Le téléférique de l'Aiguille-du-Midi est un ancien téléphérique de France situé en Haute-Savoie, à Chamonix-Mont-Blanc. Première version d'une remontée mécanique partant à l'ascension de l'aiguille du Midi, le projet ne sera jamais réalisé dans sa totalité mais reliera tout de même le fond de la vallée à la gare des Glaciers à plus de d'altitude. Le premier tronçon constitue le premier téléphérique ouvert aux voyageurs de France et l'un des premiers au monde. Devenu obsolète, il cesse de fonctionner en 1951 pour être remplacé par l'actuel téléphérique ouvert en 1954 et 1955. Les câbles seront en partie déposés et quelques éléments détruits mais il subsiste encore les gares de départ, d'arrivée et intermédiaires ainsi que certains des pylônes.
Appellation vignette|gauche|Vue en 2007 de la gare aval du téléphérique actuel arborant l'ancienne mention du premier téléphérique avec l'orthographe désuète « téléférique ».
Le téléférique de l'Aiguille du Midi était appelé dans les différentes études et les documents préparatifs au projet « chemin de fer aérien de l'Aiguille du Midi », « chemin de fer funiculaire Chamonix-Aiguille du Midi-Vallée Blanche », « chemin de fer aérien Chamonix-Aiguille du Midi-Mont Blanc », « chemin de fer aérien Chamonix-Pélerins-Aiguille du Midi » ou encore « funiculaire aérien Chamonix-Aiguille du Midi » .
À sa mise en service en 1924, il est appelé « funiculaire aérien Aiguille du Midi » puis « téléférique de l'Aiguille du Midi » s'impose rapidement. Dans les années 1950, à la fin de son exploitation, le téléphérique alors désaffecté est appelé « téléférique des Glaciers » ou « téléférique de l'Aiguille du Midi – les Glaciers » pour le distinguer du futur téléphérique alors en construction au départ de Chamonix.
Dans son nom, il utilise notamment l'orthographe désormais désuète de « téléférique », terme créé par substantivation de « téléférage/téléphérage » au début du au cours d'une période qui voit la popularisation de ce nouveau type de remontée mécanique avec les débuts des sports d'hiver et du tourisme montagnard.
Tracé vignette|gauche|Vue en 2023 de la gare des Pélerins avec l'aiguille du Midi visible dans le reflet sur les vitres.
Le téléphérique débute à d'altitude, aux Pélerins, un hameau de Chamonix-Mont-Blanc situé à deux kilomètres au sud-ouest du bourg principal, en direction des Houches, dans la vallée de Chamonix, aux pieds du Brévent dans le massif des aiguilles Rouges au nord-ouest et de l'aiguille du Midi dans celui du Mont-Blanc au sud-est. Se dirigeant en ligne droite vers le sud-sud-est, il entame l'ascension de l'ubac de l'aiguille du Midi. Sur le premier tronçon du téléphérique, les cabines évoluent au milieu de la forêt, gravissant les reliefs doux du cône de déjection des torrents de la Creuse et du Dard avec une pente moyenne de . À mi-parcours du premier tronçon, les cabines franchissent à d'altitude une station d'ancrage et de tension des câbles puis entament l'ascension d'une pente plus soutenue de en moyenne, toujours au milieu des conifères. Prenant de l'altitude, la vue porte sur la cascade du Dard toute proche et au loin la vallée de Chamonix. L'arrivée de ce premier tronçon de téléphérique se fait à la gare de la Para, à d'altitude ; le bâtiment en granite arbore un style néogothique qui tranche avec l'environnement montagnard où elle est implantée.
Les personnes qui veulent poursuivre leur voyage doivent changer de cabine à la gare de la Para et emprunter un second tronçon du téléphérique. Les cabines quittent la forêt pour évoluer dans un paysage plus alpin et rocailleux, gagnant rapidement de l'altitude avec une pente relativement constante de et qui atteint . La vue porte sur la vallée de Chamonix, le glacier des Bossons et ses séracs et à la fin du parcours l'aiguille du Midi qui domine le paysage, entre le glacier des Bossons au sud-ouest et celui des Pélerins au nord-est. La gare des Glaciers, à d'altitude, est de style plus sommaire mais conserve une architecture massive en granite.
