Le palais abbatial de Remiremont est un bâtiment situé à Remiremont dans le département français des Vosges dans la région historique et culturelle de Lorraine.
L'ensemble des façades et toitures ; sol de la cour ; sol du jardin et sol du passage jusqu'aux murs de l'église est protégé en tant que monument historique depuis leur inscription par arrêté du , consulté le 27 décembre 2021..
Localisation Le palais abbatial de Remiremont se trouve au centre du quartier canonial, ensemble architectural bâti sous la prestigieuse abbaye de Remiremont, dont on peut voir encore aujourd'hui des maisons des chanoinesses, le portail de l'ancien hôpital Sainte-Béatrix et le palais abbatial qui abrite l'hôtel de ville.
Il est accolé à l'église Notre-Dame de Remiremont, ancienne église Saint-Pierre ou église capitulaire.
Histoire Fondation de l'abbaye au Saint-Mont et installation à Remiremont Vers 620, sur le mont escarpé Habendum, le noble Romaric seigneur des lieux et le moine Amé venus de l'abbaye de Luxeuil, plantèrent la croix et établirent des tabernacles de paix, ouvrirent un asile à la prière, à la pénitence et au travail. Ils fondèrent alors l'abbaye du Saint-Mont. À leur appel, une communauté de femmes se constitua vers 620, dédiée à la vie contemplative dans l'âpre solitude de la montagne vosgienne. Elles furent partagées en sept bandes de douze moniales chacune et réparties dans les sept oratoires qui, en outre de l'église du sommet, avaient été construits parmi les rochers des pentes.. Elles constituèrent la plus ancienne des abbayes féminines rurales d'Austrasie.. En 818, le monastère féminin quitta le Saint-Mont, en raison de son développement important et des conditions de vie difficiles sur cette montagne. La date du , jour de la Pentecôte 870, peut être adoptée pour la première translation solennelle de la communauté et des reliques..
C'est sous les Carolingiens que se place un évènement de grande importance dans l'histoire du monastère avec la première translation solennelle de la communauté et des reliques dans la plaine. Ce changement de résidence s’explique par le désir des religieuses de trouver dans la plaine une demeure moins escarpée, moins exposée aux intempéries et assurant plus de confort. La seconde translation serait due à l’invasion des Magyars qui, à la fin du et au commencement du , ravagèrent la Lorraine par plusieurs invasions successives. Vers l'an 910, quand ils s’approchèrent de Remiremont, les religieuses se sauvèrent avec les reliques de leurs fondateurs et cherchèrent refuge sur la montagne d'Habend où s’élevait encore, dans l’abandon, le monastère primitif..
Entre l'an 950 et l'an 1000, après que les Magyars eurent repassé le Rhin et mirent enfin un terme a leurs campagnes de ravages, le monastère se réédifia dans la vallée de la Moselle. à l'abri des crues, sur l'emplacement de la future ville de Romarici Mons (la montagne de Romaric) qui devint Remiremont.
L'empereur du Saint-Empire et les évêques de Toul participèrent au rétablissement du monastère sur la rive gauche de la Moselle et à l’érection d’une église. Au mois de , mettant à profit le séjour du pape Léon IX à Toul, l'abbesse Oda de Luxembourg alla le supplier de venir à Remiremont consacrer l'église. Cette béatification et la consécration des autels eurent lieu en 1050, lors du second voyage de Léon IX en Lorraine. Le pape accorda, à cette occasion, plusieurs privilèges au monastère et l'exempta de la juridiction épiscopale.. Rattaché au Saint-Empire romain germanique, Remiremont avec le territoire qui en dépendait, devint comté et fit partie de la Haute-Lorraine ou Mosellane. Les ducs bénéficiaires reçurent l'investiture de ce comté, de la main des empereurs associés au monastère de Remiremont, par un droit de partage ou d'accompagnement. Pour abriter les droits temporels de sa maison contre les convoitises des seigneurs, l'abbesse Gisèle alla trouver, en Italie, l'empereur Henri IV et obtint de lui, à Mantoue, le 4 des calendes d'octobre () 1070, un diplôme plaçant l'église de Remiremont sous sa protection immédiate..
