Jeannette Augustus Marks, née le à Chattanooga, dans l'État du Tennessee et morte le à Westport dans l'État de New York, est une américaine poète, romancière, nouvelliste, dramaturge, critique littéraire, diariste, épistolière et professeure d'université, membre de la Poetry Society of America et une des premières membres de l'Authors Guild.

Pendant , elle enseigne la poésie et le théâtre au collège universitaire de Mount Holyoke, dont elle devient de 1921 à 1939 la directrice du département de littérature anglaise.

En 1928, elle fonde le Laboratory Theatre dans l'État du Connecticut qu'elle dirige jusqu'en 1941.

De 1942 à 1947, elle assure la présidence de la section new-yorkaise du National Woman's Party.

Sa correspondance avec Mary Emma Wooley est l'une des sources majeures pour les chercheurs pour comprendre comment se vivait le lesbianisme aux États-Unis au début du avant sa dépénalisation progressive à partir des années 1960. Pour lui rendre hommage, il est créé en 1999 le connu également sous le nom de , centre de recherches et de ressources universitaires dédié à la communauté LGBT, situé sur le campus du collège universitaire de Mount Holyoke.

Biographie

Jeunesse et formation

Le déni de son père Jeannette Marks est la fille aînée de William Dennis Marks, professeur de l'université de Pennsylvanie et de Jeannette Colwell Marks. Son père voulait un fils et a traité Jeannette alternativement soit comme un garçon soit en la rejetant. Son père lui donne le diminutif de "Gussie" issu de son second prénom Augustus, une manière pour lui de rappeler sa déception de n'avoir pas de fils. Pendant sa jeunesse Jeannette est appelée « Gussie » et doit subir le déni de son père envers sa féminité. Sa mère, de son côté cache une humeur dépressive derrière son élégance et sa prévenance envers les hôtes de la maison. Ses parents se séparent, Jeannette et sa sœur Mabel (née en 1876) alternent des séjours chez leur père et leur mère. Leur éducation est faite par des gouvernantes plus ou moins compétentes.

Scolarité gauche|vignette|Wellesley College. Jeannette Colwell Marks emmène ses deux filles Jeannette et Mabel en Allemagne, elles effectuent une partie de leurs études secondaires à Dresde. La jeune « Gussie » passe plusieurs étés au pays de Galles. En 1895, à ses vingt ans, ayant achevé ses études secondaires, elle est acceptée par le Wellesley College, et enfin abandonne son surnom de « Gussie » pour se faire appeler Jeannette Marks ou Marks. Elle y obtient en 1900 le baccalauréat universitaire, suivi d'un Master of Arts en 1903. Jeannette continue des recherches en littérature anglaise auprès de la Bibliothèque Bodléienne rattachée à l'université d'Oxford et du British Museum de Londres.

Premiers liens avec Mary Emma Woolley gauche|vignette|Mount Holyoke College. Au Wellesley College, elle se lie avec des professeures telles Katharine Lee Bates, Katharine Coman, Vida Dutton Scudder, , Helen Cady, ces femmes, plus âgées qu'elle, viennent combler le vide créé par le récent décès de sa mère. Jeannette Marks suit les cours d'exégèse biblique de Mary Emma Woolley. Elle est impressionnée par cette professeure qui maîtrise l'hébreu, le grec et le latin et qui se montre attentive envers ses étudiantes, qui connait leur nom sans consulter le cahier d'appel. Mary Emma Woolley établit une relation affective privilégiée envers cette orpheline et lui ouvre son domicile et même l'invite pour passer un weekend dans la résidence de ses parents à Pawtucket.

