Algirdas Julien Greimas né en 1917 à Toula (Russie) et mort en 1992 à Paris (France), est un linguiste et sémioticien d'origine lituanienne et d'expression française.

Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, il fonde la sémantique structurale d'inspiration saussuro-hjelmslévienne et anime le Groupe de recherche sémio-linguistique (EHESS/CNRS) ainsi que l'.

Ses principaux ouvrages sont Sémantique structurale (1966), Du sens (1970) et Du sens (1983).

Biographie Greimas naît le à Toula en Russie de parents lituaniens. Ses études le mènent jusqu'au baccalauréat en 1934. Il étudie alors le droit à l'université Vytautas-Magnus de Kaunas en 1934-1935 (Lituanie).

De 1936 à 1939, Greimas est en France à Grenoble, où il obtient une licence de lettres. Il marque un goût prononcé pour le Moyen Âge et se tourne vers des études de dialectologie francoprovençale sous la direction d'Antonin Duraffour. Il mène pour Albert Dauzat une enquête dans le Grésivaudan à la recherche d'un substrat ligure pré-celtique.

Greimas repart pour la Lituanie en 1939 pour son service militaire, alors que le pays est successivement envahi par les Soviétiques (1940) et par les Allemands (1941). Son premier article, publié en lituanien, est une métaphore de la résistance anti-nazie : « Cervantes et son Don Quichotte »Varpai, Almanach littéraire. En 1944, alors que la Lituanie est de nouveau envahie par les Soviétiques, il revient en France.

Greimas s'inscrit à la Sorbonne en thèse de doctorat d'université sous la direction de Charles Bruneau. Sa recherche, qui porte sur le vocabulaire de la mode, est transformée en thèse d'État et soutenue en 1948La Mode en 1830. Essai de description du vocabulaire vestimentaire d'après les journaux de mode de l'époque, Thèse de doctorat ès lettres, Paris, (431 p.) ; Quelques reflets de la vie sociale en 1830, Thèse secondaire, Paris (147 p.). Ces travaux sont inspirés par l'analyse lexicologique synchronique (ou statique) de Georges Matoré, avec lequel il publie la même année La Méthode en lexicologie. À propos de quelques thèses récentesRomanische Forschungen, LX» et en 1950 La Méthode en lexicologie, IIRomanische Forschungen, LXII.».

Après avoir été stagiaire de recherche au CNRS, il devient en 1949 maître de conférences à la faculté des Lettres de l'université d'Alexandrie, en Égypte, où il enseigne l'histoire de la langue française. Il y rencontre Roland Barthes et Charles Singevin, et abandonne progressivement la lexicologie qu'il juge impropre à structurer les champs sémantiques.

Inspiré par les travaux de Merleau-Ponty et de Lévi-Strauss, il publie dans la revue Le Français moderne son article séminal « L'Actualité du saussurisme »Le Français moderne, 3, 1956 et postule, d'après Ferdinand de Saussure, un monde structuré et saisissable dans ses significations. L'objectif est d'élaborer une méthodologie unifiée des sciences sociales.

En 1958, il est nommé en Turquie, à Ankara, où il occupe la chaire de Langue et grammaire française. À partir de 1960, il enseigne aussi à l'université d'Istanbul et crée avec Jean Dubois, Jean-Claude Chevalier et Henri Mitterand la Société d'étude de la langue française. Il est nommé en 1962 professeur de linguistique française à l'université de Poitiers.

Il publie en 1963 « Comment définir les indéfinis ? Essai de description sémantiqueÉtudes de linguistique appliquée, 2 », en référence aux travaux de , puis « La description de la signification et la mythologie comparée »L'Homme, sept-déc. 1963., rédigé après une rencontre avec Georges Dumézil.

De 1963 à 1964, il donne un cours de sémantique structurale au Centre de linguistique quantitative de Paris (Institut Henri-Poincaré), cours qui sera diffusé en partie par l'École normale supérieure de Saint-Cloud l'année suivante.

En 1965, il est élu directeur d'études à la de l'École pratique des hautes études. Il est collaborateur régulier de la revue Le Français moderne.

En 1966, Greimas fonde avec Roland Barthes, Jean Dubois, Bernard Pottier, Nicolas Ruwet et Bernard Quemada la revue visant « l'ensemble des systèmes de signifiants, du moment qu'ils se présentent comme des structures relationnelles hiérarchiséesTexte de présentation de la revue. ».

Roman Jakobson organise à Kazimierz Dolny (Pologne) un colloque de sémiotique. On y crée l'Association internationale de sémiotique (International Association for Semiotic Studies) dont Greimas est élu secrétaire général.

Il fonde le (GRSL) au sein du laboratoire d'anthropologie sociale de l'École pratique des hautes études et du Collège de France avec l'appui de Claude Lévi-Strauss et la participation de Roland Barthes. Les principaux membres du groupe sont : Jean-Claude Coquet, Oswald Ducrot, Gérard Genette, Julia Kristeva, Christian Metz, François Rastier et Tzvetan Todorov.

Il publie Sémantique structurale - Recherche de méthode (1966), qui sera traduit en italien (1969), en espagnol (1971), en allemand (1971), en portugais (1973), en danois (1974), en finnois (1980) et en anglais (1983). C'est le texte fondateur de ce qui allait devenir l'École sémiotique de Paris.

En 1968, dans l'article « »Yale French Studies, 41. (avec François Rastier), il met en place pour la première fois le « modèle constitutionnel » qui deviendra le carré sémiotique. Le premier exemple d'investissement sémantique du modèle porte sur le système des relations sexuelles.

