La littérature marocaine désigne ici l'ensemble des productions orales et écrites, au Maroc, à toute époque, en toute langue. La population marocaine, d'environ , est estimée en 2022 à .
La diaspora marocaine y est intégrée, ainsi que les écrivains non marocains qui revendiquent au moins partiellement leur appartenance au monde marocain.
Antiquité L'occupation humaine du Maroc est ancienne. La préhistoire du Maroc reconnaît l’existence de deux cultures ou civilisations préhistoriques en Afrique du Nord, ibéromaurusienne, puis capsienne. En témoignent les gravures rupestres de divers sites préhistoriques au Maroc, dont : grotte des Pigeons, Aït Ouazik, Figuig, Haut Atlas, vallée du Drâa.
Légendes gréco-romaines La mythologie grecque parle des Champs Élysées, mais aussi du fabuleux jardin aux pommes d'or du jardin des Hespérides, nymphes du Couchant, à la limite occidentale du monde, de l'autre côté du détroit de Gibraltar (Colonnes d'Atlas, Colonnes d'Héraclès, Colonnes d'Hercule, Djebel Tarik). À partir d'Hésiode, les textes parlent d'Îles des Bienheureux (Macaronésie) ou Îles Fortunées, où les âmes vertueuses goûtent un repos parfait après leur mort. On a tenté d'identifier au cours des âges ce lieu mythologique situé aux extrêmes limites du monde avec des îles de la côte atlantique de l'Afrique, dont les Îles Canaries. Il est également question d'Îles Satyrides. Selon certains, l’emplacement du Jardin des Hespérides pourrait se situer sur la côte atlantique entre Lixus (Larache) et Tanger (Tin iggi, Tingis).
Histoire pré-romaine Pour l’histoire des Berbères (langues berbères, groupes ethniques berbères) durant l’Antiquité, on dispose de peu de ressources.
La civilisation carthaginoise (ou punique, 814-146 AEC), d'origine phénicienne, développe un empire ouest-méditerranéen et nord-africain, qui entre tardivement en rivalité avec la République romaine (SPQR) expansionniste.
Le royaume de Numidie (vers 350 jusqu’en 46 AEC) concerne une petite frange au nord-est du Maroc. Du royaume de Maurétanie, également de culture berbéro-punique, quelques rois sont connus des Romains : Baga, Bocchus, Sosus, Bogud, , dont certains sont lettrés, érudits. , roi berbère de la Numidie, pendant presque 50 ans (de -25 à + 23) est célébré par plusieurs auteurs latins.
Présence romaine La Maurétanie antique, pour les Romains, est le territoire peuplé de Maures (Imuriyen) ou Mauri, partie du grand groupe des Libyens anciens ou Berbères, parlant des langues berbères.
L’Afrique romaine, dans la région, correspond à la Maurétanie tingitane. Rome s'appuie en grande partie sur le réseau des villes fondées par les rois berbéro-puniques (Tanger (Tingis), Arzila, Azemmour, Ceuta (Septem), Chellah (Rabat), Lixus, Melilla (Rusadir), Essaouira (Mogador), Sala, Tamuda (Tétouan) et Volubilis) : liste des villes au Maroc fondées par les Phéniciens. La présence romaine est marquée par la fondation d'une série de colonies de vétérans et de villes (Banasa, Julia Valentina, Iulia Constantia Zilil, ), de forts () et de ports (Thamusida).
La romanisation relative peut se lire : Table de Peutinger, Itinéraire d'Antonin, Voies romaines en Afrique du Nord, Systèmes défensifs de l'Afrique romaine, Tabula Banasitana, Édit de Banasa, Histoire des Canaries...
Antiquité tardive De la période du royaume vandale (435-534), il ne reste pas d’information significative dans le domaine littéraire.
La population romano-africaine concerne au Maroc de petites zones du territoire, où on parle encore un certain temps le roman africain, correspondant à peu près à la zone d'influence de l'exarchat de Carthage (591–698), d'obédience byzantine, la zone Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.
Le reste du Maghreb (Algérie et Tunisie) connaît par contre divers royaumes berbères (romanisés, parfois chrétiens) dont le royaume des Maures et des Romains (429–578) puis le royaume d'Altava (578–708), mais aussi celui du Ouarsenis (Tiaret), du Hodna, des Némenchas, des Aurès, de Capsa, de Thala.
