Le gouvernement militaire de l'armée des États-Unis en France (en anglais : Allied Military Government of Occupied Territories, AMGOT) est un organisme créé conjointement par les États-Unis et le Royaume-Uni dans le but d'administrer la France, ainsi que les futurs vaincus (Italie, Allemagne et Japon), après leur Libération.

En France, ce projet est empêché par la formation et l'action du gouvernement provisoire dirigé par le général Charles de Gaulle, auparavant chef de la France libre puis du Comité français de libération nationale.

Contexte Fragilité des États européens La Seconde Guerre mondiale fait chuter plusieurs gouvernements européens, ainsi qu'asiatiques. Les États-Unis mettent en place, dès leur engagement dans la guerre, des projets d'administration par des forces militaires américaines des pays tombés. L'AMGOT se déploie à la fin de la guerre en Italie, dirigée par Harold Alexander. L'occupation militaire a lieu à partir du Long Armistice du . En Corée, un organisme similaire, l'USAMGIK, dirige la moitié sud de la péninsule coréenne du au .

Projet avorté de démembrement de la France Le président Franklin Delano Roosevelt et son cabinet préparent différents plans pour reconfigurer la politique européenne de l'après-guerre. Il propose à Anthony Eden de créer un nouvel État de Wallonie baptisé Projet Wallonia, en retirant à la France l'Alsace-Lorraine, ainsi que des parties des Hauts-de-France, pour les agréger à la Wallonie. Ce plan est finalement abandonné.

Projet d'occupation militaire Un autre plan, plus ambitieux, d'un gouvernement militaire pro-américain de la France est mis en place. Le président considère en effet que la France tient certains points stratégiques en Europe, en Afrique et en Chine, que les Américains doivent récupérer. Comme le rapporte Dwight D. Eisenhower dans Croisades en Europe : .

Ainsi, en , Roosevelt fait signer par Mark Wayne Clark les accords Clark-Darlan, qui mettent sous occupation américaine les territoires de l'Empire colonial français. Lorsque Charles de Gaulle envoie à Washington André Philip pour annoncer que la France libre ne pourra tolérer une administration par les États-Unis de territoires français, Roosevelt révèle à Philip le plan d'occupation militaire de la métropole : . Philip prévient Roosevelt que de Gaulle s'opposera à ce plan.

Conformément à ce qu'il avait annoncé à Philip, dans un mémorandum daté du , Roosevelt écrit à Winston Churchill : .

Préparatifs Roosevelt propose un plan d'action selon lequel les généraux américains et britanniques s'appuieraient sur les préfets et les départements. Les États-Unis et le Royaume-Uni créent des écoles ad hoc pour entraîner et préparer ceux qui seront amenés à diriger les gouvernements militaires d'occupation, notamment à l'université Columbia. En plus de supports sur l'Allemagne et le Japon, ils préparent des supports et des cours sur la France, sa vie politique et administrative.

Des billets sous forme de francs sont imprimés par la Réserve fédérale des États-Unis. Ils commencent à être distribués dès le débarquement de Normandie et sont bien reçus par la population. Selon Claude Hettier de Boislambert, l'opération américaine avait vocation à mettre la France sous dépendance de manière totale : des officiers auraient remplacé les maires, les budgets municipaux auraient été gérés par les libérateurs, ainsi que les systèmes de communication et de chemins de fer. Charles-Louis Foulon, un historien ayant travaillé pour de Gaulle, a soutenu que les Américains auraient voulu mettre en place des tribunaux alliés en FranceCharles-Louis Foulon, , Espoir, n° 26 (Mars 1979), p. 66 .

Oppositions Opposition française Charles de Gaulle rapporte dans ses Mémoires de guerre qu'il connaissait les projets de l'AMGOT, qui aurait eu pour ambition d'administrer pleinement l’État et d'y insérer durablement une influence américaine, et s'y était à ce titre opposé.. Il aurait été informé grâce aux renseignements fournis par Philippe Thyraud de Vosjoli, récupérés en Afrique du Nord.. André Gros, membre du cabinet de De Gaulle et négociateur avec les Américains, a écrit que le plan AMGOT a été arrêté à temps par de Gaulle en l'espace de dix jours, entre le 4 et le André Gros, , Espoir, n° 92 (juin 1993), p. 54..

Michel Debré a joué un rôle essentiel en organisant, durant le mois de , le remplacement des préfets nommés par le régime de Vichy par des commissaires de la République dotés de la légitimité de la Résistance. Cela a permis une prise de pouvoir par les résistants français, et empêché que les États-Unis ne nomment des personnalités extérieures à la résistance..

Selon Diane de Bellescize, la création du Gouvernement provisoire de la République française avait précisément pour objectif de former une entité légale reconnue qui puisse s'opposer à l'AMGOT. Sa création aurait ainsi été subordonnée à un double objectif : éviter l'anarchie, perçue comme favorisant les communistes, et bloquer l'AMGOT.. Ainsi, avant le débarquement de Normandie, le président Roosevelt donne ordre au général Eisenhower de ne rien faire sur place qui puisse donner l'idée que l'administration reconnaissait officiellement le gouvernement provisoire comme légitime..

Conséquence ultérieure Devenu le premier président de la , Charles de Gaulle refuse de célébrer le débarquement de Normandie. Il explique cette décision à Alain Peyrefitte en faisant référence au projet de gouvernement militaire d'occupation :

Opposition britannique De manière plus générale, les Britanniques ont obtenu des Américains que l'AMGOT ne s'applique pas aux . Or, le Royaume-Uni a reconnu de Gaulle comme chef de la France depuis . Les Américains et les Britanniques sont en désaccord sur la nécessité de reconnaître à la France un gouvernement légitime en de Gaulle.

Le gouvernement britannique se montre ainsi à certains moments opposé au projet. Anthony Eden, devenu ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, rend visite à Roosevelt en , et s'oppose au projet d'AMGOT. Il écrira plus tard :

Dans son journal, il écrit le que les Britanniques seraient

Opposition américaine Le projet d'occupation militaire du pays fait également l'objet d'oppositions aux États-Unis. Les médias américains, d'abord, sont pro-gaullistes et même s'ils n'ont pas vent du projet de Roosevelt, considèrent de Gaulle comme le chef légitime de la France.

Dwight D. Eisenhower se montre plutôt opposé au projet du président, ne comprenant pas l'animosité et la mesquinerie de Roosevelt vis-à-vis du général français. Il influence Roosevelt en 1944 via des télégrammes afin de l'inciter à reconnaître en de Gaulle le seul chef légitime. Le , il écrit :

Dans la culture populaire Le film La Bataille de Gaulle (2026) d'Antonin Baudry illustre dans son deuxième volet J'écris ton nom la fabrication et la diffusion des billets drapeau, ainsi que la formation des militaires américains destinés à l'administration territoriale du territoire français et du redécoupage territorial.

Notes et références

Article connexe Gouvernement militaire allié des territoires occupés (en anglais : Allied Military Government of Occupied Territories, ou AMGOT) Projet Wallonia

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