Premier hôtel abbatial La plus ancienne mention rencontrée de l'hôtel abbatial de Remiremont se trouve aux archives des Vosges dans des lettres écrites en 1384 par Mesdames Jeanne de Choiseuil et Marguerite de Watronville, chanoinesses de Remiremont, à Guillaume, cardinal du titre de Saint-Étienne du Mont-Célius, légat du Saint-Siège. Les chanoinesses demandent une absolution ad cautelam « au cas qu’elles ayent encouru une excommunication pour avoir enfermé dans l'enclos de la place derrière leur maison, deux maisons de trente pieds de large que leurs prédécesseresses avaient acquises pour l'augmentation de leurs prébendes, lesquelles deux maisons ayant été brûlées, l'hôtel abbatial et l'église en avaient grandement été endommagés. »..
Les dépendances de l'hôtel abbatial durent être agrandies par Renée de Dinteville. Un acte capitulaire de 1568 cède en effet à cette abbesse, pour y construire une maison, un terrain touchant à la maison abbatiale, où passaient les processions le jour de Pâques..
Second hôtel abbatial vignette|Christine (Catherine) de Lorraine (1573-1648), abbesse de Remiremont par Jean-Joseph Dassy (1791–1865). L'habitation abbatiale tombait en ruines quand, en 1616, Catherine de Lorraine la fit reconstruire entièrement. Voici la description du nouvel hôtel, telle que nous le trouvons dans un manuscrit de l'abbé Pierre Gabriel Louis Didelot : « Sa façade donnait sur la rue des Prêtres ; une aile de ce bâtiment était adossée au midi à quelques maisons du Chapitre ; il n'avait qu'un seul étage ; à sa porte d’entrée, il y avait un grand escalier de l’abbesse qui conduisait dans les appartements du haut. D'un côté de ce palais, le receveur avait son logement et Madame l'Abbesse occupait l'autre côté. On y voyait une grande salle où se tenait le plaid-le-maire et les autres assemblées pour les affaires du Chapitre. Le palais était richement meublé et parqueté. » Ailleurs Didelot dit que cet hôtel était « une maison carrée, basse et sans goût. ».. Catherine de Lorraine protégea la ville lors de la terrible guerre de Trente Ans..
Le violent tremblement de terre qui, dans la nuit du au , vers deux heures du matin, se fit sentir dans toute la Lorraine et même jusqu'à Paris.. Ce fut dans les montagnes des Vosges et surtout à Remiremont que les secousses sismiques furent le plus terribles. Toute la ville chancela ; de profondes crevasses entrouvrirent le sol, notamment à la côte Maldoyenne ; plusieurs maisons et édifices furent détruits ; l'église capitulaire, l'église paroissiale, l'abbaye furent grandement endommagées. Pris de panique, les chanoinesses et les habitants abandonnèrent la cité et allèrent camper, sous des tentes, pendant plusieurs jours, dans la prairie aux bords de la Moselle.. Dix ans après, en 1692, le feu faillit achever, pour l'hôtel abbatial, l'œuvre de destruction commencée par le tremblement de terre. Un incendie se déclara dans le logement des archives, mais fut heureusement arrêté à temps. L'abbesse Dorothée Rhingraff de Salm s'occupa des restaurations urgentes nécessitées par la secousse de 1682..
Le tremblement de terre de 1682, en même temps qu'il avait ébranlé l'église et l'hôtel abbatial, avait aussi précipité la ruine d'un vieil édifice contigu, dont l'origine remontait à l'établissement du monastère dans la plaine : l'ancien hôpital. Les travaux du nouvel hôpital construit au pied du Calvaire, qui fut appelé Sainte-Béatrix, du nom de sa fondatrice, furent terminés vers 1724 et les services y furent installés aussitôt. En 1727, le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, grand aumônier de France, délégué par le pape Benoît XIII comme visiteur apostolique du Chapitre de Remiremont, se rendit au nouvel hôpital. Il autorisa la démolition des bâtiments de l'ancien hôpital, mise aux enchères le et les travaux en durèrent 148 jours. Le terrain fut réuni à l'hôtel abbatial..
