La jurisprudence Anne Sinclair désigne, par métonymie, une décision prise par la journaliste française Anne Sinclair et son employeur, consistant, en tant que journaliste, à abandonner la présentation d'une émission hebdomadaire d'actualité générale, pour prévenir et éviter tout soupçon de conflit d'intérêts, dans l'intérêt de l'image de son entreprise et/ou de l'information du public, et au titre d'une règle non écrite de déontologie journalistique. Origine et confirmation Le À la fin de la saison télévisuelle, le dimanche ., Anne Sinclair annonce qu'elle , à la suite de l'annonce de l'entrée dans le gouvernement Jospin, comme ministre de l'Économie, de son époux Dominique Strauss-Kahn. .

Cette décision est , c'est un , déclare le même jour à l'AFP Robert Namias, directeur de l'information de TF1, qui propose à Anne Sinclair pour la rentrée suivante une émission culturelle de troisième partie de soirée. Au même moment, 7 sur 7 est remplacée par une émission d'actualité générale au concept proche, Public, présentée par Michel Field, puis par 19 heures dimanche présentée par Ruth Elkrief de septembre 1999 à juin 2000.

Dominique Strauss-Kahn avait déjà participé à un gouvernement mais avec de bien moindres responsabilités, à une époque où son épouse, avec Christine Ockrent, s'était pour une interview de François Mitterrand . En 1997, elle et la direction de TF1 estiment que car il a , et a .

Selon Nadia Le Brun et Alain Bourmaud, cette émerge dès 1993, lorsqu'Isabelle Legrand-Bodin, épouse d'Alain Juppé, quitte son emploi de journaliste au quotidien La Croix où elle suit le RPR, ce dernier étant nommé ministre des Affaires étrangères, poste-clé du gouvernement Balladur, puis Premier ministre.

Par la suite, Marie Drucker et Béatrice Schönberg, compagnes respectives des ministres François Baroin et Jean-Louis Borloo, renoncent à présenter le journal télévisé de 20 heures. En , c'est la jurisprudence Audrey Pulvar : dès l’annonce de la candidature à la présidentielle de son conjoint Arnaud Montebourg, i-Télé stoppe son émission en vertu d'une et d'une L'exemple ayant été donné par Anne Sinclair, explique Le Monde.. iTélé lui confie alors une nouvelle émission culturelle, dont la politique est . Le CSA avertit alors que l'ensemble de son temps de parole sur France 2, où elle continue à officier, pourra être décompté de celui d'Arnaud Montebourg. Malgré cet avertissement, elle y réalise une interview d'Harlem Désir, numéro deux du PS, juste après la présidentielle, dans l'émission On n'est pas couché, ce qui est critiqué par l'UMP. Peu après, Aymeric Caron lui succède.

En presse écrite, Ivanne Trippenbach annonce le , la veille d'une réunion du comité d'éthique et de déontologie de son employeur, qu'elle quitte son poste de cheffe du service politique du Monde, par la nomination de son conjoint, Rayan Nezzar, le précédent, comme conseiller, chef du pôle action et comptes publics, auprès du Premier ministre Gabriel Attal. Selon une enquête de Mediapart, plusieurs membres de la rédaction du Monde .

Application partielle, ou seulement temporaire L'Express constate qu'il , ou en tout cas pas toujours respectée, mais qu'il qui peuvent faire référence. Le quotidien 20 Minutes, observe lui qu'elle est seulement, le retrait devenant .

Quatre journalistes de France 2 ont, eux, entre 2019 et 2024, échappé à cette jurisprudence ou n'ont été astreints qu'à une application partielle et seulement temporaire : pendant la durée d'une campagne électorale et seulement pour quelques émissions ponctuelles entièrement consacrées à la politique alors qu'Anne Sinclair avait abandonné entièrement une émission d'actualité générale hebdomadaire.

