Le Grand Hôtel & Majestic Palace, appelé ainsi de 1912 à 1950 et précédemment appelé Hôtel de Royat (1865-1868) et Grand Hôtel Servant (1869-1911), est un ancien hôtel de style néo-Louis XIII qui a été construit sous le Second Empire et agrandi par tranches successives durant la Belle Époque (1876, 1881, 1887, 1908, 1912), et qui est désormais une copropriété. Situé au 1, boulevard Bazin à Chamalières, dans le département du Puy-de-Dôme, il a toutefois assis sa renommée et sa fortune en misant tout sur la proximité de la station thermale de Royat-les-Bains (dont le finage communal débute sur le trottoir d'en face).
Au faîte de sa réussite, le Grand Hôtel fut un vaste complexe hôtelier composé de plusieurs bâtiments distincts dans un parc privé de 4 hectares, comprenant :
la Villa des Thermes dite « L'Annexe » : achetée en 1872, située au 12-12 bis boulevard Bazin à Chamalière ; la Villa Majestic : acquise en 1904 et située au 3 avenue Jocelyn-Bargoin, à Chamalières, elle abrita les appartements du directeur de l'hôtel ; la Villa Beauséjour (bâtie après 1928 et servant à loger le personnel hôtelier), située au 5 avenue Jocelyn-Bargoin à Chamalières ; le « Pavillon Majestic », principale annexe du palace (33 avenue de la Gare à Chamalières) qui - avec sa façade Art Nouveau - offre l'un des plus beaux exemples d'architecture thermale d'Auvergne.
À ces premiers édifices faisant partie intégrante de l'hôtel et recevant du public, il convient d'ajouter les propriétés personnelles de la famille Servant :
la Villa des Tilleuls : bâtie en 1882, située au 14 boulevard Barrieu à Royat ; la Villa Poupon : propriété de Marie Servant, soeur de Léon, bâtie par l'architecte Louis Jarrier en 1899, située au 70 rue Blatin à Clermont-Ferrand (détruite) ; la Villa des Montagnes : acquise en 1907, située au 9 avenue Jocelyn-Bargoin à Chamalières ; la Villa des Champs Elysées : acquise en 1909, située au 12 rue des Roches à Chamalières.
Le corps du bâtiment principal du complexe hôtelier a été inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques à la demande de l'historien Johan Picot et par arrêté préfectoral le : « Sont inscrites au titre des monuments historiques les façades et les toitures du Grand Hôtel et Majestic Palace, ainsi que ses parties intérieures communes (dont la véranda, le grand hall, les cages d’escalier et couloir de chaque niveau), son parc, son allée et ses portails » (Arrêté n° 21-202 du Préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes).
Quant au Pavillon Majestic, son annexe, il est inscrit au titre de monument historique par arrêté du qui a été remplacé par un arrêté du qui s'y substitue (protection des façades et toitures).
Historique Construit entre 1862 et 1864 (deux chantiers successifs) à proximité de l’établissement balnéaire de Royat, mais dans le finage de la commune de Chamalières (terroir de « Lusseau »), le Grand Hôtel de Royat a ouvert ses portes le 1865 sous la direction de Clara NEUVILLE (locataire de la famille SOALHAT, alors propriétaire de la demeure) ; il comptait 28 chambres, 22 cabinets de toilette et 10 chambres de bonneUn nouveau Monument historique : le Grand Hôtel & Majestic PalacePuy-de-Dôme : ces fous d’histoire qui font revivre les palaces de Royat sur les réseaux sociaux .
Repris en main par la famille SERVANT (entre 1869 et 1873 - achat du bail d'exploitation en 1869 / achat de la propriété foncière en 1873) qui ne cesse de l’agrandir jusqu’en 1911-1912, date de sa mue en « palace », l’établissement prend l’apparence d’un véritable paquebot (300 chambres, 50 appartements, plusieurs villas, une centaine d’employés) et offre aux baigneurs le luxe et le confort le plus moderne. vignette|L'escalier d'honneur (vers 1908-1909). La construction de ce bâtiment de style néo-Louis XIII a fait appel à des architectes de renom comme l'architecte clermontois Nicolas Mourton (pour la première tranche de travaux, 1862-1864), mais aussi et surtout aux architectes parisiens William Klein, Albert Duclos et Ernest Mizard (pour les chantiers suivants, 1875-1912)Inventaire du patrimoine thermal.
