vignette|Les divisions administratives de l’Empire romain sous la tétrarchie.
La préfecture du prétoire (en latin: praefectura praetorio; en grec : ἐπαρχότης τῶν πραιτωρίων ou ὑπαρχία τῶν πραιτωρίων) dans l’Empire romain tardif était la division administrative qui coiffait les diocèses (au niveau intermédiaire) et les provinces (à la base). Désignant à l’origine la fonction militaire du principal collaborateur de l’empereur, elle deviendra à la suite des réformes de Dioclétien (r. 284-305) et de (r. 306-337) une fonction purement civile avant de désigner une circonscription administrative; elle atteindra sa forme plus ou moins définitive vers la fin du et existera jusqu’au lorsque les réformes d’Héraclius (r. 610-641) ainsi que les conquêtes arabes en Orient et slaves en Occident conduiront à l’adoption du système des thèmes. Toutefois, diverses caractéristiques de l’appareil administratif des préfectures subsisteront au sein de l’Empire byzantin jusque dans la première moitié du .
Historique Le préfet de Rome ou préfet de la Ville (en latin : Praefectus urbanus, ou praefectus urbi, abrégé en PUR/PVR, littéralement délégué pour la ville) est une charge non collégiale et non élective, chargée de gouverner la ville. Si les historiens romains mentionnent durant la royauté romaine et la République archaïque une délégation temporaire et épisodique pour défendre la ville en l'absence des titulaires du pouvoir, la préfecture de Rome n'est une fonction réelle que sous l'Empire : organisation de la ville de Rome antique, pomerium, , quatorze régions de la Rome augustéenne.
À l’origine une fonction militaire
C’est le futur empereur Auguste qui créa le poste de préfet du prétoire en 2 av. J.-C. et confia cette charge à deux membres de l’ordre équestre, P. Salvius Aper et Q. Ostorius ScapulaDe Laet, (1943) . À l’origine le préfet du prétoire était le commandant de la garde prétorienne chargée d’assurer la protection de l’empereur. Les historiens, dont Mommsen, se sont interrogés sur la raison qui avait conduit Auguste à dédoubler ce poste, pratique qui se continuera par la suite. Une raison longtemps mise de l’avant était le conseil que Dion Cassius faisait donner à AugusteDion Cassius, LII, 24 : d’une part il était dangereux de confier une telle charge à un seul homme, d’autre part en cas d’incapacité d’un unique préfet, l’empereur ne se retrouverait pas sans garde personnelle. Une raison plus vraisemblable, mise de l’avant par Siegfried de Laet de nos jours est que l’un des préfets commandait les troupes stationnées à Rome, l’autre les troupes cantonnées dans le reste de l’ItalieDe Laet (1943) De Laet (1946) .
Pendant les trois premiers siècles, les préfets du prétoire seront des officiers militaires de rang équestre qui feront partie du comitatus Terme désignant sous le principat l'entourage de l'empereur lors de ses déplacements. Le terme n'a pas alors de connotation spécifiquement militaire et désigne aussi bien le personnel civil que le personnel militaire du prince. Leurs tâches se transformeront radicalement à l’époque de Dioclétien et de : les pouvoirs militaires des préfets disparaitront, mais ceux-ci se hisseront au sommet de l’administration civile des régions de l’empire, hors du comitatus impérial mais au sommet de la carrière sénatorialePorena (2007) .
Évolution de la fonction
De Dioclétien à Au cours du diumvirat institué par Dioclétien en 293, puis de la tétrarchie Système de gouvernement de l’Empire romain mis en place par Dioclétien à la fin du en fonction duquel deux empereurs (ou Augustes), l’un senior l’autre junior, étaient chacun assisté d’un assistant (ou César) appelé à lui succéder lorsqu’il se retirerait. qui suivit, on ne constate que l’existence de deux préfets, assignés vraisemblablement à chacun des deux AugustesPorena (2007) . Au cours de cette période, les pouvoirs des deux préfets deviennent très étendus. Selon les mots du byzantiniste A.H.M. Jones, le préfet « était une sorte de grand vizir, l’assistant immédiat de l’empereur jouissant d’une autorité étendue dans presque toutes les sphères du gouvernement, que ce soit militaire, judiciaire, financière et administrative. Il était le chef de cabinet de l’empereur en même temps que son adjudant-général et son quartier-maitre général. En tant que délégué de l’empereur, on pouvait lui référer les causes provenant de l’ensemble de l’empire et ses décisions ne souffraient d’autre appel qu’à l’empereur. Il avait un pouvoir administratif s’étendant sur tous les gouverneurs de province et à travers eux lui permettait de contrôler les services publics comme la poste et les travaux publicsJones (1964) , notre traduction.
