Le gouvernement Boric est le gouvernement du Chili entre le et le , dont le président de la République est Gabriel Boric.
Contexte
Lors du second tour de l'élection présidentielle organisé le , Gabriel Boric est élu président de la République avec 55,8 % des voix, dans un contexte de participation record (55 %) pour une élection présidentielle au Chili. Âgé de au moment de son élection, il est le plus jeune président élu de l'histoire du pays.
Le , Gabriel Boric rencontre au palais de La Moneda le président sortant Sebastián Piñera pour amorcer la transition. À l'extérieur du palais, il est accueilli par un groupe de militants et soutiens, qui interagissent avec lui pendant quelques minutes. Le président sortant déclare à propos de son successeur que « c'est une énorme responsabilité, mais je pense qu'il aura le soutien constructif de tous les Chiliens ». À l'issue de la réunion, le président élu explique qu'ils ont notamment discuté de la politique étrangère et la pandémie de COVID-19.
Sur la formation de son cabinet, il n'a pas donné de détails à l'époque. Il a néanmoins promis de former un cabinet « pour apporter des certitudes », ajoutant aussi que la formation du gouvernement ne répondrait pas à des quotas partisans.
Le , il est officiellement proclamé président élu par le Tribunal chilien de qualification électorale (Tricel). La cérémonie est dirigée par la présidente de l'institution, Rosa Egnem Saldías et ses quatre autres membres, ainsi que par le président de la Cour suprême. L'acte de proclamation est lu par la secrétaire de l'institution, .
Historique Formation
Le à 9 h, Gabriel Boric annonce la composition de son gouvernement qui gouvernera à partir du . Celui-ci est composé de 14 femmes et 10 hommes, c'est un nouveau record pour un gouvernement chilien et un engagement du président élu quant à la place donnée aux femmes, le précédent étant le premier gouvernement de Michelle Bachelet, avec 12 femmes.
Au sein du gouvernement, Izkia Siches est nommée ministre de l'Intérieur, ce qui est une première pour une femme. Maya Fernández Allende, petite-fille de Salvador Allende, est nommée ministre de la Défense.
Gabriel Boric nomme des ministres majoritairement issus de la coalition de gauche radicale de l'Approbation dignité, avec 4 membres de CS, 3 membres du PCCh, 2 de RD et 1 de FREVS et COM, et élargi son gouvernement à la coalition de centre-gauche du Socialisme démocratique, crée pour soutenir le gouvernement (avec 2 ministres du PS, 1 ministre de PPD, 1 ministre du et 1 ministre du PR).
Évolution Création du ministère de la Sécurité publique Le , la ministre de l'Intérieur et de la sécurité publique Izkia Siches annonce le dépôt au Congrès national d'un projet de loi afin de créer un ministère de la Sécurité publique. Ce portefeuille serait accompagné par deux sous-secrétaires, de la prévention du crime et de la Sécurité publique.
La ministre et le sous-secrétaire à la prévention du crime Eduardo Vergara soulignent que l'initiative était assez transversale, et que la réforme était proposée par plusieurs gouvernements depuis plus de dix ans. Le ministère permettrait un renforcement des pouvoirs de la police et une gestion de la sécurité publique de manière régionale et décentralisée.
Le , la commission de sécurité du Sénat approuve les principaux articles de la réforme et la création d'un ministère « de la Sécurité et de la Coexistence citoyenne ».
Démission de Jeanette Vega
Le , la ministre du Développement social , membre du PPD et de la coalition du Socialisme démocratique remet sa démission à Gabriel Boric. C'est la première démission au sein du gouvernement, et la coalition perd un ministre, le seul représentant du PPD.
La ministre a été mise en cause dans ses fonctions après des révélations du journal Ex-Ante, dévoilant qu'elle a eu des contacts téléphoniques avec le militant mapuche en mai. Ce dernier, le jour même de son appel avec la ministre, a appelé à la « résistance armée ». En août, il a été arrêté sur ordre du gouvernement, il était accusé des crimes de vol et de violations de la .
Malgré les promesses de dialogue avec le peuple mapuche et de ne pas poursuivre la par le gouvernement de gauche, celui-ci a décidé de maintenir le régime d'exception en raison des menaces et de l'évolution des violences dans la région de l'Araucanie. Le même jour, la sous-secrétaire à l'évaluation sociale Paula Poblete auprès de la ministre , devient ministre du Développement social et de la Famille par intérim, elle est membre du parti Révolution démocratique.
Certains militants du PPD et de la coalition du Socialisme démocratique ont évoqué une forme de différence de traitement envers la ministre Jeanette Vega, pointant que d'autres ministres, issus d'Approbation dignité de Gabriel Boric, ont fait des erreurs mais n'ont pas été obligés de démissionner. En réponse, la ministre Camila Vallejo a répondu que « nous avons un gouvernement de deux coalitions, tous nos partis sont importants, tous les partis », soulignant que sa démission n'avait rien à voir avec son appartenance partisane au PPD.
Référendum du 4 septembre
À l'issue du référendum constitutionnel du qui voit le « non » l'emporter à une large majorité avec 61,86 % des voix exprimées, le président Boric prononce un discours le soir-même. Il reconnait que le peuple n'était pas satisfait du projet de constitution rédigé par l'Assemblée constituante et qu'il a « décidé de le rejeter clairement dans les urnes ».
Dans ce même discours, Boric promet de relancer un processus, avec la convocation d'une nouvelle Assemblée constituante, la réunion de tous les partis politiques et des deux présidents de la Chambre des députés et du Sénat. Le président évoque le fait que « des ajustements rapides seront nécessaires », c'est-à-dire d'un remaniement au sein de son gouvernement.
