vignette|Symbole du « Soleil noir » ornant le sol de la « salle des Obergruppenführer » au château de Wewelsburg, Westphalie.
Le mysticisme nazi (ou ésotérisme nazi) recouvre l'ensemble des doctrines fleurissant en Allemagne avant, pendant et après le régime nazi et mêlant le pangermanisme et l'aryanisme à des doctrines ésotériques. Elles s'inspirent de théories développées en Allemagne à partir du début du .
Ce courant quasi religieux consiste en la combinaison du pangermanisme et du racisme allemand avec l'occultisme, l'ésotérisme et le paranormal en une philosophie de l'histoire qui est un messianisme sécularisé. Le nazisme se veut non seulement une idéologie politique mais aussi une vision globale du monde.
L'établissement du lien entre ésotérisme et nazisme peut se faire sur plusieurs plans : celui de l'histoire, bien que ces aspects idéologiques soient considérés comme secondaires par rapport aux aspects politiques du nazisme ; celui de la religion et de l'histoire des mouvements religieux, en particulier pour savoir si le nazisme participe ou s'oppose au christianismeLire par exemple Marie-France James, Les Précurseurs de l'Ere du Verseau, Montréal-Paris, Éd. Paulines et Mediaspaul, 1985, 191 p., qui lie ésotérisme, nazisme et New Age. ; celui des arts et de la littérature, dans la mesure où le mélange du nazisme et de l'ésotérisme a une forte charge émotionnelle (fascination du mal, goût du mystère révélé, goût pour le paranormal) et un fort potentiel romanesque dont les thèmes servent couramment de base à des œuvres de fiction.
Une grande partie de la littérature concernant les liens entre occultisme ou mysticisme et idéologie national-socialiste tient ainsi le plus souvent de la littérature à sensation sans bases historiques sérieuses, genre littéraire qui a connu un succès éditorial important depuis Le Matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier (1960).
Vue d’ensemble Histoire Le mysticisme nazi est un mouvement initiatique völkisch qui plonge ses racines tant dans les doctrines de la Société Thulé et de la Société théosophique que dans les idées d'Arthur de Gobineau. Guido von List et Jörg Lanz von Liebenfels en furent d’importantes figures précoces, et des événements signifiants après la Seconde Guerre mondiale furent la fondation de l'Artgemeinschaft par Jürgen Rieger et celle de l’Armanen-Orden en 1976 par Adolf Schleipfer. Daniel Gasman montre l'influence qu'exerça le monisme d'Ernst Haeckel sur le nazisme.
, Hitler lui-même semble avoir porté un certain intérêt pour l'occultisme nazi. Pour d'autres, Hitler n’avait que mépris pour les occultistes et préférait l’activisme politique auprès des masses. Cependant, les théories occultistes vont directement et fortement influencer le cercle intérieur des idéologues nazis. En particulier, Heinrich Himmler et la SS, Alfred Rosenberg (le « philosophe » officiel du nazisme), Rudolf Hess (dauphin d'Hitler avant sa fuite de 1941), Richard Walther Darré (théoricien du nazisme rural), sont connus pour s’être intéressés au mysticisme et au paranormal.
L’hitlérisme ésotérique est centré sur les mythologies païennes (nordique notamment) pré-chrétiennes, et l'inclusion d'une figure mythifiée d'Adolf Hitler dans l'écheveau de ces mythologies.
Le rôle joué par le mysticisme dans le développement du nazisme et ses idéaux fut identifié par des étrangers au moins dès 1940, avec la publication des Occult Causes of the Present War (« Causes Occultes de la Guerre Actuelle ») de Lewis Spence. À ce propos, Spence identifia précisément un sous-courant païen dans le nazisme (qu’il imputait en grande partie à Alfred Rosenberg), bien que certaines de ses autres conclusions - telles que la connexion du nazisme avec les Illuminati, et l’assimilation du paganisme au satanisme - soient peut-être moins crédibles.
