La prostitution est illégale sur la grande majorité du territoire des États-Unis de par la législation des différents États, davantage qu'au niveau des lois fédérales. Elle demeure néanmoins présente dans le pays.

Les lois relatives à la prostitution ne relèvent pas des du gouvernement fédéral. Il n'appartient qu'aux différents États d'autoriser, d'interdire ou de réglementer les prestations sexuelles tarifées conformément au Dixième amendement, sauf en matière de , qui ressortent du Congrès, comme le Mann Act. Dans la plupart des États, la prostitution est considérée comme une infraction mineure rattachée au trouble à l'ordre public, c'est-à-dire une délinquance qui perturbe la tranquillité de la communauté. Il fut un temps où la prostitution était assimilée aux délits de vagabondage.

La prostitution est toutefois légale dans certains comtés du Nevada, où elle est réglementée aux termes du Nevada Revised Statutes. Des bordels sont implantés dans huit comtés. La prostitution de rue et le proxénétisme y sont néanmoins illégaux comme dans le reste du pays.

D'après le , une enquête menée en 2008 annonce qu'environ 15 % à 20 % des hommes américains ont participé à des prestations sexuelles tarifées.

À l'instar d'autres pays, la prostitution aux États-Unis se divise schématiquement en trois catégories : prostitution de rue, en bordel ou des escorts.

Histoire

Au , les parloirs abritent des bordels destinés à la classe sociale favorisée. Dans les cafés-concerts (concert saloons), les hommes pouvaient manger, écouter de la musique, regarder un combat ou payer des femmes pour une prestation sexuelle. Plus de 200 bordels étaient présents à Manhattan. Même si la prostitution était interdite par les lois sur le vagabondage, celles-ci ne faisaient pas l'objet d'une application stricte par la police et par les fonctionnaires municipaux, qui recevaient des pots-de-vin de la part des propriétaires des lunapars et des entremetteuses.

Certains officiers de l'armée encouragent la présence de prostituées pendant la guerre de Sécession afin de soutenir le moral des troupes. Le , le commandant Robert Seaman Granger légalise la prostitution à Nashville afin de combattre la propagation des maladies vénériennes chez les soldats de l'Union. L'initiative porte ses fruits : les maladies vénériennes reculent et la contamination passe de 40 % à 4 %, résultat d'un programme rigoureux de vérifications de santé, obligeant toutes les personnes prostituées à s'inscrire et à être examinées par un médecin agréé toutes les deux semaines ; les intéressées doivent acquitter cinq dollars pour s'inscrire et 50 cents à chaque examen.

Au moment où éclate la guerre de Sécession, la Pennsylvania Avenue, à Washington, est devenue un bidonville mal famé surnommé « Baie du meurtre » (Murder Bay), où sont implantés une importante population de délinquants appartenant au sous-prolétariat ainsi que de nombreux bordels. Le lieu comptait tant de prostituées au service de l'Armée du Potomac, dirigée par le général Joseph Hooker, que le secteur gagne le surnom de « division de Hooker » (c'est à cette période que remonte l'usage du terme argotique hooker pour désigner une prostituée). Sur deux pâtés de maisons, entre les avenues de Pennsylvania et du Missouri, sont établis des lupanars si chers que l'endroit est surnommé Marble AlleyLowry, The Story the Soldiers Wouldn't Tell: Sex in the Civil War, 1994, ..

En 1873, Anthony Comstock fonde la New York Society for the Suppression of Vice, institution chargée de surveiller la moralité du public. Comstock parvient à influencer le Congrès pour faire voter le Comstock Act, qui interdit de livrer ou de diffuser des documents et rend illégale l'information relative à la planification familiale. Deux ans plus tard, le Congrès vote le , qui interdit de faire venir sur le sol national des femmes vouées à la prostitutionGeorge Anthony Peffer, "Forbidden Families: Emigration Experiences of Chinese Women Under the Page Law, 1875-1882," Journal of American Ethnic History 6.1 (Fall 1986): 28-46. ..

Réglementations et campagnes de moralité vignette|Interrogatoire de femmes par la brigade des mœurs en 1912.

En 1908, le gouvernement fonde le Bureau of Investigation (BOI qui, à partir de 1935, devient le Federal Bureau of Investigation) pour enquêter sur la « traite des blanches » (white slavery) en interrogeant les employées des bordels pour déterminer si elles sont victimes d'enlèvement. Dans une ville, parmi les interrogées, six se déclarent victimes de la traite des blanches. Le Mann Act (White-Slave Traffic Act) de 1910 interdit la traite des blanches, ainsi que le transport entre États de femmes . L'intention principale déclarée de cette législation consiste à réguler la prostitution ainsi que ce qui est perçu comme l'immoralité. La Cour suprême des États-Unis a ensuite ajouté la débauche consentie, l'adultère et la polygamie parmi les « buts immoraux ». Avant la Première Guerre mondiale, peu de lois pénalisent les prostituées ou les actes de prostitution.

Pendant la Première Guerre mondiale, le gouvernement américain développe un programme de santé publique, lAmerican Plan, qui autorise l'armée à arrêter toute femme présente dans un rayon de 5 miles autour d'un cantonnement militaire. S'il est prouvé que l'intéressée est porteuse d'une infection vénérienne, elle risque d'être condamnée à un séjour en hôpital ou en « colonie agricole » jusqu'à sa guérison. À la fin de la guerre, ont été emprisonnées, dont la majorité n'a jamais été admise à l'hôpital.

