Cristino García Granda (Gozón, Asturies, 1913 - Madrid, 1946) est un syndicaliste et militant communiste espagnol, membre de la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale et guérillero antifranquiste de l’après-guerre
Issu d'une famille de mineurs asturiens, il s’engagea de bonne heure au PCE et participa à la grève insurrectionnelle de 1934 dans les Asturies. À l’éclatement de la Guerre civile en juillet 1936, il choisit le camp républicain et participa aux combats comme artificier, menant des actions de commando et de sabotage à l’arrière des lignes ennemies. Contraint de quitter l’Espagne à la suite de la défaite républicaine, il s’installa dans le Gard, où il avait trouvé à s’employer dans les houillères, et alla renforcer pendant la Seconde Guerre mondiale, comme chef de brigade de maquisards espagnols, les rangs de la Résistance française. À ce titre, il se distingua dans plusieurs opérations, en particulier lors de l’emblématique bataille de La Madeleine, où ses qualités de commandement et d’organisation lui valurent de monter au grade de lieutenant-colonel.
Après la Libération, il fut requis par la direction du PCE, au printemps 1945, de réorganiser la lutte armée antifranquiste sur le sol espagnol, en créant des cellules interconnectées de guérilléros dans Madrid et ses environs. Il s’agissait de prendre le relais du réseau de José Vitini, démantelé peu auparavant par la police franquiste, et dont les membres venaient d’être fusillés. Assisté de maquisards aguerris, il organisa son « Agrupación Guerrillera », laquelle allait déployer une activité tant d’agit-prop que de sabotage, d’attaques de banque et d’attentats meurtriers ; de ces derniers furent les victimes non seulement des personnalités franquistes, mais aussi deux camarades de parti jugés hétérodoxes. Par l’imprudence d’un compagnon, le réseau de Cristino García finit par tomber dans les filets de la police à la mi- ; atrocement torturé dans les sous-sols du ministère de l’Intérieur, Cristino García cependant ne lâcha aucun renseignement, passa en conseil de guerre et fut fusillé en dépit de vives protestations internationales.
Héros de la Résistance, il est récipiendaire, à titre posthume, de la croix de guerre avec étoile d’argent ; nombreuses sont les rues qui ont été baptisées de son nom en France, mais également en Espagne après la transition.
Biographie
Jeunes années et combat dans la Guerre civile espagnole Originaire de Ferrero-Luanco, hameau appartenant à la paroisse civile de Viodo, dans le concejo asturien de Gozón, mais ultérieurement domicilié à Castrillón, toujours dans les Asturies, Cristino García était issu d’une famille de mineurs... Il fit sa scolarité dans un institut à Avilés et adhéra en 1930, par l’entremise d’un ami, aux Jeunesses communistes (Juventudes Comunistas), où il eut la responsabilité de l’équipement radio et de communication de l’organisation. Marin-chauffeur de profession, il était membre du Syndicat des transports à Séville et accomplissait d’incessants voyages entre cette ville et sa région d’origine. En , il s’engagea dans la révolution des Asturies, où il prit part, en qualité de dynamiteur, aux assauts contre les casernes de la Garde civile, et fut par la suite licencié trois fois pour s’être tenu aux côtés des mineurs du bassin du Nalón dans leurs luttes ininterrompues..
Le déclenchement de la Guerre civile le surprit à Séville, alors qu’il travaillait comme marin sur le navire marchand Luis Adaro. Lui et ses camarades, après s’être mutinés et rendus maîtres du navire, aidèrent à s’échapper Gregorio Blanco et Miguel Casero, dirigeants du PCE à Séville. Cinq jours plus tard, ils parvinrent, via Casablanca, dans les ports d’Avilés et de Gijón, et certains indices portent à penser que le navire emportait des armes et des munitions pour les Asturies. Cristino García s’enrôla dans un détachement de sapeurs du bataillon des Asturies, puis se rendit en à Santander. Le , à la suite de l’effondrement du front du Nord, Cristino García quitta les Asturies avec d’autres camarades à bord d’un bateau de pêche, et fut recueilli par des vaisseaux de guerre britanniques, qui les déposèrent en France. Retourné en Espagne par Barcelone, il alla faire partie de la brigade du corps d’armée guérilléro, brigade où il fut promu pour ses mérites militaires au grade de lieutenant et dont il prit le commandement pendant trois mois (c’est-à-dire jusqu’au moment où il sera contraint de passer en France) ; sa mission consistait à mener, derrière les lignes ennemies, des actions de sabotage et de renseignement, et à agir, en avant-garde ou nuitamment, comme troupe de choc dans des situations critiques. Sa dernière mission, en , fut d’escorter le Comité central du PCE à Agullana, au pied des Pyrénées, non loin de La Jonquera..
Ayant dû s’exiler en France, il fut retenu dans le camp d’internement d’Argelès-sur-Mer pendant onze mois, avant de trouver à s’employer, avec d’autres mineurs asturiens et basques, dans les houillères du Gard, où il eut bientôt sa place au sein de la direction du PCE clandestin à La Grand-Combe..
