Les Chaldéens (akkadien Kaldu) sont un peuple de la Mésopotamie antique. Probablement d'origine ouest-sémitique et liés aux Araméens, ils coexistaient en Babylonie avec ces derniers et les Babyloniens du au Durant cette période, ils ont constitué d'importantes confédérations tribales, qui ont prospéré durant la période de fragmentation politique qu'a connu la Babylonie, alors que l'Assyrie tentait de la placer sous sa coupe. Les Chaldéens sont essentiellement mentionnés dans les sources de l'époque comme les adversaires des Assyriens. Plusieurs de leurs chefs sont parvenus à occuper le trône de Babylone, sans jamais fonder de dynastie durable.
Leur nom a servi à forger celui de la Chaldée, une manière de dénommer la Babylonie dans les sources gréco-romaines, qui désignent les habitants de la région comme des « Chaldéens », et plus particulièrement leurs prêtres et les spécialistes de la divination, donc avec des significations différentes de celle des sources mésopotamiennes. De nos jours on désigne sous le nom de « Chaldéens » ou d'Assyro-Chaldéens, les membres de l'Église catholique chaldéenne, de rite et de langue liturgique syriaque oriental, qui sont implantés dans cette région.
Étymologie
Les termes Chaldée et Chaldéens du français et des autres langues modernes proviennent du grec Khaldaía (Χαλδαία). Ce terme dérive de l'akkadien Kaldu qui peut aussi bien désigner le pays que le peuple ; d'autres fois les textes akkadiens emploient des termes plus précis, māt Kaldu « Pays de Chaldée/des Chaldéens » ou bien Kaldayu « Chaldéens ». En hébreu biblique, le terme correspondant est Kaśdîm.
Les Chaldéens, un peuple de Babylonie
Les plus anciennes attestations de l'usage des termes Chaldée et Chaldéens se trouvent dans les textes cunéiformes d'Assyrie et de Babylonie, dans les premiers siècles du Ils désignent alors un peuple implanté en Babylonie, distinct de sa population autochtone majoritaire, les Babyloniens parlant l'akkadien, et les régions où ils vivent.
Origines
La plus ancienne mention des Chaldéens date d'un texte du roi assyrien , qui évoque une campagne dans le pays de Chaldée, dans les années 870 av. J.-C.. Les Chaldéens sont alors déjà implantés dans la région. On ne sait pas exactement quand ils y sont arrivés, dans quelles conditions, et depuis quelle région. Il a été proposé qu'ils soient venus depuis l'Arabie orientale. Les noms des Chaldéens sont en général de type babylonien, parfois dans une langue ouest-sémitique, notamment de l'araméen (quinze occurrences), et plusieurs de leurs noms de tribus et de villes semblent ouest-sémitiques et spécifiquement araméens. Sur ce dernier élément il est généralement considéré que les Chaldéens sont une population ouest-sémitique, et il est souvent supposé qu'ils soient originellement un sous-groupe des Araméens, population ouest-sémitique qui s'implante vers la même époque en Babylonie, venant depuis la Syrie, ou du moins qu'ils soient apparentés à eux. Mais les textes assyriens et babyloniens distinguent systématiquement Chaldéens et Araméens, y compris quand ils les mentionnent côte à côte ; les deux groupes peuvent être selon les circonstances des alliés (notamment quand il s'agit de faire face aux Assyriens) ou bien des adversaires. Les Chaldéens du milieu du sont des locuteurs de l'araméen, mais c'est le cas de la majorité des populations de Babylonie à ce moment-là, donc cela ne peut suffire à expliciter leur origine.
Les « Maisons » chaldéennes thumb|La Babylonie des premiers siècles du , avec la localisation approximative des Maisons chaldéennes.