C'est le cas d'Audrey Pulvar, qui poursuit les interviews politiques sur France 2 alors que son émission a été supprimée sur iTélé en raison de ses liens avec Arnaud Montebourg, puis de Léa Salamé et de son collègue Thomas Sotto, deux autres figures de France 2. Après un retrait de quelques semaines seulement, le temps d'une campagne électorale officielle, Léa Salamé reprend la présentation de son émission politique dès l'élection de son compagnon Raphaël Glucksmann comme chef de file des députés socialistes à Bruxelles. Thomas Sotto, équipier de Léa Salamé, dans l'émission politique Élysée 2022, en est suspendu lui aussi seulement le temps d'une campagne électorale, la presse ayant révélé qu'il est en couple avec la responsable communication du Premier ministre Jean Castex. Cependant, il continue à présenter Télématin et les éditions du JT de 20 heures le weekend, en suppléant de Laurent Delahousse, y compris pendant la campagne présidentielle.

Nathalie Saint-Cricq, éditorialiste politique ce France 2, n'est elle astreinte qu'à une , et qui semble , selon le service de vérification des faits de Libération, au moment où sa nièce Amélie Oudéa-Castéra fait l'actualité pour plusieurs Articles de Robin Andraca et Pauline Bock, le 22 janvier 2024 sur Arrêts sur images , qui durent, même si elle assure s’être , pour éviter un . La presse l'observe cependant sur les antennes de France TV , ce qui , selon un de ses journalistes.

Histoire Années 1980 Dans les années 1980, la journaliste politique Catherine Nay réussit une carrière de commentatrice politique réputée, malgré sa liaison avec le ministre de la Justice Albin Chalandon, mais n'a ni responsabilité d'autres journalistes ni présentation d'un journal ou émission d'actualité générale.

À partir de , Jean Lanzi, directeur de l'information de TF1, présente le magazine politique 7 sur 7, créé en 1981, en alternance avec Anne Sinclair. En , à la suite de la privatisation de TF1, il présente pour la dernière fois 7 sur 7 en juin. Anne Sinclair est de son côté promue directrice adjointe de l'information de la chaîne, en plus de conserver cette émission-vedette.

Elle entame une liaison avec Dominique Strauss-Kahn peu après l'avoir rencontré le lors d'une autre émission qu'elle présente, avec le journaliste du Monde Jean-Marie Colombani, Questions à domicile. Député depuis 1986 malgré le rejet de sa candidature par les militants socialistes de la Haute-Savoie, Strauss-Kahn est depuis 1988 secrétaire national du Parti socialiste, chargé de l'économie et des finances, et beaucoup moins connu qu'elle.

Divorçant du journaliste Ivan Levaï, Anne Sinclair épouse le Dominique Strauss-Kahn, lui-même divorcé en 1989. Au cours de la même année, il devient ministre délégué à l'Industrie et au Commerce extérieur du gouvernement Cresson.

En 1988 aussi, dans un meeting de Jacques Chirac tenu à Mont-de-Marsan juste avant le second tour de la présidentielle, Alain Juppé rencontre sa future épouse Isabelle Bodin, journaliste politique à La Croix. Quand ils se marient cinq ans plus tard, en 1993, elle abandonne son métier de journaliste, ce qu'il lui ensuite, mais lui donne les coudées franches pour nuancer, dans un livre, l'image d'homme de son mari. Cette décision est considérée comme une première référence , quatre ans avant celle d'Anne Sinclair d'abandonner le magazine politique 7 sur 7 en 1997, quand son mari redevient ministre.

Années 1990 Pendant la période où son second mari est devenu pour la première fois ministre, à l'Industrie (1991-1993), Anne Sinclair a continué de présenter l'émission 7 sur 7, Dominique Strauss-Kahn perdant ensuite son siège de député entre 1993 et 1997, après la déroute du Parti socialiste aux élections législatives de 1993.

