L'unité « Tactiques » des Atterrages Occidentaux (en , WATU) est une unité de la marine britannique créée en dans le but de développer et de diffuser des techniques de lutte contre les attaques des convois trans-atlantiques par les sous-marins nazis..
Elle est dirigée par le captain et principalement animée par les femmes du WRNS (dites Wrens)..
Le principal outil utilisé pour étudier les méthodes d'attaque des U-BooteLes anglo-saxons ont l'habitude d'écrire : « U-boat(s) ». Les allemands, « U-Boot(e) ». C'est cette dernière graphie qui est utilisée dans cet article. et développer des contre-mesures était le wargame. Après avoir contribué à contenir la menace que faisaient peser les U-Boote, l'école WATU continue de mettre en place des tactiques anti-sous-marines pour le restant du conflit, comme à l'occasion de l'opération Overlord ou des opérations dans le Pacifique.
L'école WATU formait les officiers de marine au long de stages d'une semaine, pendant lesquels les stagiaires participaient à des wargames. WATU cessa ses activités à la fin du mois de .
Missions Au commencement du conflit, les Britanniques continuaient à voir la lutte anti-sous-marine (ASM) telle qu'elle avait été menée lors du Premier conflit mondial. De leur côté, les Allemands avaient réfléchi aux difficultés soulevées par l'attaque de convois maritimes ; ils avaient élaboré des tactiques d'attaque de groupe adaptées à la guerre contre ces convois.
Dès les premiers jours du conflit, l'Allemagne nazie déploie des sous-marins pour attaquer le commerce transatlantique. Les résultats sont à la hauteur. En 1938, le Royaume-Uni avait reçu de tonnes de biens importés ; en 1941, le montant reçu ne s'élevait plus qu'à de tonnes, Why the Allies Won. p. 31.. La production intérieure ne permettant pas au Royaume-Uni d'atteindre l'autosuffisance, le pays risquait d'être acculé à la capitulation pour éviter que la population ne meure de faim. En , Winston Churchill déclare que le pays livre la bataille de l'Atlantique. Il place la lutte anti sous-marine (ASM) parmi les priorités les plus grandes.
Éclairée par l'étude des messages radio interceptés, la Royal Navy découvre que les U-Boote agissent en groupe, sans en déduire les tactiques qu'ils appliquent. Le , l'amiral Cecil Vivian Usborne donne l'ordre au Captain Gilbert Roberts de mettre sur pied une unité particulière auprès du Commandement des Atterrages Occidentaux à Liverpool, afin d'analyser les tactiques des U-Boote et d'élaborer celles permettant aux convois et à leurs escortes de les contrer. Roberts avait conçu des wargames pendant une précédente affectation au Portsmouth Tactical School. Pendant deux ans, il a utilisé ce type de jeux pour développer des tactiques et stratégies nouvelles. De surcroît, Roberts avait les qualités pédagogiques pour promouvoir les tactiques qu'il élabore auprès des commandants de navires d'escorte.
vignette|redresse|Affiche pour le recrutement des WRNS. Roberts rejoint Liverpool et se met en devoir de créer le centre de formation, localisé au dernier étage de l'immeuble abritant le commandement des Atterrages Occidentaux. Dans cet immeuble, la majeure partie du personnel était féminin, composé de membres du Women's Royal Naval Service (« WRNS », mais plus généralement désignées, par homophonie, « Wrens », mot désignant, en anglais, certaines familles de passereaux). De la sorte, Roberts recrute chez les Wrens la majeure partie de son personnel. servent au WATU de 1942 à 1945.
