L'Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne (en ) est un tableau du peintre russe Vassili Maksimov (1844-1911), achevé en 1875. Il appartient à la galerie Tretiakov (sous le numéro d'inventaire 585). Ses dimensions sont de (selon d'autres données, ). Le tableau présente un épisode d'un dîner lors d'un mariage paysan, quand le déroulement joyeux de la fête est perturbé par l'arrivée inopinée d'un sorcier de village couvert de neige.

Le tableau L'Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne, sur lequel Maksimov a travaillé de 1871 à 1875, a été présenté à la exposition des Ambulants (Peredvijniki), qui s'est ouverte à Saint-Pétersbourg en . Le travail de Maksimov a fait bonne impression, en particulier auprès du critique Adrian Prakhov, qui écrit que son tableau « est conçu et réalisé comme si c'était l'imagination populaire qui l'avait créé ». Dès l'exposition, la toile a été achetée par le mécène Pavel Tretiakov. En 1878, le tableau l'Arrivée d'un sorcier a été inclus dans les tableaux exposés par la Russie lors de l'Exposition universelle de 1878, à Paris.

Le critique Vladimir Stassov écrit que l'Arrivée d'un sorcier… est un tableau profond et talentueux « sur les croyances paysannes, que des générations entières ont portées en elles dans les villages éloignés des villes » ; à son avis c'est « le meilleur tableau, le plus important et le plus significatif » qu'a créé Maksimov. L'ethnographe observe que dans cette toile « l'artiste réussit à être très expressif et à transmettre avec justesse ce mélange de sentiment de peur superstitieuse, et d'anxiété face au visage d'une force étrangère, mais en même temps de vénération que suscite chez tous la personnalité du vieux sorcier, qui apparaît inopinément au sein des réjouissances de la noce…». Le critique d'art Dmitri Sarabianov considère ce tableau L'Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne comme le meilleur de Maksimov et écrit que « c'est cette toile qui a apporté à son auteur une renommée universelle et une place de premier rang parmi les artistes russes du réalisme ».

Histoire

Événements antérieurs et travaux sur la toile En 1862, Vassili Maksimov étudie à l'Académie russe des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg, d'abord en qualité d'auditeur libre, puis, de 1863 à 1866, en classe de peinture d'histoire, où ses professeurs étaient Fiodor Bruni, Carl Timoleon von Neff, et . En 1864, Maksimov reçoit une petite médaille d'or pour son tableau Enfant malade (scène de village). Il refuse de participer au concours pour la grande médaille d'or et, en 1866, il quitte l'académie avec un certificat de peintre classique du . La même année 1866, il s'installe dans le village de Choubino dans le raïon de Kimry situé dans l'ouiezd de Kortcheva (gouvernement de Tver), où il travaille comme professeur de dessin dans la propriété des comtes . En , Maksimov se marie avec Lidia Aleksandrovna Ismaïlova, et en juin de la même année lui et son épouse s'installent dans le village de Tchernavino, dans l'ouiezd de Novaïa Ladoga, dans le gouvernement de Saint-Pétersbourg. Maksimov provenait lui-même d'une famille de paysans et du village de Lopino, dans le même ouiezd que Tchernavino.

vignette|gauche|180px|Ivan Kramskoï. Portrait de Vassili Maksimov (1878, Musée russe). En 1870, pour ses tableaux Grand-mère de contes (1867, aujourd'hui à la Galerie Tretiakov), Rêves d'avenir (1868, aujourd'hui au Musée russe), Préparation à la promenade (1869, aujourd'hui au Musée d'État du Kazakhtan) et La Vieille (1869, aujourd'hui à la Galerie Tretiakov), Maksimov reçoit le titre de maître de classe de premier degré. Selon l'architecte , des travaux tels que Préparation à la fête peuvent être considérés comme des étapes préparatoires à la grande œuvre Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne, qui a été entamée en 1871.

