thumb|450px|Carte de l'Europe centrale pendant la conjuration des MagnatsLa conjuration des Magnats, également connue sous le nom de conjuration Zrinski-Frankopan en Croatie, et de conjuration Wesselényi en Hongrie, fut un complot pour s'affranchir des Habsbourg et des autres influences étrangères agissant sur la Hongrie et la Croatie au Magyar Régészeti, Művészettörténeti és Éremtani Társulat. Művészettörténeti értesítő. (Budapest: Akadémiai Kiadó. 1976), 27. Elle fut motivée par l'impopulaire paix de Vasvár, conclue en 1664 entre l'empereur du Saint-Empire romain germanique et l'Empire ottoman. Cette tentative de révolte mal organisée donna aux Habsbourg un prétexte pour réprimer leurs opposants. Elle fut nommée ainsi en références au comte hongrois Ferenc Wesselényi, et aux comtes croates, les frères Nikola Zrinski et Petar Zrinski ainsi qu'au beau-frère de Petar, Fran Krsto Frankopan.

Pendant la seconde moitié du XVIIe siècle, Vienne souhaitait centraliser l'administration de l'état afin de pouvoir introduire une politique économique cohérente de mercantilisme et ainsi poser les fondations d'une monarchie absolueGoldstein, Ivo, Croatia - A History (2011), Hurst&Company, London, pp 44.. Le principal obstacle dans ce sens était l'indépendance des magnats. Nikola et Petar Zrinski, ainsi que leur associé Fran Krsto Frankopan résistaient à la politique de Vienne et avaient été irrités par son indulgence envers les Ottomans. Les Habsbourg accordaient alors plus d'attention à leurs autres objectifs européens qu'à la libération de la Croatie et de la Hongrie des Ottomans.

Causes thumb|Nikola ZrinskiDébutée au milieu du , l'expansion de l'Empire ottoman en Europe entraîna une confrontation avec la Serbie et l'Empire byzantin, qui aboutira à la défaite de ces deux nations lors de la bataille de Kosovo (1389) et de la chute de Constantinople (1453). Cette politique expansionniste mènera finalement les Ottomans à entrer en conflit avec les Habsbourg à plusieurs reprises au cours des Sugar, Peter F., Peter Hanak, and Frank Tibor, eds. A History of Hungary. (Bloomington: Indiana University Press, 1994), 113. Après la bataille de Mohács en 1526, la partie centrale du royaume de Hongrie fut conquise. Ainsi, à la fin du , la Hongrie était divisé en ce qui sera appelé la Tripartition : la Hongrie royale gouvernée par les Habsbourg au nord, les eyalets gouvernés par les Ottomans au sud et la Transylvanie à l'est. Un difficile exercice d'équilibre se mit en place alors que les partisans des Habsbourg et ceux des Ottomans continuaient de s'affronter dans une série de guerres civiles et d'indépendanceKontler, Laszlo. A History of Hungary. (New York: Palgrave MacMillan. 2002), 142.

thumb|Ferenc Wesselényithumb|200px|Léopold Ier, empereur du Saint-Empire romain germanique et Archiduc d'Autriche, 1657-1705

En , le statu quo entre les deux grandes puissances d'Europe de l'Est commença à vaciller lorsque le sultan ottoman Mehmed IV, avec l'aide de son grand vizir Mehmet Köprülü, entreprit de réformer l'armée ottomane et de la préparer à un conflit de plus grande ampleur. Ces changements permirent au sultan d'envahir les régions de Hongrie tenues par la Transylvanie en . Les batailles qui s'ensuivirent provoquèrent la mort du souverain transylvanien . Après une victoire assez facile dans cette région, les Ottomans dirigèrent leur importante armée vers certaines parties de la Hongrie royale.

