Charles-Claude Fauriel, né rue Violette à Saint-Étienne le et mort le à Paris, est un historien, philologue, linguiste, critique et érudit français, professeur de littérature étrangère à la Sorbonne de 1830 à sa mort.

Jeunesse et instruction Son père, Joseph, menuisier d'origine ardéchoise, le met en nourrice chez ses parents à la mort d'Anne Faure, sa mère, 23 jours après sa naissance.

Après des études primaires à Saint-Étienne, il fréquente le collège des Oratoriens de Tournon, puis le séminaire de la Croix Paquet à Lyon.

Les archives communales de Saint-Étienne pour 1791 et 1792 ont disparu. On ne peut donc pas retracer précisément - avec des sources fiables - son activité politique à partir de son retour à Saint-Étienne, ses études terminées.

Les lettres de 1793 à son camarade Arnaud, attestent de son passage auprès du général Servan comme secrétaire à l'Armée des Pyrénées et du rôle de mentor qu'a pu jouer à cette occasion Étienne Marie Siauve, devenu commissaire des guerres en 1792, de quatorze ans son aîné, ami du général et fondateur en 1789 de la Société des Amis de la Constitutionconservées à Paris Papiers personnels de Fauriel Bibliothèque de l'Institut.

Retour à Saint-Étienne (1793-1799)

En 1793, il revient à Saint-Étienne, bientôt rebaptisée commune d'Armes. Il annonce à son ami Arnaud le , son changement de prénom, il sera Démophile et non plus Diagoras : "L'almanach des républicains m'avait donné ce Grec pour patron; mais je le renonce depuis que je sais que ce fut un athée aussi décidé que Jacob Dupont."

Il refuse alors de s'associer à la municipalité fédéraliste de Louis-Joseph Praire-Royet (Modérés). Il occupe des fonctions administratives de secrétaire général de la mairie de Saint-Étienne conduite par le jacobin Jean-Baptiste Johannot, devenant très brièvement maire en à sa destitution.

Au printemps et à l'été 1794, en tant qu'agent national il joue un rôle modérateur, et tente de s'opposer aux excès verbaux du magistrat montbrisonnais Claude Javogues, conventionnel représentant en mission dans la Loire.

À l'occasion de la fête de l'Être suprême de l'An II, en 1794, il prononce un discours depuis la chaire de l'église Notre-Dame déchristianisée, rebaptisée Temple de la Raison, dont il règle le cérémonial en tant qu'agent national. Mais les "propos qu'il tient ici et les procès-verbaux de la commune suggèrent qu'il fut tout autre chose que le suppôt stéphanois de la politique robespierriste" et "L'orateur du 20 prairial n'est pas différent de l'homme que nous livrent les archives et la correspondance : patriote... ou encore républicain, c'est-à-dire jacobin, mais nullement montagnard, a fortiori enragé"

Après la chute de Robespierre, il se consacre, au sein de la Société populaire, dont il est vice-président, à des projets de mise en place de l'instruction publique dans la commune.

Le de cette même année il donne sa démission.

Un stage déterminant de quatre mois à Paris

Pendant l'hiver 1795, il fait partie des jeunes hommes, citoyens déjà instruits, actifs pendant la période précédente, sélectionnés par la Convention pour enseigner ensuite dans les Écoles centrales départementales et assurer la diffusion d'un savoir homogène sur tout le territoire. Les maîtres de l'école normale de l'an III sont des savants prestigieux : Monge, Laplace, Claude-Louis Berthollet, Volney, Jean-François de La Harpe, Cabanis. Cours, débats, groupes de travail restreints, textes sténographiés, ce stage intense restera unique. Déterminant selon son biographe Galley : "Il cessa d'être de Saint-Étienne quand il fut appelé à Paris". Un coup de chance pour le jeune Fauriel dont le père voulait faire un menuisier.

Découragé par la violence issue de la réaction thermidorienne, poursuivi en tant que patriote jacobin, il fuit Saint-Étienne en et s'engage dans l'armée des Alpes. Il revient néanmoins très vite, nommé secrétaire de l'administration municipale en , puis est professeur à l'école centrale de Roanne en mai de la même année.

