L’Union militaire espagnole (en castillan Unión Militar Española, en abrégé UME) était une association clandestine de hauts gradés et d’officiers de rang intermédiaire de l’armée espagnole, fondée à Madrid en (c’est-à-dire au commencement du deuxième biennat de la Seconde République espagnole) par un groupe de militaires opposés à la réforme militaire de Manuel Azaña, et dont les Juntas de Defensa, surgies en 1917 lors de la crise de la Restauration, étaient la préfiguration.
Si, hormis une commune hostilité aux mouvements de gauche, les objectifs des affiliés à la UME vacillaient à ses débuts entre revendications purement catégorielles, défense de la république contre une éventuelle révolution de gauche, et renversement du régime républicain démocratique, c’est cette dernière option, c’est-à-dire la subversion, qui finit par s’imposer, sans préjuger encore de ce qui devait remplacer ensuite ce régime : monarchie, régime fasciste, ou dictature militaire.
Ses membres s’étaient du reste montrés en majorité solidaires avec les militaires condamnés pour avoir pris part au coup d’État du général Sanjurjo le . Dans le premier tract de l’UME peu après la révolution d’octobre 1934, les militaires étaient exhortés à « livrer bataille contre la partie anti-espagnole de l’armée, criminellement impliquée dans l’attentat contre la Patrie, [et composée de] franc-maçons engagés » ; on pouvait y lire que l’Espagne était l’objet de l’« appétit d’étrangers et de sectes insatiables, vindicatives » et ciblé par un ennemi qui « fait l’apologie du séparatisme, des nationalismes régionaux, de la ruine du sentiment religieux et de la ruine de la famille espagnole [...]. ».
Après l’arrivée en de Gil-Robles au ministère de la Guerre, des militaires appartenant à l’UME furent placés en grand nombre à des postes clef, ce qui détermina un véritable noyautage de l’administration centrale. L’UME n’acceptait le statu quo institutionnel présent que sous réserve que le pouvoir politique ne penche pas vers la gauche et ne permette pas l’accession au pouvoir de l’un quelconque des partis protagonistes de la révolution d’ ; dans le cas contraire, la consigne portait d’intervenir violemment.
Dès avant les élections de , remportées par le Front populaire, l’UME s’était mis en contact avec les autres groupes conspirateurs, notamment monarchistes. L’UME, qui avait connu dans les semaines suivant ledit scrutin une croissance considérable chez les militaires de droite, s’associa au complot militaire à l’origine du coup d’État de juillet 1936.
Genèse
L’UME fut fondée en , c’est-à-dire au début du deuxième biennat de la Seconde République espagnole, par le commandant Emilio Rodríguez Tarduchy, ancien instructeur du Somatén sous la dictature de Primo de Rivera et ancien directeur du journal anti-républicain La Correspondencia Militar, épaulé par un groupe de militaires mécontents de la réforme militaire de Manuel Azaña. Si l’organisation vit le jour comme une entité « apolitique », le commandement suprême en fut offert nominalement au général Sanjurjo, qui à ce moment-là purgeait une peine de prison pour avoir été l’instigateur du soulèvement militaire contre la République d’août 1932.. Certains historiens ont défini l’UME comme « une association semi-secrète constituée en 1933 par des officiers d’extrême droite, surtout monarchistes, mais aussi phalangistes, qui s’étaient donné pour but d’abattre la république démocratique ».. Les Juntas de Defensa, surgies en 1917 lors de la crise de la Restauration, en avaient été la préfiguration.
Pourtant, dans le premier tract de l’UME diffusé parmi les militaires vers la fin de 1934, au lendemain de la révolution d’octobre dans les Asturies, il était indiqué que l’UME avait été créé en par des « militaires anonymes », qui « écoutèrent la voix de la Patrie angoissée, virent la proximité du danger et agirent... Quelqu’un leur fit savoir au mois de mai que les révolutionnaires allaient dès le premier jour se rendre maîtres des Asturies, que des armes étaient distribuées par tonnes, que les milices marxistes s’entraînaient et s’organisaient militairement, que des franc-maçons engagés s’inflitraient aux postes de commandement de l’armée et de la police, que la trahison séparatiste était certaine... Et ces militaires espagnols, alors que les politiciens inconscients s’en allaient pour de joyeuses vacances, forgeaient en silence l’UNIÓN MILITAR ESPAÑOLA. De cette union devant le péril et devant la trahison contre l’Espagne naquit l’Unión Militar Española, U.M.E. »..
L’adhésion ultérieure de Rodríguez Tarduchy à la Phalange nouvellement fondée eut pour effet de dépiter tant les monarchistes que les républicains de l’UME, et il fut contraint de se démettre. Il fut remplacé par le capitaine d’état-major Bartolomé Barba Hernández, qui s’était déjà signalé en accusant fallacieusement le président du gouvernement Manuel Azaña d’avoir été impliqué directement dans la tuerie connue sous la dénomination de massacre de Casas Viejas. Le capitaine Barba s’appuyait sur les membres du Comité central, le plus haut organe de direction de l’UME, lesquels membres étaient radicalement anti-républicains ; il s’agit nommément du commandant Luis Arredondo (engagé dans des missions d’entraînement des milices de la Phalange), du lieutenant-colonel Ricardo Rada (également instructeur de milices de droite), et de Nazario Cebrerios (qui avait collaboré à la revue La Correspondencia Militar). Cependant, il existait face à eux une importante faction républicaine plus ou moins proche du Parti républicain radical et composée du capitaine Rafael Sánchez Sacristán (responsable de la division organique), du capitaine Gumersindo de la Gándara (affecté dans la Garde d'assaut) et d’Eduardo Pardo Reina, secrétaire à la présidence de la République sous Alcalá-Zamora et ami du général Goded. Pardo Reina rédigea une ébauche de programme politique, sous la supervision du général Mola, dans lequel étaient proposées aux gouvernements radical-cédistes du deuxième biennat un ensemble de dispositions législatives nécessaires à empêcher à l’avenir la « subversion de gauche »..
