L'hôtel du Plessis-Bellière est un ancien hôtel particulier à Charenton détruit en 1937 qui était situé au numéro 37 de la rue de Paris à l’emplacement de l’actuelle place de Valois à Charenton-le-Pont, en France.
Histoire
Charenton, une occupation ancienne
Le village de Charenton, certes petit, est pourtant d'une importance stratégique puisqu'il est situé au niveau du pont de Charenton, qui permet de relier Paris avec le sud de la France. Et surtout, le site est à la confluence de la Seine et de la Marne, bénéficiant d'une vue au lointain, sans doute la plus impressionnante de toute l'Ile-de-France, eu égard à la plaine d'Alfortville, et aux coteaux situés dans le fond.
1655-1722 : l'hôtel du Plessis-Bellière à Charenton
En , Suzanne du Plessis-Bellière acquiert pour sa résidence à CharentonEt non pas à Conflans, un peu plus au nord, comme on le lit parfois à cause d'une erreur de confusion entre les deux villages., l'hôtel du Plessis-Bellière, qu'elle va ensuite embellirLa maison de Charenton est achetée par Suzanne de Bruc (et Christophe de Bruc, « aumosnier ordinaire du Roy », un de ses cousins qui acte en son nom et celui de ses enfants) auprès d’Antoine Coquelin, conseiller du roi, moyennant (A.N., Min.cent. CXIII, 37, à la date du 13 novembre 1655, référence citée par Lorenzo Pericolo dans sa thèse de doctorat / Peinture et doctrine sous Louis XIV : la Vie de Charles Le Brun par Claude Nivelon : édition critique, E. P. H. E., 1998, et Bénédicte Gady, L’ascension de Charles Le Brun. Liens sociaux et production artistique, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2010, .. Elle avait alors 38 ans. Cette propriété était voisine de celle de Saint-Mandé appartenant à Nicolas Fouquet, Surintendant des Finances de Louis XIV, qu'il a acquise en 1654. Dans ces années 1655-1661, la marquise résidera la plupart du temps à Charenton, ainsi qu'à Saint-Mandé chez Fouquet. Elle demande à Charles Le Brun de peindre les décors de son hôtel de Charenton, ce qu'il réalise les mêmes années que les décors du château de Vaux-le-Vicomte.
La marquise du Plessis-Bellière y reçoit à plusieurs reprises Madame de Sévigné. L'hôtel avait exactement la même taille, et sans doute le même plan, que l'hôtel de Lamballe à Passy (Paris, 16e), qui disposait également d'une belle vue sur la Seine.
En 1680, la marquise vend son hôtel du Plessis-Bellière de Charenton à sa fille et son gendre, le maréchal de Créquy. Agée, elle résida alors plutôt au sein de l'hôtel de Créquy, en plein Paris, entre le Louvre et les Tuileries, près de l'hôtel de Rambouillet et l'hôtel de Longueville. Elle meurt à Paris en 1705.
Sa fille Catherine conserve l'hôtel du Plessis-Bellière de Charenton. La maréchale de Créquy meurt en 1713. L'hôtel passe alors à Louis de Rougé du Plessis-Bellière, son petit neveu.
1722-1789 : L'hôtel Chamillart jusqu'à la Révolution
L'arrière-petit-fils de la marquise du Plessis-Bellière, Louis de Rougé du Plessis-Bellière, vend l'hôtel en 1722 à Madame Chamillart. Dès le , une estimation par Jean-Baptiste Loir est faite de la maison de Charenton, revenue par héritage à Louis de Rougé, chevalier marquis de Plessis-Bellièrehttps://francearchives.gouv.fr/fr/facomponent/bcad23067b0b322bbd18200548937e06f008dae1. La famille Charmillart conserve jusqu’à la Révolution l'hôtel également connu sous le nom d'hôtel Chamillart.
XIX siècle : Les intérieurs restructurés en locations thumb|gauche|Cour intérieure de l'hôtel du Plessis-Bellière à Charenton en 1907. Des ajouts au bâtiments sont réalisés côté cour, et il semble que l'ensemble de la cour soit alors recomposée, ainsi qu'on le constate sur une photographie du tout début du XXe siècle, datée semble-til vers 1907. Une petite tour octogone est alors édifiée au centre de la nouvelle cour, construction qui n'est pas visible sur les plans des XVIIe et XVIIIe, et invisible également sur le plan cadastral vers 1812, mais qui a été ajoutée sans doute juste après au cours du . L'intérieur de l'hôtel a dû être à cette occasion totalement remanié et divisé en appartements destinés à la location.
