vignette|260x260px|L'étendard français à croix de Lorraine de la France Libre. Le gaullisme désigne la pensée politique inspirée des idées et de l'action de Charles de Gaulle, général français devenu président de la République. Depuis la mort du général de Gaulle le gaullisme renvoie aux courants de pensée et aux partis politiques qui se réfèrent à la tradition initiée par de Gaulle.

En revanche, l'adjectif pour qualifier les réflexions du général de Gaulle, ses prises de position, ses décisions, mais aussi les démarches en vue de les prolonger, est « gaullien ».

Le sens du mot gaullisme a évolué dans le temps : pendant la Seconde Guerre mondiale, il est synonyme de résistance à l'occupation nazie. Le terme « gaulliste » désigne ainsi le « résistant » en général (FFL à l'extérieur et réseaux FFI en métropole) mais devient, après le (Opération Barbarossa) et l'entrée massive de la gauche dans la Résistance, un terme employé pour désigner tous les résistants qui ne sont pas communistes. Ils sont alors combattus par les autorités allemandes et par le gouvernement de VichyMax Gallo, 1940, de l'abîme à l'espérance. ; après la Libération et notamment à partir de la création du Rassemblement du peuple français, il prend son sens moderne pour désigner les idées, la politique du général de Gaulle et de ses soutiens, par opposition aux autres partis et courants politiques de la Quatrième puis de la Cinquième République ; après 1970, il est la référence, avec des interprétations partielles et parfois divergentes, de ceux qui se réclament de l'héritage politique du fondateur de la République.

Le gaullisme est à la base une forme de nationalisme français., souverainiste et défendant économiquement la participation.

L'emblème du gaullisme est la croix de Lorraine.

Les opposants au gaullisme sont appelés antigaullistes.

vignette|Le général De Gaulle.

Idées Le « pragmatisme » gaulliste Le général de Gaulle n'était pas un idéologue mais d'abord un pragmatique qui adaptait les modalités de son action selon les circonstances, en ne gardant d'intangibles que quelques principes pour fixer les buts à atteindre. Néanmoins, sur chacun des thèmes qu'il met en avant (indépendance, diplomatie, constitution, domaine social, place des salariés dans l'entreprise), l'ensemble de ses choix, de ses objectifs et des moyens pour y parvenir, façonne bel et bien une doctrine politique.

Patriotisme Le gaullisme est, au départ, une philosophie porteuse d'« une certaine idée de la France ». Elle part des constats suivants : la France serait une des plus importantes nations du monde occidental. Le général De Gaulle valorise en particulier des moments importants selon lui de l'histoire de France et durant lesquels la France aurait tendu vers un destin commun. Il pense en particulier aux Croisades et à la chevalerie, au Grand Siècle de Louis XIV et au rayonnement de la culture française à travers l'Europe, la Révolution française et Valmy ; A l'inverse, la France aurait en permanence la tentation de se replier sur ses querelles intérieures (politiques, sociales, intellectuelles), ce qui selon la vision gaulliste la ramènerait sur la voie du déclin.

En conséquence, pour qu'elle puisse donner le meilleur d'elle-même et prendre la tête des nations, la France devrait, d'après de Gaulle, en permanence être unifiée par un chef, un État ou un projet, et articulée par des institutions politiques (un équilibre des pouvoirs efficace), économiques (le plan) et sociales (la participation) adéquates pour éviter les luttes internes.

Au sein du gaullisme, cette philosophie se combine avec une vision humaniste et sociale, héritière du christianisme. Charles de Gaulle a en effet, dans son éducation et ses épreuves de vie, été très marqué par les enseignements du catholicisme social, notamment sous l'influence de son père Henri de Gaulle.. Le , de Gaulle avance ainsi : . Ce gaullisme social est à la fois : - une finalité de la grandeur de la France, puisque le message que la France porte dans le monde est humaniste ; - une conséquence à travers la politique sociale qui a pour premier objectif de souder la nation.

Souveraineté Sur le plan politique, le gaullisme traditionnel prône : l'indépendance de la France, par le refus de sa « vassalisation » à des organismes supranationaux (ONU, Européisme, OTAN), à des superpuissances (États-Unis) ou aux puissances économiques et financières (bourgeoisie). Cette indépendance est défendue par le gaullisme dans les domaines politique, économique, culturel, diplomatique et militaire ; par extension, le respect à travers le monde des nations, entités culturelles façonnées par l'Histoire et rempart des peuples contre les impérialismes, à l'image de ses discours sur le Québec libre, sur la guerre du Viêtnam (discours de Phnom Penh), etc.

Constitution Charles de Gaulle a présenté sa vision des institutions à travers deux grands discours, à Bayeux () et à Épinal () : un pouvoir exécutif fort et stable qui donne au Président de la République un rôle primordial ; un lien direct entre le chef et le peuple (élection du chef de l'État au suffrage universel direct, recours fréquent au référendum) ; le rejet du gouvernement des juges. de Gaulle disait : .. À l'origine le rôle du Conseil constitutionnel se limitait à éviter une déviation du régime parlementaire en régime d'assemblée, mais pas d'imposer sa vision des droits fondamentaux aux organes élus du peuple ; sur la méthode : le pragmatisme et le refus des carcans idéologiques en vue d'atteindre les objectifs fixés (indépendance et rayonnement de la France dans le monde, unité intérieure de la France au service du projet patriotique). C'est d'ailleurs par le référendum de 1958 que le gaullisme s'applique en posant les bases du régime de la République. L'universitaire Jean-Claude Zarka estime que cette constitution (avec la Constitution de 1793) ..