À l'automne 1870, Maksimov quitte Tchernavino pour Saint-Pétersbourg. Son travail acharné dans le village a affecté la santé du peintre et il a été malade durant tout l'hiver 1870/1871. Sur le conseil du médecin, il se rend alors plus au sud, à Kiev pour améliorer son état de santé ; Viktor Vasnetsov était son compagnon de voyage durant ce séjour. Pendant celui-ci, Maksimov peint beaucoup et s'intéresse aux types populaires qu'il rencontre dans les villages environnants parmi les pèlerins de la Laure des Grottes de Kiev. Il retourne à Saint-Pétersbourg à l'automne 1871, puis en hiver, retourne à Tchernavino.

vignette|droite|250px|V. Maksimov. Préparation à la promenade (1869, Musée d'État du Kazakhstan) En travaillant dans un village, il était plus facile pour l'artiste de trouver des modèles-paysans pour créer les personnages de sa future composition L'Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne. De plus, la nécessité de travailler au village s'imposait pour des raisons financières étant donné les prix des loyers d'un atelier en ville comparés à ceux d'un atelier dans un village. Mais, malheureusement, l'isba du village dans lequel Maksimov s'est installé était froide et sombre, mal adaptée au travail sur la toile. Maksimov écrit : « Ce qui est mauvais, c'est qu'il est souvent nécessaire de passer des journées entières entre ces murs avec de l'étoupe dans les mains, pendant que le vent ne cesse de souffler, et que le froid est piquant dans ma chambre. C'est cela ma vie dans mon atelier ; mais plutôt que de m'occuper de tableaux que voulez-vous que je fasse ? ».

Au début des années 1870, le rapprochement de Maksimov des artistes Ambulants commence avec la première exposition, ouverte le . En , il est élu membre de cette société des Ambulants. Informant son épouse dans une lettre du , Maksimov écrit qu'il a « été accepté comme membre effectif des Ambulants pour son tableau Prière familiale, et ce, à l'unanimité, ce qui fait bien plaisir ». Dans la même lettre, l'artiste signale que les Ambulants l'ont encouragé à terminer son travail sur L'Arrivée d'un sorcier…. Plus tard, l'écrivain a noté que « Maksimov était sans doute l'artiste le plus proche de la terre de tous les Ambulants ».

Pendant qu'il travaille sur sa toile, Maksimov consulte souvent les paysans et écoute leurs critiques. Le peintre Ilia Répine écrit que Maksimov ne considérait pas son tableau comme terminé avant qu'il ne soit entièrement approuvé par les paysans. Et Répine de citer des dialogues entre Maksimov et les modèles du tableau comme le Droujka par exemple.

L'avancement du travail sur la toile est très lent. Parfois, l'artiste aimait l'état de sa toile. Dans une lettre à sa femme datée du , il écrit : « ma toile se trouve être aujourd'hui, au point de vue technique, la meilleure de toutes celles réalisées ». Parfois, Maksimov était mécontent du résultat de son travail ; ainsi écrit-il, dans une lettre du à son épouse : « La semaine passée, mon travail a été particulièrement mauvais, et je n'ai pas avancé d'un pas. Si bien qu'aujourd'hui j'ai tout nettoyé au couteau pour mieux faire… » Quoi qu'il en soit, dans sa lettre du , écrite peu avant son retour à Saint-Pétersbourg, Maksimov devient plus optimiste : « Si je réussis la figure du sorcier et les personnages du milieu de la toile, avec lesquels il m'a été difficile de progresser, alors j'aurai fini plus vite. Il ne me reste plus qu'à peindre quatre personnages, parmi lesquels j'ai presque terminé aujourd'hui celui qui tient une balalaïka… »

Quatrième exposition des Ambulants et vente du tableau Le tableau Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne a été exposé lors de la exposition des artistes Ambulants (Peredvijniki), qui s'est ouverte le à Saint-Pétersbourg et en avril de la même année à Moscou. La toile a reçu des critiques favorables de la part du public et des journalistes. Ainsi, dans son article sur l'exposition paru dans l'hebdomadaire ( année 1875), le critique d'art Adrian Prakhov écrit à propos du tableau de Maksimov : « Les personnages sont très bien saisis. Ces gens ordinaires, avec tout ce que leur existence a de limité, sont si humains, qu'involontairement vous les aimez, vous vous installez à table avec eux et vous êtes heureux de participer au festin. » Après sa description de la toile, le critique fait remarquer que « l'essentiel réside dans cette dignité sincère liée à un environnement authentique, ou dans le fait qu'elle est conçue comme si c'était l'imagination populaire qui l'avait créée ».