Roberts et son équipe réexaminent les rapports de combat rédigés par les commandants des escorteurs, montant des wargames pour déterminer comment agissaient les U-Boote et, finalement, pour définir les tactiques propres à neutraliser ces derniers. La première tactique imaginée, dès , porte le nom de « Framboise » (« Raspberry »). Un autre pan des activités du WATU consistait à former les officiers de marine à leur mission de protection des convois, en les faisant également participer à des wargames. Le premier groupe de stagiaires est accueilli le . La formation dure six jours, du lundi au samedi, avec une session chaque semaine de à la fin du mois de et avec un nombre de stagiaires pouvant aller jusqu'à cinquante personnes. La formation offerte par le WATU s'adressait aux officiers de marine britanniques mais aussi à ceux d'autres nations, comme le Canada, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l'Afrique du Sud, la Pologne et la France libre.
En 1944, l'existence du WATU était connue du grand public. Un petit article avait paru dans le quotidien Daily Herald Daily Herald, .. Un mois plus tard, un autre article était publié dans le magazine Illustrated.
Le WATU disparaît à la fin du mois de , après avoir formé près de .
Organisation Personnel vignette|redresse|Captain Gilbert Roberts, directeur du WATU. Gilbert Howland Roberts (né le et mort le ) est le directeur du WATU de sa création à sa fermeture. Officier de marine, le « commander » Roberts commande le destroyer en 1937. Il contracte la tuberculose en 1938, ce qui lui interdit les commandements à la mer et le conduit à prendre sa retraite. En 1942, au vu de l'expérience acquise au Portsmouth Tactical School entre 1935 et 1937 et en particulier de sa pratique des wargames navals, il est appelé à créer et diriger le WATU avec un grade de « Captain » à titre temporaire. En 1945, après la cessation des hostilités, Roberts visitera le centre de commandement des U-Boote, à Flensburg. Il y découvre, affiché, son portrait associé à la mention : « Voici votre adversaire, Captain Roberts, directeur du Centre des tactiques anti U-Boote »La petite histoire rapporte qu'il accepta de dédicacer ce portrait.. Commandeur de l'OBE, de l'ordre norvégien de St Olaf, de l'ordre polonais de Polonia Restituta, Gilbert Roberts était aussi officier de la Légion d'honneur.
66 personnes du WRNS servirent au WATU entre 1942 et 1945. Parmi elles, citons : Mary Poole – officier du WRNS. Première officier féminin à suivre la formation WATU ; Laura Janet Howes – officier du WRNS. Née à Antigua. Elle est recrutée pour ses compétences en mathématiques ; Elizabeth Drake – officier du WRNS. Elle travaillait déjà à Derby House, en tant que plotter, avant d'être affectée au WATU ; Nancy Wales – officier du WRNS. Née à Kingston upon Hull, elle rejoint le WRNS en 1941. Pratiquant avec passion le hockey, elle est recrutée pour sa connaissance du jeu d'équipe et de ses tactiques ; Jean Laidlaw – femme du rang du WRNS. Elle n'a que quand elle rejoint le WATU en . Elle y sert jusqu'à la fin du conflit, d'abord comme plotter, puis participe rapidement aux wargames en tant que commandant soit d'U-Boote soit de navire d'escorte.
Formations Roberts avait découvert les wargames navals lors de son affectation au Portsmouth Tactical School, entre 1935 et 1937. Il participa avec enthousiasme à ces jeux de tactique, allant jusqu'à rédiger son propre jeu de règles. Les wargames en question étaient dérivés de ceux conçus par Fred T. Jane en 1898 (Jane Naval Wargame et Fighting Ships). En dépit de la forte influence qu'eurent les U-Boote durant le premier conflit mondial, les wargames de Roberts ne cherchaient pas à simuler la guerre sous-marine ni les attaques de convois. En fait, personne, au sein de la Royal Navy, ne s'était préoccupé d'étudier ce type de guerre jusqu'à l'établissement du WATU en 1942.