Les Chaldéens sont organisés suivant un principe tribal. Leurs entités politiques sont dénommées « Maisons » (akkadien bītu), nommées d’après un ancêtre tribal, par exemple Amuk(k)anu pour la « Maison d'Amuk(k)anu » (Bīt Amukkani). Ces tribus sont autonomes par rapport au pouvoir babylonien, une situation de semi-indépendance ou d'indépendance de fait. Des textes mentionnent les chefs chaldéens par le terme rašʾanu ou rasʾanu, mais d'autres fois les Assyriens désignent le chef de Maison comme un « roi » (šarru), ce qui est révélateur de la stature que ces personnages ont pu acquérir. Ces Maisons disposent d'un territoire où elles sont implantées de façon privilégiée, où elles ont des villages et des villes, avec des capitales. Les Chaldéens sont désignés en fonction de leur appartenance tribale, comme des « fils » (akkadien māru) de leur Maison, ce qui signifie « descendant » de l'ancêtre éponyme ; ainsi un homme de la Maison de Dakkuru sera un « Fils/Descendant de Dakkuru » (Mār Dakkuri). La manière dont ces entités se sont constituées n'est pas documentée. Ce sont sans doute le produit de la réunion de plusieurs tribus dans une entité plus vaste et complexe, ce qui fait que ces Maisons peuvent être considérées comme des « confédérations tribales ».
Trois de ces maisons jouent un rôle politique important, les deux autres apparaissant peu dans le paysage politique babylonien. La Maison d'Amuk(k)anu (Bīt Amukkani), implantée au nord d'Uruk, entre le Tigre et l'Euphrate, avec pour capitale Shapiya située près d'Uruk, est apparemment la plus peuplée et la plus importante. La Maison de Dakkuru (Bīt Dakkuri), parfois appelé Bit Adini (à ne pas confondre avec le royaume araméen de Syrie du même nom), est située plus au nord autour de l'Euphrate entre Borsippa et Marad. La Maison de Yakin (Bīt Yakin), située au sud de la Babylonie, autour des villes de Larsa et Eridu, avec pour capitale Dur-Yakin (« Forteresse de Yakin »), et vers la région marécageuse du Pays de la Mer (les Assyriens désignent parfois leurs souverains comme les « rois du pays de la Mer », titre au passé très ancien), au contact de l'Élam avec lequel des alliances sont nouées à plusieurs reprises contre l'Assyrie. La Maison de Sha'alu (Bīt Šaʾali) située autour de Babylone, qui semble dissoute et en partie absorbée par la Maison de Dakkuri vers le début du . La Maison de Shilanu (Bīt Šilani) entre Nippur et Larak, est très peu documentée.
Mode de vie
Les Chaldéens sont organisés en un peuplement sédentaire, reprenant ainsi le mode de vie des Babyloniens. Ils ont des villages, ainsi que des sites fortifiés. Les bas-reliefs sculptés sur bronze des portes de Balawat, représentant une campagne du roi assyrien contre des Chaldéens, représentent ainsi des agglomérations murées flanquées de tours. Un texte de Sennachérib énumérant les implantations chaldéennes qu'il soumet lors d'une campagne, réparties entre 88 bourgs fortifiés et 820 villages, dont une centaine pour Bit Yakin et Bit Sha'ali chacun, 250 chez Bit Dakkuri, et 350 dans Bit Amukkani. Ces nombres sont sans doute trop ronds pour être vrais, d'autant plus que des villes babyloniennes au passé ancien y sont incluses, mais ils renvoient à l'impression générale qu'il ressort des textes assyriens : les pays chaldéens sont densément peuplés et prospères. De plus des Chaldéens vivent aussi dans des villes babyloniennes.
Les trois principales tribus chaldéennes, Bit Dakkuri, Bit Amukkani et Bit Yakin sont implantées dans la région de l'Euphrate, où il est divisé en de nombreuses branches, entre Borsippa et les marécages bordant le golfe Persique (le Pays de la Mer), ce qui en fait donc une région propice à l'agriculture, et aussi au transport à l'échelle régionale. Cette implantation géographique est manifestement liée à la prospérité des tribus chaldéennes.
thumb|Bas-relief du podium du trône assyrien du palais du Fort Salmanazar de Nimroud, face sud : le roi reçoit le tribut de Bit-Amukkani, comprenant de l'étain, du bois précieux et de l'ivoire. Musée national d'Irak.