À propos des tableaux présentés à l'exposition, Ivan Kramskoï écrit à Pavel Tretiakov dans une lettre datée du : « Maksimov a décidé de saupoudrer son sorcier de neige et cela ne fait qu'améliorer la scène de manière significative. À mon avis, il ne doit plus changer quoi que ce soit, sauf peut-être la balalaïka et également le visage du propriétaire lui-même, pour le rendre un peu plus visible. » La toile a été achetée lors de l'exposition par le collectionneur Pavel Tretiakov . Il semble que cela se soit passé peu de temps après la lettre de Kramskoï du début mars. En effet, le , quelques jours après la lettre de Kramskoï, le critique d'art Vladimir Stassov écrit : « Je vous félicite pour votre achat de la toile de Maksimov, qui est à mon avis l'un des plus remarquables tableaux russes, en particulier pour le choix du sujet… » Le peintre Pavel Tchistiakov approuve, lui aussi, le choix de Tretiakov et il lui écrit le : « Vous avez acheté un très bon tableau à Maksimov et je m'en réjouis pour Maksimov. Il a mis le pied sur la piste des artistes… »

Le tableau est resté dans les mains de Maksimov durant un certain temps après la vente. Dans une lettre à Pavel Tretiakov, l'acheteur, datée du , l'artiste écrit qu'il a apporté les modifications nécessaires et en donne les détails : « Le blanc d'œuf qui couvrait la toile a été nettoyé. La neige sur le manteau du sorcier a été précisée… » La vente est alors finalisée, car dans une lettre du , Maksimov écrit : « Je suis très content que vous ayez été satisfait du tableau, bien qu'il y ait encore des endroits dont je n'accepte pas entièrement la vue ».

Expositions internationales thumb|right|250px|V. Maksimov. Partage familial (1876, Galerie Tretiakov) En 1878, deux tableaux de Vassili Maksimov L'Arrivée d'un sorcier à une noce paysanne et Partage familial ont été exposés au département russe de l'Exposition universelle de 1878 à Paris. Le sculpteur américain William Wetmore Story, dans son compte-rendu de l'exposition parisienne de 1878, écrit que le tableau Arrivée du sorcier témoigne d'une force et d'un naturel énormes. Le , pour ses tableaux L'Arrivée du sorcier et Partage familial, l'Académie russe des Beaux-Arts attribue le titre d'académicien à Maksimov.

Le tableau L'Arrivée d'un sorcier est également exposé lors de l', qui a lieu à Moscou en 1882. En 1971-1972, la toile de Maksimov a également participé aux expositions des Ambulants à la Galerie Tretiakov à Moscou et à Leningrad, Minsk, Kiev, pour le centième anniversaire de l'Académie russe des Beaux-Arts. En 1983-1984, le tableau a encore été exposé pour le anniversaire de la même Académie.

Description Le sujet du tableau L'Arrivée du sorcier à une noce paysanne est lié aux souvenirs d'enfance de l'artiste relatifs au mariage de son frère aîné : « Les jeunes se tenaient dans le coin rouge, tous les deux très beaux, tout le monde les admirait… Soudain, un homme avec un chien est entré, et, sans enlever son chapeau, s'est tenu sur le seuil. Tous les invités se regardaient et se murmuraient : Le sorcier, le sorcier est arrivé. Puis l'oncle s'est levé et a dit haut et fort : Sorcier, viens ici, bois à la santé des jeunes et ne dérange pas la noce. On lui a apporté une , on lui a glissé un peu de monnaie dans la main, et le sorcier est reparti avec son chien ».