Jacques Henri Marie Joseph Lambert est un architecte urbaniste né le à et mort à Caracas le Acte de naissance à Paris , , vue 13/31, avec mention marginale du décès à Caracas en 1960.].

Il a une place dans la célèbre Encyclopédie d'Istanbul publiée en Turquie dans les années 1990 par la Fondation pour l'Histoire Économique et sociale (dite Tarih Vakfi). L'article que lui consacre Rifat Akbulut est une référence fondatriceAkbulut Rıfat, “Jacques H. Lambert”, Dünden Bugüne İstanbul Ansiklopedisi, Türkiye Ekonomik ve Toplumsal Tarih Vakfı, İstanbul, 1994, 194-195..

En France, cependant, il reste une figure assez mal connue, en dépit d’une carrière nationale et internationale intense et de collaborations nombreuses avec de grandes figures de l’urbanisme et de l’architecture de son époqueDans son étude sur les diplômés de l'Institut d'urbanisme de Paris, Michèle Jolé évoque la figure de Jacques Henri Lambert qu'elle décrit comme un "fidèle collaborateur" de Prost : .. Cet oubli n’est sans doute pas sans rapport avec le fait que le patronyme « Lambert » est un patronyme très fréquent : durant la période d’activité de Jacques Henri(y) Marie Joseph (prénoms abrégés en « JHMJ ») Lambert, on ne dénombre pas moins de quatre autres architectes français portant le même patronyme et parfois même un prénom semblable. Soit : Marcel-Noël Lambert (1847-1928) qui fut le professeur de JHMJ Lambert à l’École des Beaux-Arts de Paris ; Jacques Louis Jules Lambert (1883) contemporain presque parfait, diplômé de la même prestigieuse école ; (1891-1947 ou 1948), qui fut un temps – coïncidence source de nombreuses erreurs/confusions – associé au même architecte que JHMJL ; le fils de Marcel, Pierre Édouard Lambert (1901-1985). Ce fait à souligner d’emblée est à l’origine de nombre de confusions dans la plupart des sources françaises ou étrangères qui évoquent Lambert.

Il doit donc nous inciter à une très grande prudence dans l’usage des sources. Par ailleurs, l’engagement professionnel de JHMJL durant le régime de Vichy – il a de hautes responsabilités technico-administratives à Lyon entre la fin 1941 et 1945 – explique aussi peut-être la relégation de cet architecte dans les histoires de l’architecture et de l’urbanisme français« Au Service du plan : hommes et structures de l'urbanisme municipal à Lyon au siècle », in : Forma Urbis. Les plans généraux de Lyon du , Lyon : Archives Municipales de Lyon, . .. La base de données « AGORHA » de l’INHA qui donne quelques informations biographiques précises, tirées essentiellement du dossier de Légion d’Honneur de Lambert (base « Léonore ») demeure extrêmement lacunaire sur les carrières américaine, française, africaine et turque de l’architecte-urbanisteBase Agorha.base "Léonore".. À l’occasion d’une exposition consacrée fin aux plans d’urbanisme dessinés en 1938 par JHMJ Lambert pour la ville d’Eskişehir en Turquie, sur la base des plans et des archives Lambert conservées à l’Institut Français d’Études Anatoliennes (IFEA/Istanbul), l’œuvre de Lambert commence à être redécouverte dans toute son étendue et sa complexité...

Biographie 1884-1919 : une formation solide et classique en architecture JHMJ Lambert naît le à . Il entre à l’École des Beaux-Arts de Paris en . Son parcours à l’École (1902-1908) paraît assez brillant : il cumule les distinctions et obtient même dès 1905 la « Grande Médaille d’argent » de la Société Centrale des architectes (Fondation Alfred Chapelain) et en le Chenavard ex-æquo pour un projet relatif au port de Paris. En , il est couronné d’un accessit au « Prix de reconnaissance des architectes américains », pour un projet d’hôtel « destiné à un grand journal dans une ville américaine ». La Première Guerre interrompt ce début de carrière. Fait prisonnier fin , JHMJ Lambert reste plus de quatre ans en captivité en Allemagne. Dans son dossier de Légion d’honneur, son investissement dans la vie culturelle et sociale du camp est particulièrement souligné.