L'idée d'éviter le conflit d'intérêts n'est pas dominante dans les médias audiovisuels au début des années 1990, selon le quotidien Le Monde, qui note qu'en le président François Mitterrand est même interviewé à la télévision par un duo formé de Christine Ockrent et Anne Sinclair, toutes deux épouses de ses ministres. Christine Ockrent présente le journal de 20 heures d'Antenne 2 depuis et son époux Bernard Kouchner, entré au gouvernement en 1988 comme secrétaire d'État chargé de l'insertion sociale, est ministre de la Santé depuis . Malgré la polémique sur son salairePierre Favier et Michel Martin-Roland, La Décennie Mitterrand, Paris, Le Seuil, « Points », tome III, 1997, (, 1996). à Antenne 2De par mois et de frais perçu à Antenne 2, Christine Ockrent produit aussi le magazine Carnets de route de 1990, la série Qu'avez-vous fait de vos 20 ans ? entre 1990 et 1992, et le magazine bimensuel Direct en 1992, tout en tenant une chronique hebdomadaire, Portrait au laser puis Portraits à France Inter de 1990 à 1994. La « Reine Christine » de l'audiovisuel public intègre ensuite France 3 en 1992, pour présenter des émissions politiques et d'information : Soir 3 et À la une sur la 3.

La situation évolue en 1993, quand Isabelle Juppé quitte ses fonctions de journaliste politique à La Croix après son mariage avec Alain Juppé, devenu ministre important du gouvernement Balladur, puis Premier ministre en 1995. En , c'est Dominique Strauss-Kahn qui retrouve le siège de député perdu depuis quatre ans et devient dans la foulée une figure du gouvernement Jospin, nommé le au ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.

Anne Sinclair annonce alors qu'elle arrête de présenter l'émission 7 sur 7, décision qui sera ensuite appelée « jurisprudence Anne Sinclair ». Elle se voit proposer par TF1 la présentation d'un magazine mensuel, parfois présentée comme , qu'elle accepte pendant quatre ans. Les auteurs et biographes traitant de la vie de journalistes politiques emploient à partir de là régulièrement l'expression de « jurisprudence Anne Sinclair ».

Années 2000 Sous la seconde présidence Jacques Chirac, entre 2002 et 2007, Béatrice Schönberg et Marie Drucker ne respectent pas, dans un premier temps, la « jurisprudence Anne Sinclair », demeurant présentatrices des grands journaux télévisés du soir sur France 2 et France 3, alors que leurs époux respectifs, Jean-Louis Borloo et François Baroin, sont ministres de Jacques Chirac. Elle n'arrêtent de les présenter qu'à partir du lancement officiel de la campagne présidentielle, deux mois avant le vote. Juste après, Marie Drucker retrouve la présentation du journal.

Cependant, tenant compte des critiques, Béatrice Schönberg accepte de quitter définitivement le journal télévisé quand Jean-Louis Borloo retrouve un portefeuille ministériel.

Marie Drucker, compagne de François Baroin, accepte elle aussi un peu plus tard de quitter l'ensemble des plateaux de télé, pour n'y revenir qu’à l'issue de sa relation avec le ministre de l’Outre-mer en 2008.

Années 2010 Un exemple est de nouveau donné lors de la primaire socialiste de septembre-octobre 2011, quand Valérie Trierweiler, compagne de François Hollande, soucieuse d'éviter tout conflit d'intérêts, cesse définitivement d'animer sur la chaîne de télévision Direct 8 son émission 2012 : Portrait de campagne.

Une semaine après, Audrey Pulvar est critiquée pour s'être affichée avec un autre candidat de cette primaire socialiste, Arnaud Montebourg, alors qu'elle participait On n'est pas couché, talk-show de Laurent Ruquier le samedi soir sur France 2. Deux jours après l’annonce officielle de la candidature d’Arnaud Montebourg, son émission politique sur i-Télé est suspendue, en vertu d'une , la chaîne précisant cependant que .

Dans une déclaration officielle, le CSA avertit alors que son temps de parole sur France 2, où elle continue à officier, pourrait être décompté de celui d'Arnaud Montebourg. Audrey Pulvar juge l'affaire excessive car son compagnon mais est six mois après contrainte de laisser définitivement sa place sur France Inter et France 2 dès qu'il sera nommé ministre de l’Économie.

Au même moment, plusieurs médias révèlent qu'un autre futur ministre, Michel Sapin, va épouser Valérie de Senneville, chargée de la rubrique « Justice » au quotidien économique Les Échos.