Aloe vera (prononciation « aloé véra ») est une espèce d'aloès (genre Aloe), originaire du sultanat d'Oman ; c'est une plante succulente vivace qui pousse principalement dans le désert ou le biome des arbustes secs. Nomenclature
L’espèce a d’abord été décrite par Carl Linné en 1753, sous le nom de Aloe perfoliata var. vera L., dans Species Plantarum 1: 320–321. 1753. Il indique qu’elle a des feuilles épineuses et que son habitat se trouve en Inde.
En 1768, le botaniste néerlandais Burman procède à une élévation de rang ; il fait passer la variété vera au statut d’espèce sous le nom de Aloe vera (L.) Burm. f. dans Flora Indica . . . nec non Prodromus Florae Capensis 83. 1768.
Étymologie
Le nom de genre Aloe vient du grec ancien – aloê, et si on se base sur les descriptions du médecin botaniste grec du , Dioscoride, qui consacre une longue notice à cette plante (Dioscoride, MM, 3, 22), elle devait désigner l’Aloe vera. En latin, à la même époque Pline consacre lui aussi une notice à l’aloès (Pline, HN, 17, 14). Le grec aloē pourrait provenir d’une langue sémitique, probablement l’hébreu - ahalîm, qui désignait des résines parfumées ou des bois aromatiques utilisés dans les rites funéraires et les parfums.
L’épithète spécifique vera est le nominatif féminin du latin verus, a, um, (dictionnaire latin-français gaffiot.fr). Dans son utilisation pharmacologique ancienne, l’étymologie de aloe vera est donc le . Noms vernaculaires LAloe vera est aussi appelée aloès des Barbades, aloès vrai, aloès amer, aloès de Curacao. À La Réunion, elle est appelée aloès amer ou mazambron, et aux Antilles françaises, alwè ou lalwè en créole.
La plante appelée aloe était citée dès l'Antiquité gréco-romaine par Pline l'Ancien, livre 27, chap. IV, 5. et DioscorideDioscoride, De la Matière médicale, III, 22 et devait désigner l'espèce Aloe vera dont le suc était utilisé en pharmacie.
Caractéristiques
L’Aloe vera est une plante succulente, aux feuilles persistantes, aux racines peu profondes, poussant en touffes et même en colonies, par son aptitude à produire des drageons. La tige à base ligneuse, est courte, au plus , et porte à l'extrémité des feuilles alternes, enchâssées les unes dans les autres, distiques (particulièrement pour les jeunes plants) puis, en vieillissant, en rosette.
La feuille, succulente et sessile, est érigée, vert pâle à glauque (parfois tachetée de blanc), de forme linéaire-lancéolée, se rétrécissant régulièrement de la base à l'apex, longue (jusqu'à , mais plus courte en Asie, . Les feuilles sont à larges à la base, de , . La marge est dentée-épineuse, avec des épines souples pâles, écartées de .
La floraison a lieu en hiver et au printemps. L'inflorescence terminale est une grappe cylindrique, érigée, en général non ramifiée, de de haut. L'axe (ou rachis) porte des écailles parcourues par trois veines pourpres proéminentes confluentes à l'extrémité. La fleur est construite sur le plan trimère typique des Asparagales et Liliales (monocotylées pétaloïdes) : six tépales pétaloïdes, connées (soudées) de la base jusqu'à mi-longueur, aux lobes linéaires à oblongues-lancéolés, de couleur jaune pâle (parfois maculé de rouge), de de long ; six étamines légèrement exsertes ; un style exserte.
Le fruit est une capsule.
Classification Comme nous avons vu, Linné indique que Aloe perfoliata var. vera a des feuilles épineuses et que son habitat se trouve en Inde. Le botaniste néerlandais Burman, élève de Linné, complète la description de son maître qui n'avait pu observer la fleur (Flora Indica). Il en fait le basionyme de Aloe vera (L.) Burm. f..
Classé par Linné et Burman parmi les Hexandria Monogyna (plantes à 6 étamines, 1 carpelle), l'espèce fut par la suite classée dans la famille des Liliaceae par Engler (1924), dans les Aloeaceae dans la classification de Cronquist (1981) et de Takhtajan et dans les Asphodelaceae par Thorne (1992) et Dahlgren (1997). La classification phylogénétique APG III (Angiosperm Phylogeny Group) l'établit dans la famille des Xanthorrhoéacées, ordre des Asparagales.