Moyen Âge européen : Âge d'or de l'Islam
Conquête musulmane du Maghreb (647-709) La conquête musulmane du Maghreb (647-709) est progressive, et rencontre des résistances, dont la grande révolte berbère (739-743) contre le califat omeyyade (de Damas). Une certaine arabisation accompagne l'islamisation. Aux , trois dynasties s'installent au Maghreb : les Aghlabides sunnites de Kairouan, les Idrissides zaïdites de Fès et les Rostémides Ibadites de Tahert (Tagdemt, Tiaret). L’imamat rostémide de Tiaret (761-909) est le premier État berbère du Maghreb central de la période islamique, à être indépendant de l'Orient arabe. Le christianisme berbère (tardif) ne semble pas concerner le Maroc, mais seulement l’Algérie voisine, avec le Royaume des Maures et des Romains (428-578), le Royaume d'Altava (578-708), et certaines survivances jusqu’au
Le royaume wisigoth (418-720) d’Hispanie (péninsule ibérique, Espagne), après trois siècles d’existence, s’affaiblit. La conquête musulmane de la péninsule Ibérique (711-726), pour le compte du Califat omeyyade, s’effectue d’abord sous la direction du général Tariq ibn Ziyad, avec une armée composée presque exclusivement de Berbères, ensuite renforcé par l’armée arabe dirigée par Moussa Ibn Noçaïr, qui devient le premier Wali d'al-Andalus.
L’Histoire d'al-Andalus (711-1492) et celle du Maroc sont mêlées, imbriquées. Le Maroc participe au monde du Califat islamique : Califat fatimide (909-1171), et surtout Califat de Cordoue (929-1031) (Omeyyades de Cordoue). Et des sciences et techniques en al-Andalus, dans la mesure où de nombreux savants et écrivains andalous sont appelés à résider et travailler au Maroc : Sciences arabes, Maison de la sagesse (Fès). Cela vaut également pour le morcellement de l’époque des taïfas (1031-1212), le déclin de l’Espagne maure, et l’achèvement de la Reconquista (722-1492). Le repli de diverses populations s’effectue à la chute de Grenade en 1492, et en 1609 avec l'expulsion des Morisques, et leur exil vers le Maghreb, avec installation pour une partie au Maroc.
Idrissides (789-985) Sous les Idrissides, la calligraphie traditionnelle coufique évolue vers un style propre : la calligraphie dite maghribî (écriture maghrébine) atteint sa plénitude au L'art de l'enluminure va également connaitre un beau développement avec la miniature arabe (calligraphie arabe, calligraphie dans le monde islamique).
Un groupement de tribus berbères Berghouata s’institue en royaume, entre Safi et Salé, islamisé ("Quran of Salih"), dirigé par Tarif al-Matghari (?-744), qui se présente comme un nouveau prophète. La dynastie fonde à Fès en 859 ce qui va devenir l’université Al Quaraouiyine, un véritable centre culturel. La poursuite et l’approfondissement du commerce transsaharien entraîne le début de l’islamisation de l’Afrique de l’Ouest.
Le meilleur exemple de la littérature judéo-marocaine (histoire des Juifs au Maroc) est Juda ibn Quraysh, de Tiaret, ayant sans doute rejoint la communauté juive de Kairouan, en contact avec le marchand voyageur Eldad ha-Dani, et dont l’œuvre principale, rédigée en arabe, est la Risāla (Lettre / épître), adressée à la communauté juive de Fès dans le second quart du . Le judéo-marocain ou judéo-arabe, variante de l'arabe dialectal maghrébin, est la langue de la littérature rabbinique. Le judéo-espagnol ou haketia, utilisé au Nord du Maroc, est le fait des descendants des Juifs expulsés d'Espagne vers 1492. Il a existé enfin un judéo-berbère, langage des Juifs berbères (Souss, Atlas), à peu près disparu dans les années 1950-1970.
Parmi les écrits arabes, ceux de (974-1039), professeur marocain de droit malékite à Kairouan, influencent Yahya ben Ibrahim (?-1048) et Abdellah ben Yassin (?-1059), fondateurs de la dynastie des Almoravides.
L’expansion de l'islam favorise la navigation, le commerce. Ainsi de se développe le genre des livres de voyages, de routes, de royaumes… Parmi eux, s’appuyant sur les travaux de Muhammad ibn Yūsuf al-Warrāq (904-973) (Sur la topographie de l'Afrique du Nord) et Ibrahim ibn Ya'qub (912-962), explorateur, commerçant, espagnol, Al-Bakri (1014-1094), de Cordoue, géographe, historien, est l’auteur du Livre des routes et royaumes (1067-1068), concernant en partie l’Afrique du Nord.