Après cette longue épreuve, en , JHMJ Lambert se marie avec Pauline Cécile Lambert (une homonyme, née en 1883), décrite dans les registres de mariage de la mairie du consignés dans les archives de la mairie de Paris comme « professeur de français ». Pauline Cécile Lambert n’est autre que la fille de Marcel-Noël Lambert, le maître d’atelier de JHMJ Lambert aux Beaux-Arts. Les témoins de JHMJ sont son oncle, Louis Battifol, bibliothécaire (Bibliothèque de l’Arsenal) et le frère ainé de JHMJ, Alexandre Lambert, alors lieutenant (Croix de Guerre). Les témoins de la mariée sont Paul Girard (1852-1922), « professeur de l’Université, chevalier de la Légion d’Honneur », fameux helléniste, et Célina Lambert, « directrice d’école ».

Le couple s’installe en 1925 dans un appartement cossu du de Suffren de Paris), qu’il occupera jusqu’en 1951. La carte d’électeur datée de 1926 de JHMJ Lambert (Archives Nationales de France) indique cette adresse, qui est aussi l’adresse professionnelle de Lambert, qui figure sur son papier à en-tête.

Un début de carrière rapide et immédiatement internationale (années 1920-1930) Les années 1920 et 1930 sont des années d’intense activité tous azimuts, sur tous les continents et dans des domaines très divers (architecture, dessin, sculpture, aménagement de jardins ou urbanisme). Dès 1926 JHMJ Lambert, sur la proposition de son oncle maternel Louis Battifol – administrateur de la Bibliothèque de l’Arsenal entre 1923 et 1935 – est fait Chevalier de la Légion d’honneur pour sa participation à l’ « Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes» tenue à Paris en 1925. Lambert a en effet travaillé avec Albert Henri Laprade, diplômé des Beaux-Arts deux ans avant JHMJ Lambert, et Louis Süe, qui restera en Turquie de 1939 à 1945, pour les jardins de l’exposition ; les riches archives visuelles de cette exposition comprennent notamment plusieurs photos des statues réalisées par Lambert pour les jardins qu’il a aménagés..

Dans un « Curriculum Vitae » daté de envoyé au Premier ministre turc, retrouvé dans les archives nationales turques, Lambert se présente comme « Urbaniste S.F.U. Conseil de plusieurs Villes Latino-Américaines de 1928 à 1933, (…), Membre correspondant de l’Union Internationale des Villes (Bruxelles), Membre Correspondant de la Société Centrale des Architectes Argentins, Membre Correspondant de l’ (Londres) et Membre de la de New York ». En effet, dès 1922, Lambert est appelé par son camarade des Beaux-Arts Edward H. Bennett, américain d’origine britannique, élève de l’École des Beaux-Arts entre 1895 et 1902Dossier d’élève aux Beaux-Arts.. Il travaille d’abord sur le plan de New York en 1922-1923, puis à ChicagoJulia S. Bachrach, « Daniel H. Burnham and Chicago’s Parks” . où il participe en collaboration avec le sculpteur français Marcel Loyau à la réalisation de la Clarence Buckingham Fountain inaugurée en 1929Acknowledgements-Regional Plan of New York and its environs.. Toujours à Chicago, Lambert fait partie de l’équipe qui prépare l’exposition de 1933. En outre, il est sollicité à Pasadena (Californie) pour la conception d’un centre artistique (Carmelita Park).

