thumb|upright=1.3|alt=Les Beatles à l'aéroport JFK|Arrivée des Beatles à l'aéroport international John-F.-Kennedy de New York, février 1964, pour leur première visite aux États-Unis. La Beatlemania les a précédés : en folie les accueillent.
Beatlemania est un terme apparu à la fin de l'année 1963 pour désigner l'extraordinaire engouement des fans à l'égard du groupe de musique britannique The Beatles. Il s'agit d'un mot-valise constitué de « Beatle » et « mania », dans le même esprit que le bien plus ancien « Lisztomania » qui décrivait la réaction des admirateurs du pianiste virtuose Franz Liszt, au .
Un promoteur de musique écossais, Andi Lothian, prétend avoir inventé l'expression « Beatlemania » lors d'une interview donnée au cours d'une tournée des Beatles en Écosse., le . On retrouve ce mot publié pour la première fois dans le Daily Mail, le , quand le journaliste Vincent Mulchrone a écrit un article avec le titre « This Beatlemania ». Le suivant, le Daily Mirror réutilise ce terme, le faisant rentrer dans l'usage courant.
Le phénomène proprement dit débute au Royaume-Uni, pays d'origine des Beatles, lorsque le groupe atteint une grande popularité au début de 1963. Revenant d'une série de séjours très formateurs de 1960 à 1962 à Hambourg, les Beatles effectuent leur première véritable percée commerciale avec leur second single britannique, Please Please Me, qui se hisse au sommet des classements, en première ou deuxième position selon les magazines. S'ensuit un enchaînement presque sans répit de concerts et de tournées dans tout le pays, où les attend un public fervent et enthousiaste. La popularité des Beatles en vient à surpasser celle des artistes américains, comme Tommy Roe, Chris Montez et Roy Orbison ; leurs solides succès dans les charts britanniques ne les empêchent pas de passer dans l'ombre des Beatles, un exploit inédit pour un jeune groupe d'un pays « envahi » par les disques américains.
vignette|gauche|Les Beatles lors d'une conférence de presse en 1965.
La Beatlemania se développe dans toute son ampleur en septembre- et prend tout le monde au dépourvu, y compris le manager du groupe Brian Epstein. Après Please Please Me, c'est She Loves You qui devient numéro un ; l'album Please Please Me est également au sommet. Les scènes d'hystérie collective se multiplient au gré des tournées du groupe, hurlements, évanouissements, mouvements de foule et salles de presse prises d'assaut par le public et les journalistes. Les Beatles font la une de tous les journaux, rallient tout le pays à leur cause.
Ils deviennent un argument médiatique et même politique : les dirigeants britanniques, très critiques de prime abord, ne tardent pas à comprendre que persister dans cette voie équivaut à un suicide politique. La Beatlemania se répand comme une traînée de poudre, les produits dérivés se multiplient et le staff de Brian Epstein se retrouve soudain surchargé de travail. Tous ces événements sont retranscrits dans un film réalisé sous forme de faux documentaire où les Beatles jouent leur propre rôle : A Hard Day's Night.
Début 1964, la Beatlemania s'exporte hors du continent européen et atteint les États-Unis, dès le premier voyage du groupe en terre américaine, pour les mêmes effets. La percée des Beatles de l'autre côté de l'Atlantique entraîne bientôt un changement significatif dans le paysage de la musique populaire aux États-Unis : d'autres groupes britanniques réussissent à s'y exporter, marquant le début et l'essor du phénomène de la British Invasion.
Hunter Davies, biographe autorisé des Beatles, date la fin de la Beatlemania en 1967. S'ils sont toujours aussi populaires auprès des critiques et du public, la folie qui les entoure a nettement baissé d'intensité, le groupe ayant cessé de donner des concerts pour se focaliser sur le travail en studio d'enregistrement. Ce tournant dans leur carrière trouve justement son origine dans la Beatlemania : fatigués, usés, sentant leurs compétences de musiciens se dégrader au fil de ces concerts où leurs chansons sont couvertes par le bruit continu du public, les Beatles aspirent à autre chose. Du côté des fans, on retrouve pourtant des réminiscences du phénomène, comme les , ces jeunes filles constamment en poste d'observation devant les studios ou les domiciles des Beatles, dans l'espoir de les entrapercevoir.
Historique 1960 - 1962 : Débuts et popularité à Liverpool Les Beatles sont un des très nombreux groupes de Liverpool qui jouent sur les scènes locales. Au début, ce groupe n'est pas tellement populaire mais le noyau de fans qui les suit s'agrandit de mois en mois. Il est recruté pour aller jouer dans les bars de Hambourg où il peaufine ses prestations. Leurs passages formateurs en Allemagne de l'Ouest améliorent leur présence sur scène et leurs habiletés musicales.
C'est en que le groupe tombe dans l'œil de Brian Epstein qui devient bientôt leur manager. Le , au retour de leur second séjours à Hambourg, les Beatles donnent un spectacle au Litherland Town Hall, salle municipale de Liverpool qui servait deux jours par semaine de dancing. Aussitôt que le groupe se met à jouer, le plancher de danse se vide et l'assistance se presse à la scène pour les écouter et les regarder'The Beatles: All These Years, Volume 1 – Tune In, Mark Lewisohn, Harmony Books, 2013, pages 392.. Paul McCartney raconte que c'est ce moment qui cimente la réputation du groupe et devient rapidement le groupe numéro un de Liverpool surtout grâce à ses prestations au club rock and roll The Cavern
Epstein leur organise de nombreux spectacles, des passages à la radio de la BBC, une audition infructueuse chez Decca et, surtout, leur décroche un contrat d'enregistrement chez EMI, sous le label Parlophone dirigé par George Martin. Le premier single, Love Me Do, atteint la place des palmarès britannique.