Premiers écrits vignette|Mary Emma Woolley. Lors de sa deuxième année d'étudiante au Wellesley College, Jeannette Marks commence à écrire des nouvelles et des poèmes pour le . Ses récits ont une couleur lugubre, voire macabre alors que ses poèmes chantent les beautés de la nature à la manière du poème du poète romantique William Cullen Bryant. En 1898, elle publie un article dans la revue sportive nationale Outing, portant le titre de "" (Les activités de plein air au Wellesley College). Elle publie plusieurs articles pour vanter les activités du Wellesley Collège qui lui fait oublier son enfance malheureuse, pour elle c'est . Régulièrement, elle fait des randonnées à bicyclette et vient trouver la paix dans le cimetière de Sleepy Hollow de Concord (Massachusetts) où elle médite devant les tombes de Henry David Thoreau, Ralph Waldo Emerson, Abigail May Alcott Nieriker, Louisa May Alcott

gauche|vignette|Katharine Lee Bates. Lors de sa dernière année d'étudiante, Jeannette Marks est terrassée par la fièvre typhoïde, elle est prise en charge par le Massachusetts General Hospital puis elle passe sa convalescence à la de Concord puis dans une Settlement House de New York en compagnie de Vida Dutton Scudder. Elle reprend son cursus universitaire à la fin de l'année 1899, moment d'une brouille définitive avec son père. Ne bénéficiant plus de ressources financières paternelles pour terminer ses études, ses amies du Wellesley College, Katherine Lee Bates, Vida Dutton Scudder, et Mary Emma Woolley, se regroupent pour l'aider à se remettre sur pied, continuer ses études et lui trouver du travail pour qu'elle trouve son indépendance. C'est à l'occasion de la longue séparation liée à l'hospitalisation puis à la convalescence de Jeannette Marks que Mary Emma Woolley réalise son profond attachement affectif à celle-ci, combien elle lui manquait.

En , plusieurs propositions sont offertes à Mary Emma Woolley, alors qu'elle prépare un doctorat (PhD) qu'elle soutiendrait à l'université Brown, cette dernière lui propose de diriger le nouveau collège universitaire pour femmes et de l'autre côté, le Mount Holyoke College, établissement universitaire pour femmes fondé par Mary Lyon, la sollicite pour qu'elle en soit sa nouvelle présidente pour remplacer Elizabeth Storrs Mead. Après des hésitations, Mary Emma Woolley accepte officiellement l'offre du Mount Holyoke College le . Cela remettait en question sa relation avec Jeannette Marks, il lui était impossible d'y mettre fin, aussi en , Mary Emma Woolley et Jeannette Marks s'engagent mutuellement, se font une déclaration d'amour exclusif. Amour qui durera jusqu'au décès de Mary Emma Woolley le .

En , Jeannette Marks commence un travail de recherche pour obtenir un diplôme de littérature anglaise. Pendant ce temps, Mary Emma Woolley, embarque pour la Grande-Bretagne avec sa cousine Helen Ferris, pour un séjour de trois mois pour approfondir ses connaissances en matière de pédagogie mais aussi pour visiter le pays. De retour, Mary Emma Woolley, commence son mandat de présidente le , devenant ainsi, à 38 ans, l'une des plus jeunes présidents d'université américaine.

Carrière universitaire

Mount Holyoke College Mary Emma Woolley se demande comment trouver un poste pour Jeannette Marks, la difficulté étant de lui trouver un poste qu'elle accepterait. Finalement, le Jeannette Marks accepte un poste d'assistante de littérature anglaise malgré une autre proposition du Wellesley College. L'argument décisif fut l'annonce de Mary Emma Woolley que le Mount Holyoke College enrichirait sa bibliothèque. Les premiers cours sont difficiles car les étudiantes ne sont point préparées à l'étude de Shakespeare, Milton et autres auteurs pré-shakespeariens ou de l'ère élisabéthaine. Cela ne la décourage pas, elle se lance dans un plan d'études pour que ses étudiantes puissent accéder à la compréhension de ces œuvres.

