Martin Fabiani (1899-1989) est un marchand d'art et un éleveur de chevaux français.
Biographie D'origine corse, fils d'un père huissier, et descendant semble-t-il du comte Simon FabianiLe Drapeau, Ajaccio, 29 septembre 1945, — sur Gallica., Martin Fabiani, connaît, selon ses dires, une jeunesse aventureuse, moitié élève-officier au fort de Vincennes et étudiant en Sciences politiques ; résidant boulevard Saint-Germain, il connait le monde de la nuit, au cœur des Années folles. Au cours de ses « études », il se lie d'amitié avec le fils du galeriste Georges Bernheim, rencontre les peintres Claude Monet et Kiesling, et commence à faire du courtage en tableaux, entre autres pour Paul Guillaume.
Il fait ensuite ses débuts dans le milieu des courses de chevaux ; familier de Deauville au début des années 1930Comoedia, Paris, 7 août 1929, — sur Gallica. et vivant avec une riche héritière, Adrienne Delebart, veuve du banquier Georges Delebart (1858-1930), il se rapproche du marchand d'art Ambroise Vollard dont il devient l'assistant. Après la mort de celui-ci en , il est nommé par Lucien Vollard responsable de la succession, en compagnie de Henri Marie Petiet ; le galeriste Étienne Bignou représente lui les intérêts de la compagne du marchand, Madeleine de Galéa (1874-1956) « Fabiani in France's MNR provenances », Open Art Data, 9 mai 2018.Ines Rotermund-Reynard, « Martin Fabiani », in: Répertoire des acteurs du marché de l'art en France sous l'Occupation, 1940-1945, RAMA, INHA..
Durant l'été 1940, après l'invasion allemande, Fabiani, en compagnie de Kisling, quitte Lisbonne à bord du SS Excalibur avec quatre caisses d'œuvres rachetées à Lucien Vollard pour 5 millions de francs ; le navire accoste aux Bermudes où les douanes britanniques, soupçonnant un acte de spoliation , placent sous séquestre les dites caisses et les font entreposer à la Galerie nationale du Canada « Cézanne: Lost and Found », in Ottawa Citizen, 20 février 2013..
Après , Fabiani, de retour à Paris, prend une participation dans l'ancienne galerie Wildenstein au 52 rue de la Boétie administrée par Roger Louis Adolphe Dequoy (1893-1953), puis rachète en le fonds de la galerie d'art d'André Weil, au 26 avenue Matignon ; Fabiani est qualifié d'expert auprès l'hôtel Drouot et aux douanes, au même titre que le galeriste André Schœller Der Deutsche Wegleiter für Paris , Paris, 23 mai 1942, — sur Gallica.. La galerie édite entre autres Dessins tirés des œuvres de Buffon par Pablo Picasso (31 eaux-fortes, 1942), gravures portant le filigrane de la maison Vollard, Henri Matisse. Dessins, thèmes et variationsPierre Daix, Aragon avant Elsa, Tallandier, 2009, . avec une préface, « Matisse-en-France », signée Louis Aragon (portfolio de lithographies, ), et Pasiphaé. Chante de Minos (Les crétois)Collection en ligne du LACMA. de Henry de Montherlant, illustré de gravures originales de Matisse (1944). De cette époque date deux portraits figurant Fabiani, par Matisse (dessin, 1942) et Picasso (crayon sur papier, 1943).
Son niveau de vie durant la guerre est très élevé : achat d'un haras en 1942, grand appartement avenue des Champs-Elysées, client du casino de Monte-Carlo.
Surveillé de près depuis fin 1944 par les services de police, Fabiani est inculpé le par le juge Frapier, puis il part à Londres organiser une exposition et revient ; le , il est arrêté pour , à la suite d'une plainte des frères Paul et Pierre Wertheimer : selon Le Figaro, Fabiani aurait racheté des œuvres d'art confiées par ceux-ci à la garde d'un certain Jacques E[h]rlich. La défense du marchand est assurée entre autres par René FloriotLe Figaro, Paris, 22 septembre 1945, — sur Gallica.. Le , E[h]rlich et Fabiani sont remis en liberté provisoire. Le , Fabiani est condamné par les Comités de confiscations de profits illicites du département de la Seine à une amende pour irrégularités fiscales de 136 millions de francs ; d'autre part, 36 millions lui sont directement prélevésLe Figaro, Paris, 15 janvier 1946, — sur Gallica.. Le non-lieu est rendu le suivant ; par ailleurs, Fabiani fut également . La procédure instruite par le juge Frapier a fait l’objet d’une décision de classement en date du au sujet de l’indignité nationale. Quant à l'amende, Fabiani fait appel et parvient à la ramener à 3,658 millions pour 7,316 millions au titre des confiscations. Au , elle n'était toujours pas payée.
Le , les caisses de la collection Vollard entreposées au Canada sont ramenées en France par Fabiani qui récupère 75 % des lots, et le galeriste Édouard Jonas, représentant Jeanne et Léontine Vollard, obtient lui, 25 %. Plus tard, Jonas accuse Fabiani d'avoir écarté des aquarelles de Paul Cézanne de l'inventaire, ce que ce dernier réfute. Il faudra attendre pour que l'institution canadienne reconnaisse avoir conservé en sa possession au moins une aquarelle, Groupe d'arbres, estimée alors à près de 20 millions de dollars « Historic Painting Seized In Bermuda Resurfaces », in: Bernews, 20 avril 2013 ..
En 1976, Fabiani, qui continue à élever des chevauxRépertoire des étalons de pur sang , Union nationale interprofessionnelle du cheval, janvier 1977, ., publie chez Julliard son autobiographie, Quand j'étais marchand de tableauxQuand j'étais marchand de tableaux, , Catalogue général de la BNF, extraits en ligne..
Postérité vignette| La Corne d'or (1909), toile de Paul Signac, illustre les activités de Fabiani entre 1942 et 1944 : le tableau appartenait à Gaston Lévy depuis 1927 quand il fut saisi par le Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg en octobre 1940, entreposé au Jeu de Paume en juin 1943 et revendu par Fabiani en mars 1944. Les héritiers de Gaston Lévy le récupèrent en... 2018 Pédigrée du tableau, vente Sotheby's, Londres, 4 février 2020.. Des historiens comme Laurence Bertrand Dorléac, Hector Feliciano, Lynn H. Nicholas, Jonathan Petropoulos, Emmanuelle Polack, entre autresGuy Boyer, « Ventes dans la France occupée », in: Connaissance des arts, Paris, 14 mars 2019., ainsi que différentes commissions de recherches sur l'art spolié durant la dernière guerre mondiale en Europe, confirment que Martin Fabiani a fait partie des marchands d'art qui ont alimenté le trafic avec l'Allemagne nazie. Il est entre autres démontré que Roger Dequoy et Fabiani se connaissaient depuis 1941. Ils achetaient des tableaux en commun et Fabiani cachait des tableaux pour Dequoy. En , Bruno Lohse, agent de l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (EER) dirigé par Alfred Rosenberg, Dequoy et Fabiani s’entendirent pour échanger 60 œuvres d’art moderne confisquées par l’EER contre sept peintures du siècle destinées au musée de Linz. Fabiani est le représentant des intérêts de Dequoy auprès de Lohse et de Notice de la base Agorha, INHA..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Spoliation d'œuvres d'art par le régime nazi
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