Dans chacun des chefs-lieux de région militaire, il y avait un représentant ou un délégué de l’UME, lequel à son tour nommait le Comité régional, tandis que le Comité national, avec siège à Madrid, était le véritable cerveau de l’organisation..
Idéologie
Ce qui unissait les militaires membres de l’UME était leur opposition aux réformes militaires d’Azaña et leur lutte contre la « subversion de gauche ». Le premier tract de l’UME fut distribué aux militaires espagnols peu après la révolution d’octobre 1934, dont l’UME attribua l’échec à « une poignée de hauts commandants, d’officiers, de sous-officiers et de soldats espagnols, qui eut l’héroïsme de s’unir et de livrer bataille contre l’autre partie, celle anti-espagnole, de l’armée, criminellement impliquée dans l’attentat contre la Patrie » et composée de « franc-maçons engagés ». Ladite poignée de militaires constituait l’« authentique armée espagnole », « l’armée espagnole qui sauva l’Espagne de la Révolution communiste et franc-maçonne d’octobre ! », pendant que l’État se trouvait « aux mains de couards et de traîtres ». Cette « authentique armée espagnole » incarnait l’« Espagne éternelle » face à l'« éternelle anti-Espagne ». L’UME dénonçait que l’Espagne était l’objet de l’« appétit d’étrangers et de sectes insatiables, vindicatives », d’un « ennemi » qui « fait la promotion du séparatisme, des nationalismes régionaux, de la ruine du sentiment religieux et de la ruine de la famille espagnole, du capital et du travail, du mépris pour la langue espagnole, et de la perte de prestige et de la zizanie au sein de nos forces armées et de tout ce qui en Espagne a signifié UNITÉ, UNION ». Cet « ennemi implacable », poursuivait le tract, fut vaincu par l’armée en octobre, mais « cherche la revanche », « prépare une nouvelle attaque », et s’était « infiltré dans les plus hauts pouvoirs de la république, dans les sphères les plus décisives du commandement et de la propagande ». « Il ne vous échappe pas, Espagnols, comment aucun coupable authentique de crime contre la Patrie n’est fusillé ! Ni Pérez Farrás, ni Largo, ni Prieto, ni Azaña, ni Teodomiro, ni Peña. Seul l'est le pauvre révolutionnaire berné, sans défense et anonyme ! ». Le libelle se terminait par un appel à « une armée sans traîtres ! Une armée d’Espagnols héroïques et inoubliables ! »..
Le Comité national de l’UME publia un manifeste en pour avertir que face à une concertation « subversive » des groupes ouvriers (la rumeur circulait d’une réunion qui se tenait dans les environs de Madrid entre des dirigeants du PSOE, du PCE, de la FAI et de la CNT), l’armée « dresserait une barrière d’acier » pour empêcher que les gauches puissent gouverner.. Ceci contredit la vision que l’historiographie franquiste a véhiculée pendant longtemps sur l’UME et selon laquelle celle-ci ne poursuivait aucune « finalité politique déterminée », ainsi que l’affirme Joaquín Arrarás, encore que le même auteur reconnaisse que la mission de l’association était de préparer ses affiliés « à une meilleure défense des principes essentiels de la patrie », affiliés qui n’auraient à se sentir engagés que par « leurs propres sentiments patriotiques, sans se sentir obligés par des votes ou des serments ».
À partir d’une commune attitude anti-gauche, les objectifs des affiliés à la UME, qui étaient en règle générale des officiers de bas rang ou de rang intermédiaire (comme cela avait été le cas des Juntas de Defensa de 1917), oscillaient au début entre la simple défense de droits catégoriels, la protection de la république contre une éventuelle révolution de gauche, ou le renversement du régime républicain démocratique, quoiqu’il n’y ait eu entre eux aucune entente, moins encore d’unanimité quant à ce qui devrait remplacer ledit régime — monarchie, régime fasciste, dictature militaire — ; cependant, c’est cette dernière option qui finit par s’imposer, et les revendications catégorielles furent dès lors reléguées au second plan par les partisans de la subversion. Ceux-ci se mirent en contact avec les groupes monarchistes qui conspiraient de leur côté pour renverser la république, rapprochement dans lequel eurent un rôle essentiel le colonel Varela, converti au carlisme à la suite de la Sanjurjada, le colonel Valentín Galarza, qui agissait en liaison avec les conspirateurs monarchistes, et le général Goded, qui rejoignit l’UME début 1935 et la mit en relation avec les généraux qui avaient de quelque manière pris part ou donné leur appui à la Sanjurjada, à savoir : Mola, Villegas, Orgaz, Barrera, Fanjul et Fernández Pérez..
Positionnement anti-républicain et expansion