Ces actions finirent par attirer les forces des Habsbourg sous la direction de . Bien qu'initialement réticent à engager des troupes et à provoquer une guerre ouverte contre les Ottomans, il envoya en 1661 quelque de ses soldats sous les ordres de son généralissime Raimondo Montecuccoli. Malgré cette intervention, l'invasion de la Hongrie par les Ottomans n'avait pas ralentiIngrao, Charles. The Habsburg Monarchy; 1618–1815. 2nd. ed. (Cambridge, UK: Cambridge University Press, 2000), 66. En réponse, en 1662, Montecuccoli reçut supplémentaires et prit position en Hongrie. À cette force s'ajoutait une armée de Croates et de Hongrois autochtones dirigée par le noble croate Nikola Zrinski. Montecuccoli disposait également d'un soutien allemand supplémentaire grâce aux efforts diplomatiques du magnat hongrois Ferenc Wesselényi, qui devint très important. Il semblait que la Hongrie avait alors sa propre diplomatie à Rome, peut-être grâce à l'aide de la France.

Au début de l'année 1664, la coalition avait non seulement repris les terres conquises par les Ottomans, mais aussi coupé leurs lignes d'approvisionnement et capturé plusieurs de leurs forteresses en Hongrie. Pendant ce temps, une importante armée ottomane, dirigée par le grand vizir Köprülü Fazıl Ahmed Pacha et comptant jusqu'à , se déplaça de Constantinople vers le nord-ouest. En , il attaqua le château de Novi Zrin dans le comitat de Međimurje (au nord de la Croatie) et le conquit après un mois de siège. Mais le , les armées chrétiennes coalisées d'Allemagne, de France et de Hongrie ainsi que les Habsbourg remportèrent une victoire décisive contre les Ottomans lors de la bataille de Saint-Gothard.

À la suite de cet affrontement, de nombreux Hongrois supposèrent que les forces coalisées poursuivraient leur offensive pour éliminer tous les Ottomans de leurs terres. Cependant, Léopold était davantage préoccupé par les événements qui se déroulaient dans l'Espagne des Habsbourg et par le conflit qui s'y préparait, la future guerre de Dévolution. Il ne voyait pas la nécessité de poursuivre les combats sur son front oriental alors qu'il pouvait ramener la région à l'équilibre et se concentrer sur le potentiel affrontement contre la France concernant les droits au trône d'Espagne. De plus, les Ottomans auraient pu engager davantage de troupes en l'espace d'un an, et une lutte prolongée avec eux était risquée. Pour mettre fin rapidement à la question ottomane, l’empereur signa ce qui sera appelé la paix de Vasvár.

Ainsi, malgré la victoire commune, le traité était en grande partie un gain pour les Ottomans. Son texte, qui avait enflammé les nobles hongrois, stipulait que les Habsbourg reconnaîtraient Michel , qui était contrôlé par les Ottomans, comme souverain de Transylvanie. Ils paieraient aussi allemands aux Ottomans chaque année en échange de la promesse d'une trêve de 20 ans. Bien que Léopold pouvait désormais se concentrer sur les problèmes en Espagne, les Hongrois restaient divisés entre deux empires. De plus, de nombreux magnats hongrois eurent l'impression que les Habsbourg les avaient écartés alors que c'était leur seule occasion d'obtenir l'indépendance et la sécurité face aux avancées des Ottomans. En conséquence, un certain nombre de nobles décidèrent de se débarrasser physiquement de l'influence étrangère en Hongrie.

Déroulement Un des principaux meneurs de la conjuration fut Nikola Zrinski, le ban de Croatie qui commanda les forces croates et hongroises autochtones pendant la guerre austro-turque aux côtés de Montecuccoli, le commandant Habsbourg. À cette époque, Zrinski avait déjà commencé à élaborer des plans pour une Hongrie libre de toute influence extérieure, et dont la population serait protégée par l'État plutôt qu'utilisée par celui-ci. Il espérait créer une armée unie avec le soutien des Croates et des Transylvaniens pour libérer la HongrieKontler; A History of Hungary. 177.. Cependant, il mourut quelques mois plus tard au cours d'une partie de chasse, dans une lutte contre un sanglier. Son décès laissa la révolte entre les mains de Petar, son frère cadet, et de Ferenc Wesselényi.

