Le couvent des Grands Minimes du Plessis-lès-Tours est un ancien monastère de l'Ordre des Minimes, situé à La Riche, sur la rive droite du Cher, fondé à la demande de François de Paule au roi de France, .

Proto-couvent Notre-Dame-de-Pitié

L’arrivée, début mai 1483, de François Martotilla à Tours, thaumaturge de la ville de Paola en Italie et fondateur de l’Ordre des Minimes, permit la création du premier couvent de l’Ordre en France. Venu sous la demande de , souffrant de la goutte et souhaitant recouvrer la santé, François et ses compagnons furent logés dans la basse-cour du château du Plessis-lès-Tours dans une maison contiguë à l'église Saint-Mathias..

Ce premier petit couvent s’étendit rapidement avec la confirmation par , dans des lettres patentes de 1485, du don de la maison et de l’église à François de Paule et ses compagnons. François dédia le couvent à Notre-Dame-de-Pitié dès 1486 et put bénéficier des dons d’Anne de Beaujeu et de Jeanne de France..

Par manque de place et de tranquillité, ils décidèrent de déplacer le couvent tandis que l’église Saint-Mathias fut agrandie. Les travaux commencèrent avec les lettres patentes de , du , rappelant ainsi la volonté des ermites de vivre loin du faste et du bruit de la basse-cour du château. Des parcelles de terrains dans les près de la Bergerie au Sud-Est du château, situés dans le parc du Plessis-lès-Tours bordant la rive droite du Cher, furent achetées pour commencer la construction.

Couvent de Jésus-Maria

Prémices () Dans ses lettres, le roi commanda une église, un dortoir, un cloître, des jardins et une clôture pour le nouveau parc.

Le cahier de compte de René Cymier regroupa les recettes royales engagées dans le chantier s’élevant à incluant :

provenant de la vente des treillis de fer de l’ancienne clôture du parc (les coûts de démolition s'élevèrent à et ). Des quittances générées par les administrateurs royaux de 1490 à 1495. débloqués en 1498 pour la nouvelle de clôture..

Les dépenses, quant à elles, s'élevèrent à et dans lesquelles il fallut inclure :

pour la maçonnerie. et pour les charpentes.

Jehan Regnard, maître d'œuvre du roi en Touraine, était chargé des travaux avec à son actif plusieurs expériences sur des chantiers similaires. Il était secondé par Pierre Mahy, chargé de la construction de la nouvelle église, qui pouvait également se targuer d'expériences passées.

L’église Sous la direction de Pierre Mahy, l’église à une nef et sans transepts fut achevée en moins d’un an entre Pâques et avant Noël 1490. Le tout était maintenu par seize contreforts. Des pierres de calcaire provenant d’Ecorchevau, de Veretz, de Saint-Aignan et de Bourré furent utilisées dans la construction de l'édifice.

Ses dimensions étaient les suivantes :

( environ) pour la longueur. ( environ) pour la largeur. ( environ) pour la hauteur.

Didier Varmeau fit la charpente et le clocher avec une lanterne de forme hexagonale accueillant trois cloches, tandis que Jean Delalay fit la couverture et posa une croix de plomb et d’or avec une girouette en forme de bannière..

Le mobilier fut réalisé par Michel Theloppe, qui apporta beaucoup de rigueur dans la conception du tabernacle à huit pans et trois étages aux piliers à feuilles et aux arcs-boutants.

Gilles Jourdain fit la verrerie des quatre fenêtres latérales, ainsi que celle de tous les autres bâtiments du site, puis celle du pignon où un vitrail représentant la Crucifixion, mesurant , fut installé. Ce vitrail représentait le Christ expirant au centre, à sa gauche la Vierge et Saint Jean l'Évangéliste à sa droite. L'écusson royal était soutenu par deux anges autour de la scène, entouré du collier de l'Ordre de Saint-Michel.

Deux chapelles furent construites, l’une dédiée à l’Annonciation, longeant le mur Nord, et l’autre à Saint Jean-Baptiste, accolée au mur Sud, où François de Paule fut inhumé trois jours après sa mort, le . Il fut déplacé dans un sarcophage de pierre, quelque temps plus tard, entre le 14 et le , pour éviter que sa dépouille ne soit endommagée par les crues du Cher. De nombreux miracles furent rapportés sur son tombeau après sa mort.

