Les manifestations de 2016-2017 au Cameroun anglophone (qu’on appelle aussi révolution du cercueil au Cameroun) sont une série de manifestations et d’émeutes qui se déroulent d' à dans les deux régions anglophones du Cameroun, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest (NOSO).

Elles sont lancées par des avocats, qui sont ensuite rejoints par des enseignants, tous deux ayant des revendications corporatistes. Fin , le mouvement prend de l'ampleur lorsque des citoyens ordinaires, en particulier des jeunes, descendent dans la rue et soulèvent des enjeux sociaux tels que le chômage et le manque d'investissements publics. Entre-temps, des violences - émeutes, affrontements et répression - éclatent, faisant les premiers morts civils, qui se poursuivront dans les mois suivants.

Face à la situation, les autorités alternent entre répression et concessions. En , des mouvements fédéralistes et séparatistes sont interdits, plusieurs leaders des manifestations sont arrêtés et inculpés, et Internet est coupé. Durant le mois, une commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) est créée. En , Internet est rétabli après trois mois de coupure et en , les leaders sont libérés.

L'automne 2017 est marqué par une montée en puissance des revendications séparatistes, conduisant à des manifestations violemment réprimées, et à une déclaration symbolique d'indépendance, le . Ces évènements dégénèrent en conflit armé entre les forces gouvernementales et des groupes armés séparatistes.

Contexte

De la colonisation européenne au malaise de la minorité anglophone

Colonisé par l'Allemagne sous le régime du protectorat, le Cameroun est ensuite partagé entre la France et le Royaume-Uni après la défaite allemande lors de la Première Guerre mondiale. Les deux parties du pays sont administrées séparément jusqu'en 1961, date à laquelle une partie du territoire britannique, le Cameroun méridional, se rattache à la république du Cameroun, anciennement sous mandat français pour former une république fédérale.

Le fédéralisme ne dure qu'une décennie. Le Cameroun abandonne ce système lors du référendum constitutionnel de 1972 et met en place un système centralisé qui permet au pouvoir de rester fermement ancré dans la capitale, Yaoundé. La minorité anglophone, qui représente 20 % de la population, affirme avoir souffert d'une marginalisation accrue à la suite de ce référendum.

Ce sentiment de marginalisation donne naissance à un mouvement sécessionniste, le Conseil national du Cameroun méridional (CNCM). Au côté du CNCM, d'autres anglophones militent pour un retour au fédéralisme.

Déroulement Octobre 2016 Le , les avocats des régions anglophones se sont mis en grève pour dénoncer l'inexistence d'une version anglaise des de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), et pour refuser l'application du Code civil francophone dans les juridictions des régions anglophones.

Novembre 2016 Le , des avocats se rassemblent devant la Cour d'appel de Bamenda pour annoncer la création d'un nouveau barreau spécifique à la communauté anglophone. À la suite d'une intervention des forces de l'ordre, les avocats décident de défiler dans les rues de la ville. Alors qu'ils tentaient de se rassembler au centre-ville, les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogènes pour les disperser.

Le , deux syndicats d'enseignants anglophones, la Cameroon Teachers Trade Union (CATTU) et la Teachers Association of Cameroon (TAC), appellent à la grève et à la fermeture des écoles à Bamenda, pour dénoncer la et, en particulier, le déploiement d'enseignants francophones dans les écoles anglophones. Par ailleurs, des manifestants réclament la révocation du délégué du gouvernement et son remplacement par un maire central élu. Les manifestants protestent également contre le chômage et le manque d'investissement du pouvoir central dans les régions anglophones.

Après plusieurs heures de manifestation, un important contingent de forces de l'ordre est déployé pour rétablir le calme. Entre-temps, des slogans antigouvernementaux sont scandés par les jeunes manifestants, qui brûlent des pneus sur la voie publique. Les et , de violents heurts font trois morts à Bamenda.

Le , des étudiants de l'université de Buéa manifestent pour soutenir les avocats et les enseignants anglophones. Ils réclament également la suppression des cours du samedi et du versement de primes d'excellence destinées à récompenser les meilleurs étudiants. Ils sont violemment réprimés par la police, et des images de la répression sont diffusées sur les réseaux sociaux.

Décembre 2016 Début décembre, au moins quatre personnes sont tuées lorsque les forces de sécurité tirent à balles réelles en l'air et lancent des gaz lacrymogènes sur un marché. Durant le mois, des journalistes regroupés au sein d'un dénoncent de leur langue au profit du français. Le , à Bamenda, des manifestants dressent des barricades et brûlent des pneus sur les routes menant à l'hôtel où se trouve la délégation du parti au pouvoir. De jeunes manifestants brûlent le drapeau du Cameroun avant d'hisser celui d'un mouvement séparatiste. Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre éclatent et font deux morts dans la ville. Un commissariat est également incendié.

Janvier 2017 Le , le Consortium de la société civile anglophone du Cameroun (CSCAC) lance une . L'action est suivie dans les régions anglophones. Le , plusieurs villes de ces régions dont Bamenda et Buéa suivent une action similaire lancée par le CSCAC. Des policiers commencent à patrouiller dans une ville et sont également présents en grand nombre à Limbé, près de Buéa, où des jeunes sont entrés dans une école pour forcer les enfants à sortir et bloquent certaines routes de la ville. À Mbengwi, le domicile d'un chef d'escadron, commandant de la compagnie de gendarmerie, est incendié.