Almoravides (1040-1147) La dynastie des Almoravides (1040-1147) est aussi connue comme Murabitun. La littérature marocaine (en arabe) connaît son premier épanouissement à l'époque de la dynastie almoravide, d’abord dans les quatre grands centres urbains : Assilah, Basra, Ceuta, Tanger.
Deux écrivains se distinguent : Cadi Ayyad (Ayyad ben Moussa, Al Qâdî 'Iyâd Ibn Mûsâ Al Yahsûbî) (1083-1149), affilié à l'école juridique malikite et à l'école théologique ash'arite, Al-I’lâm bi Houdoûdi wa Qawâ’idi l-Islâm, un des Sept saints de Marrakech, Ibn Bajja (Abu Bakr Mohammed ben Yahya ben as-Sayegh, Avempace) (1080-1138), philosophe, médecin, astronome, musicien, poète, disciple d’Avenzoar.
L’union des trois grandes tribus berbères (Sanhadja, Zénètes, Masmouda) permet la conquête almoravide d'al-Andalus (1086-1142). À partir de 1086, le Maroc et Al-Andalus, avec leur riche tradition omeyyade, forment un État et les sultans almoravides stimulent la culture. Les Omeyyades (de Cordoue) instaurent une convivencia à Al Andalous. C’est aussi l’âge d'or de la culture juive en Espagne, avant l’arrivée des Almohades.
Les quatre grands poètes d'Al-Andalus sont (-1026), (-1045c), Ibn Khafadja (1058-1138), Ibn Sahl de Séville (1212-1251), auxquels on peut joindre Ibn Quzman (1078-1160) (de Cordoue).
Leur poésie, de type mouachah et zadjal, peut se consulter dans les anthologies : Kharidat al-qasr wa-jaridat al-asrhttps://www.worldcat.org/title/kharidat-al-qasr-wa-jaridat-al-asr/oclc/54876128, de Imad al-Din al-Isfahani, Mujam as-Sifr, de (1079-1180), al-Motrib min Ashaar Ahl al-Maghrib, de (1150-1235).
Ibn Bassam (1084-1147), historien et poète, donne un bon résumé de la période dans sa Dhakhîra (Kitâb al-Dhakhîra fî mahâsin ahl al-Jazîra, Trésor des mérites des habitants de la péninsule [ibérique], 1100-1110), livre dédié à l’émir Youssef ben Tachfine (1008-1106), premier sultan de la dynastie berbère des Almoravides et fondateur de Marrakech.
Almohades (1121-1269) La brève dynastie des Almohades (1121/1142-1269) s’établit sur des choix politico-religieux. Ibn Toumert (1080-1130), mahdi almohade, réformateur berbère musulman, traduit le Coran en amazight, E'az Ma Yutlab (manuscrit de 1183), instaure un almohadisme, contre le malikisme des Almoravides, en reprenant divers courants de philosophie islamique, dont le mutazilisme. Abd al-Mumin (calife) (1094-1163), son disciple, est le fondateur et premier calife de la dynastie des Almohades.
La conquête almohade d'al-Andalus (1147-1212), commence bien, mais s’achève par le front commun des royaumes chrétiens, la perte du contrôle de la Méditerranée, et la réduction de la présence arabo-mauresque en Espagne au seul royaume de Grenade (1238-1492).
Parmi les réalisations à Marrakech : la Mosquée Koutoubia (1120-1196), Mosquée Moulay El Yazid (Mosquée aux pommes d’or) (1185-1190). Ces deux centres d’enseignement, de formation et de recherche en philosophie islamique et en sciences et techniques, comprennent bibliothèques et librairies, centralisent les manuscrits (et leur reproduction), attirent d’Andalousie de nombreux philosophes, savants, chercheurs, et poètes, dont Hafsa bint al-Hayy al-Rakuniyya, Averroès, Ibn Tufayl, Ibn Amira, Ibn al-Abbar.
Parmi les auteurs notables : Abou Madyane (1126-1198), ou Sidi Boumediène, professeur, poète, introducteur du soufisme en Afrique du Nord, Abu al-Abbas as-Sabti (Sidi Bel Abbès, 1129-1204), dont la Zaouia de Sidi Bel Abbès honore la mémoire, (1140-1208), historien, biographe, en arabe marocain, Abu al-Baqa al-Rundi (1204-1285), poète andalou.
Mérinides (1244-1465)