Les Épîtres socratiques sont un ensemble de trente-cinq lettres philosophiques écrites par des disciples de Socrate, tels que Xénophon. Les premières lettres sont présentées comme ayant été écrites par Socrate lui-même, quoiqu'elles soient aujourd'hui considérées comme apocryphes. Elles retracent la vie de Socrate et, indirectement, de ses disciples après la mort de celui-ci.
Présentation générale
Contenu Les Épîtres socratiques sont un ensemble de trente-cinq lettres datant de l'Antiquité grecque. Ces textes auraient été écrits par Socrate et ses disciples, dont Xénophon. Elles regroupent des réflexions philosophiques, des histoires racontées, et de simples correspondances.
Auteur Les auteurs des épîtres sont inconnus. Les premières lettres sont censées être de la main de Socrate, mais il est peu probable que le philosophe ait jamais écrit. Toutefois, leur style particulier, didactique, et leur vocabulaire, indique clairement qu'elles ont été écrites par un individu différent du reste. Ces lettres mettent en œuvre des concepts issus de l'école cynique, laissant supposer qu'elles sont des lettres inauthentiques écrites a posteriori.
Les lettres suivantes montrent une grande diversité de styles, laissant supposer qu'elles ont été écrites par un grand nombre de disciples. Aristippe écrit les épîtres 9, 11, 13 et 16 avec un vocabulaire et un style dorique. La lettre XXVII, qui est aussi censée être de lui, est toutefois écrit en style attique. On peut ou bien en déduire que la lettre XXVII n'est pas de lui, ou bien que, comme Diogène Laërce l'a remarqué, il savait changer de style d'écriture.
L'authenticité des lettres de Xénophon (XV, XVII, XIX, XXI, XXII) a fait l'objet de débats.
La lettre XVIII aurait été écrite par Speusippe et envoyée à Philippe de Macédoine. Son authenticité est possible.
L'épître XXX a peut-être été écrit par Speusippe à Philippe II, roi de Macédoine. Il est possible que la lettre XXXV, qui soutient que la doctrine d'une école de pensée doit être secrète, ait été écrite par un pythagoricien.
Historique de publication Nous avons connaissance de ces lettres grâce, notamment, à une édition de Léon Allatius à Paris en 1637, sous le titre d’Épîtres socratiques. Il a travaillé sur ces textes afin d'en prouver l'authenticité, sans toujours y parvenir. Jean Stobée cite également des lettres dans son Florilège. La première édition élaborée de l’œuvre a lieu en 1815 à Leipzig, par Orelli. L'authenticité des lettres censées être écrites par Socrate est alors toujours objet de doutes, quoique Richard Bentley apporte des arguments forts en faveur de leur inauthenticité.
Les trente-cinq lettres sont aujourd'hui conservées dans une version datant des années 1270 dans les Archives apostoliques du Vatican, sous le nom de Codex Vaticanus graecus 64.
Résumé
Lettres I à VII
Lettre I : l'éthique et la vie du philosophe Les lettres I à VII sont les lettres socratiques à proprement dites, car censées être écrites par Socrate. La première est une réponse du philosophe à un roi qui propose de le payer pour qu'il quitte Athènes et le rejoigne pour lui enseigner la philosophie. Socrate refuse, rappelant à son correspondant qu'il n'est pas, contrairement aux Sophistes, un . De plus, soutient-il, il ne croit pas qu'il soit . Au contraire, la philosophie enjoint de ne jamais prendre quoi que ce soit d'un autre.
Socrate critique ceux qui dédient leur vie à la quête de la richesse, car ils ont une fois leur adolescence passée. Ils sont admirés pour leurs possessions terrestres, mais sont en fait ridicules. L'auteur explique que lui doit rester à Athènes car il y joue un rôle : la Cité a besoin . Lorsqu'ils sont aux responsabilités, en effet, il leur arrive de s'endormir ; .
Le philosophe parle de son daimôn à son correspondant. Il s'agit d'une voix divine qui lui souffle des conseils. Ainsi, un jour, alors qu'il était avec un groupe de soldats à une intersection, son daimôn lui a conseillé de prendre le chemin que les autres ne voulaient pas prendre. Tous les soldats qui ne l'ont pas suivi ont été retrouvés morts.