La séparation effectuée sur des bases morphologiques entre les Liliales et les Asparagales a été remise en cause par les études moléculaires. Les Asparagales furent redéfinies par l'inclusion de taxons provenant des Liliales et l'exclusion de quelques taxons. La famille des Xanthorrhoéacées, créée en 1829 par le naturaliste belge Du Mortier, pour des plantes monocotylédones du genre Xanthorrhoea d'Australie, fut élargie par la classification APG III (2009) pour inclure des genres autrefois placés dans les familles Asphodelaceae et Hemerocallidaceae. C'est ainsi que Aloe vera passa au fil des études et de l'approfondissement des connaissances, des Liliacées, aux Aloeaceae, aux Asphodelacées puis aux Xanthorrhoéacées.
L'origine géographique d'Aloe vera est obscure en raison de la longue histoire de sa culture (remontant à l'Antiquité) et de l'absence de populations sauvages définies.
Pour les auteurs de Flora of China, Aloe vera est étroitement apparentée à l'espèce Aloe indica Royle, croissant au nord de l'Inde, au Népal et en Thaïlande. Elle en diffère essentiellement par la couleur des fleurs, jaune pâle chez A. vera et rouge chez A. indica. La couleur des fleurs étant variable chez les Aloe, les auteurs en concluent que A. vera et A. indica sont conspécifiques. En revanche, pour Leonard Newton., « l'origine exacte de A. vera est incertaine, mais il est vraisemblable que ce soit la Péninsule Arabique, qui est aussi l'aire d'origine de l'espèce très proche et peut-être conspécifique, Aloe officinalis Forssk. ».
En 2003, Treutlein et als ont utilisé des séquences d’ADN chloroplastique (rbcL, matK) et des empreintes génomiques (ISSR) pour établir les relations phylogénétiques entre différentes espèces d’Aloe. Leur analyse a permis de regrouper Aloe vera avec des espèces géographiquement proches de la péninsule Arabique, comme Aloe perryi (Yémen) et Aloe officinalis (Arabie). Les résultats montrent que cette espèce est génétiquement proche de taxons originaires du sud-est de la péninsule Arabique. Cela soutient l’hypothèse que Aloe vera pourrait avoir émergé dans cette région avant d’être largement cultivée et naturalisée ailleurs. Origine, distribution vignette|190px|left|LAloe vera pousse à l'état sauvage, comme ici en Espagne Selon POWO, l’aire de répartition naturelle de cette espèce se trouve dans les Monts Hajar dans le nord-est d’Oman.
Elle a été introduite dans de nombreux pays des Amériques, du bassin méditerranéen, du Pakistan, de l’Inde, de Chine, de Thaïlande.
Elle est cultivée de longue date en région méditerranéenne, en Afrique du Nord, aux îles Canaries et au Cap-Vert. Utilisé depuis l'Antiquité, lAloe vera a été adopté dans les médecines traditionnelles de nombreuses régions chaudes du monde, d'Europe, du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord d'abord, puis d'Inde, de Chine et d'Asie essentiellement après le et d'Amérique après le . Actuellement, le gel d'aloès entre principalement dans la composition de cosmétiques ou de boissons.
L'aloès est une plante xérophile. Les Aloe vera naturalisées croissent en région sèche sur des sols arides.
Aloe vera est cultivée depuis l'Antiquité et s'est naturalisée dans de nombreuses régions tropicales, subtropicales et tempérées chaudes.
Propriétés
Composition chimique L’Aloe vera est une plante des milieux arides et stocke l'eau dans ses feuilles. L'eau est donc leur principal constituant et représente de de son poids. La matière sèche qui ne représente que , est constituée à 60 % de polysaccharides.