1963 : Beatlemania au Royaume-Uni vignette|Les quittent le Ritz Cinema, Fisherwick Place, à Belfast, le .
Les Beatles entament leurs premières tournées britanniques au début de l'année 1963. En mai, alors que la première partie des concerts est assurée par Roy Orbison, le public montre les premiers signes de comportements que le groupe subira les années suivantes : cris, mouvements de foules, malaises.. Lors de ses concerts, le quatuor est régulièrement protégé par la police locale, qui tente tant bien que mal de contenir l’hystérie des fans et de maintenir l'ordre. C'est ainsi que lors d'un concert en Suède, les forces de l'ordre sont contraintes d'employer des chiens policiers pour disperser plusieurs milliers d'individus tentant de pénétrer dans la salle.
Possiblement créé par le promoteur écossais Andi Lothian., le mot-valise « Beatlemania » apparaît pour la première fois dans le corps d'un article de Vincent Mulchrone du Daily Mail de Londres le et, le , dans le titre d'un article du Daily Mirror.. Au Canada, on rajoute ce mot au titre du deuxième album britannique du groupe, Beatlemania! With the Beatles, le premier 33 tours des Beatles publié en Amérique ..
À la fin de l'année 1963, les premiers produits dérivés à l'image des Beatles sont mis en vente. Chaque apparition du groupe suscite de telles scènes de liesse que le journal britannique n'hésite pas à les comparer à l’hystérie lors des rassemblements de masse du troisième Reich.. La durée des concerts n'excède pas une demie-heure, tandis que le quatuor enchaîne les morceaux à un rythme effréné dans un vacarme assourdissant.
1964-1965 : Succès international
1966-1968 : Dernières tournées et les années studio
1969-1970 : Rupture
Postérité
Analyse du phénomène de la Beatlemania vignette|Affiche de A Hard Day's Night à l'affiche du London Pavilion Cinema en 1964. Dans ce film, les Beatles orchestrent leur légende.
Précurseurs Au cours des années 1840, les fans du pianiste et compositeur hongrois Franz Liszt ont fait preuve d'un niveau de fanatisme similaire à celui des Beatles. Le poète Heinrich Heine a inventé la "Lisztomanie" pour la décrire.
Une fois qu'elle est devenue un phénomène international en 1964, la Beatlemania a dépassé en intensité et en portée tous les exemples précédents de culte des fans, y compris ceux accordés à Elvis Presley et Frank Sinatra.
Incidences sociales La beatlemania est un phénomène d’ampleur considérable et à plusieurs facettes. La jeunesse prend goût à se coiffer et s’habiller à la Beatles. Des disquaires se spécialisent sur les seuls disques des Beatles. Pour mieux gérer ses stocks la société EMI/Parlophone propose même la présouscription si l’on désire réserver son exemplaire du prochain disque (avant même qu’il ne soit sorti, ou que quiconque sache à quoi il va ressembler).
Causes L'un des facteurs de cette évolution a pu être le baby-boom de l'après-Seconde Guerre mondiale, qui a donné aux Beatles un public de jeunes fans plus important que celui dont Sinatra et Presley disposaient une décennie plus tôt.
L’atmosphère hystérique des concerts les rend parfois à la limite de l'inaudible ; le premier ministre britannique remarque néanmoins que ces artistes sont pour le pays une excellente « exportation », y compris en termes d’image : celle de jeunes gens souriants, polis, bien habillés, et pleins d’un humour très britannique lors des interviews. Ils sont décorés par la reine du Royaume-Uni, le , de la médaille de (MBE). C’est en fait la plus basse des décorations britanniques; certains MBE, froissés, renvoient par dépit leur propre croix à la Reine. Quant aux vrais honneurs, ils arrivent beaucoup plus tard, quand James Paul McCartney (ainsi que Mick Jagger) est anobli.
Ils profitent des grands débuts de l’ère de la communication, donnent des concerts dans des salles de plus en plus grandes, se servent de l’essor de l’industrie musicale et de la télévision avec des émissions de plus en plus regardées par un public essentiellement composé des jeunes de tous les pays : les Beatles sont ainsi les premiers à passer dans une émission diffusée en « Mondovision » le (avec la chanson All You Need Is Love).
Depuis 1965, les Beatles ne chantent pratiquement plus qu’en play-back à la télévision et Paul s’en explique : . Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d’autographes : .
Derrière le succès, outre la qualité des chansons, un marketing sans faille : on essaie de mettre dans chaque album une chanson qui plaît à la génération précédente (Till There Was You, You Really Got a Hold on Me ; Besame Mucho reste dans les cartons, comme l'atteste l'épisode des Bandes Decca) ainsi qu'un standard du rock (Kansas City) de Little Richard en 1959#95 aux États-Unis alors que la version de Wilbert Harrison se classe #1 (à l'origine K.C. Loving de Little Willie Littlefield en 1952 sur Federal Records). Please Mr. Postman est une reprise des Marvelettes sortie sur Tamla, EU, en octobre 1961, #1 EU..
Pour ne pas se faire cataloguer comme « Mods » et perdre le public des « Rockers », Brian Epstein a une idée : les Beatles, retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, sortent un disque de quatre titres de rock « pur et dur » (Matchbox, I Call Your Name, Long Tall Sally, et Slow Down) qui doit être le « disque des initiés » et montre « ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent ». Satisfaits par cet os à ronger, les rockers ne dénigrent plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques et ne sachant pas ce qu’est la vraie musique des Beatles, qui ont montré qu’ils savaient faire bien mieux que de la pop. La présence d’un « standard de rock » devient alors, pour se concilier ce public (mais aussi pour se faire plaisir), un incontournable des albumsThe Beatles - Long Tall Sally..