Hôtel abbatial actuel Le duc Léopold Ier de Lorraine avait imprimé le mouvement de reconstruction lorrain du que le duc Stanislas Leszczynski poursuivit et amplifia. En 1742, le Chapitre de Remiremont fit faire une restauration considérable de son église et vint au secours de plusieurs autres édifices religieux de ses domaines.. C'est à cette époque que le Bain des Dames de Plombières fut reconstruit entre 1733 et 1736 puis rénové entre 1752 et 1758 pour devenir le Bain Stanislas. vignette|Anne-Charlotte de Lorraine (1714-1773), abbesse de Remiremont par Jean Girardet (1709–1778). En 1738, Anne-Charlotte de Lorraine, fille du duc Léopold, abbesse de Remiremont tout juste nommée, fit faire d’importantes réparations à l'hôtel abbatial. La vétusté de ce palais était si grande en 1750, dit Didelot, qu’on ne pouvait plus l’habiter sans courir de grands dangers : les murs, retenus par des clefs sans nombre, étaient fendus de toutes parts depuis le tremblement de terre de 1682 ; ils surplombaient en plusieurs endroits ; tout menaçait d’une ruine prochaine. De ses deniers et avec l'assistance de ses frères : François, devenu Roi des Romains en 1745, mais surtout Charles Alexandre de Lorraine, capitaine-général des Pays-Bas autrichiens plus tard Grand maître de l'ordre Teutonique, Anne-Charlotte de Lorraine voulut rebâtir l'abbatiale selon le goût du jour et dans de royales proportions. Durival dans sa Description de la Lorraine et du Barrois et Didelot disent que ce fut sur les dessins de l'architecte Jean Gauthier que fut rebâti le palais abbatial ; Guinot dans son Étude historique sur l'Abbaye de Remiremont donne la même indication. Didelot prétend que le Palais abbatial fut, par les soins d'Anne-Charlotte, réédifié sur les dessins du sieur Jean Gauthier. Dans son ouvrage Remiremont. Les saints, le chapitre, la Révolution, il indique au sujet de la reconstruction de l'édifice que « L’ouvrage fut confié à un nommé Levrier dont le fils était chanoine de Remiremont. ».. Selon le projet de distribution du Palais Abbatial de Remiremont, « On ne trouvera pas, dans ce projet, toute l'étendue qu'il faudroit, l’emplacement ne le permet pas. C'est un milieu entre un Palais et un Hôtel. ».. Les plans prévoyaient l'utilisation de l'emplacement de l'ancien hôpital. Leur réalisation nécessitait de plus la disparition des Chapelles de Saint-Remy et de Saint-Michel pour l'établissement de la nouvelle chapelle abbatiale et la démolition de la maison de prébendes de Madame Marie-Thérèse de Saint-Mauris. Le , quand on démolit l'ancienne chapelle abbatiale, on trouva les tombeaux d'Agnès de Salin, de Barbe de Salin, de Marguerite d'Haraucourt et le cœur de Renée de Dinteville, abbesses de Remiremont. C'est en extrayant les fondements de la chapelle, qu’on découvrit le cercueil en pierre d'Engibald, fondateur du Prieuré d'Hérival au commencement du ..
L'édifice qui fut élevé se composait de deux grands corps de logis reliés par un bâtiment central au côté méridional du chevet de l'église. Cet édifice en forme d'éventail prenait, jour sur une place, un jardin et une cour. La surface couverte par les bâtiments était d'environ . La façade méridionale était peut-être façade principale comme aspect monumental, mais il n'en allait pas ainsi de l'entrée puisque de ce côté s'étendait un jardin appelé Jardin des Olives enclos d'un mur ; celui-ci n'était percé que d'une petite porte s’ouvrant sur la rue des Prêtres.. vignette|Plan du rez-de-chaussée du palais abbatial de Remiremont exécuté vers 1765. vignette|Plan de la partie voisine du palais abbatial de Remiremont exécuté vers 1765.