Il entretiendra des relations difficiles avec ses compatriotes et sa ville natale où il ne reviendra pas. Dans sa thèse de 2005, Elena Mochonkina évoque ses réticences à parler de la misère matérielle de sa jeunesse, sa "honte sociale", son "mutisme calculé"

Secrétaire de Fouché

La critique littéraire Dès 1800, il se fait connaître comme critique dans La Décade philosophique : il publie trois articles sur De la littérature de Germaine de Staël qui marquent son entrée dans un débat culturel européen venu d'Allemagne, sur l'évolution nécessaire du goût, en opposition à l'hégémonie du goût français pour la tragédie classique.

Dès lors, Fauriel fera partie du groupe « nomade » de Coppet, réseau de correspondants autour de Germaine de Staël, vouée à l'exil par Napoléon. Il fréquentera son salon, Ils entretiendront une liaison épistolaire : trente lettres ou billets adressés à Fauriel seront publiés dans le tome IV de la Correspondance générale staëlienne, intitulé Lettres d'une républicaine sous le Consulat.

À partir de 1802, il peut se consacrer à l'étude des lettres et des langues, d'autant plus libre, sur le plan économique, que Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet, veuve du philosophe,intellectuelle anglophile, l'accueille chez elle. Dans son salon cosmopolite à Paris et à Meulan (Yvelines) il rencontre et se lie avec Benjamin Constant, Pierre-Jean-Georges Cabanis - qui lui adressera en 1804 sa Lettre sur les Causes premières, posthume et inédite - et ses amis médecins, Pinel, Pariset, les savants de la Société d'Auteuil, Ginguené, le général Servan, à partir de 1805 avec Alessandro Manzoni, jeune écrivain italien dont il deviendra l'ami - il sera en 1808 le parrain de sa fille aînée Giulia - Claudine - et le mentor, ou encore François Guizot.

Les langues, les traductions Il maîtrise depuis le collège l'italien, l'anglais, le latin et le grec. Grand travailleur, il apprend l'allemand, nécessaire pour l'accès aux recherches philologiques et linguistiques, avec le philologue Hase, il s'intéresse aux dialectes grecs, aux évolutions du latin vers le provençal ancien, le castillan, le portugais, le sicilien, le roumain, aux origines du basque, du breton. L'apprentissage du sanscrit avec Hamilton, et de l'arabe avec Sylvestre de Sacy sont des raretés à cette époque.

Certains projets de publications resteront inaboutis, c'est le cas de l'Histoire du stoïcisme dont la Lettre de Cabanis devait constituer la Préface et en 1804 de Les Derniers jours du Consulat, inachevé mais impubliable : il s'agit d'un pamphlet qui est le constat amer et chronologique de l'affaiblissement des partis, du champ de ruines qu'est désormais la République et qui inclut un portrait de Fouché.

Fauriel clôt alors le chapitre de son engagement politique, c'est pour lui la fin de la révolution. Égaré dans les papiers de Sophie de Condorcet après avoir été caché pendant les Cent Jours, le manuscrit sera retrouvé en 1886.

En 1822, il est l'un des fondateurs de la Société asiatique. C'est un pionnier autodidacte des recherches linguistiques comparatistes, en l'absence de dictionnaires et de grammaires spécifiques. Ces recherches, sous forme de notes, de listes, ne sont pas publiables, aussi fait-il le choix de la traduction :

La Parthénéide (Paris, 1811), une épopée idyllique du poète danois Jens Immanuel Baggesen, Les Fugitifs de Parga (1823), traduction en édition bilingue pour Giovanni Berchet d'un poème de 550 vers qui ne peut être publié à Milan, sous domination autrichienne. Fauriel, sollicité par son ami Manzoni, donne ainsi un coup de pouce au carbonaro proscrit Berchet, exilé en France, et un coup de projecteur sur la cause des Grecs en lutte contre le joug turc et la diplomatie. Adelchi et Il Conte di Carmagnola, d'Alessandro Manzoni, deux tragédies historiques, modernes qui se passent au Moyen Age et non dans l'Antiquité. Lettre à M. Chauvet, réponse de Manzoni au critique français tenant des règles classiques au théâtre. Geste d'amitié, mais aussi souci de la nécessaire circulation des idées, de leur évolution. Amorce aussi des futures batailles de 1830, celle de Hernani ou celle qui se prononce en faveur de Shakespeare. Il signe là un Manifeste pour le Romantisme, vingt ans après sa première critique.

