thumb|L'Isan est la région Nord-Est de la Thaïlande. L‘Isan (aussi écrit Ihsan, Issan ou Esarn ; en thaï อีสาน) est la région Nord-Est de la Thaïlande. Couvrant environ le tiers du pays, elle est située sur le plateau de Khorat, bordée au nord et à l'est par le fleuve Mékong et au sud par le Cambodge. À l'ouest, elle est séparée des régions Nord et Centre par les montagnes de Dong Phaya Yen et la chaine des .

C'est la région la plus pauvre de la Thaïlande. L'agriculture en est la principale activité économique, mais du fait du climat chaud et sec et de la pauvreté qui touche depuis très longtemps cette zone, la production est plus faible que dans les autres parties du pays.

La plus grande partie de la population est d'origine lao, mais l'incorporation de la région dans l'État thaïlandais moderne (depuis 1935) a été un succès.

Langues

La langue de la région, le thaï isan ou thaï du Nord-Est, appartient au groupe des langues tai de la branche dite kam-tai des langues tai-kadai. D'un point de vue linguistique, elle est proche du lao, la langue officielle du Laos — connue sous le nom de laotien — avec lequel elle appartient au sous-groupe dit lao-phutai. Le thai isan et le lao sont suffisamment proches pour former un continuum linguistique des deux côtés de la frontière. Ethniquement, on considère donc les Thai Isan comme des Laos plutôt que comme des Thaïs.

Les locuteurs du thaï isan sont au nombre de 15 millions, alors que ceux du thaï sont un peu plus de 20 millions. Cette réalité montre que la Thaïlande n'est pas un pays avec une ethnie dominante, mais une majorité thaïe avec une forte minorité lao.

Le thaï proprement dit, langue officielle de la Thaïlande sous le nom de thaïlandais, appartient en effet à un autre sous-groupe des langues tai appelé chiang saeng (du nom d'une localité située dans le Triangle d'or dans le nord de la Thaïlande).

Le khmer est également parlé dans le Sud de l'Isan, limitrophe du Cambodge.

Histoire

L'Isan recèle bon nombre de sites de l'âge du bronze, avec des peintures rupestres, et des artéfacts anciens touchant la culture du riz. Des outils de bronze, comme ceux trouvés à Ban Chiang, pourraient prédater des outils semblables trouvés en Mésopotamie.

La région fut par la suite du au sous l'influence de la culture Dvaravati puis sous celle de l'empire khmer, qui a laissé des temples à Phimai et à Phnom Rung, parmi les plus importants.

Après le déclin de l'empire khmer, à partir du , l'Isan a été dominée par le royaume laotien du Lan Xang. La région fut de plus en plus colonisée par les migrants laotiens. Le Siam prit le territoire à partir du , et opéra des transferts forcés de population du Laos vers l'Isan aux . Les traités Franco-Siamois de 1893 et de 1904 firent de l'Isan la frontière entre le Siam et l'Indochine française.

Au , la politique de « thaïfication » poussa vers l'incorporation de l'Isan à la Thaïlande et chercha à minimiser les origines laotiennes de la population. Cette politique impliqua même l'usage du nom « Isan » : dérivé de celui d'Isana, une manifestation de Shiva, déité du Nord-Est. Le nom renforce l'identité de la région en tant que Nord-Est de la Thaïlande, plutôt que comme partie du monde laotien. Avant que le gouvernement central n'introduise la langue et l'alphabet thaï dans les écoles, les habitants d'Isan écrivaient avec l'alphabet traditionnel laotien. La plupart parlent encore aujourd'hui la langue d'Isan, proche du laotien.

Région pauvre et agricole, l'Isan a toujours été un foyer de contestation contre le pouvoir central. Plusieurs dirigeants politiques investis dans le combat pour l’égalité du peuple de l’Isan furent assassinés sous la dictature dans les années 1950 sous prétexte de séparatisme. « Ce passé rend les gens bien plus sensibles à la question de la démocratie et du combat pour l’égalité qu’ailleurs en Thaïlande », explique l’historien Teerapon Anmai, de l’université d’Ubon Ratchathani. La région a plus tard abrité une rébellion communiste pendant deux décennies.

