La bataille de Jéricho (en anglais : Capture of Jericho, en arabe : احتلال أريحا) est une bataille de la Première Guerre mondiale pendant la campagne du Sinaï et de la Palestine ; elle se déroule du au 21 février 1918 dans la vallée du Jourdain et oppose les forces de l'Empire britannique (Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande) à celles de l'Empire ottoman soutenu par l'Allemagne. Les Britanniques sont victorieux mais ne réalisent que des gains limités.
Contexte thumb|gauche|L'état-major britannique sur le mont des Oliviers, de g. à dr. : Allenby, l'évêque de Jérusalem, le général Shea et deux adjoints d'Allenby, les généraux Chauvel et Chetwode, 19 mars 1918. Après la prise de Jérusalem en décembre 1917, le général Edmund Allenby, chef de l'Egyptian Expeditionary Force, décide d'étendre ses lignes vers la vallée du Jourdain pour empêcher les Ottomans de rétablir une ligne de défense. Cependant, il n'a que des moyens limités car le cabinet de guerre impérial de Londres va lui retirer une partie de ses troupes pour renforcer le front français en prévision de l'offensive de printemps de l'armée allemande.
La révolte arabe du Hedjaz se développe sur les arrières des Ottomans et, en janvier 1918, les insurgés conduisent des raids jusqu'à Al-Karak et Ma'an, à l'est de la mer Morte : les Britanniques souhaitent établir une liaison directe avec leurs alliés. Des reconnaissances et bombardements menés par les aviateurs britanniques et australiens permettent d'affaiblir le moral des Ottomans. La australienne commence ses opérations le .
L'armée ottomane au Levant constitue le commandé par le feld-maréchal allemand Erich von Falkenhayn. Il regroupe la armée sur la côte, la dans les monts de Judée autour de Naplouse et la dans la vallée du Jourdain et les régions à l'est du fleuveM. Hughes, 1999, p. 73.. À la date de , il comptait 66% de Turcs, 26% d'Arabes et 8% d'autres groupes ethniques. La perte de hommes dans la bataille de Jérusalem a gravement affecté sa capacité défensive. Le commandement britannique pense que l'adversaire, démoralisé par une série de défaites, ne peut plus opposer une résistance prolongée. Les Ottomans alignent encore 16 divisions en Palestine mais toutes sont en grave sous-effectif, hommes en moyenne par division. Leur ravitaillement est déficient : la ration quotidienne des soldats est de 125 grammes de pain et de haricots bouillis matin, midi et soir, sans huile ni assaisonnement, et encore n'arrive-t-elle pas tous les jours.
Offensive des 19-21 février thumb|Avance de la cavalerie australo-néo-zélandaise (en rouge) à travers les positions ottomanes (en vert) en février 1918. L'offensive vers Jéricho est confiée au corps sous le commandement du lieutenant général Philip Chetwode. Il dispose de deux divisions d'infanterie, les (2/ London) et (Yeomanry), et de deux unités de cavalerie détachées de la division montée de l'ANZAC (Corps d'armée australien et néo-zélandais), la brigade légère néo-zélandaise et la brigade montée légère australienne. La assure la première phase de l'offensive le à la hauteur de Ras el-Tawil avec la brigade sur son flanc gauche, la au centre et le régiment monté néo-zélandais de Wellington à sa droite tandis que la brigade australienne descend par une autre piste, plus au sud, pour contourner les lignes adverses. La ottomane a établi une série de positions défensives garnies de mitrailleuses le long des pistes abruptes qui descendent vers la mer Morte. Les combats se déroulent dans une dépression à 260 m en-dessous du niveau de la mer : Philip Chetwode et Harry Chauvel, commandant de la division montée de l'ANZAC, peuvent suivre les opérations à la longue-vue depuis le mont des Oliviers. La piste descendant vers le Jourdain n'est pas praticable aux véhicules et la colonne s'étire sur 8 kilomètres. La , après avoir assuré un travail de reconnaissance, assure la maîtrise des airs, tient à l'écart les avions Albatros allemands et bombarde les positions ennemies.
La campagne est très éprouvante pour les soldats britanniques en raison de la forte humidité de l'air, due à l'évaporation de la mer Morte, et à la multitude de mouches, de moustiques anophèles vecteurs du paludisme, d'araignées et de scorpions. Les tourbillons que les Britanniques appellent « diables de poussière » causent des brûlures aux yeux. Un soldat écrit : . Très loin de sa renommée biblique, Jéricho n'est qu'une bourgade misérable : un officier néo-zélandais note que . Les troupes s'abstiennent d'y camper car elle est infectée par le typhus. Le photographe australien Frank Hurley témoigne de la difficulté de la descente vers la mer Morte par la vallée encaissée du Wadi Qumrân :
Dans la journée du , l'infanterie continue son avance en trois colonnes vers Jéricho tandis que la cavalerie attaque la position fortifiée de Nabi Moussa qu'elle finit par emporter vers minuit. Les Ottomans se retirent de Jéricho en bon ordre dans la nuit du 20 au . Les Britanniques ont perdu environ 500 tués et blessés. Le sanctuaire musulman de Nabi Moussa, connu par son cénotaphe du prophète Moïse (Moussa dans le Coran), bien que tout proche de la zone de combat, est épargné par les tirs. .