À partir de la première guerre mondiale, l’hôtel connait plusieurs réquisitions : il est d'abord un hôpital militaire français entre 1915 à 1917 puis devient en 1918-1919 un hôpital américain pour faire face à la pandémie de grippe espagnole. En juin 1940, il est réquisitionné par l'État français qui lui privilégie finalement Vichy. Plusieurs ministères et services d'Etat s'installent ici de 1940 à 1942 qui resteront à Royat. Le Président Albert Lebrun, lui-même, s'installe ici quelques joursLe Moniteur du Puy-de-Dôme, 29 juin 1940, n° 181, p. 1 ; Le Moniteur du Puy-de-Dôme, 30 juin 1940, n° 182, p. 1 ; Le Temps, 1er juillet 1940, p. 1 et Le Figaro, 3 juillet 1940, p. 1. avant de présenter sa démission (et ce, après avoir reçu la visite du maréchal Pétain et de Laval). En 1943, l’hôtel est réquisitionné un temps par les Allemands puis par, à la libération, de nouveau par la France à la fin de la guerre, comme le Lutétia à Paris, au moment de rapatrier les déportés des camps de concentration (Dachau et Buchenwald)La Montagne, éd. du 15 mai 1945.Reine Cormand, La vie d’une famille face à la Gestapo dans la France occupée, novembre 1943-juin 1945. Témoignage, Montreux, éditions Amoudruz-Thonon, 1972, p. 270-272..
vignette|La Galerie (1912). vignette|Le Grand Hall (1912). vignette|Le Grand Hall (1912). L'hôtel - qui n'hébergeait plus de clients depuis sa réquisition en juin 1940 - ferme définitivement ses portes au public après la Seconde Guerre Mondiale. Des publicités annoncent pourtant sa réouverture en 1946, 1947, 1948 et encore en 1949, mais en vain... L'édifice est en piteux état : les années de guerre l'on meurtri ; il n'a pas été entretenu et n'est plus au goût du jour pour une réouverture ! Il faudrait investir des sommes considérables pour relancer ce palace de plus de 11000 m2 (bâtiment principal) et pour remodeler son parc de 4 hectares laissé à l'abandon depuis près d'une décennie et devenu forêt vierge... Faute de moyens, ses propriétaires (André et Eugène Servant, fils de Léon) décident, en 1949, la fermeture définitive du complexe hôtelier et sa transformation en appartements. Après de lourds travaux (débutés en , achevés début 1950) conduits par la société Victor SagliaLa Montagne, 26 août 1949 (originaire de Nice et spécialiste de la transformation des palaces de la French Riviera depuis les années 1920.) sous l'oeil averti de l'architecte Louis Milon de Peillon (1892-1971), l'édifice renaît sous la forme d'une copropriété en 1950. Le duo avait déjà procédé à la transformation de lHôtel de Provence et de lHôtel Villa Bellevue à Cannes (1937), mais aussi du Winter-Palace et de l'Hôtel Alhambra à Nice (1941, 1949), pour n'en citer que quelques-uns. vignette|Le Hall du Grand Hôtel (ca 1908-1909) - Premier état. L'ancien restaurant Louis XVI (1912) comme l'ancienne salle à manger (1887) sont, quant à eux, conservés un certain temps en l'état. On n'ose transformer ces lieux si singuliers qui ont fait le prestige et la renommée du palace et on espère les louer tels quels... Cependant, devant l'absence de candidats à la location, il est finalement décidé en 1954 de transformer ces deux beaux volumes en appartements. Le restaurant Louis XVI est découpé en 6 appartements ouverts sur le jardin ; quant à l'ancienne salle à manger (qui fut aussi salle de spectacle et cinéma) elle occupait une surface de 168 m2 avec une hauteur sous plafond de 7,60 m et fut scindée en trois parties distinctes créant de confortables duplex ouverts sur le jardin et la terrasse sud de l'ancien Grand Hôtel...
De 1865, date de son ouverture au public, à 1950, date de sa fermeture officielle et de sa transformation en copropriété, l’établissement hôtelier a participé à la renommée de la station thermale auvergnate et s’est inscrit dans la grande « Histoire ».
