Malouetia tamaquarina est une espèce de plantes à fleurs de la famille des Apocynaceae (famille des pervenches). Il s'agit de l'espèce type du genre Malouetia A.DC.. C'est un arbuste ou un petit arbre néotropical.
En Guyane, elle est connue sous les noms de Bois-cuillère (Créole), Couillé-epcou (Wayana), Yukigl (Palikur), Paluke (Wayãpi), Bala tiki (Boni), Boueni-mango, Liba-mango (Nenge tongo). Au Suriname, elle est connue comme Oonsé balli (Arawak), Jaramiloerang (Karib). Au Guyana, on l'appelle Kirikahii (Créole), Eneko ikïkaï (Wittoto). Au Venezuela, elle porte les noms de Palo de boya, Boya rebalsera, Guachimaca (Espagnol), et Jimajeru (Guarao). Au Brésil, elle est appelée Molongó (Portugais). Ailleurs, elle porte aussi le nom de Chicle (Espagnol).
Étymologie Le nom de genre Malouetia rend hommage à Pierre-Victor Malouët (1740-1814), planteur de sucre de Saint-Domingue, ordonnateur de Guyane entre 1776 et 1778, et homme politique français pendant la période de la Révolution.
L'épithète spécifique tamaquarina se réfère au nom vernaculaire amérindien Garipon.
Description Malouetia tamaquarina est un arbuste ou un petit arbre haut de pour de DHP. Le tronc est grisâtre, à base droite. Le latex est laiteux et abondant. Le rhytidome est lisse, de couleur brun clair, brun rougeâtre à noire, densément parsemée de lenticelles vertes. Le phloème est de couleur café à rougeâtre, et l'aubier de couleur crème. Le bois est jaunâtre.
Les feuilles simples, opposées, sont de forme oblongues à ovales-elliptiques avec l'apex courtement acuminé, et la base obtuse. Le limbe décoloré, mesure . La face abaxiale, est glabre et porte souvent des domaties le long de la nervure médiane. Les nervures sont marquées sur les deux faces. Les pétioles, longs de , légèrement canaliculés, sont plus ou moins brillants dessus.
Ses inflorescences axillaires et terminales comportent jusqu'à 10 fleurs parfumées. Les pédicelles glabres sont longs de .
Le calice n'atteint que 1/3 de la longueur du tube de la corolle. Les dents des sépales, imbriquées ou quelque peu étalées, obtuses ou courtement acuminées, pubescentes à l'extérieur, sont de forme ovales à lancéolés, mesurent environ de long sur de large, et porte 2 collétères à sa base intérieure.
Le tube de la corolle est glabre (sauf quelques poils sous les étamines), de couleur verdâtre à brun rougeâtre, long de pour de large à la base et dans la gorge. Le pavillon, d'abord blanc, puis devenant jaunâtre, orangé à violet clair avec l'âge, est composé de 5 lobes, étalés et réfléchis, de forme ovales à lancéolés, longs de pour de large (généralement plus de 2 fois plus longs que larges), densément pubescents courts sur le dessus, finement en dessous.
Les étamines épipétales portent des anthères densément pubescentes à barbelées sur la face dorsale, sont longues de , et exsertes, émergent aux 2/3 de la corolle, les pointes dressées ou recourbées.
L'ovaire densément hirtelleux est plus large que le disque.
Le fruit est méricarpe composé d'une paire de follicules déhiscents, épais, courbés, glabres, striés mais non côtelés, divergents d'environ , mesurant , et contenant de nombreuses graines. Les graines sont glabres ou à pubescence clairsemée, et mesurent de de long, pour environ d'épaisseur.
Répartition Malouetia tamaquarina est présente en Amazonie : dans le nord (y compris l'Amazonie du Venezuela, la Colombie, le Guyana, le Suriname, la Guyane, et le bassin supérieur du Rio Negro au nord du Brésil), dans l'ouest (des pentes orientales des Andes jusqu'à la partie occidentale de l'Amazonie brésilienne, y compris l'Amazonie équatorienne, péruvienne, bolivienne et sud-colombienne, et l'État d'Acre au nord-ouest du Brésil) et dans le centre (de la frontière ouest du Brésil au bassin du Rio Tapajós).