1937 : Expropriation de l'hôtel pour le prolongement du métro et destruction thumb|Emplacement de l'hôtel Chamillart sur une photo aérienne de 1944. L'hôtel est exproprié en 1937 avec les maisons voisines en 1937 pour le prolongement de la ligne de métro qui ne sera réalisé qu'en 1970. Il semble être détruit en 1937 après l'expropriation.
Le square Jean-Mermoz est aménagé à l’emplacement des jardins et la place de Valois est ensuite créée avec les immeubles qui la bordent en 1980 ce qui réduit la surface du square en contrebas.
Durant la seconde moitié du XX siècle, deux grands immeubles à usage d'habitation type HLM sont construits sur la parcelle. La vue sur la campagne est complètement anihilée par la densité de l'urbanisme.
Description détaillée thumb|gauche|Plan vers 1658 de l'hôtel du Plessis-Bellière et de son environnement immédiat. Musée Carnavalet, détail d'un plan de Vincennes. thumb|Schéma de l'hôtel du Plessis-Bellière à Charenton, et son environnement immédiat () (les constructions côté cour sont ajoutées au XVIII s.
L’hôtel était situé entre une cour qui s’ouvrait au 37 rue de Paris avec une aile en retour perpendiculaire et des jardins étagés dans la pente jusqu’au chemin au bord de Marne (quai de Charenton actuellement quai des Carrières). Une deuxième aile ouest et un pavillon sont ajoutés à la fin du .
Des bâtiments construits à la fin du ou au début du sur la partie basse du jardin au bord du quai sont remplacés au milieu du par un immeuble d'habitation.
Le seul vestige de cette propriété, situé en bas de l'escalier qui descend de la place de Valois vers les terrains de sports du square Jean Mermoz, est un fragment du mur de soutènement d'une terrasse de l'ancien jardin.
Le jardin en terrasse et la vue spectaculaire thumb|gauche|Vue de l'hôtel du Plessis-Bellière à Charenton, avec la Marne en contrebas. . thumb|Restitution de la vue sur la Seine et la Marne depuis l'hôtel du Plessis-Bellière, à Charenton, au .
L'attrait principal de l'hôtel était sa vue spectaculaire du côté du jardin sur toute la plaine de Maisons (Alfortville et Maisons-Alfort), et la découverte à cet endroit là de la jonction de la Seine et la Marne. L'animation du fleuve avec tous les bateaux de commerce devait rendre attrayant la vision des deux fleuves. Il y avait plusieurs terrasses, aménagées sur le coteau. Le niveau haut était celui de l'entrée de l'hôtel du côté de la cour. De l'autre côté, au jardin, on arrivait à un niveau inférieur sur une belle terrasse où étaient aménagés des petits parterres de broderies. Un niveau plus bas encore étaient aménagées des pelouses, qui permettaient de dégager la vue sur les fleuves depuis l'hôtel. Enfin en contrebas, un verger permettait de fournir les fruits à la marquise, tandis que de l'autre côté de la rue, près de la Marne était aménagé le potager, situé plein sud pour capter la lumière et la chaleur au maximum. Un moulin, celui dit des Carrières., voisinait avec le potager. La marquise possédait donc tout ce qu'il fallait pour alimenter la table de son hôtel, sur place même, malgré la relative étroitesse de sa propriété, aménagée sur le coteau. Sur la gauche, en étant placé dans le corps central de l'hôtel, côté jardin, se découvrait le pont de Charenton., sur lequel existaient des constructions, ce qui égayait encore un peu plus la vue dont bénéficiaire la marquise.
thumb|Le moulin des carrières à Charenton, situé au bas de la propriété de l'hôtel du Plessis-Bellière, N. Veughels, 1721.
Mlle de Scudéry, la grande amie de la marquise, décrit ainsi les jardins de la propriété, description parfaitement conforme aux plans conservés et à l'environnement connu de l'époque : "Un jardin d'où l'on voit un perron double (...), un parterre en terrasse (...), un petit bois dont l'ombrage est d'autant plus agréable que de là on entend le murmure d'une très belle rivière qui passe tout contre (...); plusieurs petits îles de gazon l'embellissent en cet endroit, entre lesquelles on voit aller et venir plusieurs petits bateaux (...) A cent pas de là, cette agréable rivière [La Marne] va se jeter à la droite dans une plus grande [La Seine] qu'on voit venir de fort loin (...) Au-delà, à perte de vue, plusieurs beaux villages".