Lettres II à V : relations entre Socrate et ses amis et disciples Dans la deuxième lettre, Socrate demande à son disciple Xénophon d'héberger et de prendre soin de son ami Chéréphon, le temps que celui-ci se rende dans le Péloponnèse, où il a été nommé ambassadeur par Athènes.
La lettre suivante est également une demande de Socrate : une connaissance à lui, Mnéson d'Amphipolis, va se rendre à Athènes pour plaider sa cause. Il a été banni de sa ville, et veut être admis à vivre à Athènes. Socrate demande à son ami d'aider Mnéson.
La lettre IV est divisée en deux parties. Dans une première, Socrate explique qu'il a suggéré à Critobule de se tourner vers la philosophie lorsqu'il était jeune, mais que celui-ci s'est finalement tourné vers la politique, et a fait des études dans les choses de la politique. Dans la deuxième partie, Socrate dit que sa femme Xanthippe et ses enfants vont bien, et qu'il vit heureux.
La cinquième lettre est adressée à Xénophon. Socrate dit à son disciple qu'il a appris, avec les autres socratiques, qu'il était à Thèbes et qu'il allait partir en Asie aider Cyrus. Il rapporte que certains athéniens critiquent cette alliance, car Cyrus s'était allié aux Spartiates pour vaincre Athènes. Le maître rappelle à son disciple de cultiver deux vertus, particulièrement importantes à la guerre : l'endurance patiente et le mépris des richesses.
Lettre VI : apologie de la vie simple La sixième lettre de Socrate est de forme apologétique. Socrate dit qu'il refuse tous les cadeaux, et que donc certains, à Athènes, le croient fou. Le philosophe se dit satisfait de sa condition de vie : il porte les mêmes vêtements quelle que soit la saison, va toujours pieds nus, et ne cherche pas la célébrité politique. Cette lettre présente Socrate comme modèle de la vie cynique.
Lettre VII : critique de la tyrannie des Trente Dans la lettre VII, enfin, Socrate répond à un correspondant au sujet des Trente tyrans, qui dominent depuis peu la ville. Un des tyrans, Chariclès, lui a ordonné de se rendre au Pirée et d'arrêter un certain Léon pour qu'il soit exécuté. Socrate dit avoir refusé ; Chariclès, qui ne l'appréciait déjà pas pour une raison personnelle, lui aurait demandé : . Socrate dit avoir répondu : . Socrate critique la tyrannie des Trente.
Lettres VIII à XIII
Lettres VIII et IX : un philosophe peut-il servir un tyran ? Les lettres VIII à XIII racontent les enseignements de Socrate et comment ses disciples suivent, ou pas, sa doctrine. La lettre VIII est une correspondance entre Antisthène et Aristippe, où ce premier critique le second. Aristippe vit auprès d'un tyran, Denys l'Ancien. Antisthène soutient qu'. Un sage, dit-il doit vivre dans son propre pays et chercher à se suffire à lui-même. Il s'attaque à l'idée selon laquelle l'homme sage a la chance de devenir riche et d'avoir des amis puissants ; en réalité, l'argent n'est pas nécessaire, et les tyrans sont peu instruits, rendant leur fréquentation inintéressante.
La lettre IX est une réponse d'Aristippe. Il écrit qu'en effet, les habitants sont opprimés sous la férule du tyran, qui vit dans l'excès le plus complet. Il se défend en arguant qu'il ne peut s'échapper, car le roi Denys le retient. Il le considère en effet comme le représentant de la sagesse de Socrate et souhaite apprendre la doctrine socratique.
Lettres X et XI : demande de libération d'amis La lettre X est une lettre d'Eschine à Aristippe. Il écrit qu'il a envoyé une lettre à Platon pour lui demander qu'il suggère à Aristippe de sauver des jeunes hommes locriens, avec qui Eschine est ami. Dans la lettre suivante, Aristippe rassure Eschine : les jeunes hommes en question seront libérés de prison et ne seront pas spoliés de leurs richesses. Aristippe demande à son camarade de ne pas dire à Antisthène qu'il a sauvé des gens, car il est en froid avec lui depuis qu'il sait qu'il travaille pour un tyran.
