Victor-Auguste ou plus simplement Auguste Poulain est un confiseur et chocolatier français, né le à Pontlevoy (Loir-et-Cher) et mort le à Blois. Il est le fondateur de Chocolat Poulain, une des plus anciennes marques de chocolat en France.

Issu d'une famille de paysans originaire de Pontlevoy, Victor-Auguste Poulain est un enfant de constitution chétive, ce qui pousse ses parents à le scolariser plutôt qu'à l'envoyer travailler dans les champs. À neuf ans, il quitte sa famille et trouve un emploi de commis dans une épicerie de Bléré, en 1834, puis un autre à Blois, en 1836. À l'âge de , il quitte cependant le Val de Loire pour Paris, où il est embauché dans une épicerie de luxe, Au Mortier d'argent. Il y découvre le cacao et travaille durement afin d'économiser pour ouvrir sa boutique en province.

En 1847, Victor-Auguste Poulain fonde sa première épicerie à Blois. Quelques mois après, il épouse Pauline Bagoulard, qui le seconde ensuite dans ses activités professionnelles, et embauche un premier employé pour l'aider à fabriquer son chocolat. Ayant créé sa marque en 1848, Victor-Auguste Poulain ne cesse de faire croître sa société, en déposant des brevets de préparation (1852), en mécanisant sa production (1855) et en participant à de multiples expositions, où son travail est régulièrement primé (à partir de 1858).

En 1862, Victor-Auguste Poulain ouvre finalement son usine, la Villette, sur un terrain stratégiquement situé entre la gare et le château de Blois. Cette usine emploie bientôt une trentaine de personnes et produit plusieurs centaines de tonnes de chocolat, sous forme de poudre, de tablettes, de bouchées ou de préparations pour petit déjeuner. En 1872, il implante, au milieu de ses entrepôts, un petit château qui lui permet de surveiller la production.

Devenu conseiller municipal et maire intérimaire de Blois pendant la guerre franco-prussienne de 1870, Victor-Auguste Poulain est élu conseiller général du canton d'Herbault de 1874 à 1886. Il s'éloigne alors de la production en y associant son fils, Albert Poulain. En 1880, il cède définitivement la société à ce dernier mais garde pour résidence principale le château de la Villette. Il meurt en , après avoir assisté à la vente de la société Poulain par son fils en 1897 et à l'incendie d'une grande partie de son ancienne usine deux semaines avant son décès.

Biographie Enfance et formation Victor-Auguste Poulain naît le , à six heures du matin, à la ferme des BordesTransformée en chambres d'hôtes, la maison natale du chocolatier existe toujours aujourd'hui. Voir : ., dépendante du château du même nom, à Pontlevoy, en Sologne, dans le département de Loir-et-Cher. Il est le dernier des dix enfants, dont sept ont survécuIl s'agit de Bruno-François (1809-1827), Françoise-Jeanne (1810-1876), Marie-Geneviève (1812-????), Anne-Marguerite (1814-????), Jean-Baptiste (1815-1815), Marguerite-Victoire (1816-1821), Silvine-Geneviève (1818-????), Jean (1821-????) et René-Marie-Narcisse (1822-1847), et , p. 390, 436, 513, 588 et , p. 32 et 58, 72 et 264, 135, 237, 284., d'un couple de paysans, Bruno-François Poulain (1787-1848) et son épouse née Jeanne-Élise Galloux (1788-1839). La famille, dont le nom s'orthographiait Poulin jusqu'à la fin du , loue la ferme des Bordes depuis 1773 et Bruno-François Poulain en a pris la direction en 1823. Ce dernier devient par la suite adjoint (1844-1846) puis maire de Pontlevoy (1846-1848).

Tout jeune enfant, Victor-Auguste Poulain est chargé par ses parents d'emmener pacager les oies de la ferme familiale. Trop chétif pour partir travailler aux champs, il est néanmoins scolarisé, à l'âge de , en 1831, auprès de Jeanne Perrault (1766-1841), veuve Chiquet, dont l'école est située face à l'abbaye de Pontlevoy. Il y apprend à lire, écrire et compter mais ses études coûtant trop cher ( plus des bûches pour chauffer l'école en hiver), il les interrompt à l'âge de , en 1834.

