Les bijoux de Kabylie, originaires de la région montagneuse de Kabylie en Algérie, font partie intégrante de la famille des bijoux berbères traditionnels. Ils sont réputés, notamment en Algérie et dans le monde, pour leurs couleurs vives et leur raffinement. Constitués d'argent, ils sont ornés de coraux récoltés en Méditerranée et parfois d'émauxLes bijoux kabyles de Beni Yenni.'.
Caractéristiques vignette|Pendentifs massifs en argent d’orfèvrerie kabyle vignette|Fibule du début du (Algérie, Petite Kabylie)
La région de Kabylie, en Algérie, est connue pour sa tradition de bijoux ruraux en argent. Ces bijoux forment un ensemble distinct au sein de la parure algérienne traditionnelle, se distinguant notamment par l'emploi de la technique de l'émail cloisonné, ainsi que par la taille, la forme et les motifs décoratifs des pièces.
Ils sont exclusivement réalisés en argent, qui constitue leur base principale ; cet argent est souvent allié au cuivre afin d'en augmenter la résistance. Le corail rouge de Méditerranée, dénommé localement imeržan, est utilisé pour rehausser le contraste avec le métal. L'originalité des bijoux produits par les artisans des Ath Yenni (ou Beni Yenni) réside particulièrement dans l'emploi d'émaux aux couleurs vives : bleu, vert et jaune.
L'émail est une poudre vitrifiable composée essentiellement de sable, de potasse et de soude. Une fois broyée finement, elle est fondue à haute température. Les couleurs sont obtenues par l'ajout d'oxydes métalliques : l'oxyde de cobalt produit un bleu translucide, l'oxyde de chrome un vert foncé translucide, et l'oxyde de cuivre un vert clair opaque. La couleur rouge, quant à elle, n'est pas issue de l'émail mais provient exclusivement du corail rouge appelé .
Typologie
Fibules (ibzimen) Les fibules, appelées ibzimen en kabyle, sont réalisées en argent massif et présentent généralement une forme triangulaire ornée de gros cabochons de corail rouge.. Elles constituent un accessoire ancien de la parure féminine traditionnelle, servant autrefois à fixer la robe drapée. Elles étaient souvent associées par paires, reliées par une chaîne intercalaire.
D'autres variétés existent, telles que les taharaht, les fibules circulaires tibzimin et les petites fibules arrondies idouiren.. En Grande Kabylie, elles sont fréquemment émaillées et décorées de cabochons de corail ovales ou circulaires, avec un revers souvent orné de motifs émaillés en filigrane. En Petite Kabylie, elles sont généralement dépourvues d'émaux. La fibule tabzimt est considérée comme la pièce maîtresse de la parure kabyle ; il s'agit d'un pectoral décoré sur ses deux faces de motifs en filigrane, d'émaux, de granules d'argent et de coraux.
Bracelets et chevillères Les jours de fête, les femmes portent parfois un diamètre imposant, des bracelets comme l'aboub et l'amechloub ou les bracelets de chevilles appelés ikhelkhalen, de grandes dimensions. En Grande Kabylie, les bracelets sont souvent émaillés et garnis de cabochons soudés, dans lesquels sont fixés des éléments de corail. En Petite Kabylie, ils peuvent être en corne teintée en noir.
A la différence des chevillères, les bracelets sont de dimensions plus réduites, notamment le ou , qui est émaillé ou gravé sur plomb.
Boucles d’oreilles (letrak) et colliers Les boucles d'oreilles (letrak) se portaient, vu leur grande taille (7 cm de diamètre), sur le haut du pavillon de l'oreille. Un simple anneau est sectionné net à l'une des extrémités. Lorsque l'anneau porte à l'extrémité d'une face en vis-à-vis de la sertissure de corail une plaque émaillée, on la nomme : tigweḍmatin. Les crochets d’oreilles (taelluqin) sont constitués d’une petite plaque d'argent circulaire pourvue d'appendices festonnés.
La jeune kabyle porte des colliers en nombre. On y distingue les colliers Azrar à pendeloques, les colliers à clous de girofle (Tazlagt n qrenfel) ou encore ceux composés de boîtes émaillées et décorées de corail (Tazlagt em elherz) qui tire son nom de la boîte d'argent émaillé ().
vignette|Diadème (ta’essabt) en argent, début XXe siècle
Diadèmes (ta’essabt) Les femmes portent un diadème, ta'essabt, hérité du concept de laassaba d'Alger.. Il était porté jadis lors des mariages et symbolise l'union des familles. En cas de conflit entre deux tribus, la femme mariée dans l'autre camp et qui par conséquent a porté la ta'essabt se trouve protégée. Cet usage ancien est attesté par Ibn Khaldoun dans son Histoire des Berbères. Ce diadème est de grandes dimensions, sa longueur moyenne est de 54 centimètres et sa hauteur est de 15 à 16 centimètres. Il est constitué de cinq plaques d'argent agrémentées de pendeloques et reliées entre elles par des anneaux et des calottes hémisphériques creuses. Un autre type de diadème existe pour orner le front avec pour décoration des émaux, des cabochons de corail et des boules d'argent.