Autres bâtiments et l'emménagement Une salle du chapitre, une sacristie (ou vestiaire), des cuisines et celliers vers les jardins, le réfectoire et quatorze cellules pour les religieux, deux prisons et un petit oratoire au premier étage communiquant avec l'église furent installés. La muraille du parc fut achevée en 1512. La petite chapelle voisine de la sacristie fut embellie par un vitrail de représentant la Vierge environnée d'anges et des armes royales en 1495.

Après avoir emménagé peu avant la fin des travaux, François et les sept moines firent fructifier leurs terres et dédièrent le couvent à Jésus-Maria. Grand de de terres au début de son inauguration, le domaine s'agrandit dès 1493 avec l’achat de de terres labourables, ainsi que par l’échange de terres au Sud dès 1497, puis l’achat d’un demi-arpent en 1498 grâce à l’aide financière du roi.

Tableau de François de Paule vignette|Le tableau fut réalisé sans grande certitude durant l'enquête du Père Chaillou, en 1622, sur la profanation de la dépouille de St François de Paule en 1562. En arrière plan, on aperçoit le tableau représentant l'ermite de Jean Bourdichon. Jean Bourdichon, qui connut François de Paule de son vivant, réalisa un tableau de lui en utilisant une planche de bois de son lit pour la confection du panneau. L’ermite était représenté à genoux et en oraison devant un crucifix entre deux bâtiments, un crâne à ses pieds, observé par deux démons en forme d'oiseaux fantastiques aux fenêtres, avec en arrière-plan, un arbre, symbole de vie et de renouveau..

Exposée au-dessus de l’autel faisant face à la sépulture du saint, l'œuvre fut sauvée de la profanation du lieu, tandis que le corps du saint fut brûlé, par les protestants en 1562, dans la cheminée de la chambre des hôtes. Néanmoins, elle disparaîtra de la circulation après l’inventaire d’ durant la Révolution française.

Une réplique miniature de ce tableau fut intégrée en arrière-plan dans un autre tableau, réalisé sans grande certitude durant l'enquête du Père Chaillou, en 1622, sur la profanation de la dépouille du saint en 1562.

Remaniements (début ) Louise de Savoie fit agrandir l’église par l’ajout d'une seconde nef à trois voûtes, située au Nord de celle déjà existante puis d’un oratoire dans cette même nef vers 1531. Cette nef deviendra la grande chapelle d’Ecce Homo tandis que le petit oratoire deviendra la petite chapelle de Saint Jean.

Les dimensions de la grande chapelle d’Ecce Homo était les suivantes :

( environ) de longueur pour la partie la plus longue de la chapelle (le mur Ouest était légèrement dévié d’environ vers le Nord-Est).. ( environ) de largeur.

La même année Jacquette Maulandrin, veuve d'André d'Alesso, neveu de François de Paule demanda l’élévation d’une chapelle dédiée à la Vierge Marie près de l’entrée du parc. Elle servira de lieu de sépulture pour les membres de la famille d’Alesso.

L’église fit office également de nécropole pour des personnages tels que Frédéric I d'Aragon, roi de Naples, le maréchal Jean de Baudricourt

Menace protestante (fin )

Saccage Les troupes huguenotes de Marin Pillabeau, durant le tumulte des guerres de religion à Tours (Les Cent-Jours), saccagèrent le couvent en avril 1562. Sur les vingt-cinq moines du couvent, vingt-deux s’échappèrent à temps. Les corps du saint et des autres cadavres furent brûlés mais leur ossements furent conservés comme reliques après le reprise du lieu..

La peur d’une attaque après ce traumatisme mit en alerte le couvent lorsqu’une troupe de protestants vint aux abords de Tours en 1567.

Reconstruction Le roi fit un don de pour la reconstruction puis se recueillit sur les reliques du saint en 1565 et 1569.

En 1582, le cardinal Jean de La Rochefoucauld, abbé de Marmoutier, offrit aux Minimes du Plessis une châsse de bois couverte de lames d'argent et de pierres précieuses, pour contenir les reliques du saint, elles furent reconnues et déposées le de la même année.