Après une dispute avec sa mère, Victor-Auguste Poulain quitte sa famille avec une dizaine de sous en poche pour chercher du travail à Tours. Il s'arrête finalement à Bléré, où il est embauché comme commis dans l'épicerie de Pierre Minier, située place du marché-aux-légumes. Durant deux ans, de 1834 à 1835, il y apprend à couler des bougies, à remplir des cornets et à garnir les étagères de la boutique. L'adolescent part ensuite à Blois, où il trouve un nouveau travail dans l'épicerie de M. Delagrange, de 1836 à 1837.

À l'âge de , en 1837, Victor-Auguste Poulain gagne finalement Paris, où il est embauché comme commis dans l'épicerie de luxe de M. Leguerrier, Au Mortier d'argent, grâce aux recommandations de la comtesse de Ribeyreys, propriétaire du château des Bordes. L'adolescent y découvre le cacao, qu'il apprend alors à travailler. Payé par moisSon salaire passe à par mois durant sa dernière année de service ., auxquels s'ajoutent par lot de de chocolat fabriqués, Victor-Auguste économise les deux tiers de son salaire dans le but d'ouvrir son propre négoce. Non content de ces efforts, il confectionne en cachette, après son service, des pantoufles en tapisserie et se fait engager, certains soirs, comme claqueur au théâtre de l'Ambigu-Comique. Tiré au sort pour servir sous les drapeaux en 1845, il est finalement exempté à cause de sa petite taille et de sa faible constitution. Il reste dans la capitale jusqu'à l'âge de et y amasse, par son travail, un pécule de .

Épicier et père de famille

Revenu à Blois en , Victor-Auguste Poulain ouvre, le suivant, sa propre épicerie, située à l'actuel de la rue Porte-ChartraineÀ l'époque, il s'agit du Grand-Rue ., dans la maison natale du prestidigitateur Jean-Eugène Robert-Houdin. La boutique est assez exiguë mais elle comporte une grande arrière-salle, qui s'ouvre sur une cour intérieure. Durant la même période, Victor-Auguste Poulain rencontre Pauline Bagoulard (1831-1864), une jeune orpheline qui habite quatre maisons plus loin, chez ses cousins, les merciers Paret. Les deux jeunes gens se marient à Bracieux le , c'est-à-dire deux jours avant le début de la révolution qui met un terme à la monarchie de Juillet. Victor-Auguste Poulain est alors âgé de et son épouse de .

Sur les conseils de sa femme, Victor-Auguste Poulain crée, dès , sa propre marque de chocolat, alors qu'il n'est encore qu'un simple confiseur, soumis à la concurrence directe de quatre boutiques similaires à la sienne ainsi qu'à celle de la déjà célèbre entreprise Menier. Parallèlement, il embauche Jacques Jouanneau (1819-1897), un ouvrier de six ans son aîné qui reste à son service durant pas moins de trente-deux ans. Pendant plusieurs années, les deux hommes fabriquent manuellement le chocolat, que Victor-Auguste Poulain vend, chaque matin, à la criée dans les rues de Blois pendant que Pauline dirige la boutique familiale.

Dès 1850, Victor-Auguste Poulain a recours à la réclamePubliée le dans Le Journal de Loir-et-Cher, cette première publicité prend la forme d'un avis de 9 lignes . pour faire mieux connaître ses produits auprès des consommateurs. Il innove, à cette occasion, en rendant publique l'origine de ses fèves. Victor-Auguste Poulain et son épouse donnent par ailleurs naissance à trois enfants : Augustine (née le ), Albert (né le ) et Eugénie (née le ).

Mécanisation et industrialisation de la production

Afin de simplifier son travail et celui de Jacques Jouanneau, Victor-Auguste Poulain achète en 1851 une première machine à broyer le cacao, actionnée manuellement. Il ne s'agit donc pas du modèle Hermann dont il rêve, mais d'une simple machine Létang, au prix plus abordable. Il embauche en outre deux nouveaux employés pour sa boutique et son atelier. Cependant, pour accompagner cette croissance, le chocolatier est contraint de vendre les biens reçus en héritage de ses parents ainsi qu'une partie de la dot de son épouse. Il sous-loue, par ailleurs, le premier étage de la maison familiale afin d'économiser un maximum d'argent.