Les intérieurs de l'hôtel et l'oratoire disparu peint par Charles Le Brun thumb|gauche|Essai de restitution de l'élévation de l'hôtel du Plessis-Bellière à Charenton durant la seconde moitié du XVII siècle. thumb|Proposition de restitution du plan du rez-de-chaussée de l'hôtel du Plessis-Bellière à Charenton, vers 1660. D'après la description de Mlle de Scudéry dans Clélie. thumb|Portrait gravé de Charles Le Brun, XIX siècle. Mlle de Scudéry décrit également l'intérieur de l'hôtel dans Clélie (Tome X), mais en l'absence de plans précis, la distribution intérieure est difficile à définir. Ce qui peut être désormais établi est le fait qu'en rentrant depuis la cour de l'hôtel, on se trouvait dans une grande salle, qui occupait le centre du bâtiment. D'un côté se trouvait une chambre avec cabinet et garderobe, et de l'autre côté de la salle centrale, une espèce de galerie et aussi de ce côté probablement l'escalier d'accès à l'étage.
C'est à l'étage que l'appartement de la marquise du Plessis-Bellière prenait place, ainsi que son célèbre oratoire, peint par Charles le Brun et François Bellin, peintre de paysages. La vue étant alors encore plus belle, l'appartement de la marquise se composait d'une "grande chambre bleue et argent", d'une "petite chambre gris, isabelle, blanc", d'un "petit cabinet doré", et de l'autre côté, en revenant vers la chambre bleue, le fameux oratoire disparu, de plan carré.
Vers 1657 et 1658, la marquise fait peindre sa maison de Charenton par Charles Le Brun, qui travaille en même temps aux décors du château de Vaux-le-Vicomte. Le cabinet de la marquise renfermait un tableau de Charles Le Brun Le Christ au jardin des oliviers ou dit La Prière au jardin. L'oratoire de l'hôtel du Plessis-Bellière de Charenton est entièrement décoré par Charles Le Brun, dont les sujets traités sur les parois remplissent trois zones horizontales. La partie supérieure comprend un Christ à genoux dans le désert, St Joseph en méditation, Sainte Anne en prières, le repentir de Saint Pierre, Sainte Marie-Madeleine dans le désert. Dans la zone intermédiaire, l'artiste achève de peindre Saint-Paul, Saint Antoine, Saint Jérôme, Sainte Marie l'Égyptienne. Le rôle de la marquise paraît décisif dans l'ascension de Charles Le Brun auprès de Nicolas Fouquet.
Enfin, le mariage manqué de la grande Mademoiselle avec Lauzun faillit être célébré à Conflans ou en l'hôtel du Plessis-Bellière (1670). Laissons la parole à l'héroïne :« Monsieur de Montausier nous demanda où est-ce que nous nous marierions. Je lui dis : à Eu ou à Saint-Fargeau. Après avoir rêvé un moment, il [Lauzun] me dit, si je n'avois point de repugnance pour Conflans, que c'estoit une jolie maison ; que M. de Richelieu la tenoit bien propre. La conclusion de cette conversation fut que nous irions nous marier à Conflans. Il [Lauzun] s'en alla à huit heures et, à dix, il m'envoya Baraille, qui m'apporta un billet de sa part, par lequel il me mandoit que M. de Richelieu lui avoit esté dire que madame sa femme avoit quelques mesures à garder auprès de la reine ; qu'il ne pouvoit me prêter sa maison ; qu'il en étoit bien aise, parce qu'il lui avoit paru que j'avois quelque repugnance à y aller. Je dis à Baraille que la maréchale de Crequi en avoit une à Charenton qui seroit notre affaire. Je devois aller le lendemain à confesse et partir à quatre heures pour être à six à Charenton chez la maréchale de Crequi. L'on nous redit quelques contes que l'archevesque de Reims avoit faits. Ainsi nous primes résolution que ce ne seroit point lui qui nous marieroit, que nous prendrions le curé de Charenton. »
Annexes