Renouveau () Une série de travaux de réparations et d’agrandissements eurent lieu à partir de 1630 suivant le nombre croissant de moines et l'inondation du Cher de 1628.

Tombeau et nouvelle église vignette|Tombeau dans l'église des Minimes du Plessis-lès-Tours, dans lequel le corps de St François de Paule a été déposé en avril 1507, et qui a été brûlé par les Protestants en 1562. Il a été remanié en juillet 1630. Le tombeau fut surélevé de 4 à dès puis agrémenté d’une dalle de marbre violet ainsi que d’une balustrade décorée par quatre pyramides à chaque extrémité.

Le maître d'œuvre Nicolas Charles et l'architecte Claude, à l’origine de la modification du tombeau, se chargèrent également de la reconstruction quasiment complète de l’église. L’église elle-même mesurait de longueur ( environ) pour de largeur ( environ)..

La nef principale mesurait de longueur ( environ) et de largeur ( environ). L’abside abritait les œuvres de Charles Hoïau : un autel de marbre ; une marqueterie ; une statue de la Vierge cernée d’anges ; des statues des quatre évangélistes. La voûte de la nef fut réalisée par Jérémie Le Pileur.

Le tombeau du saint était situé dans la nef principale dans une chapelle donnant vers le Sud. Le tableau de Bourdichon, cité précédemment, était exposé au-dessus de l’autel où un tabernacle d’ébène, d’une valeur de , réalisé par Frère Jean Damoiseau, était dressé. Les peintures murales et les dorures étaient réalisées, elles aussi, par Jean Damoiseau. Une statue de François de Paule fut nichée au-dessus de la porte d’entrée de la cour de l’église à partir d'août 1609.. gauche|vignette|Groupe sculpté du Mariage de la Vierge, réalisé en 1650 par Antoine Charpentier. La grande chapelle Ecce Homo (la deuxième nef), située au Nord de la nef principale, fut reconstruite. En son sein, se trouvait la chapelle du mariage de la Vierge puis, vers 1636-1637, furent ajoutées deux autres chapelles. Celle à l’Est était dédiée à Saint-Jean Baptiste et celle à l’Ouest au Trépas de François de Paule. Les voûtes de ces chapelles latérales avaient été peintes et décorées par deux minimes, les Pères Paul de Saint-Antoine et Julien Gondée. Le Frère Pierre Gauguin réalisa les boiseries de la chapelle de saint Jean-Baptiste.

Les œuvres artistiques L'inventaire raisonné des titres du trésor des archives du couvent roïal des Minimes du Plessis-lez-Tours, rédigé vers 1771, rapportait une liste importante de reliquaires, châsses, statues, objets précieux et tableaux dans l’enceinte de l’église ainsi que dans les bâtiments voisins. vignette|Les Quatre Vœux de Saint François de Paule, par Jérémie le Pileur. La liste comportait pour la première nef… :

Un grand tableau d'un auteur inconnu à l’autel majeur, peint à Paris vers 1631-1632, aux frais de César, Duc de Vendôme et de son épouse Françoise de Mercœur. Trois autres grands tableaux situés au-dessus des chaires du chœur : Vœu de Naples (allusion à la peste de 1625) par Claude Vignon. Les Quatre Vœux (à l'église de Notre-Dame-la-Riche) par Le Pileur. Saint François de Paule élevé en l'air en présence de et de la Cour par Le Mosnier père.

… puis pour la grande chapelle Ecce Homo… :

Les statues du Mariage de la Sainte Vierge (à l’église de Notre-Dame-la-Riche) par Antoine Charpentier en 1650. Les tableaux du Baptême de Notre-Seigneur (pour un coût de ) et le Trépas de saint François de Paule (pour un coût de ) par Le Pileur.

… enfin pour la sacristie :

Le portrait de Saint Sébastien par Titien. Le tableau de Saint Pierre élevé en croix par Annibal Carrache. La peinture de Saint Pierre renversé par le Dominiquin. Cinquante-quatre autres œuvres.

Extension par Le , par lettres patentes, donna aux religieux un ensemble de terres de de long et de de large..