Les conspirateurs espéraient gagner des soutiens étrangers dans leur tentative de libérer la Hongrie et de renverser les Habsbourg. Ils ouvrirent ainsi des négociations secrètes avec de nombreuses nations, dont la France, la Suède, la république des Deux Nations et la république de Venise. Katarina Zrinska, l'épouse de Petar Zrinski, se rendit à Paris et s'entretint avec Louis XIV. De leur côté, Wesselényi et ses confrères magnats firent même des propositions aux Ottomans en leur offrant toute la Hongrie en échange d'un semblant d'autonomie une fois les Habsbourg évincés. Cependant, aucun État ne voulut intervenir. Le sultan, comme l'empereur, n'avait aucun intérêt à ce que le conflit reprenne. Sa cour informa même ce dernier des tentatives des conspirateurs en 1666.

Bien que ces avertissements aient donné du poids à l'affaire, Léopold soupçonnait déjà la conjuration. En effet, les Autrichiens avaient des informateurs au sein du groupe de nobles et avaient été mis au courant de leurs nombreuses tentatives presque désespérées d'obtenir une aide étrangère. Pourtant, aucune mesure n'avait été prise à leur encontre parce qu'ils n'avaient pas fait grand-chose jusqu'à présent. L'empereur semble avoir considéré leurs actions comme de timides projets qui ne furent jamais vraiment sérieuxIngrao: The Habsburg Monarchy 1618–1815 p. 67.. Les conspirateurs avaient planifié un certain nombre de complots qu'ils ne mirent jamais à exécution, comme le complot de visant à enlever Léopold, qui n'a pas abouti.

Après une nouvelle tentative infructueuse d'obtenir une aide étrangère auprès du pacha de Buda, Zrinski et plusieurs autres conspirateurs se rendirent. Cependant, Léopold se contenta de leur accorder la liberté pour gagner le soutien du peuple hongrois. Aucune mesure ne fut prise jusqu'en 1670, lorsque les conspirateurs restants commencèrent à faire circuler des pamphlets incitant à la violence contre l'empereur et appelant à une invasion par l'Empire ottoman. Ils appelèrent également à un soulèvement de la minorité protestante au sein de la Hongrie royale. Lorsque les idéaux de la conjuration commencèrent à bénéficier d'un certain soutien en Hongrie, la réaction officielle ne se fit pas attendre.

En , les chefs du groupe, dont Petar Zrinski, Fran Krsto Frankopan et Ferenc II Nádasdy, furent appréhendés et exécutés ; quelque 2 000 nobles furent arrêtés dans le cadre d'une répression de masse (parmi lesquels de nombreux petits nobles qui n'avaient pas participé aux événements, mais Léopold entendait prévenir des révoltes similaires à l'avenir).

Des persécutions furent également infligées aux roturiers hongrois et croates, alors que les soldats des Habsbourg sécurisaient la région. Des églises protestantes furent brûlées en guise de démonstration de force contre tout soulèvement. Léopold ordonna la suspension de toutes les lois organiques hongroises en représailles de la conjuration. Ce geste a mis fin à l'autonomie que la Hongrie royale s'était théoriquement vue accorder, et ce pour les dix années qui suivirent. En Croatie, où Petar Zrinski avait été ban pendant la conjuration, il n'y aura pas de nouveau ban d'origine croate pour les 60 prochaines années.

Conséquences thumb|right|300px|Exécution de Zrinski et de Frankopan à Wiener Neustadt vignette| Estampe figurant les exécutions de Zrinski, Nádasdy et Frankopan, par Gaspard Bouttats (Anvers, 1671). Petar Zrinski et Fran Krsto Frankopan reçurent l'ordre de se rendre à la cour de l'empereur. La note disait que, comme ils avaient cessé leur rébellion et s'étaient repentis assez tôt, ils bénéficieraient de la clémence de Léopold pour peu qu'il la plaide. Au lieu de cela, ils furent arrêtés dès leur arrivée à Vienne, jugés, enfermés à Wiener Neustadt puis décapités le Paul Lendvai, Ann Major: The Hungarians: a thousand years of victory in defeat. Princeton University Press, 2003. , 2003 (p.143). Nádasdy fut exécuté le même jour, et Tattenbach plus tard, le .