Bennett semble être aussi à l’origine de l’ouverture de Lambert au marché centre américain (plan de Mexico en 1925, plan pour la foire de Mexico en 1928, Acapulco) et sud-américain (Argentine, Chili et Venezuela principalement)Contreras, Carlos y Lambert, Jacques H. « La Feria Colonial de la Ciudad de México. Se publica plano y perspectiva de la feria que se verificará en las Lomas de Chapultepec », Planificación, Tomo I No. 8, Abril de 1928, ; voir aussi : Contreras, Carlos (1928), « Jacques H. Lambert, arquitecto urbanista. Reseña de los principales trabajos del personaje », Planificación, Tomo I No. 7, Marzo de 1928, .Antúnez Echegaray, Francisco, « La carretera México Acapulco y los proyectos del arquitecto francés Jacques H. Lambert. Proyecto para un hotel-balneario en la bahía de Acapulco », Planificación, tomo I, No. 2, Octubre de 1927, .Ramón Gutiérrez « Los inicios del urbanismo en la Argentina », Parte 1 – El aporte francés, .Pavez R. María Isabel (2005), “ Planificación urbana y espirovías en la "Perla del Pacífico": algunas notas sobre Valparaíso en el decenio 1930. J. Henri Lambert en Chile, en 1929”, REVISTA DE URBANISMO, , noviembre 2005 .« Archivo de la etiqueta: Plan Rotival », blog de la Fundación Arquitectura y Ciudad, 10 01 2021 : https://fundaayc.wordpress.com/tag/plan-rotival/ ; se référer aussi aux travaux de Almandoz Arturo : “Longing for Paris: The Europeanized Dream of Caracas Urbanism, 1870-1940”, Planning Perspectives, 14/3,1999, ; Almandoz Arturo (org.) (2002), Planning Latin America's Capital Cities 1850-1950, Prefacio de Anthony Sutcliffe Londres, Routledge; Almandoz Arturo, Urbanismo europeo en Caracas (1870-1940), Fundacion para la Cultura Urbana, Caracas, 2006 ; Almandoz Arturo, Modernization, Urbanization and Development in Latin America, 1900s - 2000s, Routledge, London, 2014.. En , il fait même la une du quotidien chilien La Nacion et le New York Times du rend compte de ses projets dans la capitale chilienne« Charlando con el urbanista francés M. Jacques Lambert », La Nacion, , .« Jacques Lambert, French Artist, Hired to Beautify Chilean Capital”, NYT, ..

Au Venezuela, il travaille de pair avec l’ingénieur-urbaniste Maurice Rotival dont la carrière américaine s’esquisse alors, pour la réalisation du plan d’aménagement finalisé en 1939. La spécialisation latino-américaine est si nette que c’est à lui que Jean Royer. (1903-1981) confie le chapitre sur les villes d’Amérique du Sud dans la somme (préfacée par le maréchal Lyautey) sur l’ « urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux » publiée à la suite du « Congrès International de l’urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux»Lambert J. H. (1932), « Rapport général sur les villes latino-américaines », in : Royer Jean (dir.), L’urbanisme aux colonies et dans les pays tropicaux, Communications et rapports du Congrès international de l’urbanisme aux colonies et dans les pays de latitude tropicale, , . .. On retrouve Lambert en Algérie coloniale aussi, aux côtés d’Henri Prost et de Maurice Rotival pour le plan régional d’Alger. On le rencontre également dans toute l’Europe, de la Belgique à la Grèce, en passant par la Hollande l’Allemagne, la Suisse et la Tchécoslovaquie.

Durant ces mêmes années, sans parler de ses activités de peintre (il expose au « Salon des artistes français » de Paris en 1921), Lambert travaille aussi en France. À Paris, en tant qu’urbaniste, avec Henri Prost, sur le plan du Grand Paris dans la deuxième moitié des années 1930 ; mais aussi en tant qu'architecte, avec son associé Gustave Saacké entre 1921 et 1925, comme avec Georges Boutin ou Henri Palausi sur des programmes d’Habitation à Bon Marché (H.B.M.) à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine actuels)Dossier de Palausi sur la base « Aghora » de l’INHA.. Collaborateur régulier de la revue La Construction moderne, il s’intéresse tout spécialement aux expositions, fort de son expérience en la matière à Mexico, Chicago, Paris et MarseilleLambert Jacques H., “Les participations des nations étrangères à l'Exposition Internationale de Bruxelles”, La Construction moderne, Revue hebdomadaire d'architecture, , , , ..

Le « moment turc » (1933-1941)