxes, la contrebande est féroce.
Le blason des Champdivers (d’azur au chevron d’or) pouvait être vu autrefois au-dessus de la porte de la tour ronde.
En 1493, au traité de Senlis, Charles VIII abandonne complètement les prétentions de la France sur le comté de Bourgogne, après avoir dû faire face à beaucoup de résistance. Maximilien administre au nom de son fils Philippe Le Beau, jusqu’en 1498. De 1508 à 1530, sa sœur Marguerite d’Autriche reçoit la comté en douaire quand son mari Philibert le Beau, duc de Savoie, meurt accidentellement en 1504 à Pont d’Ain. Pour lui, pour sa propre sépulture et pour celle de sa belle-mère, Marguerite fait construire l'église de Brou à Bourg, des travaux qui durent plus de vingt ans, et coûtent plus de 200000 écus d’or.
Jean II de Champdivers (1450-1505) et Clauda de La Haye ont deux filles, qui épousent deux frères De Cicon (voire Jeanne de Cicon ci-dessus) ( Cicon est un fief au Nord-Est du comté, dont le château a aussi été détruit en 1479 par les Français) : Marguerite (1482-1543) et Nicolas De Cicon, qui vont vivre au château de Champdivers reconstruit, Anne (1485-1505), qui épouse Claude de Cicon (1480-1531) et hérite du château de Nanc par sa femme en 1505.
En 1499 a lieu un conflit avec François de Damas de Saint Amour sur la possession du château
En 1519, Claude De Cicon, dont la famille connaît de gros problèmes financiers, vend pour 3300 écus d’or le château de Nanc à la famille de Gorrevod, originaire de Bresse en duché de Bourgogne, plus particulièrement à Pernette de Gorrevod, la fille «naturelle» (illégitime) de Laurent de Gorrevod, qui devient alors «Dame de Nanc». Par coïncidence, les familles de Champdivers et de Gorrevod bien qu'officiellement originaires l’une de Bresse et l’autre de la Comté, partagent le même blason ce qui est difficilement explicable et représente potentiellement un lien qui en expliquerait bien d’autres.
vignette|240px|Laurent de Gorrevod - vitrail de la chapelle Gorrevod au monastère de Brou à Bourg-en-Bresse