Il publie en 1969 un Dictionnaire de l'ancien français chez Larousse.

En 1970, Greimas est directeur scientifique du Centre international de sémiotique et de linguistique () d'Urbino (Italie) qui vient d'être créé.

Il publie Du sens au Seuil. L'ouvrage comporte quatorze articles publiés avant 1970.

En 1971, il participe au premier Congrès international d'ethnologie européenne où il propose des « Réflexions sur les objets ethno-sémiotiques ».

En 1974, il rédige l'article Sémiotique pour La Grande Encyclopédie Larousse.

En 1977 est créé le Bulletin du Groupe de recherche sémio-linguistique, publiant quatre numéros thématiques par an, sous la direction d'Anne Hénault, suivi en 1979 des Documents, pré-publications ou documents de travail signés par des sémioticiens d'horizons géographiques ou d'inspirations théoriques divers, sous la direction d'Eric Landowski. Ils deviendront rapidement Actes sémiotiques Bulletin et Actes sémiotiques Documents.

Il prend sa retraite en À cette occasion, un volume d'hommages lui est offert par ses collègues, disciples et amis : Exigences et perspectives de la sémiotique. Recueil d'hommages pour Algirdas Julien Greimas / Aims and prospects of Semiotics. In honor of Algirdas Julien Greimas, textes présentés par Herman Parret et Hans-George Ruprecht, Amsterdam-Philadelphie, John Benjamins, 2 vol., 1985..

Greimas a appliqué sa sémiotique à un conte de Maupassant et publié avec Joseph Courtés un Dictionnaire raisonné de la théorie du langage (1979). Les domaines d'application s'élargiront aux discours social esthétique et éthique. Il meurt à Paris en 1992 après avoir souhaité constituer ses méthodes sémiotiques en école : l'École sémiotique de ParisCette biographie est pour l'essentiel rédigée à partir des informations fournies par Jean-Claude Coquet (Université Paris VIII) pour le recueil d'hommages Exigences et perspectives de la sémiotique (1985) : « Note bio-bibliographique / Bio-biographical note »..

Apport théorique Profondément influencé par les modèles de récit développés par Propp et Lévi-Strauss, Greimas s'attachera à les unifier sous l'égide de la linguistique et à faire passer l'héritage structural dans le domaine de la sémiotique.

La réflexion de Greimas est dominée par la question du sens et les modalités de son émergence. Dans l'Introduction inédite de Du Sens, il écrit : . Il ajoute :

Au plan méthodologique, Greimas reprend le point de vue structuraliste, en vertu duquel ce sont les relations entre les concepts, et non les concepts eux-mêmes, qui peuvent créer du sens : A.J. Greimas, « Entretien », dans F. Nef, Structures élémentaires de la signification, Bruxelles, Ed. Complexe, 1976, p. 19..

Postulat du binarisme Dès Sémantique structurale, Greimas fait de la logique l'outil de base qui devrait permettre à la sémantique de sortir de la Sémantique structurale, p. 8.. Selon lui, la signification manifeste une relation qui ne peut prendre que les formes de la conjonction et de la disjonction: « La structure élémentaire, considérée et écrite en soi, c'est-à-dire en dehors de tout contexte signifiant, ne peut être que binaireSémantique structurale, p. 24.. » Ce postulat épistémologique du binarisme, hérité de Jakobson et de Lévi-Strauss serait une des caractéristiques de l'esprit humainA.J. Greimas et J. Courtés, Sémiotique. Dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris, Hachette, 1979, p. 27). et expliquerait l'organisation des lexèmes en paires d'opposition, du type blanc/noirDu sens, p. 160..

Cette binarité dépasse en fait le domaine du vocabulaire et s'applique à toute structure complexe, car cette dernière peut toujours être représentée par une hiérarchie de structures binairesDu sens II, p. 27.. Un texte, parce qu'il est normalement homogène et forme Sémantique structurale, p. 93. fait jouer un réseau d'isotopies susceptibles d'être projeté sous forme de schéma, un « schéma » désignant pour Greimas une structure réunissant deux termes contradictoiresDu sens, p. 163..

On retrouve ces relations contradictoires dans le procès de transformation caractéristique des textes narratifs. Comme le note GreimasA.J. Greimas, « Éléments pour une théorie de l'interprétation du récit mythique » dans Communications, 8, p. 29., sur le plan de la structure implicite, le renversement de la situation initiale du récit n'est pas autre chose qu'une inversion des signes du contenu :

avant contenu inversé

après contenu posé

Ce jeu récurrent de termes mis en opposition, dont la paternité remonte à Lévi-Strauss, l'amène à rechercher un modèle susceptible d'en rendre compte: c'est le carré sémiotique.

Formalisation du récit Voulant synthétiser la méthodologie de Propp (Morphologie du conte) et celle de Lévi-StraussE. Mélétinski, « L'étude structurale et typologique du conte », dans V. Propp, Morphologie du conte, Paris, Seuil, 1970, p. 221., Greimas substitue aux sept sphères d'action des personnages identifiées par Propp, trois catégories d'actants : Destinateur-Destinataire, Adjuvant-Opposant, Sujet-Objet. Il s'appuie sur le modèle de Lucien Tesnière afin de faire le lien entre contenu axiologique et structure syntaxique. Quant aux 31 fonctions de Propp, elles sont regroupées en paires d'oppositions, ce qui les ramène à 20; puis elles sont finalement indexées par trois axes binaires: mandement-acceptation (correspondant à une conjonction), prohibition-violation (disjonction) et conséquence. C'est le schéma actantiel.