Action dans la Résistance française vignette|Charbonnage à La Grand-Combe. À partir de la fin de 1941, le PCE s’appliqua, dans tous les départements français où séjournaient des militants communistes espagnols, à rassembler ces militants dans des groupes de résistance. L’objectif n’était pas uniquement de combattre l’Allemagne hitlérienne aux côtés de résistants français, mais aussi d’élargir la lutte en y englobant le combat pour ce qui leur importait véritablement, à savoir le renversement de la dictature franquiste. Des guérilléros commencèrent à être recrutés dans différentes zones et départements français, surtout en Lozère, en Ariège, dans le Gard, en Ardèche et dans l’Aude, c’est-à-dire dans les départements avec la plus forte présence de communistes espagnols. La direction du PCE entretenait des contacts avec des commandants, commissaires et militaires d’unités de guérilléros ayant fait partie naguère de l’Armée populaire républicaine. Jaime Nieto López, qui siégeait alors au Comité central du PCE, convoqua en une réunion à Toulouse, où se rendirent une douzaine de dirigeants et guérilléros de premier plan, parmi lesquels Cristino García, et lors de laquelle il fut décidé de doter les guérilléros espagnols en zone libre d’une structure d’organisation. Compte tenu de son passé de guérilléro dans la Guerre civile, et à la faveur de l’implication de communistes espagnols dans la Résistance française, Cristino García se vit confier la mission d’organiser un groupe de résistants et de les préparer au combat. Ainsi, en tant que chef de la division de guérilléros espagnols, fonda-t-il dans le Gard, au sein des FFI, le corps de guérilléros espagnols de l’Armée républicaine espagnole (dénomination choisie en souvenir de l’ancien corps de l’armée républicaine pendant la Guerre civile). Ledit corps, encadré par l’organisation communiste française Francs-tireurs et partisans (FTPF), devint le bras armé de l’Union nationale espagnole (Unión Nacional Española, sigle UNE), organisation antifranquiste créée à Montauban en 1942. Le corps se composait de sept divisions et de trente bataillons, dirigés par un état-major, et se transforma en en l’Agrupación de Guerrilleros Españoles (littér. Groupement ou Regroupement de guérilléros espagnols), qui ne relevait plus des FTP-MOI, car se trouvait intégré désormais dans les Forces françaises de l’intérieur (FFI), encore que le corps ait gardé une ligne de conduite et d’organisation fort libres, en particulier dans la zone sud proche de la frontière pyrénéenne. Expert dans le maniement des explosifs, et doté du grade de lieutenant-colonel, Cristino García allait mener un nombre considérable d’actions de sabotage et d’attentats, entraînant destruction de puits de mine, déraillement de trains et explosion de poteaux d’éclairage..
Le Gard, qui accueillait sur son sol des activités à la fois minières et forestières, était un vivier de maquisards. Ceux-ci trouvaient à leur disposition dans les mines les explosifs nécessaires aux actions de sabotage.. En , le groupe de guérilléros mit sur pied la division, placée sous le commandement de Cristino García et recouvrant les départements de la Lozère ( brigade), de l’Ardèche ( brigade) et du Gard ( brigade). Cette dernière, constituée en 1943, recrutait parmi les travailleurs des mines de Bessèges, Rochebelle, La Grand-Combe et Alès, tous travailleurs à statut « légal », ce qui les mettait en mesure de « récupérer » facilement les explosifs pour les actions de sabotage. Parmi eux figuraient Cristino García lui-même, ainsi que Gabriel Pérez, chef de la brigade, et un bon nombre d’autres officiers maquisards...
Parmi ses différentes actions en temps de guerre, on relève en particulier la libération de prisonniers politiques à Nîmes, la prise de la ville de Foix et la bataille de La Madeleine (près de Tornac, dans le Gard), ainsi que plusieurs embuscades tendues aux troupes allemandes, une série de sabotages et la destruction de champs de mines.
Attaque contre la prison de Nîmes En , Cristino García, chef charismatique de la division, reçut l’ordre de préparer une opération contre la maison centrale de Nîmes, où se trouvaient incarcérés de nombreux détenus politiques ou appartenant à la Résistance, et voués à être déportés vers les camps d’extermination en Allemagne... Ladite opération se présentait comme ardue et fort périlleuse, la prison étant réputée inexpugnable et passant pour l’une des plus dures de France..
Pedro Vicente, officier de la brigade, fut chargé de louer à Nîmes un appartement sis à proximité de la maison centrale et propre à servir de point d’appui pour l’opération projetée. À partir du , les maquisards concernés commençaient à y arriver un à un. L’opération, prévue pour le à neuf heures du soir, fut dirigée par Cristino García et Martín Alonso (alias Carlos) et exécutée par des guérilléros espagnols et des FTPF. Le concierge de l’établissement, de mèche avec la Résistance, ouvrit les portes dès que le signal convenu en eut été donné, puis les guérilléros, après avoir désarmé les gardiens, mirent les détenus en liberté. Cristino García, blessé à la jambe lors de l’action, dut être transporté par ses compagnons à la maison de campagne du docteur Cabouat, qui s’employa à extraire la balle de sa jambe..
Bataille de La Madeleine Au lendemain du débarquement allié sur les plages de Provence le , Cristino García organisa, de concert avec les FFI, le harcèlement systématique des troupes allemandes empressées de rejoindre la vallée du Rhône. Les détachements de la division prirent part aux combats de l’Escrinet et réussirent à faire prisonniers près de deux centaines de soldats allemands...