Le muséum d'Histoire naturelle de Toulouse conserve un exemplaire de ta'essabt attribué aux Beni Yenni (inv. ETH.AC.382), constitué de sept plaques d'argent — trois centrales, deux supérieures et deux latérales — émaillées par cloisonnement filigrané et serties de corail, reliées par des chaînettes de perles d'argent et de maillons ; les trois plaques centrales portent douze pendeloques en amande et en losange émaillées de bleu et de vert. Cette pièce, pouvant atteindre 50 cm de long pour 20 cm de haut, fut délaissée entre les années 1940 et 2000 avant de retrouver un usage en Kabylie.
Bagues et ceintures Les bagues sont constituées d'un anneau d’argent qui porte une calotte. La tehzamth, ceinture à boucle rigide en argent émaillé serti de petits coraux, est une introduction plus récente.
Histoire thumb|upright=0.9|Femme kabyle portant ses bijoux traditionnels (gravure du . Typiquement berbère, cet art s'est enrichi des apports des Andalous qui ont fui l'Espagne lors de la Reconquista. La technique de l'émail cloisonné serait ainsi un apport andalou, qui aurait transité par Béjaïa avant de se répandre dans l'arrière-pays pour enrichir les techniques locales.
Il existe un centre de formation en Kabylie, celui de Boukhalfa, mais la transmission du savoir-faire reste souvent familiale. Traditionnellement un métier d'homme, il est de nos jours pratiqué également par certaines femmes. L’orfèvrerie kabyle et les qualités d'orfèvre et de métallurgie de la tribu d'Aït Yenni et plus spécifiquement les Aït Laabra étaient réputées à l'époque de la régence d'Alger pour leurs faux-monnayeurs. L'agha Yahya fit arrêter nombre de Kabyles sur les marchés à Sétif et Annaba et les remit contre échange des moules servant à la fabrication de la fausse monnaie. L'occupation française mettra un terme définitif à la pratique du faux-monnayage.
En France, les collections de bijoux algériens se constituent majoritairement entre 1880 et 1940, période de consolidation de la présence coloniale, souvent par le biais de missions ethnographiques ou de prises militaires. Selon Sarah Lakhal, cette collecte s'inscrit dans une politique administrative distinguant les Kabyles, présentés comme plus proches culturellement et donc jugés plus « assimilables », des populations arabophones ; cette distinction contribue à faire des bijoux kabyles la référence dominante pour illustrer la joaillerie du Maghreb dans les collections et ouvrages français de l'époque.
Utilisation thumb|Bijoux kabyles, L'Illustration économique et financière, 1922. Dans son livre de 2016, Algérien art, l'ethnologue et médecin David Rouach. donne pour sa part des informations détaillées sur la fonction des bijoux kabyles. Il identifie sept caractères fondamentaux : l’utilitaire, c’est une pièce maîtresse du vêtement de tous les jours. l’ornemental, décoré pour embellir. l’identitaire, chaque village, chaque tribu a son décor propre. le symbolique, son décor de pictogrammes est constitué de signes magiques et protecteurs. le patrimoine, tenait de leur capacité à enrichir le patrimoine domestique. l’économique, celle de la location de bijoux pour des cérémonies particulières comme le mariage ou la circoncision et qui assurait à ses possesseurs un certain profit. le monétaire, celle de servir de monnaie dans les échanges commerciaux.
Renommée nationale et internationale thumb|Le costume historique (1888) : Bijoux kabyles. Un festival annuel du bijou berbère se tient à Aït Yenni, il attire des exposants de 19 wilayas de Tamanrasset à Sétif mais aussi des visiteurs internationaux dont des diplomates européens. Les artisans kabyles, en particulier ceux de Beni Yenni, exécutent encore des parures fidèles à la tradition.. Les plus connus étant Aït Laabra et Aït Lahcène, réputés dans la fabrication des bijoux ornés de cabochons de corail et surtout par la technique des émaux filigranes.
Le bijou kabyle, imité mais jamais égalé, est le témoin de la contribution de la culture amazighe algérienne à l'enrichissement du patrimoine culturel universel. Cependant, victime de son succès, les plus belles pièces de bijoux kabyles sont parfois rachetées par des commerçants marocains qui les revendent au Maroc à des touristes, les prétextant de fabrication locale.
En , l'Algérie dépose à l’Unesco un dossier pour inscrire sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité .
Références
Annexes
Articles connexes Bijoux berbères Robe kabyle Costume traditionnel algérien Artisanat algérien
Bibliographie
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Liens externes
Les bijoux des Ath Yanni, sur la banque nationale du PCI algérien.
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