Février 2017 vignette|L'activiste Mancho Bibixy (en jaune) haranguant une foule de manifestants à Bamenda, en février 2017. Le , une centaine de personnes manifestent devant un commissariat de police à Ndop pour demander la libération de personnes arrêtées. La police ouvre le feu sur la foule, tuant deux manifestants et blessant dix autres.

Le , à Jakiri, le curé et quarante autres personnes sont arrêtées.

Dans la nuit du au , des affrontements éclatent entre des jeunes et la police à Mutengene à la suite de la mort d'un jeune homme, abattu par la police.

Mars 2017 Le , plusieurs dizaines de personnes sont interpellées lors d'une opération de rafle organisée par la police à Bamenda.

Avril 2017 Le , le marché de Limbé est incendié, cinquante magasins sont détruits. Selon le gouverneur de la région du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilaï, un suspect, membre présumé d’un groupe sécessionniste, est arrêté.

Mai 2017 Le , cinq salles de classe d'une école publique à Bamenda est incendié.

Dans la nuit du au , le Centre de la promotion de la femme et de la famille de Bamenda est incendié.

Le , le siège du Cameroon GCE Board à Buéa est incendié.

Août 2017 Les et , cinq personnes présentées comme des sont arrêtés dans la région du Nord-Ouest, selon le porte-parole du gouvernement, Issa Tchiroma Bakary. Sur la télévision d’État CRTV, ce dernier déclare que ces personnes voulaient .

Septembre 2017 vignette|Rues de Buéa, lors d'une ville morte, le . Le , des milliers de personnes manifestent dans les régions anglophones pour réclamer, entre autres, la et l'. Selon des témoins contactés par Le Monde Afrique à Buéa, Bamenda et Kumbo, des policiers, des gendarmes et des camions anti-émeutes étaient stationnés dans toutes les villes. Certains policiers tirent à balles réelles sur les manifestants à plusieurs endroits. A Mamfé et Santa, trois personnes sont tuées et de nombreuses autres sont blessées.

Octobre 2017 Le , le leader séparatiste Sisiku Julius Ayuk Tabe déclare symboliquement l'indépendance des régions anglophones sous le nom de république fédérale d'Ambazonie. À la suite de cette proclamation symbolique, les séparatistes tentent de manifester dans les deux régions. D'importantes forces de sécurité sont déployées. Ces dernières tirent à balles réelles sur les manifestants dans plusieurs villes, notamment Bamenda, Ndop, Kumbo et Kumba, et procèdent à des interpellations. Selon Amnesty International, dix-sept personnes sont tuées par les forces de sécurité au cours des manifestations.

Le , les affrontements entre la population et les forces de l'ordre reprennent. Quelques tentatives de rassemblement sont dispersées par des gaz lacrymogènes et des tirs à Bamenda. Plusieurs personnes sont hospitalisées à la suite d'échauffourées entre les manifestants et la police.

Réactions nationales Gouvernement Interrogé par Le Monde Afrique, le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary, assure qu’il anglophone au Cameroun : . Pour Issa Tchiroma Bakary, les troubles de Bamenda sont orchestrées par .

Le , le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary assure que les affrontements de Bamenda sont . Il ajoute : . Le , le président Paul Biya déclare dans son discours de fin d'année à la nation : , tout en rappelant que le Cameroun était . Il ajoute : .

Le , plusieurs leaders anglophones à l'origine des manifestations sont arrêtés et inculpés d'. Le même jour, le gouvernement publie un arrêté interdisant le CNCM et le CSCAC. Le , le président Paul Biya décrète la création de la CNPBM, la chargeant du suivi et de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles faisant de l'anglais et du français deux langues officielles de valeur égale au Cameroun. Elle sera également chargée de recevoir toute plainte alléguant une discrimination entre les anglophones et les francophones. Le , le chef de l'État nomme l'ancien Premier ministre Peter Mafany Musonge et l'ancienne Ministre des Arts et de la Culture Ama Tutu Muna à la tête de la Commission. Entre janvier et , Internet est coupé dans les deux régions anglophones du Cameroun. Cette coupure est la plus longue de l'histoire du continent africain. Elle aurait déjà coûté près du milliard de perte à l'économie camerounaise.

Le , le président Paul Biya abandonne les poursuites contre plusieurs leaders anglophones. Le , le gouvernement ordonne le déploiement de 932 gendarmes et policiers supplémentaires dans la zone. Le lendemain, il instaure un couvre-feu dans les régions anglophones et l'accès à Internet est limité. Le , réagissant sur les réseaux sociaux, le président Paul Biya condamne , appelant au .

Opposition La femme politique Kah Walla déclare : . Elle dit croire , mais blâme la mauvaise gouvernance. Elle explique que . Elle ajoute : . Le députe du Front social démocrate (FSD) Joshua Osih attribue l’aggravation de la fracture linguistique à cette , majoritairement francophone qui gouverne le pays. Il déclare : .

En , le responsable adjoint de la communication du FSD, Denis Nkemlemo déclare : . Il ajoute : .

Église catholique En , l'Église catholique au Cameroun déplore .

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