Un vent de réforme Jeannette Marks va être aux côtés de la réforme du Mount Holyoke College. Mary Emma Woolley y lance un programme de réforme du collège pour le hisser au niveau des meilleurs collèges américains du . Lors de son discours d'inauguration, Mary Emma Woolley annonce que si les femmes ont droit à un niveau de formation égal à celui des hommes, c'est nécessaire mais non suffisant. Elle souhaite que les diplômées du Mount Holyoke College puissent mener une vie professionnelle à la fois enracinée dans la réalité et guidée par des valeurs, et plus particulièrement celle du bien public (certains traducteurs compétents parleraient de bien commun ou de l’Intérêt public). Elle formule l'espoir que les diplômées iront partout « parmi toutes les personnes de toutes sortes, de toutes conditions, dans les endroits les plus désolés de la terre, dans les bidonvilles de nos villes, dans les endroits du lointain Orient...dans les coins les plus reculés, les moins desservis. ». Tout au long de sa présidence, elle fera l'objet de critiques véhémentes, notamment que le Mount Holyoke College formait des femmes inaptes aux travaux domestiques. Elle refusait de répondre pour savoir si oui ou non, le collège avait pour mission de former de meilleures épouses et de meilleures mères, en revanche, elle faisait remarquer qu'on se posait rarement la question quant à savoir si les universités formaient des hommes capables d'assumer leurs devoirs familiaux. Quand l'enseignement des arts ménagers devint un cours à la mode pour les étudiantes des collèges américains, Mary Emma Woolley rétorqua que le but d'un établissement universitaire n'était pas d'apprendre à cuisiner ou à faire le ménage mais de préparer ses étudiants à améliorer la société par l'ouverture d'esprit. vignette|Elizabeth Laird (1910) gauche|vignette|Ann Haven Morgan. Mary Emma Woolley commence par le cœur du problème, pour élever le niveau du collège, elle augmente le salaire des professeurs afin d’attirer et de conserver les meilleurs. Ce qui lui permet d'embaucher des professeures venues d'universités prestigieuses comme celles de l'université Yale, de l'université Cornell, de l'université de Chicago, du Collège Bryn Mawr. Parmi les nouvelles venues, on peut citer : Elizabeth Laird, , Dorothy Foster, , , , Alma Grace Stokey, Mignon Talbot, Ann Haven Morgan et bien d'autres qui vont participer à la renommée du Mount Holyoke College. Mary Emma Woolley incite ses enseignantes les moins diplômées à prendre des congés rémunérés pour obtenir des diplômes supérieurs. En 1911, le collège compte 90 enseignants, soit le double de 1901, et 34 d'entre eux sont titulaires d'un doctorat. Pour encourager la créativité et l'innovation, elle laisse aux professeurs la liberté de créer de nouvelles thématiques d'études. Pour stimuler l'ouverture des étudiantes, elle invite des personnalités extérieures à donner des conférences au sein de l'établissement. Mary Emma Woolley, a fait du Mount Holyoke College non seulement un établissement universitaire de référence mais aussi un centre de femmes enseignantes-chercheuses.

Mary Emma Woolley diversifie les filières, à celles des humanités, elle ajoute des filières scientifiques et de sciences sociales. Le nombre de crédits de formation pour obtenir un baccalauréat universitaire (niveau licence) passe à 120, surpassant ainsi les exigences pédagogiques du College Vassar, exigences égales à celles du Collège Bryn Mawr dirigé par Martha Carey Thomas.

En 1905, une section de la fraternité Phi Beta Kappa est créée au Mount Holyoke College, Mary Emma Woolley est reconnue et admise à siéger au sein d'association universitaires prestigieuses, parmi lesquelles la Rhodes Island Society for the Collegiate Education of Women, l'American Board of Commissioners for Foreign Missions, le , l'American Association of University Women, les Daughters of the American Revolution, l'American Woman Suffrage Association.

Elle est également invitée à prendre la parole lors de divers événements universitaires, faisant ainsi rayonner le prestige du Mount Holyoke College.

La valorisation des cursus permet au Mount Holyoke College de joindre le programme de la Fondation Carnegie pour la promotion de l'enseignement qui vient d’être fondée en 1905 qui a pour mission de financer des innovations pédagogiques et d'attribuer des bourses d'études aux étudiants.