La Mémoire des Sables (sous-titre : La Vie en Égypte sous la domination romaine) est un livre de papyrologie (science des papyrus, auxiliaire à l'histoire et à l'archéologie de l'Égypte à l'époque romaine), écrit par Naphtali Lewis. Publié aux Etats-Unis en 1983 sous le titre anglais Life in Egypt Under Roman Rule, il est traduit en France en 1988 par l'helléniste français Pierre Chuvin pour le compte de l'éditeur Armand Colin.

Contenu En dix chapitres, l'auteur propose une vue d'ensemble de la société dans l'Égypte des premiers siècles de l'Empire romain.

Structure générale de la province égyptienne Les deux premiers chapitres établissent un tableau politique (chapitre 1 : « L'arrivée des Romains ») et social (chapitre 2 : « Classes et masses… ») de la province d'Égypte. D'un point de vue politique, Naphtali Lewis revient sur les conditions de la conquête par Octave César du dernier royaume hellénistique (issu de l'éclatement de l'Empire d'Alexandre trois siècles plus tôt).

L'auteur rappelle la formule d'Auguste dans son testament : Ægyptum imperio populi romani adieci, c'est-à-dire : Res Gestae Diui Augusti, paragraphe 27 ou .. Cette conquête met un terme à deux siècles de relations complexes entre la dynastie des Lagides et la République romaine. Ces relations, aussi bien financières et commerciales que politiques, avaient été profondément compliquées par la personnalité et la politique ambitieuse de la dernière souveraine, , amante ou épouse successivement du dictateur Jules César et du triumvir Marc Antoine Cet ajout s'accomplit par une juxtaposition de l'Égypte à l'Empire, plus que par une intégration de la province à l'Empire.

Le chapitre deux étudie la structure socio-politique de l'Égypte (comparée à une pyramide). À sa tête, s'impose un petit nombre de citoyens romains et une classe moyenne composée de citoyens grecs des villes et des Juifs. Le reste de la société se compose de la grande masse des Égyptiens (paysans, artisans, petits propriétaires et marchands).

La société égyptienne à l'époque romaine

Dans les chapitres trois et quatre, Naphtali Lewis approfondit l'étude de la société de l'Égypte romaine par le biais du critère géographique : au chapitre trois, l'auteur analyse la situation et la vie des notables de culture grecque dans les métropoles provinciales des différents nomes (les régionales) : charges municipales (souvent ruineuses), structures juridiques (par exemple les « Gens du Gymnase » : Ὁι ἐκ τοῦ Γυμνασίου), culture civique et intellectuelle, mode de vie, organisation de la famille et de la maisonnée, globalement tout ce qui peut remplir la vie quotidienne ou occasionnelle des individus de ce groupe. Le chapitre quatre est réservé à la vie rurale, humble et laborieuse, des paysans égyptiens, depuis l'organisation du travail quotidien jusqu'aux déboires judiciaires ou fiscauxAvec une sélection de plaintes et de procès-verbaux cités pages 83 et 84 et note 14 page 88, voir les papyrus référencés P.Ryl. II 125, P. Mich. VI 421, B.G.U. I 22, P. Tebt. II 332, P. Mich. VI 424 et P. Mich V 228..