De nos jours, la région est toujours sous-développée : elle ne génère que 10 % du PIB thaïlandais pour 33 % des habitants. Environ 40 % de sa population est employée dans l’agriculture, peu productive en raison du manque d’eau. L’industrie y est insuffisamment présente et nombre des jeunes quittent leur région natale pour Bangkok ou les zones côtières. Les paysans de l’Isan sont en outre les plus endettés du royaume.

Géographie thumb|Les rivières d'Isan :1. La Loei2. La Songkhram3. La Chi4. La Mun

L'Isan couvre . Il coïncide globalement avec le plateau de Khorat, entre 100 et au-dessus du niveau de la mer. Ce plateau s'incline à partir de la chaine des monts Phetchabun à l'ouest (site de plusieurs ) vers le fleuve Mékong. Le plateau comporte deux grandes plaines : celle de Khorat, au sud, est drainée par la Mun et la Chi, alors que celle de Sakhon Nakhon, au nord, est drainée par la Loei et la Songkhram. Les deux plaines sont séparées par les monts Phu Phan. Le sol est généralement sablonneux, avec d'importants dépôts de sel.

thumb|Une vue satellite d'Isan (2004) : les frontières avec le Laos et le Cambodge sont visibles à cause de la déforestation presque totale en Isan Le Mékong forme une grande partie de la frontière entre la Thaïlande et le Laos au nord et à l'est d'Isan, alors que le sud est limité par le Cambodge. Le principal affluent thaïlandais du Mékong est la Mun, qui prend sa source dans le parc national de Khao Yai près de Nakhon Ratchasima coule vers l'est et se jette dans le Mékong dans la province d'Ubon Ratchathani. L'autre cours d'eau important est la rivière Chi, un affluent de la Mun qui coule au centre de la région avant de tourner vers le sud pour la rejoindre dans la province de Si Saket. La Loei et la Songkhram, plus petites, sont aussi des affluents du Mékong, la première coulant vers le nord dans la province de Loei et la seconde vers l'est dans les provinces d'Udon Thani, Sakon Nakhon, Nakhon Phanom et Nong Khai.

Les principales villes de l’Isan sont traditionnellement regroupées autour des « quatre grandes » capitales provinciales, qui concentrent population, universités, hôpitaux et activités économiques. Nakhon Ratchasima (Korat) – porte d’entrée ouest de l’Isan depuis Bangkok, ville la plus peuplée et la plus industrialisée de la région. Khon Kaen – grand pôle universitaire et culturel, souvent considérée comme la ville « la plus isan » par son ambiance et sa gastronomie. Udon Thani – importante ville du nord de l’Isan, proche du Laos, connue pour son site archéologique de Ban Chiang (UNESCO) et sa forte présence d’expatriés. Ubon Ratchathani – grande ville de l’est, frontière avec le Laos et le Cambodge, réputée pour son festival des bougies et son rôle de carrefour culturel.

La température fluctue entre et . La plus haute température enregistrée fut de dans la province d'Udon Thani, et la plus basse, dans la province de Loei.

Les pluies sont imprévisibles, mais concentrées durant la saison des pluies entre mai et octobre. La moyenne annuelle des précipitations se situe entre dans certaines régions et au sud-ouest, dans les provinces de Nakhon Ratchasima, Buriram, Maha Sarakham, Khon Kaen et Chaiyaphum.

Les autres saisons sont la saison froide, d'octobre à février, et la saison chaude, de février à mai.

Économie thumb|upright|La culture du riz en Isan (septembre 2004)

L'agriculture est le principal secteur de l'économie, générant environ 22 % du produit régional brut (comparé à 8,5 % pour l'ensemble de la Thaïlande). Le riz est la culture principale (comptant pour environ 60 % des terres cultivées), mais une diversification s'opère vers le manioc, le maïs, le coton, la canne à sucre et d'autres cultures. Beaucoup de fermiers utilisent encore le buffle plutôt que le tracteur. Les principaux animaux d'élevage sont les bœufs, les porcs, les poulets, les canards et les poissons.

Malgré son importance dans l'économie, l'agriculture de la région est très problématique. Le climat est porté à la sécheresse, alors que le terrain plat du plateau est souvent inondé durant la saison des pluies. La propension aux inondations rend une grande partie des terres impropres à l'agriculture. De plus, le sol est très acide, salin et rendu infertile par épuisement. Depuis les années 1970, l'importance de l'agriculture a décliné, affectant le commerce et le secteur des services.