Le résultat du référendum est présenté comme un échec pour le président, mais également comme une opportunité pour lui de renforcer son autorité ainsi que le centre-gauche au gouvernement (le Socialisme démocratique), et la possibilité d'une réforme constitutionnelle menée en rassemblant tous les partis et de pouvoir négocier avec le Congrès national.
Premier remaniement en septembre 2022 Premières rumeurs de modifications
Le , soit une semaine avant le référendum, le journal El País suggère que Boric pourrait procéder à un remaniement au sein du gouvernement à l'issue du référendum constitutionnel. Le ministre du Logement et de l'Urbanisme , du PS, confirme ces rumeurs et juge « normal qu'après six mois, il y ait une évaluation du gouvernement basée sur un événement aussi important que le référendum ».
Le , à l'issue du vote des Chiliens, des rumeurs circulent quant au remaniement, notamment la démission de la ministre de l'Intérieur Izkia Siches, critiquée pour sa mauvaise gestion du conflit avec le peuple mapuche en Aurcanie, et celle du ministre-secrétaire général de la Présidence , critiqué pour sa mauvaise gestion des relations avec le Congrès national, notamment au Sénat et avec le centre-gauche depuis plusieurs semaines. Le soir du résultat, le sénateur socialiste exige sa démission et le rend responsable de la « débâcle ».
À ces deux ministères stratégiques, il est évoqué la possibilité de nommer des personnalités du Parti socialiste. Si Gabriel Boric optait pour ce choix, cela confirmerait une volonté de réorienter le gouvernement vers le centre-gauche et de renforcer le Socialisme démocratique.
Cinq autres portefeuilles pourraient changer de titulaires, ceux de la Santé, de l'Énergie, de la Science, des Mines et des Cultures, dont les sortants sont évalués par Gabriel Boric comme ayant un mauvais bilan dans leurs ministères.
Remaniement du 6 septembre 2022
Le , en conséquence du résultat du référendum, Boric procède comme prévu à un remaniement de son équipe.
Giorgio Jackson reste au gouvernement et est nommé au ministère du Développement social, un poste stratégique pour l'allié le plus proche de Boric. Diego Pardow, un autre proche du président, membre de CS est nommé au ministère de l'Énergie.
Les deux ministères de la Santé et de la Science changent de titulaires, avec la nomination de deux femmes spécialistes dans leurs nouvelles fonctions, l'indépendante Ximena Aguilera à la Santé et Silvia Díaz, proche du PPD, à la Science.
Carolina Tohá (PPD), ancienne ministre sous le gouvernement de Michelle Bachelet et fille de José Tohá, ministre de l'Intérieur de Salvador Allende en 1970, est nommée ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique. La socialiste , cheffe du cabinet de la présidence lors du second mandat de Michelle Bachelet, est nommée ministre-secrétaire générale de la Présidence.
Les nominations de Carolina Tohá et Ana Lya Uriarte, deux figures du centre-gauche et des années des deux mandats de Michelle Bachelet, confirment la volonté de Gabriel Boric de rééquilibrer et renforcer la présence de la coalition du Socialisme démocratique au sein du gouvernement. Ces deux nominations voient la coalition de centre-gauche entrer au comité politique, une réunion stratégique et régulière menée par le président, avec les ministres de l'Intérieur, de la Présidence, du Gouvernement, des Finances et de la Femme, qui était composé auparavant uniquement de ministres d'Approbation dignité.
Gabriel Boric annonce également l'entrée de la ministre communiste du Travail Jeannette Jara au comité politique, qui est analysée comme un « lot de consolation » face au départ du ministre communiste de la Science .
Démission de Marcela Ríos
Second remaniement en mars 2023 Divisions pour les élections constituantes
Malgré une période d'union programmatique et dans la stratégie gouvernementale après le premier remaniement de et jusqu'en , marqué par la création de l'Alliance gouvernementale, cette dernière coalition a permis une meilleure organisation stratégique en comités des deux coalitions d'Approbation dignité et du Socialisme démocratique.
Néanmoins, cette période d'union se termine en lorsque débutent des négociations pour former une liste unique de la coalition gouvernementale dans le cadre de l'Alliance gouvernementale (Approbation dignité et Socialisme démocratique) et avec le Parti démocrate-chrétien s'y ajoutant pour les élections constituantes.
Le , le Parti démocrate-chrétien et le Parti radical décident de composer une liste pour les élections constituantes uniquement avec les partis de la coalition du Socialisme démocratique. Le lendemain, le décide également de rejoindre une liste du Socialisme démocratique, sans toutefois exclure une « liste unique du progressisme » avec la coalition d'Approbation dignité.
Tandis qu'au Parti socialiste, le dernier parti du Socialisme démocratique n'a pas rejoint la liste unique, la présidente annonce que le comité central du parti insiste pour la création d'une liste unique de la coalition gouvernementale au pouvoir.
Le matin, lors d'une réunion de l'ensemble des partis de la coalition (Approbation dignité et Socialisme démocratique), l'Alliance gouvernementale admet que l'ensemble de la gauche partira avec deux listes distinctes pour les élections, Unité pour le Chili et , malgré les efforts de l'Approbation dignité vers une liste unique de la gauche.
Néanmoins le après-midi, vers 14 heures, Gabriel Boric a réuni les trois présidents du Parti radical, Parti socialiste et le Parti libéral à son domicile pour demander que les trois partis rejoignent la liste officielle du gouvernement. Le lendemain, le et en réaction à cette réunion, le approuve à 82 % de rejoindre la liste gouvernementale de l'Unité pour le Chili.
Finalement, le , les deux coalitions gouvernementales partent divisées, et les coalitions de l'Unité pour le Chili et se sont inscrites pour les élections constituantes de mai 2023.
Pression du Socialisme démocratique pour davantage de ministres et sous-secrétaires