Armand Isaac Dorville, né le à Paris et mort le à Cubjac, est un avocat et collectionneur d'œuvres d'art français.
Biographie Petit-fils d'Armand Théophile Dorville (1817-1858), fondateur en 1843 de La Bienfaisante israélite, société de secours mutuelsNe pas confondre avec le Comité de Bienfaisance israélite de Paris, dont les origines remontent à 1809 — cf. « Le judaïsme parisien et le Comité de Bienfaisance israélite (1830-1930) », sur Cairn.info., fils de Léon Albert Dorville (1850-1927) qui en fut le président et de Léonie Monteaux, issue d'une famille de changeurs et de banquiers avignonnais, Armand Isaac Dorville fait ses études aux lycées Condorcet et Janson de Sailly, puis s'inscrit à la Faculté de droit. Il devient avocat à la Cour d'appel de Paris en 1897, et docteur en droit en 1901, sa thèse De l'intérêt moral dans les obligations, étude de droit comparée sur le principe de réparation pécuniaire des dommages non-économiques est publiée chez A. Rousseau. Il commence sa carrière comme collaborateur de Jean Cruppi Armand Dorville, avocat, collectionneur (Paris 9e, 18 juillet 1875 – Cubjac, Dordogne, 28 juillet 1941), par Max Polonovski, in: Archives juives, 2017/1 (vol. 50), — sur Cairn.info..
Durant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé, promu sous-lieutenant puis lieutenant, commissaire rapporteur au Conseil de guerre de la divisionNotice Dorville, Armand, sur Avocatparis.org.. Le , il est nommé chevalier de la Légion d'honneur par le ministère de la GuerreJORF, 14 juillet 1918, — sur Gallica..
En 1927, après un voyage en URSS, il publie un essai, La Vie judiciaire en Russie soviétique aux Presses universitaires de France.
Armand Dorville possédait une importante collection de peintures et de dessins. Il est spécialiste de l'œuvre de Constantin Guys, publiant en 1937, dans le cadre de l'exposition universelle, un catalogue consacré à cet artiste lors d'une exposition au musée des Arts décoratifs de Paris..
Exode et déportation En , la famille Dorville se réfugie à Cubjac en Dordogne, où elle possède des biens. Armand y meurt le . Il a des héritiers : son frère, Charles, ses sœurs, Valentine et Jeanne. Mais Charles a rejoint les Forces françaises libres. Quant à ses sœurs, en raison des lois sur le statut des Juifs du régime de Vichy, elles ne peuvent réclamer l’héritage. D’ailleurs Valentine et Jeanne se cachent à Lyon, puis à Megève. En , Valentine, avec deux de ses filles et deux petites filles sont arrétées, envoyées à Drancy, puis à Auschwitz-Birkenau où elles seront assassinées« Pillées sous l’Occupation, trois œuvres officiellement restituées aux héritiers d’Armand Dorville », par Philippe Dagen, in: Le Monde, 22 juillet 2020 — lire en intégralité sur le site Emmanuelle-polack.com..
Valentine Julie Zélie Rébecca Lion, née Dorville le dans le arrondissement de Paris, est morte le à Auschwitz Valentine Julie Zélie Rébecca Lion (Dorville). geni.com.. Sa dernière adresse est au Chalet Les Hirondelles à Megève. Elle est détenue à Annecy. Elle est déportée par le convoi , en date du , de Drancy vers Auschwitz. Elle a 63 ans lorsqu'elle est assassinéeVoir, Klarsfeld, 2012..
Valentine Lion et son mari Achille Albert Lion (né le dans le arrondissement de Paris Achille Albert Lion. geni.com.) ont trois filles, Denise Falk, Monique Tabet et Marie Thérèse Lion. Denise Falk, née le à Paris, âgée de 24 ans, et sa fille Dominique Falk, née le à Lyon, âgée de deux ans, ainsi que Monique Tabet Monique Tabet (Lion). geni.com., née le , âgée de 23 ans, et sa fille, Marie (Marie-France) Tabet, née le dans le arrondissement de Paris, âgée de 3 ans, sont arrêtées en même temps que Valentine Lion et sont déportées dans le même convoi et subissent le même sort qu'elle.
La sœur de Valentine Lion, Jeanne Blonde Léa Lévy, née le dans le arrondissement de Paris, est morte le dans le arrondissement de Paris Jeanne Blonde Léa Levy (Dorville). geni.com..
Des ventes forcées ? Peu après la mort d’Armand Dorville, un administrateur provisoire est désigné, Amédée Croze. Il doit liquider les biens de Dorville pour le compte du Commissariat général aux questions juives, que dirige, à partir de 1942, Louis Darquier de Pellepoix. Sa bibliothèque et ses autographes sont vendus aux enchères à Lyon, respectivement le et le .
