L'Honneur des 42 officiers de réserve alsaciens ou Groupe des 42 est le nom donné à la tentative des d'incorporer 50 officiers de réserve (OR) alsaciens pendant la Seconde Guerre mondiale. Les nazis font pression sur eux pour leur faire signer un contrat d'engagement dans les afin d'encadrer les combattants français de la Légion des volontaires français (LVF). Sur les 50, 42 refusent l'engagement et sont déportés, en représailles, au camp de concentration de Neuengamme où 22 meurent.

Lors de son jugement en 1946, le Gauleiter Wagner déclare que le refus des 42 OR a évité l'incorporation de force des 800 officiers de réserve alsaciens.

Histoire

Contexte Le , en Alsace annexée de fait par le Troisième Reich, à la demande du Gauleiter Robert Wagner, Adolf Hitler instaure l'incorporation de force des Alsaciens. Ces derniers sont convoqués devant les conseils de révision pour être incorporés dans la Wehrmacht.

Les officiers de réserve (OR) nés entre 1908 et 1919, sont aussi appelés, mais selon la législation militaire allemande : . Ils sont renvoyés dans leur foyer munis d'un qui précise que leur situation militaire est .

Pourquoi un contrat d'engagement ? En 1944, si la Wehrmacht refuse toujours d'incorporer les OR, il n'en va pas de même pour les qui subissent des pertes importantes sur le front de l'Est et manquent de cadres.

De février à , les OR sont rappelés devant les conseils de révision présidés, cette fois, par des . Ils en repartent avec un dossier d'engagement volontaire à retourner sous cinq jours à l' à Stuttgart. Cette tentative d'obtenir un engagement volontaire individuel se solde par un échec.

Les décident d'obtenir un engagement volontaire d'un petit groupe d'OR qui ouvriront la voie à la mobilisation des d'Alsace comme le confirme le Gauleiter Robert Wagner lors de son procès du au .

Il est important pour les officiers des d'obtenir cet engagement pour contourner la loi allemande et le droit international. Le , 60 OR reçoivent une convocation qui leur enjoint de se présenter le au camp de formation SS Sankt Andreas, installé dans l'ancien établissement pour enfants inadaptés, de Cernay.

École SS de Cernay Certains ne se présentent pas et obtiennent de repousser la date de leur convocation. Ils sont 50 dans le camp, où une forte volonté de résistance naît au sein de ces OR. Le , le colonel Jacobsen, commandant le camp, les informe qu'ils sont destinés à encadrer des combattants de la Légion des volontaires français (LVF). Les OR lui précisent qu'ils ne sont pas volontaires et refusent de s'engager. Ils sont autorisés à garder leurs effets civils et peuvent recevoir des colis et des visites de leurs familles.

Le , du service de santé les rejoignent. Ils sont maintenant 58 car un des médecins, déjà membre du parti nazi se désolidarise du groupe et s'engage volontairement avec le grade Obersturmführer dès son arrivée.

Le camp d'instruction de Bruss Le , les personnels du service de santé sont renvoyés dans leurs familles, sauf le pharmacien Lutt.

Les restants sont transférés au camp d'instruction du SS-Panzergrenadier-Ersatzbataillon 35 à Bruss près de Dantzig. Le voyage se fait dans deux voitures de deuxième classe, ils sont surveillés par deux officiers SS. À Mulhouse, ces derniers découvrent qu'une des portes des wagons porte un V et une croix de Lorraine marquée à la craie. Le coupable n'est pas trouvé. À Ludwigshafen, l'officier de réserve Mugler s'évade. Il regagne l'Alsace où il se cache jusqu'à la Libération.

À leur arrivée, ils sont placés sous la responsabilité de l'Obersturmführer Jakob. Pendant leur séjour au camp, ils sont traités comme des officiers.

Le , le pharmacien Alfred Lutt est libéré, il emporte le courrier de ses camarades. Il reste auxquels le commandant du camp l'Haupsturmführer Plottin, confirme qu'ils sont prévus pour encadrer des volontaires de la LVF.

N'ayant pas changé d'avis, les OR lui déclarent que leur incorporation est illégale, car ils ne sont pas volontaires et que la loi militaire allemande interdit la mobilisation d'officier ayant servi dans une armée étrangère ; or d'après le droit international, ils sont toujours français. Le commandant prend en considération leur opposition et en avise Berlin.