En 1918, la loi , qui met en œuvre lAmerican Plan, confère au gouvernement la prérogative de placer en quarantaine toute femme soupçonnée d'être infectée par une maladie vénérienne (IST). Celle-ci devait passer un examen médical qui, s'il révélait une infection, pouvait constituer une preuve de prostitution. Cette loi visait à prévenir la contagion de maladies vénériennes chez les soldats américains. Pendant la Première Guerre, le quartier de Storyville, à La Nouvelle-Orléans où la prostitution était autorisée, est fermé pour éviter la propagation d'IST chez les soldats campés à proximité.

Le , des foules immenses se pressent aux réunions publiques d'un mouvement anti-prostitution à San Francisco. À l'une de ces réunions participent et doivent être refoulées par manque d'espace. Lors d'une conférence du révérend Paul Smith, ennemi déclaré de la prostitution, 300 prostituées plaident pour la tolérance et expliquent que la pauvreté les a contraintes à exercer cette activité. Quand le révérend Smith leur a demandé si elles accepteraient un autre emploi payé entre , ses interlocutrices ont éclaté d'un rire narquois, ce qui leur a coûté la sympathie de l'assistance. Peu après, la police ferme environ 200 maisons de prostitutionSan Francisco History - The Barbary Coast, Chapter 12. The End of The Barbary Coast .

En 1944, l'arrêt Mortensen vs. United States déclare que les prostituées peuvent emprunter les transports et voyager d'un État à un autre si le voyage n'a pas pour objet de se livrer à la prostitution.

Décennies ultérieures

En 1967, New York supprime les conditions d'attributions de licences pour les salons de massage ; nombre des salons deviennent des bordels. En 1970, le Nevada commence à réglementer les maisons de prostitution : en 1971, le devient le premier bordel possédant une licence et ce système s'étend à 10 comtés (sur les 17 qui forment l'État).

, fondé en 1973, devient le premier groupe de défense des droits des personnes prostituées. D'autres groupes émergent ensuite, comme FLOP, HIRE et PUMA..

En 2009, le Rhode Island adopte une loi qui dispose que la prostitution est une infraction mineure. Avant cette loi, entre 1980 et 2009, le , tant qu'elle avait lieu en intérieur.

En 2014, devant l'économie stagnante de Porto Rico, le gouvernement envisage de légaliser la prostitution. En 2018, l'économiste Robin Hanson conseille de légaliser la prostitution afin de résoudre le problème des Incels, idéologie qui a provoqué plusieurs flambées de violences et des tueries de masse aux États-Unis...

Le , le Congrès vote la loi Stop Enabling Sex Traffickers Act (surnommée FOSTA-SESTA), qui prévoit des peines sévères contre les plates-formes en lignes qui facilitent le travail du sexe. L'efficacité de cette législation est remise en question car elle fait peser des risques sur les travailleurs du sexe et n'a guère favorisé l'arrestation et la répression des trafiquants sexuels.. Avant que la loi ne soit promulguée, le département de la Justice des États-Unis saisit le site Backpage et accuse ses fondateurs de s'adonner au blanchiment d'argent et de faciliter la prostitution.

Le gouverneur du Tennessee Bill Haslam décide, en 2019, de commuer la peine de Cyntoia Brown condamnée à vie pour meurtre. Forcée de se prostituer à l'âge de 16 ans, elle avait tué un client de 43 ans qui l'obligeait à avoir des relations sexuelles pour 150 dollars.

Le , Greg Abbott, gouverneur du Texas, signe la loi HB1540, qui déclare que payer une prestation sexuelle dans l'État constitue un délit passible de deux ans de prison ; la peine est alourdie si l'auteur de l'infraction est passé par des centres de soins ou de traitement destinés aux enfants. Le Texas est le premier État des États-Unis qui instaure un délit pénal pour l'acte d'acheter une prestation sexuelle. Cette loi montre une évolution des idées traditionnelles : elle cible les clients au lieu des prestataires..

Types de prostitution Prostitution de rue

La prostitution de rue est illégale dans l'ensemble des États-Unis. Cette pratique tend à être circonscrite dans certains quartiers connus pour le racolage. Par exemple, selon les statistiques sur les arrestations de la police de Chicago entre le et le , les activités de prostitution semblent présenter une forte concentration : près de la moitié des arrestations liées à la prostitution interviennent sur 0,33 % des pâtés de maisons présents dans la ville entière.. Les prostituées qui troquent des prestations sexuelles en échange de drogue sont parfois surnommées strawberries (« fraises »).

Des psychologues cliniciens et la militante anti-prostitution Melissa Farley ont mené une enquête sur la violence infligée aux femmes qui s'adonnent à la prostitution de rue ; les résultats montrent que 68 % des répondantes ont été victimes de viols et 82 % ont subi des agressions physiques.

Dans la société actuelle, il existe une hiérarchie parmi les personnes prostituées et une différence encore plus grande selon qu'elles exercent en intérieur ou en extérieur. Celles qui exercent en intérieur sont aux meilleures places ; y figurent les call girls indépendants et les travailleurs affiliés à un bordel ou un salon de massage. Celles qui pratiquent le racolage sur la voie publique occupent l'échelon hiérarchique le plus bas et sont davantage exposées aux agressionsWeitzer, R. (2005). New directions in research on prostitution. Crime, Law and Social Change,43(4-5), 211-235. . Dans le cadre d'une étude de victimation, 250 personnes sont interrogées, dont 150 travaillent en intérieur. En 2005, cette enquête de Weitzer montre que les personnes qui exercent en intérieur subissent moins d'agressions comparé à celles qui officient en extérieur :

Type d'agression Travailleurs en extérieurTravailleurs en intérieurVols37 %10 %Coups répétés27 %1 %Gifles, coups de poing, coups de pied47 %14 %Viols22 %2 %Enlèvements20 %2 %