Le , Victor-Auguste Poulain dépose un premier brevet pour une nouvelle préparation de chocolatCe brevet de chocolat malléable, déposé sous le , lui est attribué le suivant, pour . Le dossier original du brevet est conservé aux archives de l'Institut national de la propriété industrielle à Paris. On y trouve la recette de la préparation. Voir : .. Le suivant, la famille déménage dans une plus vaste demeure, située au de la rue Porte-ChartraineÀ l'époque, il s'agit du Grand-Rue .. Pauline Poulain y dispose d'une grande boutique, qu'elle décore avec soin, et dans laquelle elle vend non seulement le chocolat de son époux mais aussi du thé, du café, des bonbons, des gâteaux et toutes sortes de liqueurs. Dans le prolongement de cette maison, Victor-Auguste Poulain installe, au de la rue du Lion-ferré, l'atelier de fabrication où il travaille avec ses ouvriers.

Conscient que le broyage manuel est de plus en plus vilipendé par la propagande hygiéniste, Victor-Auguste Poulain demande, en 1853, aux autorités préfectorales l'autorisation d'installer une broyeuse à vapeurActionnée par un moteur à cinq chevaux, cette broyeuse est munie d'un cylindre en granit tournant sur un plateau chauffé, sur lequel le chocolat est perpétuellement ramené par des couteaux-ramasseurs . dans son atelier. Ce n'est toutefois qu'en 1855 qu'il est officiellement autorisé à passer au broyage industriel. Dans les mêmes moments, il embauche un nouvel employé, son neveu Jérôme Ouvray (1836-1929), fils de sa sœur Geneviève. Cependant, faute d'investisseurDès 1850, Victor-Auguste Poulain propose à son cousin Silvain-Auguste Galloux (1821-1891), chocolatier à Montrichard, de s'associer à lui, sans succès ., le chocolatier est, une fois encore, obligé de rogner le patrimoine familial pour financer la croissance de son entreprise.

Cela ne l'empêche pas de déménager, en 1857, une partie de sa production au de l'actuelle avenue de VerdunÀ l'époque, il s'agit du de la route Basse-de-Paris ., dans le quartier du Sanitas. Victor-Auguste Poulain y loue la force motrice d'une fonderie afin de procéder à la torréfaction et au broyage du cacao, tandis que le conditionnement est maintenu en centre-ville. Cette décision permet au chocolatier de pouvoir apposer sur ses produits les mentions, alors très populaires, d'« usine au Sanitas » (1858) puis d'« usine à vapeur à Blois » (1861), sans avoir à supporter le coût d'un véritable établissement indépendant.

Concurrence et reconnaissance

La croissance continue de la société Poulain, qui permet bientôt à son propriétaire de fournir d'autres épiceries que la sienne, ne tarde pas à susciter des imitations. En 1857, un confiseur blésois met ainsi en vente des friandises en chocolat qui copient, à moindre prix, les « bouchées impériales » inventées par Victor-Auguste Poulain en l'honneur de Napoléon III. Rendu furieux par ce procédé, le chocolatier répond par voie de presse et finit par en tirer un slogan publicitaire : « Goûtez et comparez avec les meilleures fabriques de France » (1861), bientôt réduit à « Goûtez et comparez » (1863). Il réalise ainsi ce que plusieurs auteurs considèrent comme la première campagne de réclame d'envergure nationale et la première utilisant la publicité comparative... Le chocolatier décide en outre de ne mettre en vente ses nouveautés que huit jours avant Noël, délai trop court pour que ses concurrents puissent le copier.

En 1858, le travail de Victor-Auguste Poulain est couronné par une première médaille d'or à l'exposition industrielle de Blois. En 1859, il reçoit une médaille de bronze de la Société Philomathique de Bordeaux. En 1860, il obtient une médaille de bronze à l'exposition internationale de Besançon ainsi qu'une médaille d'argent que lui remet l'Académie nationale agricole, manufacturière et commerciale. En 1861, il gagne une médaille d'argent à l'Exposition nationale de Nantes et, en 1863, une autre médaille de bronze décernée lors de l'exposition de Nevers.

L'usine de la Villette