L'Isan est la région la plus pauvre de la Thaïlande : en 2002, le salaire moyen était le plus bas du pays, à 3928 baht par mois (moyenne nationale de 6445). La pauvreté de la région transparaît aussi dans ses infrastructures : huit des dix provinces ayant le moins de médecins per capita sont en Isan (Si Saket a le plus faible ratio, un par en 2001, contre une moyenne nationale de 3289). L'Isan a aussi huit des dix provinces ayant le moins de lits d'hôpitaux per capita (Chaiyaphum a le plus bas ratio, un par 1131 en 2001 ; moyenne nationale de 453). La région est en retard dans les nouvelles technologies : il n'y avait qu'une connexion Internet par 75 ménages en 2002 (moyenne nationale d'une par 22 ménages).

Beaucoup des habitants d'Isan vont chercher hors-région des emplois mieux rémunérés, particulièrement à Bangkok, où ils occupent beaucoup des emplois les moins considérés et les moins payés. Plusieurs se sont établis de façon permanente dans la capitale tandis que d'autres migrent au gré des saisons. D'autres encore ont émigré à la recherche d'emploi.

Démographie La population totale de l'Isan était de en 2000. 40 % du total est concentré dans les provinces de Nakhon Ratchasima, Ubon Ratchathani, Udon Thani et Khon Kaen. Ces provinces entourent les quatre principales villes de la région portant le même nom. En 2000, leur population était comme suit : Udon Thani : 220 493, Nakhon Ratchasima : 204 391, Khon Kaen : et Ubon Ratchathani : 106 552. Cependant, en 1996, seulement 6,3 % de la population d'Isan vivait en zone municipalisée. Khon Kaen était la province la plus urbanisée (avec 12,4 % en zone municipalisée), et Roi Et la moins urbanisée avec 2,8 %. La population est donc encore largement rurale, mais concentrée autour des grands centres.

La plupart des habitants sont d'origine lao, même si les distinctions entre lao et thaï, ethnies sœurs, sont souvent floues. Si certaines caractéristiques physiques sont plus évidentes chez les Laotiens, la distinction est plutôt dans la culture et la langue. La langue principale de la région est l'Isan (qui est semblable au laotien). Le thaï est aussi très répandu et le khmer est parlé dans le sud. Le nombre de locuteurs de l'Isan est estimé entre 15 et 23 millions, la majorité vivant en Isan. La plupart d'entre eux parlent aussi le thaï, d'autant plus s'ils sont jeunes. Le dialecte de Khorat, parlé par environ personnes, occupe une position entre l'Isan et le thaï standard.

Il y a une importante minorité khmer concentrée dans les provinces du sud.

Les autres langues parlées en Isan sont :

Langue Famille Locuteurs Distribution Aheu Môn-khmer 750 Sakhon Nakhon Bru de l'est Môn-khmer 5000 Sakhon Nakhon Bru de l'ouest Môn-khmer

Mukdahan, Amnatcharoen, Ubon Khmer du nord Môn-khmer

Surin, Si Saket, Buriram, Khorat Kuy Môn-khmer

Buriram, Surin, Si Saket, Ubon, Roi Et Nyahkur Môn-khmer

Nakhon Ratchasima, Chaiyaphum Nyaw Tai-kadai

Sakhon Nakhon, Nong Khai, Nakhon Phanom Nyeu Môn-khmer Inconnu Si Saket Phu Thaï Tai-Kadai

Nakhon Phanom, Ubon, Kalasin, Sakhon Nakhon Phuan Tai-Kadai Inconnu Udon, Loei Saek Tai-Kadai

Nakhon Phanom So Môn-khmer

Nakhon Phanom, Sakhon Nakhon, Nong Khai, Kalasin Tai Dam Tai-Kadai

Nong Khai, Khorat, Loei (plus Saraburi) Yoy Tai-Kadai

Sakhon Nakhon

Comme dans le reste du pays, la population pratique presque exclusivement le bouddhisme theravâda, même si des éléments d'animisme continuent d'imprégner cette religion.

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