Dans les locaux du WATU, les wargames étaient conduits dans la plus grande des salles disponibles, au dernier étage de l'immeuble abritant le QG des Atterrages Occidentaux. Le sol était couvert d'un linoleum brunâtre, avec, au centre de la pièce, une grille peinte dotée de carreaux de dix pouces de côté, représentant chacun un mille nautique. Autour de la zone carroyée étaient disposées des cloisons de toile percées de petites fentes de vision. Les stagiaires tenant le rôle de commandant d'escorteur étaient placés derrière les cloisons de toile et pouvait regarder la zone carroyée par les fentes de vision. Les participants manœuvrant les U-Boote n'étaient pas derrière des cloisons de toile et avaient une vue totale du plateau du wargame. Les différents navires, ainsi que les U-Boote en surface étaient matérialisés par de petites maquettes en bois. Le déplacement des U-Boote était matérialisé sur la grille par des traits à la craie verte, difficilement visibles sur le sol brun par les stagiaires jouant l'escorte. En revanche, les mouvements des navires d'escorte étaient tracés à la craie blanche, facilement visibles par les stagiaires Illustrated magazine (26 février 1944) : ..
Chaque stagiaire avait deux minutes pour prendre sa décision et rédiger les ordres correspondants. Les ordres étaient rédigés sur papier et passés aux Wrens, ceci pour éviter que l'un des joueurs ne soit influencé par ce qu'il pourrait entendre d'autres stagiaires. Les Wrens traduisaient les ordres et déplaçaient en conséquence les maquettes au sol, matérialisant les déplacements à la craie. Roberts avait au préalable fourni aux Wrens les renseignements nécessaires concernant les caractéristiques de tous les navires présents, la portée des torpilles allemandes (), la vitesse des navires, leur rayon de giration, la présence d'ASDIC sur tel escorteur, ainsi que les contraintes comme la gêne occasionnée à l'ASDIC par les bruits de moteurs, la visibilité de nuit, entre autres paramètres.
Tactiques élaborées Quelques exemples pour mieux comprendre l'action du WATU dans l'amélioration des tactiques anti-sous-marines.
Framboise (Raspberry) vignette|Les trois temps de la tactique « Framboise ». Durant le premier conflit mondial, les U-Boote attaquaient les convois en étant à l'extérieur du périmètre occupé par celui-ci. Les navires torpillés étaient ceux se trouvant sur les colonnes extérieures. En 1942, les rapports faisaient état de navires torpillés dans les colonnes centrales du convoi. Roberts forma l'hypothèse que les U-Boote pouvaient traverser l'écran des escorteurs pour se placer à l'intérieur de l'espace occupé par le convoiDans le convoi, les navires marchands sont rangés en files parallèles. L'ensemble du convoi affecte la forme d'un rectangle autour duquel circulent les navires d'escorte. pour y lancer leurs torpilles. Avec son équipe, il testa les différentes méthodes qu'un U-Boot pouvait utiliser pour se placer à l'intérieur d'un convoi, les différentes possibilités alors offertes pour tirer ses torpilles et enfin la possibilité de s’esquiver sans être détecté. De ces simulations une tactique efficace fut mise en évidence. Le U-Boot devait approcher le convoi par l'arrière, restant en surface pour bénéficier de l'usage de ses moteurs diesels et de la vitesse élevée qu'ils autorisaient, supérieure à celle du convoiLa vitesse d'un convoi est déterminée par celle du navire le plus lent. Pour cette raison, plusieurs types de convois sont prévus. Les convois « rapides » regroupent les navires dont la vitesse maximum excède sept nœuds et demi. Un convoi lent comprend les navires dont la vitesse est inférieure à cette limite. Il est considéré que les navires dont la vitesse excède les quinze nœuds peuvent naviguer seuls, le risque d'interception par un U-Boot étant faible.. Les attaques étant effectuées de nuit et les vigies surveillant plutôt l'avant du convoi, le sous-marin avait peu de risques d'être découvert. Une fois à l'intérieur du convoi, il devenait indétectable aux radars ; son écho étant noyé dans ceux des autres navires. Le U-Boot pouvait alors torpiller la cible de son choix, à courte portée, plonger et se laisser distancer par le convoi.