La feuille d’Aloe vera contient plus de 75 composés actifs (polysaccharides, polyphénols, acides organiques) ainsi que 20 sels minéraux, 20 acides aminés et 12 vitamines. Les principaux métabolites secondaires sont des composés phénoliques de type anthrone et chromone. Mais malgré les très nombreuses études, les propriétés thérapeutiques n'ont pas été bien corrélées avec les composés.
la fraction glucidique est formée de monosaccharides (glucose, xylose...), de polysaccharides de réserves (acémannane, aloéride, cellulose...) stockés dans le protoplasme des cellules. L'acémannane, le principal glucide du gel, est un polymère à longue chaîne de glucomannanes, avec un ratio de 15 unités mannosyles pour une unité glucosyle. Il présente des acétylations des résidus mannose au niveau du carbone C ou C. la fraction protéique est formée d'acides aminés, de glycoprotéines (alprogène, aloctine A et B, vérectine) la fraction lipidique (5 % du poids sec de la pulpe) est composée de stérols (cholestérol, campestérol, β-sitostérol, des phytostérols), des triterpènes (lupéol), des triglycérides et des phospholipides. les minéraux prépondérants sont le potassium, le calcium, le sodium, le magnésium et le phosphore. les vitamines principales sont la vitamine C et les vitamines B1, B2, B3 et B6. des acides organiques comme les acides malique, succinique, urique, isovalérique, d'acide-phénols comme l'acide cinnamique, vanillique, citrique, férulique. des anthraquinones (aloïne, isobarbaloïne, anthranol, aloe-émodine, émodine etc.). L'aloïne est situé dans la couche externe de la feuille et constitue près de de l'exsudat de la feuille. des chromones : aloésone, aloérésine. des saponines, esters de phtalate, hormones de croissance.
Le résidu sec de suc d'aloès contient de de dérivés hydroxy-anthracéniques. L'aloïne est très largement majoritaire. En s'hydrolysant dans le tube digestif, elle libère l'aloe-émodine. L'aloïne a des propriétés laxatives et l'aloe-émodine est un stimulant irritant du tube digestif, avec des propriétés antifongiques, antibactériennes, hépatoprotectrices, antivirales et antitumorales. Un métabolite de l’isobarbaloïne, l'aloe-émodine-9-anthrone, est un puissant agent laxatif. Le suc contient aussi une fraction résineuse, à partir de laquelle ont été isolés de C-glucosides en C-8 : l'aloésine et l'aloérésine.
Le gel d'aloès, riche en eau, ne semble pas renfermer de composés spécifiques. Contrairement au suc, il ne renferme pas de dérivés anthracéniques. Il contient des acides gras, des stérols, acide-phénols, alcools, acide organiques etc.
Toxicité Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'OMS classe l'Aloe Vera parmi les substances possiblement cancérigènes, dans la catégorie 2B, quand elle est consommée sous forme d'extrait de feuilles entières, sur la base d'études menées chez le rat, mais elle n'a pas encore été étudiée chez l'espèce humaine.Monographies du CIRC sur l'évaluation des risques de cancérogénicité pour l'Homme.. La présence de dérivés hydroxyanthracéniques, potentiellement cancérigènes et la dangerosité du latex de la plante ont été soulignés par l’Agence européenne de sécurité des aliments (AESA)"La consommation d'aloe vera peut être risquée", 20 Minutes, 2 août 2018.
En effet, la consommation excessive de la feuille complète d’Aloe peut causer des symptômes de toxicité dus à l'aloïne. Des études portant sur des rats, ont montré que l'ingestion d'extraits de feuille entière d’Aloe vera avait un effet irritant sur l'intestin et carcinogène sur le gros intestinAloe Vera | NCCIH - What Do We Know About Safety ?. C'est pourquoi il faudrait s'assurer que l’Aloe vera consommé ne soit que la pulpe (sous forme de jus ou de gel), avec une proportion très minime d'aloïne. Seul le gel mucilagineux (issu du cœur de la feuille) est véritablement bon à être consommé.
Utilisation
Aloe vera est largement cultivé comme plante ornementale et plante médicinale.
Utilisation culinaire vignette|alt=Un verre contenant du gel d'Aloe Vera|Du gel d’Aloe vera à boire.
La pulpe de l’Aloe vera est comestible. Très riche en protéines et en vitamines (vitamines A, B1, B2, B6, C, E, choline), elle peut être utilisée entre autres dans les yaourts, les desserts et les boissons.
Utilisation textile