De la gare des Glaciers , le téléphérique devait gagner le col du Midi au sud-sud-est, entre le mont Blanc du Tacul au sud et l'aiguille du Midi au nord. Selon les plans, la gare terminus devait être installée sur les rochers de l'arête des Cosmiques qui descend de l'aiguille, en bordure de la glace de la Vallée Blanche ; dans les toutes premières études, la remontée mécanique devait poursuivre son ascension jusqu'au sommet de l'aiguille du Midi mais le projet retenu sera moins ambitieux. La construction de ce troisième tronçon est entamée avec notamment l'installation des monte-charges nécessaires à la poursuite des travaux mais la fermeture de la ligne arrivera avant sa mise en service totale.
Exploitation vignette|gauche|Vue en 2020 d'une cabine restaurée du téléférique de l'Aiguille-du-Midi exposée dans la gare de départ de l'actuel téléphérique.
Le téléphérique est géré par la « Société Anonyme du Funiculaire Aérien de l'Aiguille du Midi – Mont-Blanc » fondée le par le promoteur immobilier Marc-Fidel Eugster qui détient des parts de la société et l'homme de sciences Joseph Vallot qui en est le président. Malgré la mort d'Eugster en 1919, de nouveaux capitaux affluent après la guerre et la société est renommée « Compagnie française des Chemins de Fer de Montagne (CCFM) » le . Dans le but de réaliser le troisième et ultime tronçon du téléphérique jusqu'au pied de l'aiguille du Midi, la société est recapitalisée et renommée en « Compagnie Française des Funiculaires de Montagne (CFFM) » en 1936. Lors de la mise en service des deux tronçons du téléphérique en 1927, l'entreprise emploie un chef d'exploitation, quatre conducteurs, une receveuse, deux mécaniciens, deux aides-mécaniciens, un ajusteur et un graisseur-visiteur des poulies ; ils assurent la maintenance et l'exploitation de la remontée mécanique en été comme en hiver.
La gare aval aux Pélerins est accessible par la route, empruntée par un service de cars PLM, et située non loin de la gare sur la ligne ferroviaire, elle aussi exploitée par la PLM. Elle comprend un guichet pour acheter des billets, une salle d'attente mais également un restaurant. Les cabines de couleur rouge comportent un compartiment fermé au centre offrant six places assises sur des sièges recouverts de cuir clouté, dont le sol est revêtu de linoleum et accessibles avec un billet de première classe ; aux extrémités se trouvent deux cabines ouvertes offrant chacune trois places assises et trois places debout accessibles avec un billet de seconde classe, soit une capacité de pour l'ensemble de la cabine. Toutes les vingt minutes, l'une des deux cabines s'élance à l'assaut de la montagne à une vitesse de , le câble tracteur mû par un moteur électrique. Au bout de , la gare de la Para est atteinte, ce qui permet de transporter jusqu'à par heure à raison de quatre rotations horaires. De là, des départs en randonnée sont proposés, des guides pouvant conduire les visiteurs jusqu'au glacier des Bossons et ses grottes de glace, et une buvette est installée à quelques encablures. Le téléphérique est de type « va-et-vient », l'une des deux cabines faisant l'ascension tandis que l'autre la descente et se croisant au milieu du parcours. Au croisement se trouve une station d'ancrage et de tension des câbles qui assure le passage des cabines de la section aval à la section amont des câbles porteurs ; elle est utilisée lors des Jeux olympiques d'hiver de 1924 et en hiver jusqu'en 1950 par les sportifs qui participent aux entraînements et aux épreuves de bobsleigh sur la piste des Pélerins, une estacade ayant été installée afin de permettre la descente des sportifs et le déchargement des traîneaux.
