La rue de Saint-Cloud est une voie publique de la commune de Suresnes, dans le département français des Hauts-de-SeineLa Rue de Saint-Cloud à Suresnes.
Situation et accès vignette|gauche|La place Eugène-Sue vue de la rue de Saint-Cloud sur une carte postale ancienne. Orientée du nord au sud, elle commence son parcours boulevard Henri-Sellier et se termine place Eugène-Sue, anciennement carrefour de la Croix-du-Coin, renommé pour rendre hommage au fils du chirurgien Jean-Joseph Sue, qui y vécutRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 218-220..
La rue de Saint-Cloud est accessible par la gare de Suresnes-Longchamp (ligne 2 du tramway d'Île-de-France) et par la gare de Suresnes-Mont-Valérien (ligne L et ligne U du Transilien).
Origine du nom Cette rue tient son nom de la commune de Saint-Cloud, vers laquelle elle se dirige.
Historique vignette|Carte postale ancienne, rue de Saint-Cloud. vignette|La rue de Saint-Cloud et la tourelle. vignette|gauche|Autre vue de la tourelle.
Il s'agit historiquement de la limite sud du village de SuresnesRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 50-51.. Avec l'actuelle rue de la République, elle formait la « sente qui conduit de Saint-Cloud à Suresnes ». Le cardinal Pierre de Gondi, dans un acte de donation en date du dimanche , affirme que les chemins qui vont de la source des Vaux-d'Or à la tourelle de la porte de Saint-Cloud appartiennent à la seigneurie de Saint-CloudHenri Baillière, Autour d'une source : la fontaine des Vaux-d'Or, la sente de Saint-Cloud à Suresnes, la tourelle de la porte de Saint-Cloud, 1900.. Il avait par ailleurs autorisé Albin Ducarnoy, orfèvre et valet de chambre d'Henri IV, et Aubéry, conseiller du roi, à acheter deux propriétés mitoyennes longeant la rue de Saint-Cloud, respectivement le château de la Source et le château de Suresnes (pour la distinction entre ces deux sites, voir infra). Chacun fait aménager une arrivée d'eau depuis la source des Vaux-d'Or, située sur les coteaux du mont Valérien, à la frontière avec la commune de Saint-Cloud..
Aux , autour du petit village de Suresnes, de riches propriétaires parisiens s'étaient en effet fait construire des villégiatures dotées de vastes jardins. Elles disparaissent au XIX siècle, absorbées lors de la révolution industrielle et de l'urbanisation qui s'ensuit. Le parc du Château, accessible depuis la rue de Saint-Cloud, est un rare témoin de cette époque. À la fin du XVIII siècle, le parfumeur Jean-Louis Fargeon, qui fournit la reine Marie-Antoinette, installe son atelier dans un hangar de la rue de Saint-Cloud, près du château de la SourceRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 208-209.Francis Prévost, Histoires de Suresnes, Suresnes Information, 1989, p. 104-108 et 208-209..
En 1793, durant la Terreur, afin de supprimer toute référence à la féodalité, de même que certaines communes changèrent de noms, des rues de Suresnes sont rebaptisées : la rue de Saint-Cloud devient ainsi brièvement la rue BrutusRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 288-290 et 300-301..
Depuis la fortification de Suresnes en 1569-1570, dans le contexte des guerres de religion, la rue est l'une des six portes d'entrée et de sortie du village, une tourelle étant aussi aménagéeFrancis Prévost, Histoires de Suresnes, Suresnes Information, 1989, p. 28-31.. Cette petite tour marque aussi la limite du terrain du château de la Source et du château de Suresnes, côté Seine. Après un usage défensif, elle fut aussi utilisée comme réservoir d'eau potable, alimenté par la source des Vaux-d'Or. Elle est démolie en 1907 car la municipalité considérait qu'elle obstruait la circulation dans la rueMichel Hebert et Guy Noël, Suresnes. Mémoire en images, t. 1, Éditions Alan Sutton, 1995, p. 37.. Une réplique est toutefois construite aux frais de la mairie dans la propriété du château de Suresnes. Sa disparition permet alors à l'eau de la source de s'écouler jusqu'au parc du domaine, reconverti en maison de santé sous la direction du docteur Valentin Magnan depuis 1875. C'est l'actuel parc du ChâteauRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 148-149, 288-290 et 486-488.. Lors de la crue de la Seine de 1910, la source est rendue accessible aux Suresnois en manque d'eau potable ; elle disparaît en 1975.
En 1823-1824, alors que les rues de Suresnes sont dans un état lamentable, notamment à cause des eaux stagnantes, le pavage de la rue de Saint-Cloud est décidé. La princesse de Vaudemont et M. Lebat, propriétaires riverains, participent aux frais à hauteur de 600 francs. Cela n'est cependant pas suffisant et la communauté villageoise doit supporter de nouvelles chargesRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 349-350..
Avant le réaménagement de l'entrée du pont de Suresnes à l'entrée du boulevard de Versailles (actuellement Henri-Sellier), le tracé de la rue de Saint-Cloud continuait jusqu'au croisement avec l'ancienne rue du Pont et la rue Étienne-Dolet, où elle était prolongée par la rue des BouretsPuteaux-Suresnes. 1/10.000. Félix Turpin, F. Bazaud (Puteaux), 1909..
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le , l'aviation alliée vise des DCA installés sur l'hippodrome de Longchamp voisin ; deux bombes tombent entre la maison de santé et la rue de Saint-CloudRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 589-590..