Du point de vue des activités, les textes assyriens indiquent que les populations chaldéennes pratiquent l'agriculture, et disposent de palmeraies, élèvent du bétail et des chevaux. Les Chaldéens sont aussi très actifs dans le commerce à l'échelle régionale et internationale, profitant de leur implantation géographique et leurs connexions avec la Syrie, les tribus arabes, l'Élam, et les régions du golfe Persique et au-delà, ce qui pourrait là encore avoir soutenu leur puissance politique. Cela ressort des tributs qu'ils versent aux Assyriens, qui comprennent des métaux précieux, de l'ivoire, des peaux d'éléphants et des bois exotiques.
Alors que les Araméens de Babylonie vivent un mode de vie semi-nomade avec une économie surtout pastorale, évoluant aux marges de la société babylonienne, les Chaldéens suivent plus le mode de vie traditionnel babylonien, ce qui indique qu'ils se sont plus fondus dans leur région d'implantation. Comme le remarque G. Frame, bien qu'ils aient conservé leur organisation tribale, un grand nombre de Chaldéens sont « babylonisés » : ils prennent des noms traditionnels babyloniens, sont très impliqués dans la vie politique babylonienne, et ont un mode de vie agricole comme les Babyloniens.
La montée en puissance des Chaldéens au
thumb|Bas-relief du podium du trône assyrien du palais du Fort Salmanazar de Nimroud, face sud : le roi reçoit l'hommage de Musallim-Marduk de Bit-Amukkani. Musée national d'Irak.
À compter des environs de 900 av. J.-C., l'Assyrie intervient dans les affaires du royaume de Babylone. Mais durant la majeure partie du cela ne se fait pas vraiment au détriment des rois de Babylone. L'Assyrien considère son homologue babylonien Marduk-zakir-shumi comme son allié, mais il fait campagne en Babylonie, contre des Chaldéens. Ceux-ci sont en effet devenus à ce moment-là une force autonome du pouvoir babylonien. Salmanazar fait représenter ses campagnes et la réception du tribut des Chaldéens sur les portes de Balawat et le trône de son palais de Fort Salmanazar du Nimroud, qui indiquent la prospérité obtenue par les Chaldéens, grâce à l'agriculture et au commerce. Un bol en bronze mis au jour à Nimroud datant de la même période porte le nom d'un certain Abdi-il de Bit-Dakkuri, qui porte le titre de šaknu (« préposé ») courant dans l'administration babylonienne. De même un certain Iddin-Marduk, un autre « Fils de Dakkuri », apparaît parmi les témoins d'une donation du roi Marduk-zakir-shumi, ce qui est une indication de sa position prestigieuse.
Les relations entre Babylone et l'Assyrie se tendent par la suite, et débouchent sur une série de conflits qui tournent en défaveur des Babyloniens, culminant dans la capture de leur roi Baba-aha-iddina par son adversaire Shamshi-Adad V vers 812-811. Le chaos qui en résulte facilite l'émancipation des confédérations chaldéennes. De façon significative, le sceau de Marduk-shakin-shumi, chef de Bit-Yakin vers cette période, s'inspire de l'iconographie royale babylonienne. Nabû-shumu-lishir de Bit-Dakkuri fait quant à lui émettre au nom de son « palais » des poids officiels portant son nom, ce qui est normalement une prérogative royale. Tout indique que les chefs chaldéens commencent à se percevoir comme de véritables rois indépendants. Leur rang est par ailleurs reconnu par les Assyriens : dans ses inscriptions, leur roi Adad-nerari III désigne les chefs chaldéens comme des « rois » et il reçoit leur hommage, comme le font ses autres vassaux. La fragmentation politique de la Babylonie, sous l'hégémonie assyrienne, est donc actée.
Des Chaldéens rois de Babylone en lutte contre l'Assyrie (v. 770-689 av. J.-C.)