Toutefois au régime « collégial » précédent où les deux préfets parlaient d’une seule voix, succéda en raison du caractère conflictuel des relations entre les princes après l’abdication de Dioclétien, un régime où chacun des préfets agira de façon de plus en plus autonome dans la zone contrôlée par son AugustePorena (2007) .
Sous
devait définitivement séparer fonctions militaires et structure administrative civile. Après sa victoire sur Licinius (324) et l’unification de l’empire sous sa seule gouverne, Constantin mit en place une nouvelle bureaucratie impériale, centrale et périphérique. Dioclétien avait pratiquement doublé le nombre des provinces et créé une nouvelle instance régionale, les diocèses, lesquels au nombre d’environ douze regrouperont en moyenne huit provinces, le plus petit, celui des Bretagnes en comprenant quatre, le plus grand, celui d’Orient dix-huitMorrisson (2004) Petit (1974) . En 326, Constantin nommera, en plus du préfet qui lui demeure rattaché et fait partie du comitatus, quatre préfets régionaux qui, eux, n’en feront plus partie : un préfet pour les Gaules résidant à Trèves, un pour l’Afrique résidant à Carthage, un pour l’Italie résidant vraisemblablement à Milan, un pour l’Illyrie résidant à Sirmium (et plus tard à Thessalonique)Porena (2007) Bréhier (1970) .
Le préfet demeurera responsable du recrutement, de l’approvisionnement et de l’équipement de l’armée, mais perdra la conduite des troupes qui sera confiée à deux militaires, le magister peditum et le magister equitum (litt : chef de l’infanterie; chef de la cavalerie), alors qu’un magister officiorum (litt : chef des départements) sera chargé de la bureaucratie palatine et de l’ensemble de la fonction publiqueKelly (2006) Kazhdan (1991), « Magister militum », « Magister officiorum », , . Les carrières militaire et civile seront ainsi nettement séparées, magistri et duces étant choisis parmi les tribuns commandant les régiments, alors que les praesides (au singulier : praeses, c.a.d. les préfets et vicaires) seront des gens ayant une formation administrative, souvent des juristesJones (1964) . Tout en permettant de recruter plus facilement des candidats pour ces tâches qui devenaient de plus en plus spécialisées, cette division des pouvoirs réduisait considérablement le danger que représentaient des préfets trop puissants comme on l’avait vu dans les années 282-285Kelly (2006) .
Devenue purement civile, la fonction de préfet du prétoire n’en demeurera pas moins la plus haute fonction de la hiérarchie impériale, venant immédiatement après l’empereur. Certains auteurs chrétiens iront jusqu’à écrire que la relation entre le préfet et l’empereur était similaire à celle existant entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Même s’il porte encore la chlamyde et le glaive, le préfet n’appartiendra plus à l’ordre équestre mais bien au Sénat. La fonction constituera désormais, selon les mots de Denis Feissel, « le couronnement de la hiérarchie administrative, à la fois fiscale et judiciaire »Morrisson (1997) .
De ses origines la fonction conservera, en théorie du moins, son caractère de « collège », constituant une instance unique, exercée simultanément par l’ensemble de ses membres. Avec la création de la préfecture d’Orient dont le siège sera à Constantinople, c’est ce dernier préfet qui rendra en principe ses ordonnances au nom du collège en entier, mentionnant nommément ses collègues, même si, en pratique, l’éloignement de la capitale et les problèmes spécifiques aux régions donneront à ceux-ci un large degré d’autonomie.