Ces traductions de tragédies modernes créent une caisse de résonance, - coup médiatique aujourd'hui - dans un climat d'effervescence culturelle, amplifiée par la traduction de Shakespeare par Guizot, la Préface de Cromwell" de Hugo, et le Racine et Shakespeare de Stendhal.

Avec ces gestes patriotiques liés au contexte politique grec et au débat culturel pré-romantique, Fauriel renoue avec son idéal de jeunesse, de partisan de la liberté des peuples et de la révolution.

L'édition critique innovante

En 1824, les Chants populaires de la Grèce moderne en seront l'exemple le plus éclatant, sa première œuvre personnelle également, avec pour base des textes demandés à ses amis de la diaspora grecque, Mustoxidi, Korais, Triantaphyllos, Mavromatis etc. en délassement de ses recherches. Passant l'été 1824 en Italie chez Alessandro Manzoni, il va collecter directement à Venise et Trieste, avec Mustoxidi, des chansons auprès d'émigrés grecs. Il les publiera dans un supplément du Tome 2 en 1825.

Il s'agit d'un travail de pionnier car l'anthropologie folklorique de poésie populaire sur le modèle allemand n'existe pas en France à l'instar de la collecte ethno-musicologique inconnue alors.

M. Ibrovac le souligne en 1966 : « en France à cette époque, il n’y avait pas de modèle pour un tel travail. Le seul ouvrage qui offre quelque analogie avec le sien est l’édition des ballades écossaises de Walter Scott qu’il avait lue au moment même où il s’occupait des chants grecs ».

Il est le premier collecteur ; dans cette édition scientifique bilingue innovante, il publie, après une longue Préface de 100 pages, et un Dossier préliminaire, uniquement des textes de chansons populaires grecques en langue démotique, classées par thème : domestiques, historiques, romanesques. L'ouvrage bilingue offre des échantillons de dialectes, des variantes, des notes et un glossaire.

Un déclencheur pour le Philhellénisme Les Chants contribuent non seulement à exciter, en Europe, alors que meurt Byron en 1824, une vive sympathie pour la cause des Grecs, mais aussi à idéaliser le klephte, archétype du combattant valeureux, au même titre que les Scènes des massacres de Scio de Delacroix en 1826 et des Orientales de Victor Hugo en 1828.

"C’est au moment le plus opportun du combat que l’admirable Fauriel apporte à l’Europe étonnée et ravie la révélation de la chanson populaire grecque qui est en réalité une éclatante démonstration à la fois civique et poétique de l’hellénisme. C’est pour cela qu’il peut être considéré comme l’un des plus fervents philhellènes français avec Victor Hugo".Un klephte a pour tous biens l'air du ciel, l'eau des puits, Un bon fusil bronzé par la fumée, et puisLa liberté sur la montagneVictor Hugo, “Lazzara” dans Les Orientales

"On pourrait croire Lazzara inspiré des Chants populaires de la Grèce moderne, consacrés aux chants klephtiques et aux femmes intrépides de Souli, village martyr d’Epire connu pour ses guerres avec Ali Pacha de Iannina. On doit la collecte de ces chants, rassemblés en deux volumes, à Charles-Claude Fauriel, philologue, historien, savant, et philhellène".

Inspiré par le contexte et le succès des Chants de Fauriel, Prosper Mérimée se risquera à le pasticher en publiant anonymement en 1827 La Guzla, ou Choix de poésies illyriques recueillies dans la Dalmatie, la Bosnie, la Croatie et l'Herzégovine, un recueil de 34 ballades.