vignette|Un prêtre catholique bénissant une pirogue à Wallis en 2018. Il tient dans sa main un livre de prières en wallisien. La religion à Wallis-et-Futuna (collectivité d'outre-mer française d'Océanie) est le catholicisme, depuis que des missionnaires maristes ont converti ces îles dans les années 1840. Elle joue un rôle majeur dans le quotidien de la population et s'est intégrée dans la culture locale. Le christianisme a remplacé les divinités de la religion traditionnelle, sans pour autant la détruire complètement : une certaine acculturation ou syncrétisme s'est mis en place. Les fêtes religieuses rythment la vie quotidienne et sont l'occasion de cérémonies coutumières (). La mission catholique joue également un rôle politique important aux côtés de la chefferie coutumière. La situation juridique particulière conférée par le statut de 1961 à ce territoire reconnaît le rôle de la religion.. Quelques autres églises chrétiennes sont présentes de manière minoritaire..
Religion traditionnelle polynésienne
Divinités alt=Photographie aérienne en couleur d'un lac circulaire entouré d'une forêt.|vignette|Dans la religion traditionnelle wallisienne, le lac Lalolalo et la forêt sacrée qui l'entoure sont un lieu de résidence des dieux. La religion traditionnelle de Wallis et de Futuna est peu connue. Elle s'intègre dans une religion traditionnelle polynésienne plus large (avant leur christianisation, les deux îles n'avaient pas particulièrement de lien entre elles). Cependant, les témoignages recueillis par les missionnaires de l'époque, en particulier le père Henquel pour WallisMissionnaire à Wallis de 1896 à 1924, il recueille de nombreuses traditions orales wallisiennes., indiquent que les Wallisiens et les Futuniens croient en plusieurs divinités hiérarchisées :
les dieux créateurs comme Tagaloa ou Maui (que l'on retrouve dans l'ensemble de la Polynésie), en wallisien des personnalités divinisées après leur mort (en général des nobles qui ont eu un rôle important), les des divinités mineures, Ces dieux résident soient dans la nature (mers, montagnes, lacs), soit dans un endroit appelé , et le domaine des dieux.. L'entrée de a été localisée sur l'île d'Alofi, .
Dieux créateurs À Futuna, les grands dieux créateurs sont trois :
, dieu de Futuna vivant dans le , le plus important. Il serait à l'origine des tremblements de terre lorsqu'il ne dort pas ; Maui, dieu pêcheur d'îles, est celui qui a créé Futuna en la tirant de l'océan avec son filet. Il la piétine pour aplanir le relief, mais, ne pouvant travailler que la nuit, il est surpris par le lever du jour et doit partir précipitamment. C'est ce qui explique les montagnes de Futuna. Tagaloa, qui réside sur le mont Kolofau. C'est également le dieu d'Alofi, et il est réputé passer la nuit en pirogue sur la côte d'Alo et enlever les femmes qui y pêchent.
Dieux ancestraux Les dieux ancestraux sont des ancêtres divinisés après leur mort, dont le statut oscille entre personnages historiques et mythiques. Ils sont réputés pour leurs actions extraordinaires et prodigieuses.
Dans la mythologie futunienne, un couple de dieux venus de Samoa dans une noix de coco, Mago et Tafaleata, donnent naissance à plusieurs enfants :
, dieu de la guerre, . et fondateur du premier titre de roi () de Futuna. ; , déesse protectrice de Futuna, que l'on retrouve à Wallis sous le nom de . Elle habite sur le mont Puke et est très populaire auprès de la population ; , protecteur des parcs à poissons ; , dieu de la guerre et de la montagne ; , dieu de la vengeance , dieu protecteur de la nature. Il possède une .
Divinités mineures Ces divinités mineures peuvent prendre la forme d'animaux. L'ethnologue Hélène Guiot estime que parmi eux se trouvent également des dieux de la pluie, du soleil ou du vent, respectés par la population. Ces dieux protecteurs sont souvent associés à des titres de chefs coutumiers. Ainsi, à Futuna la tortue () protège le Tui Saavaka, un chef d'Alofi ; il y a également le chien, la colombe () ou encore la baleine.
À Wallis, ces divinités sont présentes dans toute l'île, mais sont particulièrement concentrées dans une forêt sacrée, le , située autour du lac Lalolalo et considérée comme l'espace primordial qui régénère la vie sur toute l'île de Wallis.. Cet endroit est marqué de nombreux interdits coutumiers et il est d'usage d'y entrer en marquant le respect. C'est également un lieu de refuge : en y pénétrant, un individu quitte le monde des hommes pour entrer dans le monde divin, et peut ainsi racheter ses fautes (en cas de meurtre ou de couple illégitime). Les anguilles sombres présentes dans le lac sont vues comme des divinités tutélaires qui protègent les sources d'eau douce, et jusqu'au début du , elles sont nourries par la population.. Un lieu de culte et de résidence d'un prêtre a également été identifié aux abords du lac.
Imbrication du religieux et du politique vignette|La proximité géographique entre le Palais royal d'Uvea (gauche) et la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption (droite) reflète le lien entre la royauté et la religion. À Wallis, le roi () est considéré comme le médiateur entre les dieux et les humains, il est le réceptacle des dieux et est désigné sous le terme de , la pirogue sacrée/tabou. Cette notion de sacré () se retrouve dans l'ensemble de la Polynésie et joue un rôle très important. Le lien très fort entre autorité politique et statut religieux est encore plus marqué à Wallis et à Futuna, petites sociétés autonomes, que dans les grands archipels polynésiens comme les Tonga ou Tahiti et les îles environnantes.. Claire Laux indique que .