Les religions dans l'Égypte romaine Dans le chapitre cinq (pages 89 à 109), Naphtali Lewis étudie les sentiments religieux qui se développent en Égypte : trois religions anciennes cohabitent, l'égyptienne, la grecque et la romaine, s'interpénètrent parfois dans des combinaisons nouvelles (syncrétismes). Combinant l'étude des textes papyrologiques et épigraphiques, l'auteur montre plusieurs exemples de cultes aux expressions gréco-romaines s'imprégnant de représentations égyptiennesAinsi, autour du culte du dieu Pan, pratiqué par un Romain et son affranchi de culture grecque, combiné avec une représentation égyptienne évoquant le dieu Min (voir l'inscription référencée S.E.G XX 670). Les papyrus désignés sous les références P. Merton 63 et P. Oxy. XXXVI 2782 illustrent la confusion des cultes de la déesse grecque Déméter et de la déesse égyptienne Isis, dont le desservant (hiérophante) est un citoyen romain. Le papyrus B.G.U. II 362 détaille le culte égyptien du dieu romain Jupiter Capitolin et son assimilation au grand dieu égyptien Sobek etc.. Ces syncrétismes, pratiqués par les habitants de l'Égypte tous statuts confondus, ne sauraient cacher l'aversion déclarée des habitants de Rome pour le culte des animauxComme l'attestent les déclarations arrogantes d'Octave César (le futur Auguste) ou les écrits sarcastiques de Juvénal (rapportés par l'auteur pages 89 et 94)., ni la sclérose organisée par le pouvoir romain du clergé des rites égyptiensEn matière de transformation du clergé en caste héréditaire et appauvrie (pages 95 et 65), avec la pratique, répugnante pour un Romain, de la circoncision rituelle des jeunes appelés au sacerdoce égyptien (dossier de papyrus présenté par l'auteur ).. Il en est de même de la forte tendance des riverains du Nil à la magie ou aux prédictions, pratiques réprouvées habituellement par beaucoup de Latins

L'arrivée du christianisme en Égypte est facilitée par la religiosité ambiante des Égyptiens : la souffrance et la mort d'un dieu, en l'occurrence Osiris, n'est pas scandaleuse comme elle pourra le paraître aux yeux des Grecs et des Romains. Au delà de la tradition de fondation de l'Église d'Alexandrie par l'apôtre Marc, les premiers papyrus chrétiens et gnostiques datent du , parfois mêlés de magie. En 249, la tolérance plus ou moins grande des habitants de l'Égypte et des autorités romaines fait place à la persécution de l'Empereur Dèce. Les collections de papyrus édités regorgent de certificats de sacrifices aux dieux ou à l'Empereur, actes impossibles à accomplir pour un chrétien convaincuCes documents sont autant d'exemples d'un formulaire fixe, où seuls changent le nom du sacrifiant et la date du sacrifice. Naphtali Lewis cite, à titre d'exemple, le P. Mich. III 158..

Les nombreuses fêtes religieuses pratiquées par les Grecs d'Égypte donnent également l'occasion d'autant de spectacles. les organisateurs, publics ou privés, demandent à de multiples artistes de produire leurs textes (poésie, théâtre) ou leurs prestations (danse, mimes etc.).

La vie quotidienne dans l'Égypte romaine Les chapitres six à huit...

Les forces centrifuges de la domination romaine Les chapitres neuf et dix...

Analyse Apports généraux de l'ouvrage L'ouvrage est une somme de sociologie de l'Égypte à l'époque romaine. C'est aussi l'un des rares exemples d'ouvrages généralistes de papyrologie documentaireDeux ouvrages répondent à un tel objectif en français pour l'Égypte sous la dynastie lagide : l'ancien mais toujours précieux et le moderne ..

Sources papyrologiques L'auteur cite en tout 241 papyrus et ostraca écrits en grec tardif par des particuliersVoir la liste de ces textes : ., qui y décrivent chaque fois un aspect précis de leurs conditions de vie quotidienne. En tout, vingt-sept collections d'éditions de papyrus sont citées, parmi lesquelles les plus référencées sont la collection berlinoise (sous le sigle B.G.U.Berliner Griechische Urkunden c'est-à-dire Recueil de (documents) grecs de Berlin. : soit des papyri cités), les papyrus d'Oxyrhynque (sigle P. Oxy. : soit des papyri cités) et les rééditions allemandes des textes publiés dans des éditions moins généralistes (Sammelbuch sous le sigle S.B.Ici, comprendre ce mot dans le sens de (recueil centralisé et) collectif (des papyrus publiés en éditions dispersées). : cités soit des papyri cités). À elles trois, ces trois éditions représentent utilisés sur les , soit plus de trois textes sur cinq (exactement des textes cités).

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi Articles connexes Papyrologie Province romaine de l'Égypte

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