Le , le commandant du camp reprend la discussion en faisant ressortir les conséquences d'un refus pour les familles, quatre OR cèdent et s'engagent. Le , 46 OR restants envoient une lettre à la commission d'armistice à Wiesbaden et à l'ambassade de France à Berlin, pour exposer leur situation.

Le , après avoir été menacés clairement de sanctions pour eux et leurs familles, les OR décident d'écrire à Adolf Hitler, chef des armées, mais quatre d'entre eux refusent de signer la lettre qui est remise au commandant qui promet de la transmettre. Le , les non-signataires quittent le groupe pour s'engager.

Déportation au camp de Neuengamme alt=Wagon de chemin de fer de la Deutsche Reichbahn, avec lequel les prisonniers étaient transportés, au camp de concentration de Neuengamme|vignette|Type de wagon de chemin de fer de la Deutsche Reichbahn, avec lequel les déportés sont transportés au camp de concentration de Neuengamme. Le , les 42 OR sont transférés à Konitz où ils sont surveillés par des SS en armes. Le , ils embarquent dans deux wagons à bestiaux pour le camp de concentration de Neuengamme où ils arrivent le . Ils y reçoivent un numéro de matricule allant de 42164 à 42205 puis ils sont douchés, épouillés et complètement rasés. Ils ont un statut particulier et ne sont pas soumis au travail. Ils sont témoins des rassemblements des déportés sur la place d'appel et de leurs conditions de vie. Le but des autorités est de les intimider en leur montrant ce qui les attend s'ils ne s'engagent pas volontairement dans la . alt=Vue aérienne de l’armée britannique du camp de concentration de Neuengamme peu avant son évacuation.|vignette|Vue aérienne de l’armée britannique du camp de concentration de Neuengamme peu avant son évacuation. Les 12 et , les 42 subissent des interrogatoires à l'issue desquels on leur propose de s'engager ce qu'ils refusent unanimement.

Le , Himmler les condamne à mort et les classe Nacht und Nebel. Ils sont dispersés, deux par deux, dans divers Kommandos annexes de Neuengamme et subissent le régime de l'univers concentrationnaire. Ils portent la tenue des détenus avec à hauteur du cœur, le triangle rouge des déportés politiques, le « F » pour Français et leur numéro de matricule.

Sur les 42 OR, en 6 mois, 22 meurent, de mauvais traitements (sous-alimentation, maladie, coups…), en déportation.

Autre tentative d'enrôlement Le , la Gestapo de Strasbourg tente d'enrôler 16 autres OR. Il existe peu d'informations sur cette tentative.

L'on sait que les officiers de réserve Lucien Bertsch, Charles Fenus, Guillaume Gengenbach, Marcel Gimming, Alfred Heywang, Benjamin Klein, Jean Kramer, René Meier, Jean Neppel, Emile Ritter, Georges Ritter, Jean-Georges Rott, Erwin Schaeffer, Victor Schmitt, Pierre Trappler et Hugues Vogel sont convoqués au siège de la Gestapo à Strasbourg pour signer un engagement dans la . Ayant tous refusé, ils sont emprisonnés et déportés à Oberndorf où ils sont affectés aux usines Mauser. Ils sont libérés par l'armée française et rapatriés le .

Pourquoi enrôler ces officiers de réserve ? Lors de son procès en 1946, l'instigateur de cette tentative d'enrôlement, le Gauleiter Wagner déclare :

Ainsi, le refus des 42 OR et de leurs 16 camarades, au-delà d'une affaire d'honneur ou de devoir, a évité l'incorporation de force des 800 officiers de réserve alsaciens.

Liste des 42 officiers de réserve déportés au camp de concentration de Neuengamme À partir du , les OR sont dispersés dans les Kommandos de travail dépendants du camp.