Lettres XII et XIII : la valeur d'un cordonnier Ces deux lettres sont une correspondance entre Simon et Aristippe. Simon est un cordonnier, et il se plaint à Aristippe que ce dernier, selon ce qu'on lui a rapporté, se soit moqué de lui dans une lettre qu'il a envoyée à Anthistène. Il soutient que lui, cordonnier, suit mieux les enseignements de Socrate que ceux qui, comme Aristippe, vivent dans le luxe. Aristippe lui répond que ce n'est pas lui qui s'est moqué de lui, mais Phédon. Aristippe dit admirer et estimer Simon qui, quoique cordonnier, est de s'asseoir avec lui. Même Périclès, lorsqu'il n'était pas encore stratège, aimait lui parler.
Lettres XIV à XXVII
Lettres XIV à XV : récit de la mort de Socrate et réponse La lettre XIV, séparée du reste des Épîtres, décrit le jugement et l'exécution de Socrate. Eschine envoie une lettre à Xénophon pour lui dire que bien qu'il sache que son fils Gryllos lui a rapporté, par l'intermédiaire d'un certain Greta, la mort de Socrate, il peut aussi lui raconter ce qu'il a vu. Xénophon était à l'époque à Sparte, et Platon était malade. Eschine critique fortement Anytos et Mélitos, les deux accusateurs de Socrate, .
Socrate, selon lui, a déclamé son discours avec un sérieux mélangé au rire. Les juges ont été pour beaucoup convaincus et ont proposé que le jugement soit plus doux ; mais ils eurent aussi peur que Socrate soit acquitté. Il aurait pu l'être, assure Eschine, s'il avait employé la flatterie au lieu de dire le vrai et le juste. Socrate est resté vivre en prison, et recevait ses amis pour discuter. Il avait même dit préférer la prison à la ville pour philosopher, car il était . Racontant la mort de Socrate, il dit qu'après avoir bu le poison, il a demandé à ses amis de sacrifier un coq à Asclépios. Socrate a été enterré, après que son corps a été nettoyé et habillé.
Dans la lettre de réponse, Xénophon remercie son ami pour ces informations, et lui dit qu'il va écrire une Apologie pour montrer ce qu'il s'est réellement passé : . Il dit avoir lu le texte écrit par Platon, l'Apologie de Socrate, et qu'il trouve que . Il annonce se mettre au service des amis de Socrate s'ils en ont besoin ().
Xénophon appelle à ce que le disciples ripostent face à ceux qui critiquent Socrate depuis qu'il est mort. Pour préserver sa mémoire, il est nécessaire de faire publiquement l'éloge de cet . Au contraire, il faut . L'auteur remarque que la nouvelle de la mort de Socrate s'est répandue jusqu'aux spartiates, qui .
Lettres XVI à XVII : deuil de Socrate Les lettres qui suivent traitent du deuil des disciples après la mort de Socrate. Aristippe écrit la lettre XVI. Il apprend à peine que non seulement Socrate est mort, mais qu'en plus, il n'a pas cherché à échapper à la mort, car il voulait respecter les lois de la Cité. Aristippe soutient toutefois qu'étant donné que son emprisonnement était injuste, il n'aurait pas été injustifié de sa part de s'échapper. Il dit à son correspondant que les disciples de Socrate ont fui Athènes par peur de représailles, et sont allés s'installer à Égine.
Dans la lettre suivante, un auteur anonyme, peut-être Aristippe, écrit à Prodicos de Céos et Protagoras. Il admet que leur relation n'a pas été nécessairement facile, du fait du débat qu'ils ont eu au sujet de la vertu (relaté dans le Protagoras). Il affirme qu'Anytos et Mélissos, deux des accusateurs de Socrate, ont été mis à mort par les athéniens.
Lettres XVIII à XIX : invitations de Xénophon aux amis de Socrate