René Laforgue ( - ) est un psychiatre et psychanalyste français. Il est notamment à l'origine de la notion de névrose d'échec. Il participe en 1926 à la fondation de la Société psychanalytique de Paris dont il est le premier président.

Biographie Né en Alsace, à Thann, le , René Laforgue est mobilisé dans l’armée allemande en 1914-1918. Il étudie la médecine à Berlin, mais il soutient en France en 1919 sa thèse de médecine consacrée à « l'affectivité dans la schizophrénie ». Activités psychanalytiques Il fait une psychanalyse avec Eugénie Sokolnicka alors chargée de mission pour Sigmund Freud en France. En 1923, il ouvre la première consultation psychanalytique hospitalière en France, à l’hôpital Sainte-Anne dans le service d'Henri Claude. En 1925, il cofonde la revue L'Évolution psychiatrique.

Il crée avec René Allendy et Édouard Pichon, les premiers cercles freudiens en France, qui donneront naissance en 1926 à la Société psychanalytique de Paris dont il est le premier président. Il participe en 1927 à la fondation de la Revue française de psychanalyse impulsée par Marie BonaparteJean-Pierre Bourgeron, Marie Bonaparte et la psychanalyse. À travers ses lettres à René Laforgue et les images de son temps, Ed. Champion-Slatkine, 1993, , aux côtés d'Angelo Hesnard, Charles Odier et Raymond de Saussure.

Il correspond avec Freud, écrit quelques ouvrages de référence, notamment Psychopathologie de l'échec, et analyse de nombreux psychanalystes parisiens, notamment Jean Bergeret, Françoise Dolto ou Ménie Grégoire.

Mise en cause à la Libération Son attitude durant la guerre et ses tentatives de collaboration avec l’Institut Göring de Berlin contrôlé par les Nazis lui valent d'être mis en cause après la guerre, par les autres psychanalystes de la Société psychanalytique de Paris qui pour leur part avaient choisi l'exil (Marie Bonaparte) ou la résistance, et dont certains exerçaient clandestinement après la fermeture de la Société en 1940Simon Epstein (2008), Un paradoxe français. Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance, Albin Michel, collection Bibliothèque Histoire, ..

Il est poursuivi après la guerre, notamment à la demande de ses collègues psychanalystes. Il se défend en indiquant qu'il avait hébergé son ami et éditeur Bernard Steele qui était juif, ainsi que des résistants dans sa propriété de La Roquebrussane, et qu'il avait facilité le passage d'Olivier Freud, un fils de Sigmund Freud et de son épouse par l'Espagne, et dirigé l'analyse d'Eva Freud... Il est acquitté à l'issue d'un procès devant la section d'épuration de la cour d'appel de ParisAlain de Mijolla, La France et Freud, 6., mais non réhabilitécopie du jugement dans Roudinesco, 1994, Histoire de la psychanalyse en France, : annexes, et .

Fin de vie Sa carrière ne se remit pas de ces événements. Il participe à la revue Psyché de Maryse Choisy, puis en 1953, il quitte la Société psychanalytique de Paris pour la Société française de psychanalyse. Il s'installe en 1956 à Casablanca où il fonde un institut de psychanalyse. Il revient en France en 1956, en lien avec l'indépendance du MarocJacques Postel, « René Laforgue (1894-1962) », Encyclopædia Universalis, consulté en ligne le 15 janvier 2023..

Il meurt le dans le Base Léonore.