Décédés en déportation

Robert Adolf matricule F 42171, né le à Drusenheim, est le premier à succomber le alors qu'il travaille au Kommando de Brême-Farge à l'édification de l'abri sous-marin Valentin. Lucien Binnert matricule F 42182, né le à Munster, est affecté avec Robert Adolf au Kommando de Brême-Farge. Il effectue des travaux d'électricité puis de terrassement. Il est évacué avec un convoi de malades au camp de Sandbostel où il meurt le . Jules Bollenbach, matricule F 42168, né le à Algolsheim, est affecté au Kommando de Kaltenkirch-Heinkaten où il travaille à la construction d'une base aérienne, puis à celui de Wöbbelin où les détenus construisent, à partir de , un camp de prisonniers de guerre. Par la suite, il est transféré au camp de concentration de Ravensbrück où il meurt le . Robert Dossinger matricule F 42176, né le à Strasbourg, est affecté au Kommando de Brême-Blumenthal où près de travaillent pour les chantiers navals. Il meurt le au camp de concentration de Neuengamme. Charles Frantz, matricule F 42175, né le à Strasbourg, est dirigé sur le Kommando de Alt garge où environ 500 détenus travaillent à la construction d'une centrale électrique. Les travaux terminés, il est ramené au camp de concentration de Neuengamme, où il meurt le . Ernest Groshens matricule F 42178, né le à Natzweiler est envoyé au Kommando Salzgitter-Drütte, où près de 3 000 déportés travaillent pour les usines Hermann Goering à la production d'obus et de bombes. Il meurt le au camp de concentration de Neuengamme. Jean Gsell matricule F 42194, né le à Sigolsheim, il est affecté au Kommando de Hambourg-Finkenwerder où il meurt le . Charles Hartmann matricule F 42188, né le à Mulhouse, est dirigé sur le Kommando de Hanovre-Misburg, où près de réalisent des travaux de déblaiement et de construction pour le compte des entreprises de raffinerie Deurag. Il meurt au camp de concentration de Bergen-Belsen le , jour de la libération du site par les armées britanniques. Paul Hausswirth matricule F 42185, né le à Cernay, est dirigé, dans un premier temps, sur le Kommando de Schandelah où il travaille pour une raffinerie de pétrole. Il est transféré au camp de concentration de Wöbbelin, il y meurt le . Eugène Hueber matricule F 42164, né le à Mulhouse, est transféré au camp de concentration de Bergen-Belsen où il meurt le . Marcel Kirmann matricule F 42166, né le à Bischoffsheim, est affecté à un Kommando à Hambourg. Il meurt en au camp de Sandbostel. Robert Lithard matricule F 42196, né le à Hattstatt, est dirigé avec Charles Hartmann sur le Kommando d'Hannover-Misburg. Il meurt au camp de concentration de Bergen-Belsen le . Antoine Matter matricule F 42174, né le à Hohenecken (Allemagne), il est affecté aux Kommandos de Brunswick - Büssing-Nag puis à celui de Drütte-Salzgitter où il meurt le . Émile Matter matricule F 42192, né le à Saverne, meurt le , au camp de concentration de Neuengamme. Frédéric Matter matricule F 42205, né le à Berlin, est affecté aux Kommandos de Porta - Westfalicasur - Barkhausen puis à celui de Wöbbelin où il meurt le , le jour de la libération du camp par les Britanniques. Frédéric Mattern matricule F 42167, né le à Strasbourg, est dirigé sur le Kommandos de Kaltenkirchen puis à celui de Wöbbelin et enfin au camp de concentration de Ravenbrück où il meurt le . Le titre de déporté résistant lui est refusé le et la mention Mort pour la France lui est refusée le DAVCC, AC21P264805. Alphonse Muller matricule F 42202, né le à Colmar, est transféré au Kommandos de Hamburg-Hammerbrook (Spaldingstrasse), où près de travaillent à des tâches de déblaiement et à la transformation des décombres en pierre à bâtir. Il est déplacé au camp de Sandbostel, où il est libéré par l'armée britannique le , mais y meurt en avant son rapatriement. Adolphe Nussbaum matricule F 42201, né le à Otterswiller, affecté aux Kommandos de Salzgitter-Drütte, puis à de Brunswick - Büssing-Nag et enfin à celui de Wöbbelin où il meurt en . Charles Riehl matricule F 42180, né le Bischheim, envoyé aux Kommandos de Brême-Schützenhof puis à celui de Brême-Farge. Il meurt en déportation en .