Sous les fils de Constantin
Tout comme il n’y avait eu que deux préfets pendant la tétrarchie, il n’y en eut que deux de 313 à 317. Toutefois, Constantin préparant sa succession en s’appuyant sur ses fils encore jeunes attache à chacun d’eux un préfet doté de pouvoirs étendus, particulièrement après la mort de son fils Crispus en 326. Lui-même conserve son propre préfet, si bien qu’à sa mort avec l’addition d’un préfet pour l’Afrique, on compte cinq titulairesCe nombre variera au cours des ans, signe qu’il s’agissait d’une transformation empirique et non d’un concept bien établi au départ et lié à la personne des Augustes et César. Entre 318 et 326, il y eut trois préfets (Gaule, Italie, Orient); entre 326 et 335 il y en aura cinq (un en Gaule, Italie et Afrique, deux en Orient); en 337 le nombre reste à cinq mais un des préfets d’Orient disparait alors qu’un nouveau est créé pour la Macédoine; après la mort de Constantin en 337 on revient à trois (Gaule, Italie et Orient) aux côtés des trois empereurs, mais en 340 après la mort de , les trois préfectures demeurent alors qu’il n’y a plus que deux empereurs (Petit ). Cette évolution, contrairement aux affirmations de Zozime, s’échelonne sur un certain nombre d’années et n’atteindra sa forme définitive qu’après une longue période de tâtonnements à la fin du sous Valens (r. 364-378)Morrisson (2007) Kelly (2006) .
En effet, au moment de sa mort en 337, les trois fils survivants de Constantin se divisent l’empire entre eux : Constance règne sur l’Orient (diocèses de Thrace, d’Asie, du Pont et d’Orient), Constant sur une grande partie de l’Occident (préfecture centrale d’Italie, d’Illyrie et d’Afrique comprenant les diocèses d’Italie, d’Afrique, de Pannonie, de Dacie et de Macédoine) alors que , le fils ainé, se réserve l’Occident (préfecture occidentale des Gaules avec les diocèses de Gaule, de Vienne, d’Hispanie et de [Grande]BretagneMorrisson (2007) . Les neveux de , les césars Flavius Dalmatius et Flavius Hannibalianus, obtiennent respectivement, Flavius Dalmatius la Macédoine et la Thrace, alors que son frère Flavius Hannibalianus est nommé roi des rois des nations pontiques. L’Égypte demeure partie du diocèse d’Orient jusqu’en 370 ou 381. De 347 à 361, est créée une préfecture séparée pour l’Illyrie regroupant les diocèses de Pannonie, de Dacie et de Macédoine. En 379, le diocèse de Pannonie (renommé « diocèse d’Illyrie ») est séparé de la préfecture d’Illyrie pour être transféré à la préfecture d’Italie; le diocèse d’Italie quant à lui est en pratique divisé en deux : Italie « annonaire » dans le nord s’étendant jusqu’au Rubicon et « suburbicaire » (litt : sous la cité) dans le sud regroupant la Sicile, la Corse et la SardaignePour l’évolution de la préfecture d’Illyrie, voir Morrisson (2007) « L’Illyricum »; pour l’Égypte, « L’Égypte »Petit (1974) .
Après 395, la division en quatre préfectures que nous présente la Notitia Dignitatum Littéralement, « registre des dignitaires », la Notitia dignitatum est un document administratif romain rédigé entre 390 et 425, plusieurs fois remanié, donnant un tableau, sous forme de listes, de l’organisation hiérarchique des fonctions civiles et militaires de l'Empire romain, dans ses deux composantes, occidentale et orientale demeure stable pendant plus d’un siècle et n'est modifiée que sous Justinien, qui crée deux nouvelles préfectures : celle d’Afrique, séparée de la préfecture d’Italie pour devenir préfecture autonome et la préfecture dite « des Iles » regroupant cinq provinces séparées de différents diocèses dont Chypre et les Cyclades qui justifient son nom.