Le régiment néo-zélandais de Canterbury est le premier à entrer dans Jéricho après le départ des Turcs. Les Britanniques établissent leur QG à un kilomètre et demi du bourg. Alors que les généraux Chetwode, Chauvel et Chaytor, chef du contingent néo-zélandais, prennent le thé, un obus turc tombe à côté de la voiture de ce dernier et l'endommage, démontrant la vulnérabilité de la position britannique.
Allenby décide d'élargir ses lignes le long du Jourdain. Il confie l'opération à Chetwode avec la (2/ London) DI, la brigade (détachée de la Yeomanry DI) et la division montée de l'ANZAC comprenant la brigade montée néo-zélandaise et la brigade légère australienne. L'infanterie londonienne parvient, en y perdant 500 tués et blessés, à déloger la division ottomane de la vallée encaissée du Nahr al-Awja mais les Turcs se replient en bon ordre sur la rive est tout en conservant le contrôle d'un pont de pierre et d'une petite tête de pont sur la rive ouest à Ghoraniyeh près de Makhadet Hijlah, lieu présumé du baptême de Jésus, qu'ils évacuent le .
Le , une reconnaissance aérienne de la escadrille australienne repère, à El Kutrani, un camp germano-ottoman de 150 tentes avec une base aérienne. Un premier bombardement, le , reste sans résultat, mais plusieurs sorties suivantes le long du chemin de fer du Hedjaz détruisent un réservoir et infligent de sérieux dégâts à un camp ottoman à Shunet Nimrin.
Suite et fin de la campagne sur le Jourdain thumb|gauche|Tir d'obus turc sur Jéricho, dessin de James McBey, . La perte de Jéricho, après celle de Jérusalem, achève de brouiller Falkenhayn avec le ministre de la guerre ottoman Enver Pacha qui, le , lui retire le commandement de son groupe d'armées pour le confier à un autre Allemand, Liman von Sanders, en meilleurs termes avec les Turcs.
Le général sud-africain Jan Smuts visite le commandement de Chetwode pendant la bataille et envoie au cabinet de guerre impérial de Londres un rapport très favorable à Allenby où il recommande la poursuite des opérations en Palestine. Allenby obtient de Londres la consigne de couper le chemin de fer du Hedjaz et de conquérir toute la Palestine , allusion à la formule biblique qui désigne les limites de la Terre promise : Dan (Panéas) se trouve à la source du Jourdain. Le 21 mars 1918, Allenby ordonne une attaque vers Amman, coordonnée avec une action de la révolte arabe, mais les forces ottomanes ( d'infanterie et de cavalerie) repoussent les Britanniques à l'entrée d'Amman. Les Néo-Zélandais y perdent 38 tués, 122 blessés et 13 disparus ; ils arrivent cependant à se dégager d'une situation difficile et, le , le régiment d'Auckland mène une des dernières charges de cavalerie de l'histoire. Les Ottomans contre-attaquent vers le Jourdain et, le 11 avril 1918, ramènent les Britanniques à leurs positions de départ. thumb|Soldats ottomans et allemands capturés par la cavalerie australienne à Salt, 2 mai 1918. Une à l'est du Jourdain, menée du au 4 mai 1918 près de Salt, est tenue en échec par les d'infanterie et de cavalerie ottomanes dépendant de la armée de Mehmed Djemal PachaMesut Uyar, The Ottoman Army and the First World War, Routledge, 2020.. Une contre-offensive ottomane vers Jéricho, menée par la division ottomane et deux bataillons allemands, est repoussée par les Britanniques et leurs alliés le 14 juillet 1918 à la . Cependant, les opérations dans la vallée du Jourdain ne sont que des diversions pendant qu'Allenby accumule des moyens pour une offensive décisive en Palestine centrale : la bataille de Megiddo (19-21 septembre 1918) balaie les et armées ottomanes. Les Ottomans doivent se replier vers Damas et Alep et abandonner toute la Syrie ottomane.
La brigade néo-zélandaise, après avoir pris part à la poursuite de Megiddo, retraverse le Jourdain sous la conduite du général Edward Chaytor, s'empare d'Amman le et capture ce qui reste du corps ottoman. L'ANZAC a pris part à toutes les opérations de la campagne depuis deux ans et demi. Après la capitulation ottomane de l'armistice de Moudros, le et avant d'être rapatrié, le corps australo-néo-zélandais doit céder ou vendre tous ses chevaux, non transportables ; il lui faut aussi participer à la répression d'émeutes antibritanniques en Égypte.
Le photographe australien Frank Hurley, qui a accompagné les troupes australiennes et néo-zélandaises pendant toute la campagne, a enregistré à Jéricho les actions de la légère montée. .
Notes et références
Bibliographie . . . * . . . Matthew Hughes (dir.), Allenby and British Strategy in the Middle East 1917–1919, Military History and Policy, 1999 Tony Jaques, Dictionary of Battles and Sieges: F-O, 2007, p. 490 . Mesut Uyar, The Ottoman Army and the First World War, Routledge, 2020 .
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