Dans l'intervalle, du 24 au à l'hôtel Savoy de Nice, sont vendues, dans le cadre d'une telle que la signalait le La Gazette de l'hôtel Drouot, sous le marteau de maître Jean-Joseph Terris, avec le concours de Maurice Bussillet et Eugène Martini, , sans compter de nombreux objetsNotice Sudoc..
Du fait des lois antisémites, les héritiers d’Armand Dorville n’ont pas pu toucher à l’époque le produit de cette vente, soit un montant supérieur à 9 millions de francs, somme qui fut saisie par Amédée Croze. Ils ne le percevront, lors du règlement de la succession, qu’en 1947, que sous la forme de bons du Trésor déposés chez notaire en 1943, alors que le franc français avait connu en six ans une énorme dévaluation, et perdu plus de cinq fois sa valeurSabine Gignoux, « Nouvelle restitution aux héritiers spoliés d’Armand Dorville », La Croix, 25 mars 2021 — extraits en ligne.Vincent Noce, « Ventes Dorville : l’État récuse la spoliation », La Gazette Drouot, 10 juin 2021.Convertisseur INSEE franc 1942 contre franc 1947, sur Insee.fr..
Actions en « restitution » vignette| Une place à La Roche-Guyon (1865) par Camille Pissarro, ancienne collection Dorville, tableau conservé à la Alte Nationalgalerie de Berlin. Les détails de cette vente sont connus grâce aux recherche d'Emmanuelle Polack, auteure de l'essai Le Marché de l'art sous l'Occupation (Tallandier, 2019). Depuis les années 2000, chacun des 450 lots de cette vente donne lieu à de longues années d'enquête pour connaître le cheminement des œuvres. Ainsi, Portrait de femme de profil de Forain (lot 176) est d’abord acquise par un nommé Léopold Dreyfus, inconnu, puis se retrouve ensuite chez le marchand Raphaël Gérard, collaborateur notoire, en , puis passe de là chez Hildebrand Gurlitt, en 1953, célèbre marchand d'art spolié.
Aidés par les recherches de Polack et défendus par maître Corinne Hershkovitch, les ayants droit saisissent en la mission sur les spoliations en lien avec le ministère français de la Culture, et rattachée à la commission Drai (CIVS). Ils parviennent à se voire restituer le par le biais de Monika Grütters, ministre allemand chargé de la Culture, deux toiles de Jean-Louis Forain et une aquarelle de Constantin Guys, provenant de la collection de Cornelius Gurlitt« Trois tableaux volés par les nazis rendus aux descendants d'un collectionneur français spolié pendant la guerre », France Info, 23 janvier 2020.. Le suivant, la maison Christie's restitue aux héritiers Dorville, à New York, un dessin de Constantin Guys, puis le à Paris, une aquarelle d’Auguste Raffet. Le , la maison Wetterwald et Rannou-Cassegrain (Nice) en accord avec les vendeurs, restituent aux héritiers Trois femmes sous la pluie de Giuseppe De Nittis (lot 356, vente Nice 1942).
La CIVS rend le un avis par lequel elle estime . Le ministère de la Culture est intervenu en faveur de ce geste « moral ». Cependant, le rapporteur général, Pierre-Alain Weill, dans une note d’observations émise en , insistait sur la part d’incertitude pesant sur le déroulement de la succession, et considérait que l’action de « l’administrateur provisoire correspondait à sa mission » et relevait que « le paiement du prix a eu lieu dans des conditions absolument discriminatoires ». En conséquence, « la liberté de vente a disparu » et l’opération s’est bien « déroulée dans les conditions exorbitantes du droit commun ».
En conséquence, le , par un communiqué de presse, la ministre Roselyne Bachelot, au nom de l'État français, annonce vouloir rendre aux ayants droit d'Armand Dorville douze œuvres des collections nationales achetées en à Nice par le biais de René Huyghe. Ces œuvres se trouvent aujourd’hui au musée du Louvre, au musée d’Orsay et au château de CompiègneCommuniqué de presse du ministère de la Culture, avec la liste des œuvres, publié le 28 mai 2021 sur Culture.gouv.fr..
En , la Alte Nationalgalerie de Berlin restitue aux héritiers Dorville Une place à La Roche-Guyon (1865), une toile de Camille Pissarro, puis propose de la racheter à ces mêmes héritiers Catherine Hickley, « Berlin museum restitutes—and then buys back—Nazi-looted Pissarro painting », in: The Art Newspaper, 18 octobre 2021..
Notes et références
Bibliographie Serge Klarsfeld. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Beate et Serge Klarsfeld: Paris, 1978. Nouvelle édition, mise à jour, avec une liste alphabétique des noms.FFDJF (Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012. « Armand Dorville, collectionneur de Constantin Guy », in: Emmanuelle Polack, Le Marché de l'art sous l'Occupation : 1940-1944, préface de Laurence Bertrand Dorléac, Tallandier, 2019, .
Annexes Voir aussi Collection Simon Bauer
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