Architecture vignette|Le salon de musique (1912) - Second état. vignette|La salle à manger (1912). vignette|L'escalier du restaurant (1912). vignette|Le restaurant du Grand Hôtel (vers 1908-1909) - Premier état. vignette|Le restaurant (1912) - Second état.
Le Grand Hôtel, bien que né sous le Second Empire, affiche une architecture classique de style néo-Louis XIII où dominent la brique rouge, la pierre blanche (bossages) et l'ardoise (mansardes), un peu à la manière des édifices de la place des Vosges à Paris. vignette|Façade nord. Hôtel de plan en L comprenant 4 étages avec une façade de 19 travées réparties de manière symétrique de part et d'autre d'un pavillon central coiffé d'un dôme. La façade principale (exposée plein nord) répond aux attendus architecturaux de l'époque et présente un rythme tripartite : pavillon central de 3 travées (coiffé d'un fronton monumental avec horloge, sous un dôme carré), deux ailes de 5 travées chacune et deux pavillons latéraux de 3 travées chacun. Le RDC de la façade nord présente de hautes fenêtres - semblables aux arcades des pavillons de la place des Vosges - ouvrant sur les salons de réception de l'hôtel. Les trois étages carrés présentent des façades de briques (peintes) rythmées de chaînages de pierre en harpe (« bossage harpé »). À l'origine de la construction, la base des hauts combles en ardoise est percée de lucarnes (qui ont été transformées en portes-fenêtres ouvertes sur des petits balcons en 1908) et, au-dessus, d’œils-de-bœuf. Une aile en retour d'équerre de 4 travées, développée depuis le pavillon oriental, se développe enfin au sud.
Bâti à flanc de colline, l'hôtel présente cinq niveaux principaux à l'est (RDC, trois étages carrés et un étage mansardé) et sept à l'ouest (RDJ, entre-sol, trois étages carrés et un étage mansardé), le tout surmonté d'une toiture monumentale présentant un ou deux niveaux de combles.
La construction du Majestic Palace est le fruit de quatre chantiers principaux de construction qui, tous sauf le premier, ont été conduits durant l'automne et l'hiver, c'est-à-dire en dehors de la Saison thermale (mai-octobre), lorsque l'hôtel est fermé :
Phase 1 - 1862-1864. Construction du premier bâtiment (actuelle aile ouest). Le chantier débute sous de très bons auspices puisque le , Napoléon III, de passage à Royat, s’intéresse au bâtiment et « en prenant quelques instants de repos, a daigné examiner les plans de constructions de l’Hôtel (...) ainsi que les relevés topographiques de ses alentours ». Ouvert au public en 1865, l'hôtel dispose alors de 28 chambres, 22 cabinets de toilette, 10 chambres de bonnes.
Phase 2 - automne-hiver 1875-1876. Construction du « Pavillon central » (actuelle pavillon de l'horloge). L'hôtel dispose alors de 52 chambres et cabinets et d'une annexe de 6 chambres.
Phase 3 - automne-hiver 1880-1881. Construction de l'aile et du pavillon Est, ainsi que d'un bâtiment en retour d'équerre au sud. L'hôtel dispose désormais de 200 chambres.
Phase 4 - automne-hiver 1886-1887. Construction du pavillon ouest et surélévation (un étage + combles) du premier corps de bâtiment. L'hôtel comporte maintenant 220 chambres et ce, sans compter celles situées dans son annexe (le Pavillon Majestic) ce qui porte le complexe hôtelier à un total de 300 chambres et 50 appartements.
Phase 5 - automne-hiver 1911-1912. Mutation du Grand Hôtel en "palace" ; on remplace la petite verrière de la façade nord par une vaste galerie toute en verre ; on perce une partie du sol du rdc du hall pour y aménager un vaste escalier de style Louis XVI devant donner accès au nouveau restaurant, lui aussi de style Louis XVI, construit dans l'ancienne véranda ouverte sur le jardin.
Propriétaires et directeurs successifs
Propriétaires fonciers
1861-1863 : Michel Ganne, maître d’hôtel, et Florence Rolande Courpienne, son épouse. 1863-1873 : Jean-Denis Soalhat (fils) et Louise Dufaut, sa mère. 1873-1886 : Guillaume Auguste Servant, maître d’hôtel, et Anne Désaimard, son épouse.