Économie Le gaullisme cherche à combiner économie de marché et interventionnisme. Il rejette ainsi le capitalisme et le communisme, dont il condamne les excèsCharles de Gaulle cité par Alain Peyrefitte (ancien ministre du général de Gaulle), dans C'était de Gaulle, Fayard, 1994 : .. De Gaulle prône en conséquence la recherche d'une « troisième voie » économique et sociale, qui éviterait l'exploitation de l'homme par l'homme. Au-delà d'une protection sociale avancée, qu'il met en œuvre à la Libération (avec la création de la sécurité sociale et des comités d'entreprise), de Gaulle soutient la participation des salariés aux bénéfices, aux décisions et à la propriété de l'entreprise, aussi appelée l'association capital-travail, concept emprunté à Frédéric Le Play.. Cette politique serait censée réconcilier les Français entre eux et aboutir à la fois à la justice et à l'efficacité.

L’État joue un rôle important dans la vision du général de Gaulle. Sous ses gouvernements, l'économie était orientée par l'État en vue d'un développement volontariste : la planification, l'aménagement du territoire, les grands projets publics, la redistribution.

De Gaulle a néanmoins travaillé de manière étroite avec des économistes libéraux, dont Jacques Rueff, qui a été à l'origine de la politique du franc nouveau et était à l'origine du plan Pinay-Rueff de modernisation de l'économie en 1958.

De Gaulle et les questions de société Un certain conservatisme sociétal : de Gaulle était contre l'avortement (mais c'est sous sa présidence que la pilule contraceptive fut autorisée par la Loi Neuwirth en 1967), et pour la peine de mort (mais il graciera toutes les femmes condamnées à mort)...

Gaullismes de droite et de gauche de Gaulle avait l'ambition de créer le rassemblement de tous les Français, au-delà du clivage gauche/droite, source de division et de déclin pour le pays. En dépit du rassemblement politique au sein de la famille gaulliste, des tendances ont toujours existé en interne, donnant ainsi naissance à un gaullisme de gauche et à un gaullisme de droite, en fonction des parcours de chacun.

Le gaullisme de gauche (ou gaullisme social)

L'aile gauche du gaullisme trouve ses origines dans l'aventure de la France libre, avec le ralliement au général de Gaulle de figures de gauche comme Georges Boris ou Pierre-Olivier Lapie.. À la Libération, ces tenants de l'aile gauche prônèrent l'organisation d'un gouvernement d'union sacrée, alliant communistes et gaullistes, mais le général de Gaulle quitta le pouvoir sur un désaccord politique avec la gauche, en .

Lorsque le général de Gaulle créa son parti (Rassemblement du peuple français), en , il le dota d'une aile gauche, l'Action ouvrière, où se fédéraient des personnalités comme René Capitant, Louis Vallon et Jacques Baumel. Cette aile gauche était cependant minoritaire, car le gaullisme de la Quatrième République se construisit d'abord par opposition au communisme. Elle reprit cependant la thèse d'une « troisième voie sociale » par l’ emprunté au théoricien anarchiste Pierre-Joseph Proudhon..

En 1958, les défenseurs de ce « gaullisme social » participèrent au retour au pouvoir du général de Gaulle, à travers diverses formations, comme le Centre de la réforme républicaine puis l'Union démocratique du travail.. Ils se font alors les défenseurs de la théorie du pan-capitalisme de Marcel Loichot qui prévoit de remettre progressivement, par la pratique d'une large distribution d'actions, le capital des entreprises aux mains de leurs salariés, leur permettant ainsi d'entrer au conseil d'administration et de participer aux décisions (principe dit de « participation »). Pierre Billotte, Jean de Lipkowski ou Philippe Dechartre en sont alors de grands porte-paroles.

En , une partie de ces gaullistes sociaux entra en opposition avec la politique du gouvernement - à l'image d'Edgard Pisani, qui refusa de voter la confiance au gouvernement - et prit alors l'appellation de « gaullistes de gauche », pour défendre l'idée que la gauche française défendait mieux l'héritage gaulliste que la droite pompidolienne (ligne notamment incarnée par René Capitant, Louis VallonLouis Vallon, L'Anti de Gaulle, Éditions du Seuil, 1969., Jacques Dauer).

Les gaullistes de gauche se rassemblent autour de Jacques Chaban-Delmas (qui avait pour conseillers Simon Nora ou Jacques Delors) lorsqu'il développe son projet de nouvelle société en 1969. Ils se retrouvent toutefois orphelins lorsque celui-ci est remercié de Matignon en 1972. Ils considéraient alors que le mouvement gaulliste avait basculé dans un libéralisme dévoyant l'esprit originel du gaullisme.

Deux courants ont ainsi coexisté après 1974, les gaullistes sociaux qui, auprès de Jacques Chirac et au sein du Rassemblement pour la République, ont voulu défendre une tendance sociale du gaullisme interne à la droite (Christian Poncelet, Philippe Séguin) et les gaullistes de gauche qui se sont opposés à une « droitisation » du gaullisme et ont rallié la gauche à l'occasion des différents scrutins, jusqu'à l'élection présidentielle de François Mitterrand en 1981 (Jean Charbonnel, Olivier Stirn, Michel Vauzelle).

En 1992, avec la campagne de Maastricht, l'aile gauche du gaullisme a, dans sa très grande majorité, rallié le camp des souverainistes, critique d'une Europe libérale et supranationale (notamment autour de Philippe Séguin).

Le gaullo-communisme