Écologie Au Brésil, Malouetia tamaquarina est un arbre occasionnel des forêts à canopée basse. Il affectionne aussi bien les várzea basses (forêts inondées à plus de 3 m de hauteur, avec une période d'inondation moyenne de plus de 50 jours par an), que les várzea hautes (forêts inondées à moins de 3 m de hauteur, avec une période d'inondation moyenne de moins de 50 jours par an), et les Igapó (forêts inondées d'eaux noires et de , par exemple le long des Rio Negro, Rio Tapajós et Rio Xingú), jusqu'aux forêts amazoniennes de terre ferme (non inondées).
C'est une espèce de succession tardive, apparaissant parmi des arbres âgés de plus de 150 ans.
Avec sa hauteur moyenne de , elle occupe l'étage moyen dans la stratification forestière, parmi les arbres de .
Son feuillage est persistant : il ne présente pas de perte de feuilles remarquable.
Son bois léger a une densité de .
Sa croissance moyenne de DHP est de (on peut estimer l'âge d'un arbre en divisant son diamètre mesuré sur le terrain par cette valeur).
Au Venezuela, on le rencontre souvent le long des cours d'eau autour de d'altitude, dans les forêts ripicoles des basses terres, les forêts marécageuses et saisonnièrement inondées.
Malouetia tamaquarina est une des principales espèces dominantes des parties basses des forêts marécageuses du bassin du Sinnamary en Guyane (26-15% de la surface terrière totale).
Elle fleurit dans les Guyanes, de septembre à janvier, et fructifie de janvier à mai.
Malouetia tamaquarina est une espèce à croissance lente, potentiellement sensible à la surexploitation.
Utilisation L'extrait de feuilles de Malouetia tamaquarina est un des ingrédients communs dans les recettes d'Ayahuasca. Malouetia tamaquarina est aussi employée comme poison de pêche en Amazonie du Pérou à la Colombie.
Le latex blanc très abondant est utilisé comme adultérant du latex d'hévéa. Les graines très toxiques sont utilisées pour tuer des chiens . C'est un ingrédient de certains curares qui provoquent la mort en bloquant la fonction respiratoire.
Le bois blanc, tendre et léger de Malouetia tamaquarina est employé pour sculpter de petits objets artisanaux : cuillères, flotteurs pour la pêche (bouchons, bouées), tabourets, etc. Les copeaux du bois sont utilisés pour allumer le feu.
Les propriétés antimicrobiennes d'extraits de Malouetia tamaquarina ont été testées : on a observé des effets sur Candida albicans.
On a aussi testé ses propriétés antitumorales et anti-HIV : l'extrait de tige et de feuille a présenté une activité cytotoxique.
Le latex hautement toxique, provoque des dermatites.
Chimie Malouetia tamaquarina contient des alcaloïdes (dont des alcaloïdes stéroïdiques), des tanins, des acides et des phénols. La racine contient 0,71 % d'alcaloïdes exprimés sur une base sèche. L'extrait total de racine a montré une action hypotensive de type muscarinique. L'analyse n'a pas démontré d'action curative. La DL50 chez le rat a été mesurée à .
Protologue vignette|gauche| Malouetia tamaquarina par Aublet (1775) Planche 102. - Les feuilles ſont représentées de grandeur naturelle, ainſi que les fleurs. - 1. Feuille de grandeur naturelle. - 2. Bouton de fleur. - 3. Bouton de fleur prêt a s'épanouir. - 4. Corolle. - 5. Corolle couple & ouverte. Étamines. Diſque. Ovaire. Style. Stigmate. - 6. Feuillet qui porte l'étamine. - 7. Anthère. - 8. Diſque. Ovaire vu de face. - 9. Calice. Ovaire. vignette|droite| échantillon type de Cameraria guianensis Aubl. (syn. de Malouetia guianensis (Aubl.) Miers ≡ Malouetia tamaquarina (Aubl.) A.DC. En 1775, le botaniste Aublet propose le protologue suivant :
Références
Références taxinomiques
Catégorie:Apocynoideae Catégorie:Espèce d'Apocynaceae (nom scientifique) Catégorie:Espèce d'arbres et arbustes (nom scientifique) Catégorie:Arbre ou arbuste tropical Catégorie:Végétation tropicale américaine Catégorie:Arbre et arbuste en Guyane Catégorie:Dicotylédone de Guyane Catégorie:Plante décrite par Aublet Catégorie:Plante psychotrope Catégorie:Hallucinogène Catégorie:Plante décrite en 1844