Le second tronçon du téléphérique entre les gares de la Para et des Glaciers utilise sensiblement les mêmes technologies que celles du premier tronçon à la différence près que la forte tension des câbles porteurs permet de se passer d'une station d'ancrage et de tension à mi parcours, le câble porteur parcourant ainsi l'intégralité de la section. Cette amélioration permet d'augmenter la portée entre les pylônes, au nombre réduit, la plus longue des deux sections du téléphérique se situant entre les pylônes avec une longueur de et qui offre la hauteur sous cabine la plus élevée du parcours avec près de . L'ascension dans l'une des deux cabines, similaires en tout point à celles du premier tronçon, en à une vitesse de permet de transporter jusqu'à par heure à raison de quatre rotations horaires. En 1949, deux ans avant la fermeture du téléphérique, les cabines du second tronçon seront remplacées par deux cabines venant du téléphérique de Rochebrune, à Megève, qui comportent douze places. Arrivés en gare des Glaciers, les visiteurs peuvent profiter du point de vue panoramique sur les sommets du massif du Mont-Blanc qui les dominent, les vallées de Chamonix et de l'Arve en contrebas ainsi que les aiguilles Rouges face à eux. Des balades et randonnées les mènent au Plan de l'Aiguille, et au-delà à Chamonix ou au Montenvers, mais aussi aux abords du glacier des Bossons, itinéraire privilégié à l'époque par les alpinistes désireux de réaliser l'ascension du mont Blanc et qui trouvent dans ce nouveau téléphérique un moyen de raccourcir leur expédition. À côté de la gare se trouve le chalet-hôtel des Glaciers proposant des repas ainsi que le couchage pour treize personnes.
En hiver, le téléphérique dessert les « champs de neige » entre les gares des Glaciers et de la Para. Il est également possible de rejoindre directement Chamonix par un itinéraire de sept kilomètres de longueur passant par le Plan de l'Aiguille et la montagne de Blaitière. Ces descentes à ski constitueront dès l'ouverture du second tronçon en 1927 l'un des premiers domaines skiables des Alpes françaises. Différentes formules payantes permettent d'emprunter le téléphérique. Le développement des remontées mécaniques et de leurs pistes de ski associées tout le long de la vallée de Chamonix dans les années 1930 profitera également au téléférique de l'Aiguille-du-Midi par une augmentation de la clientèle hivernale. En 1935, en plus de l'itinéraire jusqu'à Chamonix par le Plan de l'Aiguille, deux pistes sont aménagées et balisées au départ de la gare des Glaciers, pistes qui se rejoignent à la gare de la Para et qui poursuivent leur route jusqu'à la gare des Pélerins, soit un dénivelé de . Ces pistes, ainsi que l'estacade au milieu du premier tronçon du téléphérique, reçoivent le nom de Jacques Balmat en l'honneur du chasseur, cristallier et guide chamoniard qui réalise la première ascension du mont Blanc avec Michel Paccard. Des compétitions y sont organisées comme l'épreuve de slalom des championnats de France de ski alpin en , les épreuves de descente des championnats du monde de ski alpin en 1937 ou encore l'épreuve de descente de l'Arlberg-Kandahar en 1948. Si le haut du domaine est plus technique en raison des fortes pentes et du terrain rocheux, les débutants peuvent s'exercer sur la section du téléphérique entre les Pélerins et l'arrêt Jacques Balmat , sur les pentes douces et herbeuses au-dessus du hameau. Les aménagements apportés au fil des ans, notamment le débarrassage du terrain de ses obstacles comme les souches ou les rochers, la qualité de l'enneigement ainsi que le prestige apporté par les différentes compétitions qui y sont organisées font des pistes du téléférique de l'Aiguille-du-Midi l'une des meilleures descentes de la région aux dires des skieurs qui y évoluent.
Histoire Projets vignette|gauche|Carte postale colorisée de 1910 du téléphérique du Wetterhorn conçu par Emil Strub, l'un des premiers téléphériques de voyageur au monde.