Croyances centrales Des thèmes comme l’origine de la race aryenne, les Teutons en général, et les peuples germaniques en particulier, ainsi que la présumée supériorité des soi-disant Aryens sur les autres races, et ce que ces derniers prétendaient au sujet de leurs racines, sont autant de concepts clefs.
Diverses localisations, tel que l’Atlantide, Thulé, l’Hyperborée, Shambhala et d’autres sont suggérées comme le foyer de la société originelle des surhommes.
Une autre croyance clef est que cette Herrenrasse (race supérieure) a été affaiblie par le métissage avec ce qu’ils voient comme des Untermenschen ou races inférieures.
Les racines occultistes du nazisme Une floraison de théories et organisations mêlant occultisme et racisme germanique "aryen" ont préparé la voie au nazisme au début du . Les théories développées seront au cœur de l'idéologie nazie, en particulier chez Alfred Rosenberg (le "philosophe" du parti) et Himmler et la SS.
L'armanisme de Guido List (1902)
L’armanisme est une théorie développée par le pangermaniste Guido List, dit « Guido von List » (1848-1919), écrivain occultiste (à partir de 1902) soutenu par les théosophes viennois, qui réalise pour la première fois la fusion de l’occultisme et de l’idéologie pangermaniste. Les théosophes apportent en particulier l’idée de la succession de 5 races dans l’histoire mondiale : races astrale, hyperboréenne (ayant vécu aux pôles et disparue), lémurienne (ayant vécu sur une île disparue dans l’Océan Indien), atlante et aryenne. Helena Blavatsky, fondatrice de la théosophie en 1875, aurait été initiée en Gobi par l’élite sacerdotale cachée d’anciennes races (la SS enverra plus tard une mission à leur recherche en Gobi).
La théorie L’armanisme postule que l’Allemagne antique était une civilisation supérieure dont la religion originelle, comprenant renaissance et déterminisme karmiques, s’exprimait sous deux formes : une forme exotérique (accessible à tous) qui était le wotanisme et une forme ésotérique (réservée à des initiés) qui était l’armanisme. Les "Armanen" étaient, dans cette théorie, un légendaire groupe de prêtres-rois de l’ancienne nation aryo-germanique, adorateurs du dieu-soleil.
La romanisation et la christianisation de l’Allemagne (par Charlemagne en particulier) auraient obligé l’Armanisme à se cacher pour se perpétuer à travers des organisations (guildes, sainte-Vehme, Templiers, rose-croix et franc-maçonnerie…), textes et légendes (Eddas, Graal..), symboles architecturaux et héraldiques, etc.
List réclame donc en 1911 le retour à l’âge d’or traditionnel de l’Allemagne, soit la formation d’un empire germanique, racialement « pur », et de religion armaniste.
Organisations et influences armanistes Guido von List fonde la Société List (1908) puis l’Ordre supérieur des Armanen (1911), qui se veut l’élite de la Société List.
L’armanisme influencera des organisations politiques pangermanistes, en particulier : Le journal Hammer (1902), puis les Groupes de la renaissance germanique (1908), puis le Reichshammerbund (1912). Le Germanen Orden (1912), issu de la « Loge Wotan » d’un groupe Hammer et dirigé par Hermann Pohl. Rudolf Glauer, dit Rudolf von Sebottendorf (1875-1945), aventurier passionné d’ésotérisme et d’astrologie, ayant notamment vécu en Orient, devient le chef du Germanen Orden en Bavière, qu’il transforme en 1918 en Société de Thulé (« Créée à Munich au tournant de l’année 1917, 1918, (la Société de Thulé) était l’incarnation du Germanen Orden fondé à Leipzig en 1912 afin de regrouper divers petits groupes et organisations antisémites », explique l'historien Ian Kershaw.. Sous le régime nazi, les organisations de Guido List seront cependant interdites (en 1942), probablement pour ne pas interférer avec la doctrine occultiste "officielle" de la SS.