Bâtiments remarquables et lieux de mémoire Au 7 se trouvait autrefois une fabrique de distributeurs d'essence. 21 : maison familiale du général Gustave Paul Cluseret (1823-1900), natif de Suresnes, qui y passe sa jeunesse et y revient en 1868, s'expatriant l'année suivante à cause de ses activités révolutionnaires. En 1869 en effet, la Sûreté générale tente de l'expulser manu militari de son domicile, prétextant son obtention, des années plus tôt, de la nationalité américaine. La maison familiale est détruite en 2017.« Gustave Cluseret et la guerre de sécession ».René Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 408-409.Suresnes, ses lieux dits et ses rues vous parlent, Société historique de Suresnes, 1968, p. 15..
Les deux châteaux Le château de la Source et le château de Suresnes étaient deux propriétés mitoyennes construites sous l'Ancien Régime, entre la rue de Saint-Cloud et les quais de Seine. En descendant la voie à partir de l'actuel boulevard Henri-Sellier, le premier se trouvait immédiatement sur la gauche, et le second plus loin, au niveau de l'actuel parc du Château.
Château de la Source puis usine Coty vignette|L'usine Coty en 1927. À droite, la fondation Magnan. En arrière-plan, la Seine. vignette|Bâtiments de l'ancienne usine Coty, côté quai. L'ancienne usine du parfumeur François Coty est érigée sur la parcelle la plus septentrionale comprise entre le quai Léon-Blum et la rue de Saint-Cloud. Sur le site s'élevait à l'origine le château de la Source, propriété aristocratique qui prendra ce nom par la suite. Au départ, explique l'historien de Suresnes René Sordes, elle ne présente . Rattachée à la commune en 1659, elle est acquise par Albin Ducarnoy, orfèvre et valet de chambre du roi Henri IV. Bien qu'il n'existe aucune certitude sur le lieu exact, c'est probablement là que se déroulèrent en 1593 les conférences de négociation dites de Suresnes entre catholiques et protestants qui participèrent à mettre fin aux guerres de religionRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 103-107.. Elle passe ensuite entre les mains du secrétaire du roi Louis XIV Toussaint-Rose. Les propriétaires suivants sont le marchand Charles Hurton et le procureur à la Cour des comptes Gille de Ganeau, le maréchal de camp Charles Skelton, le procureur à la Cour Horri puis Marie-Anne de Turmenys, qui le donne en 1756 au comte de Somery. L'année suivante, celui-ci fait de même pour Marie-Anne de Montmorency, qui y réside vingt-trois années. Sa sœur lui succède en 1780 puis le capitaine aux gardes françaises Claude-Palamède-Antoine de Thelis, contre 40 000 livres. Outre la bâtisse, il y a alors un jardin et une glacière. Au milieu des années 1790, le château est loué par Villars-Branca, qui a ses entrées dans le monde politique. Après 1803, la princesse de Vaudémont rattache un temps ce domaine à son château de Suresnes mitoyen. En 1832, M. Delagoutte y crée une institution pour accueillir les enfants en sevrage. Durant la guerre franco-prussienne de 1870, le château est occupé par l'armée française. À partir de 1873, le propriétaire du château de la Source est le magistrat Henri Baillière, par ailleurs auteur de l'ouvrage Autour d'une source (1900), au sujet de l'histoire de la source des Vaux-d'Or et de la tourelle. Au début de la première décennie du XX siècle, il vend son château à CotyRené Sordes, Histoire de Suresnes : Des origines à 1945, Société historique de Suresnes, 1965, p. 164-165, 318, 367, 404 et 473-475..
Créée dans la première partie des années 1900, l'usine Coty accueille la « Cité des parfums » d'où sortiront de nombreuses fragrances de la marque. C'était l'une des premières à employer massivement des femmes (jusqu'à 4000 ouvrières) et à leur offrir des avantages novateurs, notamment des services de garde d'enfantsCf. « Histoire de la parfumerie à Suresnes ».. L'usine est plus tard reconstruite, dotée d'immeubles en brique rouge, depuis inscrits au titre des monuments historiques. Ils sont réhabilités en 2001-2003« Le Gauguin », pss-archi.eu, consulté le 24 décembre 2020., augmentés d'édifices en verre. Les bas-reliefs de deux fontaines de l'ancienne usine Coty (elles, disparues), figurant des femmes autour d’un brûle-parfum, sont restaurées en 2016 puis installées dans le parc du Château, un peu plus au sud ; elles sont l'œuvre du sculpteur André Augustin Sallé, reproduisant un motif de René Lalique« La conservation et la restauration », musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes, consulté le 6 mai 2020.. Après Coty, le site a accueilli une usine Agfa-Gevaert, le siège du groupe de conseil en communication Havas puis celui du groupe agroalimentaire Bel« La cité des Parfums », historique, consulté le 24 décembre 2020..
Château de Suresnes puis parc du Château
Ce parc dépendait de l'ancien château de Suresnes, appelé aussi « château de Bel-Air », détruit en 1986« Parc du Château : Un parc arboré en bord de Seine », destination.hauts-de-seine.fr, consulté le 24 décembre 2020.. Ouvert en 1988, le parc borde à l'est le quai Léon-Blum, le long de la Seine, mais aucun accès ne s'y trouve ; son entrée se fait depuis la rue de Saint-Cloud et la place Eugène-Sue« Parc du Château », pss-archi.eu, 3 juillet 2008.. Partant de cette place, la rue des Meuniers (anciennement chemin des Meuniers) longe le parc sur son pourtour sud ; cette voie allait autrefois jusqu'au fleuve. Elle est de nos jours poursuivie par la rue du Docteur-Magnan.
vignette|gauche|L'orangerie, construite par la princesse de Vaudémont.