Théorisation de la névrose d'échec René Laforgue est à l'origine de la notion de « névrose d'échec », terme qu'il introduit en psychanalyse dans son ouvrage Psychopathologie de l'échec. , paru chez Payot en 1939 (d'après la référence bibliographique donnée par Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis) ou en 1941 dans Les Cahiers du Sud selon d'autres sourcesPar ex. « Bibliographie générale », in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de psychanalyse, ou encore notice Worldcat .. Selon Laplanche et Pontalis, cette notion est associée à de nombreux travaux de Laforgue consacrés à la fonction du surmoi, aux mécanismes d'auto-punition et à la psychopathologie de l'échec en général. L'auteur repère en effet toutes sortes de syndromes d'échec dans la vie affective de l'individu ainsi que dans des groupes sociaux comme la famille, la classe, le groupe ethnique, en cherchant un ressort commun au fonctionnement de tels groupes : l'action du surmoi.

Publications Ouvrages La Psychanalyse et les névroses (en collaboration avec René Allendy, préface de Henri Claude). Payot, 1924. "Le Rêve et la psychanalyse". Ouvrage publié par le Dr R. Laforgue. Avec la collaboration des Drs Allendy, Ed. Pichon, R. de Saussure. Introduction de M. le Dr Hesnard, 1926 L'Échec de Baudelaire, Denoël, 1931 Misère de l'homme (Récit), Denoël, 1932 Clinique psychanalytique : conférences faites à l'institut de psychanalyse de Paris, Denoël, 1936 Relativité de la réalité, Denoël, 1937 Psychopathologie de l'échec (1941), Marseille, Les Cahiers du Sud ; Paris, Payot, 1944, nouv. éd. ; Paris, Payot éd. revue, 1950 ; Genève, Édition du Mont-Blanc, revue par Délia Laforgue, 1963 ; puis Guy Trédaniel, 1990, Talleyrand (l'homme de la France), Edition Mont-Blanc, 1947 Essais sur la schizonoïa (articles de 1923-1929), Edition Mont-Blanc, 1965 Au-delà du scientisme (articles parus dans la revue Psyche), Edition Mont-Blanc, 1965 Réflexions psychanalytiques (articles parus dans la revue Psyche entre autres), Edition Mont-Blanc, 1965 Les Processus d'auto-punition (écrit principalement par Angelo Hesnard), Denoël et Steele, Paris, 1931, 83 p.

Correspondance Correspondance « Sigmund Freud/René Laforgue, Correspondance 1923-1937 », traduction d'André Bourguignon, Nouvelle revue de psychanalyse, 15, 1977.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Jean-Pierre Bourgeron, Marie Bonaparte et la psychanalyse. À travers ses lettres à René Laforgue et les images de son temps, Ed. Champion-Slatkine, 1993, . . André Bourguignon, « Un grand médecin, René Laforgue ». La Semaine des Hôpitaux de Paris, Information, 1962, nº 17, . « Préface aux Réflexions psychanalytiques du René Laforgue », Genève, Éditions du Mont Blanc, 1965. « La discussion entre Freud et Laforgue sur la "Scotomisation" », Bulletin de l'association psychanalytique de France, 1967, 3 (), . Les relations épistolaires de Freud et Laforgue, Annales médico-psychologiques, 1968, 126, t. 1, 2, . . Martine Lilamand, René Laforgue, fondateur du mouvement psychanalytique français. Sa vie, son œuvre, thèse non publiée, université de Paris Val-de-Marne, Créteil, 1980. Alain de Mijolla, . Freud et la France, 1885–1945, Presses Universitaires de France, 2010 Annick Ohayon, Psychologie et psychanalyse en France. L'impossible rencontre 1919–1969, Paris, La Découverte, 2006, Marie-Odile Pisot Poivet, René Laforgue. Sa place originale dans la naissance du mouvement psychanalytique français, 1978, thèse non publiée, université de Paris Val-de-Marne, Créteil Élisabeth Roudinesco, « René Laforgue ou la collaboration manquée Paris/Berlin, 1939-1942. Documents concernant l'histoire de la psychanalyse en France durant l'Occupation », Cahiers Confrontation, 16, automne 1986, p. 243-278. . Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, . .

Articles connexes Psychanalyse en France Histoire de la psychanalyse Névrose d'échec

Liens externes

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