Les historiens américains Jackson Spielvogel et David Redles, pourtant partisans d'accorder une place aux théories occultistes dans la formation du nazisme, précisent qu'une relation directe et personnelle entre Hitler et la Société Guido von List durant ses années à Vienne en 1907-1913 « n'a pas été définitivement établi »Jackson Spielvogel (Pennsylvania State University) and David Redles (Cuyahoga Community College in Cleveland, Ohio), Hitler's Racial Ideology : Content and Occult Sources, Museum of tolerance online-The Simon Wiesenthal Center, annual 3, chapitre 9, 1997.
L'ariosophie de Lanz-Liebenfels (1905)
L'ariosophie (ou théozoologie ou aryo-christianisme) est une théorie développée par Jörg Lanz von Liebenfels (1874-1954), moine cistercien défroqué (en 1893) qui a quitté l’église (en 1899). L'ariosophie constitue une fusion du christianisme et du racisme germanique. La théorie est publiée en 1905, dans le manifeste Theozoologie oder die Kunde von den Sodoms-Äfflingen und dem Götter-Elektron (« Théozoologie ou la science relative aux hommes-singes de Sodome et à l'électron divin »). Lanz appela d'abord sa doctrine théozoologie (insistant sur son caractère "scientifique") et aryo-christianisme (sur son caractère religieux), avant d'opter dans les années 1920 pour le label d'ariosophie (connaissance ésotérique au sujet des Aryens), forgé en 1915, que la postérité retiendra.
Certains auteurs, en particulier le spécialiste Nicholas Goodrick-Clarke (en 1985), utilisent le terme "ariosophie" de manière assez générique pour décrire toutes les théories occulto-aryanistes, y compris l'armanisme de Guido List.
La théorie L’ariosophie postule que la « race aryenne pure » descendrait d’entités divines interstellaires s’engendrant par l'électricité. Mais les aryens auraient « fauté » avec des singes, donnant naissance à des races humaines plus ou moins « pures » ayant perdu leurs pouvoirs originels (il s'agit d'une reprise raciste de l'histoire biblique de la chute originelle). Comme une grande partie de la propagande mystique nazie, le livre de Lanz-Liebenfels s’appuie sur quelques images racoleuses dénonçant le viol de femmes blanches par des hommes ethniquement « inférieurs » et sexuellement actifs. Selon cette théorie, l’Église catholique aurait ensuite trahi sa mission de rappeler la « gnose sexo-raciste » du Christ. Le mythe du Graal est réinterprété comme la quête du sang pur des aryens. Lanz annonce la résurrection de la gnose sexo-raciste : les aryens retrouvant, par la sélection, leur « pureté » raciale et donc leurs pouvoirs divins qui leur permettront d’établir un État aryen mondial (le « troisième âge »). Lanz prônait la castration massive des « singoïdes » et autres mâles « inférieurs ».
Organisations et influences de l'ariosophie L’ariosophie s’est directement exprimée à travers : La revue Ostara (1905-1913), qui connut un grand succès. Elle utilisait le symbole de la croix gammée. L'Ordre du nouveau temple ou Ordre des nouveaux templiers (1907-1942), qui aurait compté 300 membres dont Guido List et l'écrivain et dramaturge suédois August . Il est dissous en 1942. Le Lumen Club (Vienne, 1932-1942), qui sera une pépinière pour le parti nazi en Autriche jusqu’en 1938. Il est dissous en 1942. Un groupe à Berlin parfois appelé Cercle Swastika. L'éditeur de Lanz, Herbert Reichstein, le transforme en institut (1925), puis Société Ariosophique (1926). En 1928, elle est rebaptisée Neue Kalandsgesellschaft ou NKG (Guido List utilisait le terme Kaland pour désigner une loge secrète) pour unir la Société aryosophique issue des idées de Lanz et les armanistes de List. Elle devient l'Ariosophische Kulturzentrale (1931). Elle ouvre une école ariosophique à Pressbaum (cours sur les runes, les biorythmes, le yoga et la Cabbale. La Société aryosophique comptait parmi ses membres Schwarz Bostunitsch (anthroposophe proche de Rudolf Steiner, le chef de la théosophie-anthroposophie en Allemagne, puis proche d'Alfred Rosenberg, professeur et colonel SS), Wehrmann (astrologue, fondateur de la SA de Pforzheim).