Le système du tabou () est révélatrice du lien entre sacré et social : certaines personnes, certains lieux, objets, pratiques, aliments ou périodes de l'année peuvent être marqués du tabou par une autorité coutumière ou religieuse, et leur usage, leur consommation interdite..
Le culte dédié aux divinités est dévolu à des prêtres et un langage particulier est utilisé pour marquer le respect ; le même vocabulaire est employé pour s'adresser aux chefs et aux rois coutumiers.
Les histoires des dieux sont relatées abondamment dans la tradition orale. Pour l'anthropologue Adriano Favole, ..
Transformation au contact de la religion catholique Avec la christianisation de ces deux îles, les divinités polynésiennes ont été reléguées au rang de () est un néologisme calqué sur le terme démon. malfaisants par les missionnaires., et l'époque de la religion traditionnelle désignée comme , sous le néologisme en wallisien et futunien.. Le () lui succède.
Conversion au catholicisme
Contexte
Transformations au contact des Occidentaux Au début du , a situation politique est assez différente sur les deux îles : Wallis est unifiée sous l'autorité du Lavelua qui règne sur 'Uvea, tandis que les conflits entre Alo et Sigave déchirent Futuna.. Cette période est marquée par les premiers contacts entre des marins européensLa plupart sont des bagnards ou des marins déserteurs, en anglais . et les insulaires : cette découverte mutuelle entraîne un choc culturel., l'introduction de denrées et d'objets occidentaux (métal, armes à feu, monnaie, cheval...) mais aussi de maladies, entraînant des changements sociaux, politiques et religieux importants. Ces bouleversements ont lieu dans l'ensemble de la Polynésie investie peu à peu par les Européens. Culturellement, les valeurs traditionnelles sont remises en cause, certains tabous ne sont plus respectés, souvent à l'initiative de chefs qui veulent ainsi montrer leur rejet des traditions et leur intérêt pour la nouveauté que représente l'Occident..
Ce sont donc des sociétés en pleine transformation que les missionnaires découvrent à leur arrivée à la fin des années 1830.
Évangélisation de l'Océanie et rivalités missionnaires En 1835, des Tongiens convertis au protestantisme débarquent à Wallis et tentent de convertir la population, mais ils sont rapidement massacrés. L'évangélisation de l'Océanie débute au . Soucieux d'envoyer des missionnaires répandre la foi catholique face aux protestants, la papauté mandate trois congrégations françaises : la congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie (Picpus), la Société de Marie de Lyon et les Missionnaires du Sacré-Cœur de Jésus d’Issoudun.. Les pères maristes reçoivent le vicariat apostolique d'Océanie occidentale, créé en 1835.
Deux ans plus tard, les missionnaires débarquent à Wallis et à Futuna : le père Pierre Bataillon et le Frère Joseph-Xavier démarrent leur mission à ʻUvea (Wallis) le , tandis que Pierre Chanel et le Frère Marie-Nizier démarrent celle de Futuna la semaine suivante. Jean-Baptiste Pompallier promet de revenir d'ici six mois., avant de partir évangéliser la Nouvelle-Zélande où il s'installe. La distance (plus de ) entre les deux endroits rend les communications difficiles.
Pompallier retourne à Wallis fin 1841, que le père Bataillon a entrepris d'évangéliser (la conversion est totale en ) ; entre-temps, Pierre Chanel a été assassiné à Futuna le , en raison de conflits coutumiers entre partisans de la nouvelle religion et le roi Niuliki. L'évêque récupère la dépouille de Pierre Chanel et demande aux marins français l'accompagnant de ne pas exercer de représailles. En 1845, toute l'île de Futuna s'est convertie.
Conversion de Wallis
Conversion de Futuna Sam Keletaona, un futunien ayant voyagé sur des goélettes occidentales et parlant anglais, introduit les missionnaires Pierre Chanel et Marie-Nizier Delorme auprès de Niuliki, roi du royaume coutumier d'Alo. Keletaona devient l'un des premiers convertis au catholicisme.. Le groupe est d'abord bien accueilli par Niuliki qui les héberge durant les deux premières années. En , Pierre Bataillon vient de Wallis à Futuna et persuade Niuilki de brûler les effigies des divinités futuniennes afin de prouver la puissance du dieu chrétien. Niuliki promet même de se convertir lorsque toute la population serait devenue catholique..
Le séjour des pères maristes est toutefois difficile. Ils doivent faire face à l'isolement (l'évêque Jean-Baptiste Pompallier, qui avait promis de revenir dans les six mois, n'est toujours pas là), s'acclimater au climat tropical et comprendre la culture futunienne. Les Pères maristes apprennent le futunien et baptisent des enfants mourants.
Toutefois, la population se montre réticente à adopter cette nouvelle religion. En , Niuliki apprend que la population de Wallis, désobéissant au souverain Lavelua Vaimua, s'est convertie au catholicisme. Il voit alors les missionnaires comme une menace.. Au début de l'année 1841, le fils de Niuliki, Meitala, prend la tête d'un groupe de jeunes hommes favorables aux pères maristes. Souhaitant bénéficier de ce nouveau dieu, suivant les promesses faites par les missionnaires, Meitala décide de rompre avec les règles en vigueur qui lui interdisaient, en tant que fils aîné, de manger de l'igname avant qu'il n'ait lui-même un fils. Il transgresse le tabou et fait cuire un grand four en terre rempli d'ignames après avoir eu la certitude que les dieux futuniens ne le tueraient pas. Le , Chanel écrit que Meitala s'est entièrement converti au catholicisme.